‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 375 sur 557 · ECHIQUIER · texte numérisé non relu

ECHIQUIER

quelle le reçu devait être donné. Un autre employé, à râide d"un marteau et d'un couteau, fendait le J)âton en travers des coches; une moitié était donnée à la personne qui avait fait le payement, tandis que l'autre était conservée dans l'échiquier. C'est le cas de dire, eu passant, que l'incendie qui détruisit, en I83i, les bâtiments du parlement, eut pour cause l'embrasement d'une grande quantité de vieilles tailles de l'échiquier qu'on gardait dans une partie de l'éditice.

Après les modifications qui furent apportées à la constitution de l'échiquier, les banquiers et les marchands prirent l'habitude d'avancer de l'argent au gouvernement, sous la garantie des revenus votés par le parlement. Les sommes ainsi avancées étaient versées dans les caisses de l'échiquier, et remboursées avec intérêt après la rentrée des impots. En IG72, Charles II, qui avait besoin d'argent pour soutenir la guerre avec la Hollande, ferma tout à coup les caisses de l'échiquier, et s'empara d'environ 1,300,000 liATos sterling qui y avaient été déposées. Il refusa de restituer cette somme aux personnes qui la lui avaient prêtée, et elles durent se résigner à en recevoir seulement l'intérêt. Cet intérêt, fixé à 6 p. 100, fut hypothéqué sur les revenus héréditaires de la couronne, et régulièrement payé pendant dix ou douze ans, après quoi les payements furent suspendus, et les malheureux banquiers se virent, pendant bien des années, dans l'impossibilité de faire reconnailre leurs droits. Enfin, en 1699, le parlement adopta une loi, aux termes de laquelle un intérêt égal à 3 p. lUO du dépôt primitif était garanti par le revenu de l'accise. Pouvoir était en même temps donné à la couronne de racheter la dette en otTrant aux créanciers la moitié de leurs créances. On ne leur accordait aucune indemnité pour la perte d'intérêt qu'ils avaient subie pendant les vingt années pendant lesquelles le service en avait été suspendu. Ces fonds forment encore aujourd'hui une partie de la dette nationale de l'Angleterre.

Après l'établissement de la Banque d'Angleterre on s'accoutuma peu à peu à y payer différentes parties du revenu public au lieu de les verser dans les caisses de l'échiquier ; enfin, en 1834, lous les payements, quels qu'ils fussent, furent transférés à la Banque, et l'échiquier t-e vit réduit à n'être plus qu'un bureau chargé d'exercer un contrôle sur l'emploi des fonds publics pour s'assurer qu'il est conforme aux crédits votés [appropriation uct) et de préparer les bons du trésor [excheqiœr bills) dont il va être qnesliou tout à l'heure.

A cette époque, l'administration de l'échiquier (ej;c/<eg'«e/-oi//ce) fut complètement réorganisée; un grand nombre d'emplois furent supprimés, et le service fut placé sous la surintendance d'un seul fonctionnaire, nommé le conirôleur; ses fonctions, en ce qui concerne le contrôle dos déitenses, sont expliquées à l'article Grande-Bretagne (chap. Fina.xges). n a aussi pour attribution de créer et d'émettre les bons du trésor.

Le caractère général de ces titres a été in-

diqué dans le même article. Ils furent pour la première fois émis en 1G90, à une époque où le roi Cuillaume III avait un pressant besoin d'argent pour poursuivre la guerre dans les Pays-Cas. A cette époque un profond désordre avait été jeté dans la circulation monétaire, en Angleterre, par le retrait, en vue d'une refonte, d'une grande quantité de monnaie d'argent rognée et usée. Une loi venait d'être adoptée pour fonder une banque nationale territoriale [National land banki qui devait prêter sur garantie immobilière. On avait imposé aux organisateurs de la nouvelle bauque la condition de faire au gouvernement une avance de 2, ôGi. 000 livres sterling. Un droit fut mis sur le sel, dont le produit devait fournir le moyen de servir les intérêts de cette avance, et M. Montagu, le chancelier de l'échiquier, qui ne croyait pas au succès de la banque, inséra dans la loi une clause qui autorisait le gouvernement à emprunter sur les 2,504,000 livres une somme de 1,500,000 livres, garantie par les nouveaux droits sur le sel, au moyen de billets de crédit [bi/ls of crédit). Le projet de banque échoua, et le gouvernement désapi)ointé ne reçut pas l'avance qu'il avait espérée. M. Montagu, cependant, tenta d'obtenir ses 1,500,000 livres par l'émission de billets, et ces nouveaux bons du tvésoi'[exchegiier bills) furentmis en circulation, mais sur une très-petite échelle. Le chilïre total des bons émis ne s'éleva pas au-dessus de 159,169 livres. L'année suivante, une seconde tentative eut lieu , et cette fois avec plus de succès, et l'on a toujours eu recours, depuis lors, aux bons du trésor comme à un moyen fort convenable d'encaisser par anticipation les revenus de l'État.

La confection de ces titres est confiée au contrôleur de l'échiquier, et elle fait peser sur lui une lourde responsabilité, car plus d'une fois ces valeurs ont donné lieu à des fraudes et à une vaste fabrication de titres faux. On en a eu un dernier exemple en 1842, et la perte subie par le gouvernement, dans cette circonstance, s'éleva à 202,000 livres. On adopta alors un nouveau système pour l'exécution des bons. Le papier destiné à les recevoir et qui est d'une qualité particulière, est en premier lieu fabriqué sous la surveillance réunie des employés de l'échiquier et des employés de l'accise auxquels est confiée la garde des machines nécessaires pour confectionner le paj)ier de nature spéciale dont on fait usage. On n'en fabrique pas plus que ce qui est strictement nécessaire pour l'énn'ssion qu'on a en vue, et le produit tout entier de cette opération est reçu en compte par les employés qui ont charge de surveiller l'impression. Les timbres et les planches sont gardés à l'échiquier et ne peuvent être transportés à riinprimerie qu'eu vertu d'un ordre du trésor [Ireasury warrant) et sous le contrôle d'un employé de l'échiquier. Un système lrès-conipli(|ué de seings, de contre-seings et d'enregistrement des bous est aussi mis en œuvre pour plus grande sécurité.

Sin StAFFORD iXoilTHCOTE.

CoiipAUEZ : Grande-Bretagne , Trésorerie, etc.

ÉCOLES. — ECONOMIE POLITIQUE

ÉCOLES (LES). On n'a peut-être pas assez fait la part de la jeunesse dans l'organisation politique des pays modernes. Nous ne prétendons pas qu"on doive accorder aux jeunesgens des immunités parliculières, ni qu'il y ait lieu d'abaisser l'âge de la majorité. Nous pensons, au contraire, qu'en les appelant, en France, dès l'âge de vingt et un ans à l'urne électorale, la loi les a traités avec une certaine faveur.

