DUCS. DUCHÉS. — DUEL
gatives que les honneurs du Louvre, et dans les maisons du roi, leuf vie durant. Leurs femmes ou leurs veuves jouissaient des mêmes prérogatives; comme les terres érigées en duchés relevaient immédiatement de la couronne, les seigneurs , dans la mouvance desquels elles étaient auparavant, étaient en droit de demander une indemnité à celui qui avait obtenu l'érection du duché. Les justices des duchéspairies n'avaient pas la connaissance des cas royaux : cette connaissance demeurait toujours réservée au juge royal , auquel la pairie ressortissait avant son érection. R — z.
DUEL. Jean de Liniano définit le duel : « un combat d'homme à homme, convenu de part et d'autre, pour une injure à laver, l'honneur ou une haine à satisfaire » , et Bonacina : « un combat singulier, arrêté entre deux parties, spontanément et d'après certaines conditions, avec chances de mort , de blessure grave ou légère».
Suivant Denizart, le duel est un combat entre deux ou un plus grand nombre de particuliers pour leurs affaires personnelles, dans un lieu indiqué par un défi ou par un appel. Selon M. Eug. Cauchy le duel est une guerre privée , précédée d'un défi par lequel chaque partie belligérante est avertie de se tenir sur ses gardes et de repousser la force par la force. Jean Reynaud qualifie le duel un combat convenu d'avance entre deux individus qui, pour ce fait, se mettent en dehors de toutes les lois sociales. Enfin , le Dictionnaire de jurisprudence de Dalioz dit que le duel est le fait de deux individus qui vident avec loyauté une querelle dans un combat singulier. M. Dupin est plus sévère, et sa définition ressemble fort à un jugement sans appel. Selon lui, «le duel, c'est l'état sauvage, c'est, non pas le droit, mais la raison du plus fort et du plus adroit, et quelquefois du plus insolent».
Les origines du duel sont peu connues , et nous ne les ferons pas remonter à Gain qui, suivant quelques-uns, ne fut qu'un duelliste heureux. A'ous en trouvons les premières traces en Germanie dont les habitants, dit Montesquieu, «se faisaient la guerre pour des meurtres, des vols et des injures. On modifia cette coutume en mettant les guerres sous des règles. Elles se firent par ordre du magistrat; ce qui était préférable à une licence générale de se battre». Gondebaud, roi des Bourguignons, introduisit le premier dans le code l'usage du duel judiciaire. Une loi, dite loi Gombette et promulguée en 501, en réglait les principales dispositions. Gharlemagne imita cet exemple, et cette législation barbare ne fut guère sérieusement entamée que sous Philippe le Bel, en 1296. Les duels proprement dits, c'est-à-dire les d-uels auxquels peut être appliquée une des définitions que nous donnons plus haut, datent de l'époque où cessent les tournois et les duels judiciaires. Le discours de Branlôme sur les duels nous fournit de curieux renseignements sur les règles que les duellistes reconnaissaient au seizième siècle. Les combattants,
s'ils suivaient les conseils du malicieux chroniqueur, devaient bien se garder de combattre sans témoins, d'abord pour ne pas priver le public d'un beau spectacle, ensuite pour ne pas être poursuivis comme meurtriers. «Il ne faut point en ces matières parler de courtoisie, dit l'auteur des Dames galantes , celui qui entre en champ clos doit se proposer de vaincre ou mourir, et surtout ne se rendre point; car le vainqueur dispose du vaincu tellement qu'il en veut , comme de le traîner par le camp , de le pendre, de le brûler, de le tenir prisonnier; bref d'en disposer comme d'un esclave. Un soldat peut combattre son capitaine , mais pourvu qu'il ait servi deux ans et demande à sortir de la compagnie. Si un père accuse son fils de quelque crime dont il puisse être déshonoré, le fils peut appeler justement le père en duel , d'autant que le père lui fait plus de mal de le déshonorer, qu'il lui a fait de bien de le mettre au monde et donner vie.» En 1560, les états généraux de France, réunis à Orléans, supplièrent Charles IX de sévir contre le duel, et le tiers état rédigea une supplique dans le même sens. En 1566 fut rendue l'ordonnance qui servit plus tard de base aux édits successifs de Henri IV et de Louis XIV , qui assimilait le duel aux crimes passibles de la peine capitale. La sévérité des lois ne produisit aucun effet, car en mars 1607, le journal de lEsloile nous apprend que depuis l'avènement de Henri IV (1589), c'est-à-dire en dix-huit ans, quatre mille gentilshommes sont morts frappés en duel. (On aurait tort, cependant, de prendre ce chiffre à la lettre.) L'édit de 1626. dont le cardinal de Richelieu fit un si terrible usage, graduait les peines selon le degré de criminahté. La provocation était punie de la destitution des charges, de la confiscation des biens et d'un bannissement de trois années Le duel, alors qu'il n'entraiuait pas mort d'homme , était passible de l'infamie et de l'échafaud. La flétrissure atteignait aussi les seconds ou témoins. La mort de Bouteville , exécuté le 22 juin 1 627 eu place de Grève, produisit un salutaire effet sur les bretteurs. Richelieu, du reste, avait été impitoyable et avait empêché Louis XIII d'accorder la grâce qu'on lui demandait, en lui disant: «Sire, il s'agit de couper la gorge aux duels ou aux édits de Votre iMajesté. » Des édits contre le duel parurent encore en juin 1643, Il mai 1644, 13 mars 1646, septembre 1651, mai 1653, août 1668, 13 août, 14 et 30 septembre 1679, décembre 1704 et octobre 1711. La fureur des duels, en un instant calmée, reprit comme de plus belle, et en 1723 Louis XV renouvela de solennelles déclarations qui ne furent guère plus respectées que celles de ses prédécesseurs.
Avec la révolution de 1789 naquirent les duels politiques. Cependant, les Iiommes de cette époque avalent trop le sentiment de la mission qu'ils avaient à remplir, et la conscience de risquer leur vie dans l'inlérét commun, pour sacrifier au préjugé qui avait tué tant de gentilshommes. Beaumarchais a écrit dans ses mémoires les hgnes qui suivent : « Je u'ai pas