‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 369 sur 557 · DUEL · texte numérisé non relu

DUEL

ticiiae? Que devient la liberté de la presse, si pour chaque phrase , chaque expression, un auteur doit se mesurer avec tous ceux qui la trouvent fausse ou déplacée.» Suivant le comte de Portails, la société ne peut admettre une théorie supposant d'autres lois que les siennes. M. Dupin est du même avis que M. le comte de Portails et considère comme lui que «la théorie des duels est la destruction de Tordre légal». «Chose étonnante, dit plus loin M. Dupin, parmi les apologistes du duel se trouvent des écrivains, des orateurs qui sollicitent Pabolition de la peine de mort , qui soutiennent que le droit de l'homme sur l'homme ne va pas jusque-là et qui pourtant, à l'instant même où ils contestent à la société entière Pexercice de ce droit, le revendiquent pour eux-mêmes et i'accordent au premier venu.» Nous laisserons M. de Girardin défendre le journalisme contre les accusations de M. Dupin. «Au temps où nous vivons, dit-il, les duels sont un anaclironisme ; ils appartiennent à un autre régime, à des moeurs et à des idées qui n'existent plus. Nous déclarons que le duel a été une erreur de notre éducation, contre laquelle notre expérience proteste. A rinfériorité de l'injure, opposons avec calme la supériorité du mépris. Si vous êtes un liozunie d'honneur, si vous n'avez pas de (are à couvrir, au risque d'une blessure, si vous n'avez pas à demander de refuge à l'intùuldation nécessaire d'une balle de pistolet, vengez-vous du misérable ou du malotru qui vous a injurié, en le forçant de redoubler d'injures! faites qu'il écume! faites qu'il déborde! moins il gardera de mesure et plus vous serez assuré de votre vengeance. S'il a commencé par avoir l'opinion pour lui, il ne tardera pas à l'avoir contre lui ! Alors votre satisfaction sera complète et certes plus efficace que si le sang avait coulé. Tout duel qui se termine sans blessure est ridicule. Tout duel qui se termine par la mort de l'un des deux combattants est déplorable. Tout duel est donc une absurdité, une insurrection de l'irréflexion contre la raison, un dernier elfort de la barbarie contre la civihsation, un anachronisme. » D'autres auteurs prennent la défense de cette coutume si violemment attaquée. Duclos trouve que le duel entretient une certaine sensibihté d'âme, plus généreuse et surtout plus puissante que le simple devoir. M. Guizot croit qu'il est bon, moral et utile qu'il y ait une juridiction pour tous les cas que les juridictions ordinaires n'atteignent pas. Grâce à cette justice individuelle, l'urbanité des relations et des convenances sociales se maintient.

Pour ce qui est de nous, nous aurions quelque peine à défendre le duel. Une épée ne nous semble pas une raison , non plus que la force ou l'adresse n'équivalent au droit, mais rimpuissance des lois répressives, la persistance d'une coutume contre laquelle tout a été dit et bien dit, prouvent, pensons-nous, que le duel est un fait dont il faut tenir compte. En théorie, tout le monde est d'accord sur ce point, que le duel est une chose déplorable. En pratique, chacun est disposé à recourir aux

armes pour venger une injure. Un prélat, interrogé sur la conduite qu'il tiendrait, si on lui donnait un soufllet, répondit avec une spirituelle franchise, qu'il savait bien ce qu il devrait faire , mais qu'il ne savait pas ce qu'il ferait. Or, tout ce qui est dans les mœurs doit passer dans les institutions, et refuser de s'occuper du duel sous prétexte qu'on ne peut reconnaître son existence, c'est imiter l'autruche qui s'imagine n'être point vue, quand, la tête cachée entre deux pierres , elle ne voit plus rien. Nous pensons donc qu'il importe à la société, qui y est tout entière intéressée, d'entourer de garantie la terrible partie où se joue trop souvent la vie d'un homme. Nous voudrions, par exemple, qu'il fût établi entons lieux des jurys d'honneur devant lesquels devraient se présenter, avec leurs témoins, ceux qui veulent avoir recours aux armes , pour vider un différend. Les membres de ce jury, choisis parmi des hommes dont l'honorabilité rendrait les décisions sans appel, connaîtraient des causes de la rencontre, l'autoriseraient ou la défendraient selon les circonstances, et en écartant tout d'abord ceux qu'armeraient des prétextes futiles, rendraient de plus en plus rares les duels. Jean Raynaud conclut duns ce sens, et P. Stahl fait observer que ce système de jury d'honneur offrirait plus de garantie que le duel actuel , toujours clandestin par quelque côté. « C'est une anomalie pour la loi que ce qu'elle défend soit toléré par elle ; la justice qui ferme et rouvre les yeux à volonté n'est plus la justice.» Nous sommes tout à fait de cet avis, et par ces raisons nous voudrions voir la loi n'intervenir dans ces affaires toutes personnelles, que lorsque l'un ou autre des deux adversaires aurait refusé de s'incliner devant la décision du jury d'hoiineur, ou se serait rangé, par quelque manœuvre déloyale, dans la catégorie des malfaiteurs. Hector Pessard.

Nous pensons, comme notre honorable collaborateur, qu'il y a quelque chose à faire contre les duels. L'expérience a démontré qu'une pénalité draconienne dépasserait le but et resterait, par conséquent, impuissante. 11 y a une injustice trop flagrante à coufondi'c avec l'assassin Phomuie honorable qui, cédant à un préjugé régnant en maitre dans la société, tue son semblable, pour que le sentiment public ne se soulève pas contre cette solution par trop radicale. Mais nous hésitons à admettre l'expédient proposé par M. Pessard, bien que sa proposition ait déjà trouvé un commencement d'exécution. Le tribunal d'honneur ne peut que diminuer le nombre des cas de duel, mais n'attaquera pas le préjugé à sa racine. Il le fortitîera plutôt. Or c'est à l'extirper que doivent tendre tous nos efforts. Le meilleur moyen d'obtenir ce résultat, ce serait, croyonsnous : 1" que les salons soient fermés à celui qui étant provocateur, a tué son adversaire; 2" qu'il soit admis dans les codes de l'honneur qu'on n'est pas obligé de se battre avec un homme ayant déjà tiié un adversaire, ou s'éfaut déjà battu trois fois, lait qui le rangerait dans

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