Ce n'est donc pas à la législation, mais à l'opinion publique, que nos réflexions s'adressent. On est assez disposé à ne pas apprécier à sa juste valeur, à sous-évaluer l'influence de la jeunesse sur la marche des événements politiques. On trouve que de vingt à vingt-cinq ans on manque souvent de savoir, toujours d'expérience, de maturité, et qu'à cet âge on doit écouter les anciens et travailler pour se préparer une carrière. Ces reproches sévères s'adressent surtout aux étudiants, aux élèves « des écoles » (de droit, de médecine, polytechnique, etc.), qui, dit-on, sont envoyés à Paris pour étudier et non pour se mêler de politique. Ils devraient au moins attendre qu'ils aient cessé d'être à la charge de leurs parents. N'y a-t-il pas de la présomption dans ce sentiment qui les porte à se mettre en avant au risque de se trouver l'adversaire de leur propre père?

Nous ne voulons, certes, pas justifier le jeune homme encore mineur, qui néglige les devoirs de son âge, pour empiéter sur ceux d'un autre. La société n'est bien constituée que si toute chose est à sa place. Mais nous voulons faire ressortir que si la vieillesse a pour mission la conservation, c'est à la jeunesse qu'incombe la lâche, sinon de provoquer, du moins de hâter le progrès. La jeunesse, sans doute, n'a pas le monopole des sentiments généreux, mais c'est dans son sein qu'ils sont le plus répandus ; c'est elle qui est le plus prompte au sacrilice, et hélas! il n'y a pas de progrès sans victime. Au moral, comme au physique, dans la société, comme chez l'individu, la production, l'enfantement n'a pas lieu sans peine, sans mal.

Il est cependant une distinction à faire : c'est que , si la vieillesse aime conserver et la jeunesse innover, il ne s'ensuit pas que la vieillesse soit toujours routinière, « encroîitée, ossifiée», et la jeunesse toujours généreuse, hbérale', progressive; nullement : l'esprit conservateur de la vieillesse est souvent inspiré par l'expérience , que le changement coûte, mais ne rapporte pas toujours, tandis que l'ardeur d'innovation de la jeunesse est alimentée par de généreuses illusions. Or, en politique, les sentiments généreux ne suffisent pas pour empêcher les jeunes gens de prendre une fausse voie. Maurice Block.

Comparez: Partis, Radicalisme, .Université.

1. Le libéralisme n'est pas précisément un attribut de la jeunesse. Le vr.ii libéralisme est tolérant, il supporte très -convenablement la contradiction , car il sait combien il est difficile de savoir la vérité. La jeunesse est souvent trop passionnéepour être tolérante, partant pour être libérale.

ÉCONOMIE POLITIQUE. I. Définition. Il est peu de sciences qui n'aient subi de grandes transformations et qui, grâce au progrès des connaissances, et à mesure que les idées des générations acquéraient plus de précision , ne se soient beaucoup écartées de la conception primitive de leurs fondateurs. Tel a été particulièrement le cas pour l'économie politique. Beaucoup de gens ont coutume de parler de cette science, mais bien peu, à vrai dire, se font une idée claire et exacte de sa véritable nature et des objets qu'elle a en vue.

C'est maintenant une doctrine bien établie que toute science embrasse un ensemble de phénomènes distincts , ayant tous pour base une conception unique et fondamentale ; ainsi la mécanique traite de la force; ainsi il y aune science de la lumière, une autre de la chaleur, de l'électricité, etc. L'illustre Bacon fut le premier à proclamer ce grand principe que la science forme une série continue, et qu'on doit appliquer aux sciences morales et politiques précisément les mêmes procédés d'investigation qu'aux sciences physiques. La plupart des économistes les plus distingués ont soutenu que l'économie politique est une science physique, et qui doit être traitée exactement de la même manière que les autres sciences physiques. Si cette doctrine est conforme à la vérité, la question à résoudre est celle-ci : Quel est ce grand ensemble de phénomènes se rattachant tous à une conception unique , auquel peut être apphqué le nom d'économie politique, et qui est soumis à des lois générales analogues à celles qui régissent les sciences physiques?

Comme cette question n'a pas encore été placée devant les yeux du public sous cette forme claire et nettement définie , ou comme on ne s'est pas encore accordé sur la solution à lui donner, la méthode la plus judicieuse, pour y répondre , consistera à présenter à nos lecteurs une histoire succincte du terme «économie politique» et de lui montrer les conceptions diverses auxquelles ce terme a répondu. Nous chercherons ensuite si l'analogie établie entre les sciences physiques et l'économie politique nous aidera â découvrir l'opinion que nous devons , de préférence , nous faire de cette dernière, et celle qui est le plus d'accord avec l'idée de science considérée sous la forme la plus générale.

Le mot «économie politique» se rencontre pour la première fois dans le premier chapitre du premier livre des Économiques placées au nombre des œuvres d'Aristote. Bien que tous les critiques soient d'accord pour affirmer qu'elles ne sont pas l'ouvrage du grand maître lui-même, il est probable qu'on peut les attribuer à l'école aristotélique, et les considérer, par conséquent , comme l'expression do son enseignement. Dans ce traité les mois -i] otxovoij-ix.Y] signifient l'art d'acquérir et d'administrer la propriété. On y lit qu'il y a quatre sortes d'économie : la royale, la satrapiqiie. h politique et la domestique. Or ttoXi?, en grec, a le sens d'Étal libre, opposé à monarchie et à

ECONOMIE POLITIQUE

despotisme. Les quatre espèces d'économie représentent donc les quatre manières d'acquérir un revenu : pour un souverain, pour un satrape, pour un Éfat libre, et pour un particulier. «L'économie politique», si l'on se reporte au sens primitif de son nom, enseignait dpnc le moyen de percevoir le revenu dans un Etat libre.

Nous ne savons pas si aucun autre écrivain de l'antiquité a employé celte expression. Montchrétien (ICI 8) passe pour le premier des auteurs modernes qui se soit servi de ce mot avec le même sens que dans les Économiques.

Postérieurement à cette date, plusieurs traités excellents et de solides dissertations furent publiés sur des points spéciaux de la science que nous appelons aujourd'hui Économie politique, notamment touchant les questions qui se rattachent aux impôts sur les grains. Beaucoup de gens discernèrent très-bien la folie et les périls du système prohibitif, et se firent les défenseurs de la liberté du commerce; mais personne n'avait conçu l'idée d'une science générale, considérée comme une branche importante des connaissances humaines, et semblable, dans une mesure quelconque, aux sciences physiques; personne, excepté Bacon, dont le regard prophétique entrevit de loin la création d'une grande science sociale, formée sur le modèle des sciences physiques.

