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DRAPEAU

qui déterminèrent ces innombrables abjurations. Mais le roi était trompé avec une habileté extrême; il ne sut à peu près rien des horreurs qui se commettaient en sou nom. et donna des ordres à plus d'une reprise contre toute espèce de licence. Ces ordres n'élaient point observés. Quand il crut l'œuvre à peu près achevée, Louis XIV révoqua l'édit de Kantes. Aussitôt les dragonnades redoublèrent de rigueur et devinrent générales. Elles s'étendirent même hors de France, dans les vallées du Piémont, et y furent plus cruelles que partout ailleurs. On n'épargna que Paris , d'où les plaintes seraient Tenues jusqu'au trône, et l'Alsace , protégée par les traités.

Quelques cathohques sérieux osaient seuls rappeler que ces communions forcées n'étaient , au point de vue de l'Église , que d'affreux sacrilèges. Comme le dit plus tard le ministre Breteuil dans un rapport à Louis XVL tout ce qui fut traîné aux églises par les dragons était admis à la sainte table, sans délai ni diinculté.

L'invention de Louvois lui survécut; pendant près d'un siècle les dragonnades devinrent une institution; c'était le moyen régulier qu'on employait pour réduire les protestants récalcitrants de toute une contrée, pour obtenir d'eux des actes de catholicité et, par exemple , faire baptiser en masse leurs enfants. On cite comme particulièrement rigoureuses les dragonnades du Rouergue en 1745, du Languedoc en 1752, de la Guyenne en 1758. Puis elles tombèrent en désuétude graduellement.

Si ces affreuses expéditions furent ignorées du roi, dupe de ses agents de tout grade , elles n'en étaient pas moins, au fond, une conséquence logique de l'excès de la centralisation monarchique. «Sa Majesté, écrivait Louvois aux intendants de province, veut qu'on fasse sentir les dernières rigueurs à ceux qui ne voudront pas se faire de sa rehgion. « La religion du roi devait être celle de tous; toute âme d'homme devait être convaincue de ce que croyait le roi; l'unité, en religion surtout, devait être absolue. Ce principe admis, l'élrange confusion qui faisait du ministre de la guerre ou de ses régiments de cavalerie les exécuteurs des conversions décrétées par le souverain, n'étonnait personne. C'était la force publique au service de la pensée et de la conscience royales. Les émigrations qui appauvrissaient la ualion , le sol même de la patrie traité en pays conquis par ses propres soldats, quelques desordres peut-être et quelques cruautés importaient peu auprès du résultat apparent : la France toute catholique sous Louis le Grand.

On peut consulter trois apologies des dragonnades :

Traité dogmatique et historique des édits et autres moyens d'établir l'unité de l'Église catholique, par les RR. PP. Thomassin et Bordes de l'Oratoire, 3 vol. in-4°, 1703.

Réponse aux plai?ites des protestatits , par dom Denis de Sainte -Marthe, bénédictin, 1688.

Réponse à ce qu'on a écrit contre l'instruc-

tion pour les nouveaux catholiques, parle R. P. Doucin, jésuite. Caen, 1GS7.

Ath. Coquerel fils.

Comparez: Culte, Édit de Kantes , Saint-Barthélémy, Tolérauce.

DRAPEAU. Les peuples ont eu de tout temps des enseignes, avec des emblèmes particuliers; mais jusqu'à la tin du siècle dernier, cliaque nation avait un graud nombre de drapeaux divers; aujourd'hui, chaque État a son drapeau national. [Voy. Pavillon.)

Lu mot drapeau , comme le mot drap , dérive de l'italien drappo , étoffe. Il n'a été introduit dans notre lai.gue qu'au seizième siècle, pendant la guerre d'Italie. On avait des drapeaux , mais sous d'autres dénominations.

Le drapeau est un signe de raUiement , il symbolise la patrie; au milieu des régiments il leur impose l'obligation de faire dhéroïques efforts pour en maintenir l'honneur; pour une troupe c'est une calamité , parfois une honte, que de le laisser prendre par l'ennemi.

Les drapeaux conquis sont un trophée dont on se fait gloire; a[u-ès une bataille, le vainqueur annonce toujours le nombre de ces trophées tombés entre ses mains; la prise d'un drapeau est considérée comme un très-beau fait de guerre, et on honore la mémoire de ceux qui savent le défendre jusqu'à la mort.

L'histoire sainte nous a conservé le souvenir des enseignes ou drapeaux affectés aux douze tribus d'Israël. Les drapeaux des Romains étaient dans l'origine décorés de l'aigle, du loup, du minotaure. Il en fut ainsi jusqu'à Marius, qui ne conserva que l'aigle.

Les drapeaux des premiers Francs furent faits à l'image des drapeaux des Romains, et eurent , entre autres symboles , une epée , la pointe en haut, et une tète de bœuf.

En 498, la chape de saint Martin, faite d'un voile de taffetas bleu, avec limage de saint Denis, fut le drapeau de la nation française.

Les drapeaux de l'infanterie n'étaient que de toile peinte; les guidons ou étendards de la cavalerie étaient de velours ou de taffetas. Le plus graud étendard et le plus orné était le pennon royal. On s'avisa vers l'an 1 100 d'attacher ce pennon au haut d'un raàt, planté sur un échafaud établi sur un chariot. Cette machine était tirée par des bœufs couverts de housses de velours , ornées de devises ou du chiffre du prince régnant. Au pied du mât. un prêtre disait tous les jours la messe de fort grand matin. Dix chevaliers, jour et nuit, montaient la garde sur l'èchafaud, et autant de trompettes, postés au pied du màt , ne cessaient déjouer des fanfares, afin d'animer les troupes. Cette embarrassante machine, dont l'usage venait d'Italie, ne fut en usage en France que pendant cent trente ans environ. Elle était placée au centre de l'armée; c'est là que se donnaient les plus grands coups pour enlever le pennon royiil. ou pour le défendre; car on ne se croyait vainqueur que lorsqu'on s'en

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