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DUEL

dénoncé le cartel de Bertrand au ministère public, comme beaucoup d'honnêtes gens me le conseillaient. 11 est encore vrai que je n'ai pas sanglé un coup d'6pée dans la cuisse à Bertrand, faute d'avoir trouvé chez lui du cœur à percer; mais j'ai fait sommer à mon tour ce capitan, par un cartel timbré, de se rendre en champ clos dans la salle du palais , où mon procureur l'a vainement attendu deux jours de suite. »

Camille Desmoulins refusa de se battre avec deux acteurs qui se trouvaient offensés par ses critiques. «Il me faudrait passer ma vie au bois de Boulogne si j'étais obligé de rendre raison à tous ceux à qui ma franchise déplaît. Qu'on m'accuse de lâcheté, si l'on veut. Je crains bien que le temps ne soit pas loin, où les occasions de périr glorieusement et plus utilement ne nous manqueront pas.» A la même époque, Mercier, Loustalot et Prud'homme s'élevaient contre le duel. Le 15 juin 1792, l'Assemblée condamna à trois jours d'Abbaye le député Jonneau, qui avait frappé son collègue Grangeneuve. Néanmoins, la Constituante ne vota aucune loi contre le duel, et la Législative rendit un décret d'amnistie en faveur de citoyens détenus pour cette cause. On se battit beaucoup aussi sous l'Empire, mais la politique n'avait rien à voir dans ces combats singuliers, qui avaient lieu généralement entre militaires. Avec la Restauration, reparurent les duels politiques : royahstes contre bonapartistes, Français contre étrangers, brigands de la Loire contre habits blancs. En 1830, on eut presque quotidiennement à enregistrer des rencontres. Les même causes ayant amené des effets identiques en 1818 et I8i9, MM. Gavini et BaiUy présentèrent à l'Assemblée législative un projet de loi défendant le duel et condamnant combattants et témoins , quelle que soit l'issue de la rencontre, à une interdiction des droits civiques d'un an au moins et de dix ans au plus L'Assemblée repoussa cette proposition.

En France, il fut reconnu jusqu'en 1837 que la loi pénale était muette sur le duel, mais à partir de cette époque , à la suite de plusieurs réquisitions de M. le procureur général Dupin, la cour de cassation , abandonnant la tradition, décida que l'homicide ou les blessures résultant du duel devaient être punis conformément aux dispositions du Code pénal.

Le duel est fréquent en Allemagne, surtout dans les universités. Des tribunaux spéciaux sont chargés d'en connaître. Le nouveau code pénal, promulgué en Autriche en 1855, contient des dispositions spéciales relativement au duel. Lorsqu'une rencontre a eu lieu sans qu'il en résulte de blessure, les deux combattauts subissent un emprisonnement de six mois à un an; en cas de blessure, le maximum de la peine est de six ans.

Si le combat a été un combat à outrance, le provocateur est condamné à dix ou vingt ans de carcere duro. Les témoins sont passibles de six mois à cinq ans de prison , selon les résultats de la rencontre.

En Suisse, le duel a aussi été l'objet d'une

législation spéciale, mais qui, sauf de très-rares exceptions , n'a jamais été appliquée. Le code pénal belge ressemble sur ce point au code autrichien. Le code hollandais est muet.

En 1835, fut votée, par l'assemblée législative du Mississipi, une loi qui condamne celui qui survit dans un duel à payer les dettes de sa victime.

En 1 84 1 , à Naples , une loi édicf a huit ans de travaux forcés contre toute personne ayant participé à un duel, soit comme combattant, soit comme témoin. Aujourd'hui le code sarde est en vigueur dans toute l'Italie. Ses dispositions contre le duel sont très-sévères. En janvier 1854 le tribunal criminel de Gènes condamna à vingt années de relégation un aide de camp de la garde nationale qui avait tué un de ses collègues en duel.

En 1855, tous les journalistes de Madrid, dans l'intention de prévenir de déplorables conflits qui devenaient tous les jours plus nombreux, fondèrent un tribunal d'honneur, devant lequel devaient être portées toutes les contestations dont l'issue devait être une rencontre armée.

En 1859, un jeune capitaine russe ayant eu le malheur de tuer son adversaire en duel , fut traduit devant un conseil de guerre. Il fut condamné à la dégradation militaire et à la perte de toutes ses décorations.

«En Chine et en Perse», dit M. E. Golombey, auteur d'une histoire du duel fort remarquable et que nous avons consultée avec fruit, «le duel est inconnu, l'insulte retombe sur l'insulteur. C'est la loi qui se charge de la vengeance.» Quand deux Japonais se prennent de querelle, ils conviennent de s'ouvrir le ventre eux-mêmes, celui qui opère le plus vite est vainqueur, l'autre est déshonoré. (On trouvera d'autres renseignements et plusieurs lois étrangères dans l'ouvrage de M. Cauchy sur le Duel, t. II.)

Il nous reste, avant de donner notre appréciation personnelle sur le duel , à analyser les opinions de ditférents auteurs, ayant écrit sur la matière. La Bruyère, d'accord sur ce point avec Mondez, dit que le duel « est le trioniplie de la mode et l'endroit où elle a exercé sa tyrannie avec le plus d'éclat. Cet usage n'a pas laissé au poltron la faculté de vivre, il l'a mené faire tuer par un plus brave que soi, et l'a confondu avec un homme de cœur : il a attaché de l'honneur et de la gloire à une action folle et extravagante. » Nous ne croyons pas devoir reproduire l'éloquente apostrophe de J. J. Rousseau aux duellistes, et nous continuerons nos citations prises parmi les adversaires des duels, par cette page empruntée aux œuvres de Loustalot : «Voulez-vous être libre? dirai-je à tout Français patriote, s'écrie le journaliste républicain. Sans doute. Renoncez donc au duel, il est incompatible avec toute espèce de liberté. Que devient la liberté publique, si l'on veut ravir au peuple ses meilleurs défenseurs en les faisant battre en duel? Que devient la liberté individuelle, si le premier fou, ou le premier scélérat qui vous rencontre, peut vous forcer à jouer votre vie contre la

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