Ce fut la France qui la première éleva l'économie politique à la dignité d'une science importante et distincte. Cd pays avait été précipité au dernier degré de l'abaissement et de la misère par les guerres ruineuses de Louis XIV, par la catastrophe financière à laquelle avait abouti l'affaire du Mississipi, par les conséquences funestes du système commercial dominant , par l'oppression de la noblesse, et le fardeau des impôts; ce fut en faisant de l'intolérable misère sous laquelle gémissait leur pays l'objet de leurs constantes méditations, qu'un petit nombre de philosophes au cœur généreux et à l'esprit droit en A-inrent à cette conclusion, qu'il devait exister quelque grande science naturelle, quelques principes de vérité éternelle, pour régler les relations sociales du genre humain, et que c'était à la violation de ces principes qu'il fallait attribuer la hideuse misère dont ils avaient le spectacle dans leur patrie. Ouesnay, le grand-père de cette science, lui donna d'abord le nom de droit naturel, et il se proposa de découvrir et d'exposer une théorie des droits naturels des hommes dans toutes leurs relations sociales, théorie fondée sur des principes qui ne le cédassent pas en certitude à ceux des sciences physiques. Cette science comprenait leurs relations avec le gouvernement, avec les autres hommes , avec \dL propriété. La qualification de «politique» aurait pu lui convenir, mais ce mot est si exclusivement consacré à désigner l'art de gouvern-er que Ouesnay adopta pour cette nouvelle science le nom «d'économie politique». L'un de ses disciples, Dupont de Aemours, proposa <'elui de physiocratic , pour indiquer que le

gouvernement de ces relations devait être abandonné à la nature des choses; mais ce mot ayant été appliqué spécialement à une doctrine reconnue maintenant pour fausse, il est tombé en désuétude, et celui d'Économie politique a prévalu.

La science de l'économie politique, telle qu'elle avait été conçue par son fondateur, embrassait donc le domaine tout entier des relations sociales du genre humain, sous tous les aspects physiques et moraux. Elle avait pour objet de découvrir les lois de l'ordre , dans leurs rapports avec la liberté, la propriété et l'autorité, les trois éléments essentiels de toute organisation sociale. Ouesnay , dans son premier ouvrage, intitulé : le Droit naturel, recherche, en se plaçant à un point de vue général, l'essence de ces droits naturels. Plus tard, dans un autre livre, qui a pour titre : Maximes générales du gouvernement économique d'un royaume agricole, il essaye de jeter, dans une série de trente maximes ou principes généraux , les bases de toute la science économique. Dans la quatrième de ces maximes il atïïrme que la sécurité de la propriété est , pour toute société , le fondement essentiel de l'ordre économique. Dans la vingttroisième il déclare que les relations commerciales d'une nation avec les autres ne sont pas pour elle une occasion de perte. Dans la vingtquatrième il examine la doctrine de la balance du commerce, et l'accuse d'erreur. La vingtcinquième est ainsi conçue: «Qu'on maintienne l'entière liberté du commerce, car la police du commerce intérieur et extérieur la plus stîre, la plus exacte, la plus profitable à la nation et à rÉtat , consiste dans la pleine liberté de la concurrence.»

Ainsi Ouesnay établissait comme les principes fondamentaux de son système, l'inviolabilité de la propriété privée, et le droit inhérent à chacun d'échanger son bien avec qui bon lui semble. Le droit de libre échange entre les nations était donc une des pierres angulaires de sa philosophie. Les trois maximes que nous venons de citer portaient en elles la ruine complète du système économique de son temps, et quoique plusieurs parties de sa docirine soient maintenant abandonnées comme entachées d'erreur, une suite non interrompue d'hommes éminents en France, en Italie, en Allemagne et en Angleterre, tous directement sortis de l'école de Ouesnay. se sont, depuis la publication des Maximes générales en 1756, attachés à les répandre. Ces principes , enfin, ont fait peu à peu leur chemin ; ils ont conquis l'adhésion des esprits les plus éminents de tous les pays, et soumis à une suite d'expériences, ils ont, après une période de quatre-vingt-dix ans, obtenu leur premier triomphe en Angleterre, dans le rappel des lois sur les céréales [corn laws), en 1846, et ce premier succès a été suivi de plusieurs autres. Ils ont pris ainsi une place définitive dans le gouvernement des nations, et, il n'en faut pas douter , parviendront, tôt ou tard, à rallier l'assentiment uuiverscl.

ECONOMIE POLITIQUE

Il était évident que le sujet considéré par Quesuay s'étendait sur un champ trop vaste pour quune seule science pût l'embrasser. II forme , en réalité , un groupe de sciences distinctes, sans rapport les unes avec les autres. Un des amis les plus distingués de Quesnay. le grand Turgot, pulDlia un ouvrage sur la formation et la distribulion des richesses, où il traitait une partie des matières que Quesnay, comprenait sous le nom Économie politique. Un professeur de Glasgow, que ses talents avaient déjà rendu célèbre dans son propre pays, fut attaché à la personne du jeune duc de Buccleugh pour voyager avec lui en qualité de gouverneur, et il se mit, à Paris, en relation avec le cercle d'hommes distingués dont Quesnay et Turgot étaient le centre. Ce professeur, on devine que nous parlons d'Adam Smith, embrassa avec ardeur la science nouvelle; après être retourné dans sa patrie, et avoir consacré dix années au travail, il publia, en 1776, son célèbre ouvrage : la Richesse des nations, vaaXs, il ne lui donna pas le titre d'économie politique. 11 nous apprend lui-même, dans l'introduction au livre IV, le sens qu'il attache à ce dernier terme. — «L'économie politique considérée comme branche de la science de l'homme d'État et du législateur se propose deux objets distincts : d'abord de fournir à la nation un abondant revenu, ou de larges moyens de subsistance , ou plus exactement de mettre la nation en état de se les procurer à elle-même; et sccoudement de pourvoir l'État ou la communauté d'un revenu suffisant pour rémunérer les services publics. Elle avait eu vue d'enrichir à la fois la nation et le souverain. »

L'école des physiocrates, après avoir compté" dans son sein beaucoup de disciples éminents, périt en France; une nouvelle école s'éleva à sa place et prit Smith pour chef. Elle eut pour fondateur J. B. Say, qui le premier sépara nettement la discussion des questions de gouvernement et de jurisprudence, des recherches relatives à la richesse, et appliqua exclusivement à ces dernières le nom d'Economie politique. «On a longtemps, dit-il, confondu la politique proprement dite, la science de l'organisation des sociétés , avec Véconomie politique qui enseigne comment se forment, se dislribuent et se consomment les richesses qui satisfont aux besoins des sociétés. Cependant les richesses sont essentiellement indépendantes de l'organisation politique. Sous toutes les formes de gouvernement un État peut prospérer s'il est bien administré. On a vu des nations s'enrichir sous les monarques absolus; on en a vu se ruiner sous les conseils populaires. »

La déflnition que J. B. Say propose ici , a été généralement reçue depuis lors, et l'on appelle économie politique la science qui traite de la production, de la distribution et de la consommation de la richesse. Cette manière de concevoir la science a été adoptée par un grand nombre d'écrivains éminents parmi lesquels on peut nommer Ricardo, Malthus, Mac Culloch, James Mill, Senior, John Sluart Mill, en Angle-

terre; Rossi, Courcelle-Seneuil, Joseph Garnler, Baudrillart, en France; Rau, Roscher et tant d'autres en Allemagne. On peut dire que ces hommes distingués forment la seconde école d'économie politique.

