IV. — FORMATION DU DOMINION
Le danger, réel ou chimérique, d'une absorption dans les États-Unis, qui étaient soupçonnés d'encourager les incursions des Fénians sur le Canada, détermina les représentants du Canada,
DOMINION
du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écossc à demander au gouvernement anglais la réunion des trois colonies en une seule confédération. Ce projet, conçu vers 1860, fut longtemps ajourné par l'opposition des Canadiens d'origine française qui, se trouvant en minorité dans le 'Canada même (850,000 contre 1,110,664 hab.), appréhendaient une annexion dont le premier effet politique devait être d'établir une Chambre fédérale proportionnelle à la population des provinces. Les efforts de la majorité l'emportèrent auprès du parlement anglais, qui vota, le 29 mars 1807, un bill établissant une Confédération du Haut et du Bas-Canada, du Nouveau- Brunswick et delà Kouvelle-Écosse , sous le nom de Dominion of Canada.
Territoire et population. — L'étendue territoriale du nouvel Etat dépassait de peu celle du Canada, qui occupe 346,862 milles carrés (le triple des iles Britanniques d'Europe réunies). Le Kouveau-Brunswick ne s'étend en effet que sur 27,105 milles géographiques; la JNouvelle- Écosse sur 18,671.
Les derniers articles de l'Acte d'union de 1867 concernaient l'entrée éventuelle de l'île de Terre-Neuve , de l'ile du Prince-Edouard et des territoires de l'Ouest, dans la confédération. Cette attente ne fut pas trompée. En 1869 (juin), le parlement du Dominion vota l'admission des îles de Terre-Neuve et du Prince- Edouard avec ses dépendances. C'était un apport de 160,000 hab. aux 2,985,000 que comptait déjà la confédération. La même année, l'île Vancouver, la Colombie anglaise, le territoire de la Rivière- Rouge firent parvenir leur adhésion à Ottawa. Le 15 avril 1872, leur annexion fut votée par le parlement confédéré, avec celle du territoire de la baie d'Hiidson. Les seuls documents statistiques complets antérieurs à l'annexion concernaient la Colombie bi'itannique; ils accusaient une propnlalion de 13,671 hab.; un budget de 205,000 liv. st. en recettes et de 242,040 en dépenses. Les importations étaient de 1,092,031, les exportations de 153,730.
La confédération entière s'étend donc sur un espace de 632,418 milles anglais ou 1,630,560 kilom. carrés, sans compter le territoire de la baie d Hudson. La population est, d'après le recensement de 1871, de 2,811,347 hab. au Canada; 285,777 dans le Nouveau -Brunswick; 387,800 dans la Nouvelle -Ecosse, et 94,021 dans lilc du Prince -Edouard. Le recensement de 1868 donne 146,536 hab. à Newfoundland, celui de 1861, 11,816 à la Colombie britannique et 23,000 à l'île Vancouver. C'est en tout 3,724,481 habitants.
Le Dominion occupe ainsi tout le nord du continent de l'Amérique septentrionale, à l'exception de l'Alaska, précédemment Amérique russe, qui s'étend sur un territoire de 370.000 milles géographiques. L'Amérique russe était exploitée par une compagnie analogue à celle de la baie d'Hudson; mais en 1867, la cession en fut proposée aux États-Unis par le gouvernement russe, pour le prix de 7,200,000 dollars
(36,400,000 fr. ), cession acceptée la môme année (15 mai) parle gouvernement américain et ratifiée en 1871 par le Congrès. Le Dominion de PAmérique britannique du Nord sépare donc la nouvelle possession américaine des autres membres du grand corps des États-Unis. Les conséquences n'en sont pas graves, vu la rareté des relations avec ce territoire désolé, relations qui d'ailleurs peuvent facilement s'elï'ectuer par mer. Mais comme la confédération britannique située au nord des États-Unis ne peut balancer, par sa population et sa richesse, la puissance de cette république, tout sujet d'inquiétude est examiné à Ottawa avec une extrême attention. 11 est vrai qu'une attaque des États-Unis sur le Dominion serait une attaque directe à l'Angleterre et même pourrait motiver Pintervention de la France , signataire du traité de 1763. Les réclamations présentées par le Canada au cabinet de Washington pour les incursions des Fénians furent, en vertu de cette connexion d'intérêts avec l'Europe, jointes aux contestations pendantes entre l'Angleterre et les États-Unis au sujet de ÏAlahama (résolues en septembre 1872); le Canada envoya, dès le premier vote du traité de Washington par le Congrès , son adhésion aux articles qui lui donnaient satisfaction sur ce point (1872).
Constitution fédérale. — L'Acte adopté par le parlement anglais le 29 mars 1867 est la Charte constitutionnelle de la Confédération. Le pouvoir exécutif et le commandement en chef des forces mihtaires appartiennent à la Couronne qui nomme le gouverneur général. Celuici nomme le ministère (conseil privé de la reine pour le Dominion). Le Parlement se compose de deux chambres, le Sénat et la chambre des Communes, qui siègent au moins tous les ans , de manière qu'il ne s'écoule pas douze mois entre la dernière séance d'un parlement et la première séance de l'autre.
Le Sénat se compose de 72 membres, âgés de 30 ans révolus, sujets de la reine par naissance ou par naturalisation, propriétaires de biens meubles ou immeubles s'élevant au moins à 4,000 dollars, domiciliés dans la province qu'ils représentent. Ils sont nommés à vie. La première promotion a été faite par la reine , mais les vacances seront comblées par le gouverneur général, qui nomme également le président du Sénat.
La chambre des Communes se compose de 181 membres, dont 82 pour le Haut-Canada (Ontario), 65 pour le Bas-Canada (Québec), 19 pour la Nouvelle-Ecosse, et 15 pour le Nouvcau-Brunswick. La chambre élit son président, qui n'a le droit de vote qu'en cas de partage des voix. La chambre est nommée pour cinq ans.
Constitution provinciale. — Chaque province est administrée par un lieutenant-gouverneur, nommé pour cinq ans par le gouverneur général en conseil. 11 ne peut être révoqué sans Passentimcnt des chambres législatives fédérales. La législature de la province d'Ontario se compose d'une seule assemblée de 82 membres. La législature de la province de