Cette détermination delà nature de la science peut sans doute paraître assez claire à première vue; mais malheureusement aussitôt que nous en arrivons à l'examiner en vue de la pratique , nous nous apercevons qu'il n'en est pas ainsi. En effet , les mots production, distribution, consommation . richesse, ont un caractère essentiellement technique ; ils restent complètement inexpliqués eux-mêmes , et n'apportent aucun sens précis à l'esprit du commun des lecteurs. [Voy. Richesse.)

Il serait beaucoup trop long de signaler toutes les objections que soulève une semblable définition, mais nous en indiquerons seulement une ou deux. On dit que la science traite de la production de la richesse. Or les travaux de l'agriculture , des manufactures , de tous les arts en un mot , ont précisément pour objet la production de la richesse. D'où il résulte que beaucoup de personnes, lorsqu'on leur apprend que l'économie politique traite de la production de la richesse, doivent être frappées de cette idée qu'elle enseigne les arts et les procédés spéciaux de Fagriculture , de l'industrie et de toutes les autres branches du comnicrce. Il n'y a pas cependant un économiste qui ne répondit aussitôt que l'économie politique n'a rien à faire avec l'art de l'agriculture, mais se borne à s'occuper de la valeur des céréales, etc., après qu'elles ont été produites; de même les arts et les procédés de l'industrie ne sont pas de son ressort, mais seulement la valeur des objets produits. Nous pouvons donc nous convaincre d'un coup d'oeil que le mot production comporte, en économie puhtique, une signification particulière et technique qui reste cachée aux profanes, et il en résulte eu môme temps pour nous la preuve que ce mot ne devrait pas entrer dans une définition populaire'.

Nous ne choisirons plus qu'un seul exemple parmi tant d'autres qui pourraient être allégués pour démontrer le peu d'exactitude de cette défluition. J. B. Say et tous les économistes s'accordent pour admettre qu'une dette, titre de créance, est richesse. Un banquier achète une lettre de change, c'est-à-dire une dette, avec un de ses propres billets, ou en d'autres ternies il achète une dette en- en créant une autre. Cela se rattache au grand système de crédit qui , de l'aveu de tout le monde , est une branche de l'économie politique. Cependant des personnes peu éclairées auraient beaucoup de peine à comprendre comment Facquisition de dettes en échange d'autres dettes peut faire partie de la production, de la distribution et de la consommation do la richesse.

Ces exemples peuvent donner à nos lecteurs

1. Ii'autenr s'attache nu peu trop au sons littéral ô.\iraol production. il.C

ECONOMIE POLITIQUE

un léger aperçu des difficultés et des embarras de toutes sortes auxquels donne lieu la définition que nous venons de considérer. Nous devons maintenant chercher à découvrir une autre définition qui échappe aux difTicultés, et qui donne une idée claire de la science qu'il s'agit de définir.

Les économistes s'accordent à affirmer que leur science traite exclusivement de la richesse. Or qu'est-ce que la richesse?

Beaucoup de personnes peuvent supposer qu'on doit entendre par richesse tout objet utile aux hommes, mais telle n'est pas la signification technique du mot richesse; ainsi l'abbé Baudeau. l'un des physiocrates les plus distingués, s'exprime ainsi dans son Li^rorfi^ction à la j)hilosopliie économique, § V.

« Les objets propres à nos jouissances utiles ou agréables sont appelés des biens, parce qu'ils procurent la conservation, la propagation . le bien-être de l'espèce humaine sur la terre. Mais quelquefois ces biens ne sont pas des richesses, parce qu'on ne peut pas les échanger contre d'autres biens , et s'en servir pour se procurer d'autres jouissances. Un beau temps, une bonne santé, une beUe âme sont des biens sans être des richesses. Les productions de la nature , ou les ouvrages de l'art les plus nécessaires et les plus agi-éables cessent d'être des richesses quand vous perdez la possibilité de les échanger et de vous procurer par cet échange d'autres jouissances. Le titre de richesses suppose donc deux choses : premièrement les quahtés usuelles qui rendent les objets propres à nos jouissances utiles ou agréables, et qui les constituent des biens; secondement la possibilité de les échanger, qui fait que ces biens peuvent nous en procurer d'autres, ce qui les constitue richesses. »

Nous Aoyons par là cpie la condition essentielle de la richesse est la possibilité d'être échangée , ou si nous pouvons employer ce mot, son échangeabilité , d'où il suit que tout ce qui est échangeable, quelle qu'en soit la nature, corporelle ou incorporelle, est richesse; U semble naturel de conclure de là que la science, dans les objets dont elle traite, considère exclusivement leur qualité d'objets échangeables.

Dans la même année où Smith publiait sa Richesse des nations, c'est-à-dire en 1776, Condillac, le célèbre métaphysicien français, faisait paraître un ouvrage intitulé : le (Commerce et le Gouvernement , considérés relulicement l'un à l'autre. La science économique y est expressément définie «la philosophie du commerce « ou «la science des échanges». L'ouvrage tout entier repose sur cette conception fondamentale, et l'auteur y étudie avec une rare habileté les lois qui président aux rapports des valeurs (quanlities) en tant qu'objets d'échange. Ce hvre cependant, autant que nous pouvons en juger, resta pendant fort longtemps inaperçu, et néanmoins c'est à cette façon de concevoir la science que la plupart des économistes les plus distingués de l'Europe tendent à s« rallier aujourd'hui. Condillac peut être

ainsi regardé comme le fondateur de la troisième école d'économie politique. La science a été considérée à ce point de vue , en Angleterre, par le docteur Whately. archevêque de" Dublin, et par un grand nombre d'autres savants , en France, par Frédéric Bastiat, M. Michel Chevalier, et beaucoup d'autres aussi.

Nous adoptons expressément , pour notre compte, cette définition de la science, convaincu des avantages immenses qu'elle présente sur la définition que nous avons examinée plus haut. En même temps qu'elle satisfait aux conditions d'une science physique, elle embrasse un ordre distinct de quantités, quantités dont les rapports mutuels sont régis par une idée ou une conception unique, la possibilité d'être échangées (échangeabilités), et la science a ainsi pour objet de découvrir les lois de leurs i-elations réciproques en tant qu'échangeables ou variables. Nous obtenons doue un nouvel ordre de quantités variables. La belle doctrine de Bacon , sur la continuité de la science, nous met à même de nous convaincre que les lois de la valeur doivent être eu harmonie avec la grande théorie générale des quantités variables en général. De là suit l'existence nécessaire de quelque grande loi générale de la valeur, qui dans tous les cas imaginables gouverne la valeur des choses. Quelle est cette grande loi générale? On ne saurait le déterminer qu'à la condition de soumettre tous les problèmes qui peuvent se présenter, à Fépreuve de liuductiou logique, qui déjà a fixé les grandes lois générales des sciences physiques.

Telle est la manière d'envisager la nature de la science, qui parait devoir rallier Fopinion publique en sa faveur. Nous terminerons par quelques remarques sur le nom de la science. Nous ne sommes pas de ceux qui se font les esclaves de Félymologie, car il nous est facile de recounaiire qu'il est à peine une science, ou même un simple terme scientifique qui n'ait été profondément modifié à mesure que les connaissances faisaient des progrès. Le nom qu'on donne à la science qui nous occupe, importe peu. pourvu qu'il soit clairement défini. Le docteur Whalely propose celui de calallactique, mais celui «d'économie politique» est si solidement établi dans Fesprit public qu'il serait bien difficile de le changer et qu'on ne recueillerait aucun avantage de ce changement que rien d'ailleurs ne rend nécessaire. L'élymologie de ce nom révèle assez bien la nature de la science qu'il désigne. En effet, olxo;. en grec, ne signifie pas maison, ainsi que beaucoup de personnes le supposent; ce mot est rendu par oiy.ta , comme cela résulte clairement des explications de Socrate dans YÉconomique de Xénophon. Oix.o; est le terme technique qu'emploie la loi attiquc pour exprimer la propriété ou la richesse, de quelque nature qu'elle soit. La constitution sociale qu'on désigne sous le nom à'économique est donc opposée à la constitution socialiste ou communiste, cai cette dernière repousse Fexistence de la propriété privée, et elle est en conséquence inconciliable avec

ÉCONOMIE POLITIQUE

l'idée de valeur, tandis que par constitution économique de la société on entend une organisation dans laquelle prévaut le droit de propriété privée. L'objet de la science économique est donc de découvrir les lois qui gouvernent les rapports de la propriété eu tant qu'échangeable. S'il y avait lieu de proposer quelque changement dans ce nom, il pourrait consister à supprimer l'épithète ;)oftYi5'2^e^ et à nommer simplement notre science : «économique»', comme l'avait fait Condillac, qui aurait mérité d'être le fondateur d'une école. Ce nom correspondrait fort bien à ceux de «statique» , «dynamique», etc. Voi/., pour plus de détails, nos Éléme?i(s d'éconotiiie poHCique et notre Dictionnaire (l'économie politique. ( London , Longmans.)

Henri Dunning-Magleod.

Ainsi qu'on vient de le voir, pour notre collaborateur, l'économie politique est une théorie des échanges, subdivision d'une science plus étendue, qu'il novame sociologie. Cette dernière renfermerait les finances, la charité, l'émigration et diverses autres matières que la plupart des économistes modernes rangent dans Téconomie politique. Puisque M. Macleod prend la valeur pour point de départ de sa doctrine, et arrive, par voie de déduction rigoureuse, à «la production, à la distribution et à la consommation», nous n'avons que peu de réserves à faire. Nous ne pouvons comprendre, par exemple, les finances dans la sociologie — science dont personne n'a d'ailleurs encore déterminé les limites — nous les considérons, au contraire, comme rentrant essentiellement dans la politique; à moins qu'on ne considère la politique elle-même comme une branche de la sociologie. Seulement, les impôts ayant une influence réelle sur la production et la consommation, c'est avec raison que les traités d'économie politique consacrent un chapitre à leur examen. Mais il n'entre pas dans notre cadre d'approfondir cette question; il nous a suffi de l'indiquer. Nous abordons maintenant un ordre d'idées qui nous touche de plus près.

II. Rapports de l'économie politique avec la politique. Si noua avons raison de définir la politique la science du gouvernement, elle a nécessairement des rapports étroits avec l'économie politique. En d'autres termes, l'homme d'État ne saurait se passer d'une connaissance approfondie des lois économiques qui gouvernent la société. Au fond, les phénomènes si variés qui constituent le domaine de l'économie politique, n'ont qu'un seul but : la conservation de l'individu, dans les meilleures conditions possibles. Pourquoi produit-on, si ce n'est pour se nourrir, se vêtir, se procurer un abri? Pourquoi divise-t-on le travail, établit-on des relations d'échanges entre des individus et entre des pays, si ce n'est pour rendre abon-

1. M.Joseph Garnier a soutenu, dans une séance do la Société d'économie politique de Paris, avec beaucoup d'esprit et avec d'excellents arguments, la «onvenance d'introduire le mot Economique; mais J'habitude, qui est une seconde nature, s'est montrée plus forte que les raisonnements. M. B.

dante et agréable la nourriture, pour donner de la durée et de la beauté au vêtement, pour orner l'abri et le rendre confortable? Et le bien-être ne conserve-t-il pas la santé , ne prolonge-t-il pas la vie?

La politique est pour l'être collectif qu'on appelle État, ce que l'économie poUtique est pour l'individu : comme science, elle étudie les causes de la conservation, du progrès et de la décadence des États; comme art, elle prend les mesures nécessaires pour arriver à ses fins. Or, l'individu est l'élément, la matière première, la monade de l'État, et ces mesures ne pourront s'appliquer qu'à des hommes isolés ou à des groupes de populations.

Aucun gouvernement ne saurait donc rester indifférent au mouvement économique du pays, et ce mouvement sera affecté par tout grand acte gouvernemental. Ces rapports mutuels nous semblent tellement évidents, que nous n'insistons pas.

L'existence de ces rapports admis, faut-il eu conclure que le gouvernement doive chercher à s'emparer du mouvement économique du pays, qu'il doive le diriger, le régler afin de prévenir tout écart? Nous ne demandons pas mieux que de jouir indéfiniment d'un bonheur inaltérable, nous consentirions peut-être à renoncer à notre liberté à ce prix. Mais un gouvernement peut-il nous garantir ce bonheur? Est-il assuré contre toute erreur? N'estil pas, au contraire, rationnel de penser que le particuher saura généralement mieux que le gouvernement , ce qui lui convient. D'ailleurs , s'il se trompe , c'est lui seul qui pâtit , tandis que chaque erreur de l'autorité fait souffrir des populations entières.

Voilà donc une raison très-concluante, ce nous semble , contre l'intervention directe du pouvoir dans le mouvement économique. Si la possibilité de l'erreur n'est pas un argument d'une valeur absolue , elle devra réduire l'immixtion du gouvernement à un minimum, et le pouvoir s'abstiendrait de toute action lorsqu'il n'aurait pas acquis la conviction que ses actes auront un effet bienfaisant. En d'autres termes, le célèbre laissez faire, laissez passer sera la règle, l'intervention, l'exception.

On pensera peut-être qu'une telle doctrine tend à rendre inutile à l'homme d'Élat, l'étude de l'économie politique. 11 n'aurait qu'à s'abstenir tout à fait pour échapper au danger de nuire.

Nous répondrons d'abord que nous n avons pas dénié d'une manière absolue l'utilité de l'intervention , il s'agit seulement de savoir discerner les cas où elle peut avoir lieu avec avantage. (Voy. Encouragement.)

Du reste , la politique exerce une influence sur la production et sur le mouvement des échanges , même sans le chercher et sans le désirer, souvent même contre son gré. L'arbre n'a aucune mauvaise intention contre la plante que son ombre tue, et la foudre n'a aucun grief contre la maison qu'elle embrase: l'arbre et la foudre suivent leurs lois, la plante et la maison les subissent. De môme, lorsqu'un gouvcr-

ECONOMIE POLITIQUE. — EDIT

nement déclare la guerre à un voisin , il ne se propose aucunement de faire tomber le prix de sa propre rente ou de provoquer la fermeture d'une partie des ateliers de ses nationaux; mais la guerre aura nécessairement cette conséquence.

11 s'ensuit que chaque acte gouvernemental devrait être précédé, non-seulement d'un examen politique , mais encore d'un examen économique de, ses etTets et de ses conséquences. L'homme d'État doit donc faire une étude approfondie de l'économie politique. De plus, aucun gouvernement ne peut vivre sans finances, et un grand nombre d'entreprises politiques exigent des capitaux qu'il faut savoir trouver sans tarir les sources de la production. Est-il nécessaire de multiplier les exemples pour montrer combien de lois administratives , civiles, pénales et surtout commerciales exercent une influence directe sur la production et les échanges, sur les progrès du bien-être, sur la prospérité nationale? Cette influence est incontestable et incontestée, nous nous bornons donc à l'énoncer, et renvoyons aux divers articles politico-économiques, dont la plupart en renferment implicitement ou explicitement la démonstration. Maurice Block.

Comparez: Banque, Capital, Crise, Production, Richesse, Salaire, Travail, etc.

ÉCONOMIE SOCIALE. Beaucoup de personnes prennent ce mot comme synonyme ^'économie politique, et plus d'un auteur a hésité un moment dans son choix. Pour d'autres, au contraire, l'économie sociale a un sens plus large, comprenant la théorie économique et les différents systèmes socialistes, peut-être môme la science sociale [la sociologie) , et jusqu'à la politique. (Vo/j. Économie politique, Science sociale, Socialisme).

ÉCUSSON. La seule significalion de ce mot qui puisse nous intéresser ici, est celle qu'on lui donne dans l'art héraldique. — Écusson est souvent employé pour désigner les armoiries d'une famille ou d'une race, mais dans une dimension plus grande que celle de l'écu ordinaire. 11 s'emploie encore pour désigner un ou plusieurs petits écus qui entrent dans la composition principale ou accessoire d'une armoirie. II se dit aussi des parures d'armes que l'on place , soit comme décoration architecturale , soit comme désignation locale. Ce mot dérive tout naturellement de l'écu ou bouclier que portaient autrefois les guerriers, et sur lequel ils faisaient graver leurs armes, leurs devises et quelquefois leur propre image, s'il faut en croire les relations des premiers temps de la chevalerie. Henry Legeay.

Comparez: Héraldique.

ÉCDYER (GRAND). A son origiue, lécuyer était un homme de guerre armé de ïdcu ou bouclier, de la lance et du javelot. — Placé au premier rang dans les combats, n'étant assujetti à aucune redevance pécuniaire pour les terres

qui lui étaient données en récompense de sa bravoure , on l'appela gentilhomme ou noble , pour le distinguer du peuple alors en servage.

Lorsque la chevalerie voulut se donner des écuyers, elle en prit dans toutes les conditions, et ils ne furent considérés que comme des serviteurs qu'on anoblissait ensuite par le titre de chevalier. Sous Henri 111, le titre de noble fut de nouveau donné aux écuyers; il fut solennellement reconnu par l'ordonnance de Blois de

La féodalité, qui flt de chaque seigneur un petit souverain , nous montre la charge d'écuyer comme l'une des plus importantes auprès des seigneurs féodaux. Lécuyer accompagnait son maître en tous lieux; il portait sa bannière et poussait son cri d'armes sur les champs de guerre. Cette charge, la plus honorable de toutes celles qui ont été attachées au titre d'écuyer, fut mise au nombre des dignités de la cour, et le roi eut son grand écuyer. Sous Charles Yll, nous voyons déjà Tannegui du Chaste! qualifié de ce titre, auquel des prérogatives très-étendues furent accordées.

Le grand écuyer est spécialement chargé des écuries royales et de tout ce qui y est relatif. Il fait partie des grands officiers de la Couronne et accompagne généralement le souverain. Dans les circonstances solennelles, son rôle devient important. Il précède le monarque et porte son épée.

Cette dignité a été conservée par les monarchies modernes, et quoique, à certains égards, le grand écuyer n'ait plus les mêmes prérogatives qu'autrefois, il est toujours l'un des olhciers les plus importants de la cour.

Henry Lege.w.

ÉDILES. ÉDILITÉ. Les édiles, d'abord au nombre de deux et ensuite de quatre , étaient des magistrats de l'ancienne Rome chargés de la surveillance des temples et des monuments, de l'entrelien des routes et de la police des jeux et des marchés. L'édilité était , soit le temps, soit l'exercice même de cette magistrature. Dans les temps modernes, l'édilité comprend tout ce qui concerne les constructions urbaines, les «bâtiments civils».

ÉDIT. Le mot édit vient du latin edicerc. faire savoir, ordonner. On pubhait des édits chez les Romains ; les rois de France ont aussi quelquefois employé ce terme.

Les édits étaient datés du mois et de l'année: ils étaient signés du roi , visés par le chanceher, et scellés du grand sceau en cire verte sur des lacets de soie rouge et verte.

Les édits, de môme que les ordonnances et déclarations, n'étaient observés que du jour de leur enregistrement au parlement. Les édits différaient des ordonnances , en ce que cellesci embrassaient communément différentes matières, tandis que les édits n'avaient ordinairement pour objet qu'un seul point. R — z.

CoMPAKEZ : Décret, Loi, Lettres patentes.

EDIT DE NANTES

ÉDIT DE NANTES. L'cdit signe par Henri IV, à Kantci, ie 15 uvril i5'J8, est un des événements les plus importants de notre histoire nationale, moins encore parce qu'il mit fin à la longue période des guerres de religion que par le principe nouveau dont il consacra Tavénemeiit dans le droit public de la France.

"Cette charte de droits, dit Augustin Thierry, transportait à l'État l'unité dont le privilège avait , depuis tant de siècles , appartenu à l'Eglise.» En effet, tandis qu'au moyen âge l'Élat était morcelé et l'Église une. à dater d'Henri IV, l'unité monarchique fut élargie et consolidée, et l'unité religieuse cessa d'exister, en, droit comme en fait. Un culte condamné par l'Église comme hérétique était non -seulement reconnu et protégé , mais salarié par le gouvernement; il ne s'agissait plus d'édit de grâce ou même de paciûcatiou , mais d'une charte qui déterminait les droits respectifs de deuxÉghses dans l'État.

Chacune des deux eut des concessions à faire et reçut des avantages importants. Dans le préambule, l'édit est motivé non-seulement par la nécessité de fixer les droits des réformés, mais par la volonté de rétablir l'exercice du culte catholique dans toute la France; ce culte était aboli alors dans le Béarn, à la Rochelle, à Nimes, à Montaubau; il fallut même, en quelques endroits, comme à Montauban, où l'Eglise romaine n'avait pas un seul membre , improviser un noyau de population cathohque avec des fonctionnaires de l'État, en créant, pour ce but, des établissements publics.

Ces changements avaient été instamment demandés par les catholiques. Les protestants n'avaient pas moins supplié le roi de donner des garanties à l'Église qu'il quittait, à ses frères d'armes et ses premiers sujets. « Nous demandons un èdit à Votre Majesté qui nous fasse jouir de tout ce qui est commun à tous Tos sujets, c'est-à-dire beaucoup moins que ce que vous avez accordé à vos transportés ennemis, à vos rebelles ligueurs... Ni l'ambition, ni l'avarice ne nous mène. La seule gloire de Dieu, la liberté de nos consciences, le repos de l'État, la sûreté de nos biens et de nos vies, c'est le comble de nos souhaits et le but de nos requêtes.» C'était l'assemblée. protestante de Loudun qui tenait au roi ce noble langage; et ce fut avec cette même assemblée, transférée successivement à Vendôme, à Ghâtellerault et enfin à Saumur, que le roi traita. Mais il attendit d'avoir dompté les derniers restes de la Ligue, et loin que l'édit lui fût arraché par les protestants, connue on l'a tant répété , Henri était alors à la tète de son armée pour réduire le duc de Mcrcœur, et intimidait, par cet appareil militaire , l'assemblée dont il se trouvait fort peu éloigné.

Au fond, il ne demandait qu'à pacifier sou royaume, à réconcilier les deux partis, à faire aux deux Églises leur juste part; mais la tâche était ditficile; le point de vue de tolérance et d'équité où se plaçait le roi, n'était Jii compris, ni accepté par ses contemporains. 11 confia la négociation de ledit à un catholique, de Vie,

et à un protestant, le chancelier de Navarre, Soffrey de Calignon, personnage trop peu connu, dont Lestoiles , d'Aubigné et de Thou font un magnifique éloge. H n'a manqué à Calignon, pour jouer un rôle éclatant, que d'abjurer; à ce prix on lui oli'rit , mais en vain , la simarre de chancelier de France. Plus tard, Henri leur adjoignit G. de Schomberg, comte de Nauleuil et l'ami de Calignon, l'illustre J. A. de ïhou, qui, au premier abord, avait refusé une tâche si compromettante; il incUuait trop vers la tolérance pour ne pas s'attirer, en pareille matière, l'animadversion des catholiques ardents; sa participation à l'édit de Nantes est un de ses plus beaux titres d'honneur. De son côté, l'assemblée nomma à maintes reprises des négociateurs; la plus importante des commissions qu'elle chargea de défendre les intérêts de la Réforme fut composée de quatre protestants célèbres à des titres divers: du Plessis-Mornay , Agrippa d'Aubigné, le pasteur Chamier et le duc de la Trémouille. M. Anquez a remarqué, avec raison, que la France doit à cette assemblée tout autant, si ce n'est plus, qu'à Henri /rihonneur d'avoir devancé son siècle par les sages principes qu'inaugura l'édit de Nantes. [Histoire des assemblées poliliques , p. 79.)

D'après Fédit, les réformés sont autorisés à habiter dans tout le royaume, sans être astreints nulle part à aucun acte de catholicité. Interdit à Paris et cinq lieues à l'alentour , leur culte est maintenu ou réIabU: 1° partout où il existait en 1596 et 1597; 2» partout où U était autorisé par Fédit de 1577; 3° dans une ville ou bourg par bailliage, sans déroger aux traités particuliers par lesquels certains ligueurs avaient stipulé dans telle ou telle place Finterdiction permanente du culte protestant; 4° chez tout possesseur de haute justice ou plein fief de haubert; 5° chez les possesseurs de simples iiefs, mais à la condition, pour ces derniers, que les assistants ne dépasseraient pas le nombre de trente. Toutes charges et emplois, tous collèges , écoles et hôpitaux sont ouverts aux protestants. En tout lieu où leur culte est autorisé, ils peuvent fonder des écoles et collèges de leur religion, publier leurs hvres, et un cimetière leur sera accordé. L'enlèvement des enfants et l'exhérédation pour cause de religion sont interdits. Les réformés payeront la dime, respecteront les jours fériés, cl en cas de mariages, les degrés de parenté interdits par FÉglise. Les enfants des réfugiés , quoique nés hors du royaume, sont Français. Il est créé deux chambres mi-parties aux parlements de Bordeaux et de Grenoble; celle de Castres est maintenue; à Paris, pour tous les procès qui intéresseront les protestants, il y aura tine chambre de l'édit dont le ressort comprendra la Normandie et la Bretagne , eu attendant que ces provinces aient elles-mêmes des chambres de l'édit. Toutes pratiques et négociations ù.Aïi& le royaume et au dehors , toute cotisation ou levée de deniers non autorisée, sont défendues, le roi se réserve de permettre ou non les assemblées poliliques , ainsi que les synodes nationaux et provinciaux.

ÉDIT DE NANTES

L'édit se compose de quatre-vingt-douze articles; il est suivi (ï articles secrets au nombre de cinquante-six, datés du 2 mai; les six premiers sont destinés à spécilier quelques-unes des immunités accordées aux protestants; les autres règlent une foule de difficultés de détail ou d'intérêts particuliers. Une deuxième annexe est le brevet par lequel le roi ordonne à ses trésoriers de payer à M. de Vicrse, commis à cet eiTet, 45,000 écus par an « pour employer à certains affaires secrets.... que S. M. ne veut estre spécifiez ni déclarez. » On cachait sous cette réticence le budget du culte réformé , pour ne pas avouer ofFiçiellement, devant le clergé et le pape, que l'État, en salariant les pasteurs, devenait complice et fauteur de l'hérésie. Euûn une dernière série d'articles secrets maintint, pour huit années, les réformés en possession des places de sûreté qu'ils possédaient à la fln d'août, et autorisa l'assemblée politique des protestants à déléguer dix de ses membres qui devaient rester réunis à Saumur jioicr /a poursuite de l'exécution de redit jusqu'à ce qu'il eût été vérillé au parlement de Paris.

L'édit de Nantes se déclarait lui-même perpétuel et irrévocable, loi générale, claire, nette et absolue. Il devait être juré par tous gouverneurs, bailHs et maires; juré, enregistré et publié par toutes les cours souveraines. Il fut confirmé par Marie de Médicis, régente, immédiatement après la mort d'Henri IV et par Louis XIII, au moment de sa majorité; il le fut encore par Anne d'Autriche et à plusieurs reprises par Louis XIV.

Mais, bien avant ces dernières ratifications, ilavait subi des modifications profondes. Comme on pouvait le prévoir, sa promulgation ne satislit personne. Il ne rassura pas les protestants, et il indigna le parti catholique auquel le principe nouveau parut une défaite et un sacrilège; on peut dire que ce parti n'accepta point l'édit de iXantes et que jamais, pas même un seul jour, cet édit ne fut parfaitement exécuté dans celles de ses clauses qui étaient favorables aux huguenots. En vain le roi attendit, pour faire couuaitre l'édit, le départ du légat du pape; le clergé, l'université, les parlements éclatèrent en murmures. Après mainte et mainte jussion demeurée sans effet, Henri IV manda au Louvre les députés do toutes les chambres du parlement de Paris et leur adressa, le 7 février 1599, les plus pressantes exhortations , mêlées de menaces. En même temps il leur flt des concessions, s'engageant à ne jamais nommer de protestants à certaines fonctions judiciaires et promettant que toute cause où des prêtres seraient intéressés ne serait jamais jugée par la Chambre de Pédit de Paris, bien que ce tribunal n'eût qu'un membre prolestant. Ce fut seulement le 25 février 1599 que le parlement de Paris enregistra l'édit; ailleurs l'opposition fut plus tenace encore; il fallut que le roi envoyât deux commissaires dans chaque province , tant les i)arlen)ents lui marchaudaieut l'obéissance. Celui de Toulouse n'enregistra fédil que « pour être exécuté tant qu'il

plairait au roi ». Celui de Rouen ne Penregislra qu'eu 1609, plus de onze ans après qu'il eut été signé à ÎNantes, et encore y avait-il apporté de graves restrictions. On le voit, l'auteur de la nouvelle charte ne put la faire accepter qu'en la violant et en l'affaiblissant le premier. Aussi M. Anquez, dans son Histoire des assemblées politiques, distingue-t-il deux édlts de Nantes, celui que le roi signa et ce même édit modiûé plus ou moins profondément parles parlements; mais ce dernier, qui seul eut force de loi dans les diverses provinces, ne fut nullement uniforme.

Les protestants avaient donc de justes raisons d'alarmes; ils voyaient abolir leur culte en maints endroits au moment même où le culte catholique était réintégré partout; ils voyaient Pexistence de la plupart de leurs églises dépendre de l'arbitraire des gouverneurs ou des possesseurs des liefs et de la juridiction hostile des parlements. Une foule de dispositions de l'édit devaient nécessairement tourner à leur désavantage. Non-seulement leurs assemblées politiques, nécessaires à leur sécurité, mais leurs synodes, corps purement ecclésiastiques, dépendirent dès lors du bon plaisir d'une cour catholique. Il suffit à Louis XfV de ne plus autoriser aucun synode après celui de Loudun (1669-1670) pour décapiter l'Église réformée de France. Si ce corps mutilé a pu vivre sans tète depuis deux siècles, c'est que tous ses membres étant égaux, le centre vital y est partout; c'est ce que n'ont jamais compris ses ennemis, stupéfaits de voir persister la vie où ils avaient cru porter la mort.

11 faudrait transcrire les cinq yolumes de Y Histoire de V édit de iSantes, par Élie Benoit, et y ajouter nombre de faits qu'il a ignorés , pour donner une idée du spectacle unique que présentent de 1598 à 1685 les hostilités sourdes et toujours croissantes du gouvernement, du clergé, de la magistrature, contre Pédit. Rien déplus ingénieux, de plus persévérant, et souvent, il faut le dire, de plus hardiment déloyal que cette guerre incessante de toutes |lcs autorités du royaume, liguées ensemble contre un culte légalement reconnu. L'auteur d'uue Explication de l'édit de Nantes (Paris, 1666, 2 vol. in-8"), Pierre Bernard, conseiller au présidial de Béziers , rend naïvement grâces à Dieu de ce que cet édit et d'autres analogues ont été si heureusement éludés; «Dieu, dit-il, quin'abandonne jamais son Église, a permis qu'on ait trouvé dans les édits de pacification qui avaient donné un coup si funeste à la religion catholique, de quoi réparer une partie des pertes qu'elle avait faites. Que si ou ne ferme pas entièrement les plaies qu'elle avait reçues, on la met du moins en état d'une prochaine guérison, sans qu'on ait employé d'autres remèdes que ceux qui ont été pris dans ces mêmes édits.» Cet auteur s'étonne assez justement que les prétendus réformés se soient plaints au roi des violations de l'édit et lui aient demandé des commissaires pour en informer. « Cela s'est exécuté si fort à leur désavantage » . que sans doute ces plaintes ne se renouvelleront pas. Eu

EDIT DE NANTES

effet, les contraventions avaient commencé dès le premier jour, et, en général, quand il y eut une enquête, elle n'eut d'autre effet que de légitimer les abus. On imagina peu à peu contre redit toute espèce de faux-fuyants. Sous le premier prétexte venu , on faisait décréter , dans telle ou telle localité, une exception défavorable aux réformés, et bientôt après paraissait un arrêt dit Conseil ou une déclaration du roi qui transformait l'exception en règle générale.

L'ouvrage d'Élie Benoit , dont la pleine véracité a été constatée de nos jours par les juges les plus compétents, n'est que l'histoire de la violation graduelle et systématique de l'édit. Cette réaction continuelle et générale contre une loi trop libérale pour l'époque prit une extension rapide après la mort du législateur , qui déjà n'avait pu s'en défendre. Poursuivie par Richelieu , et moins rigoureusement par Mazarin, léguée par Anne d'Autriche jnourante à son fils , entreprise avec passion par Louis XIV , au moment où il passa sous la direction de M"" de .Maintenon, l'œuvre fut poursuivie au moyen des dragonnades [voy. ce mot). Quand enlin, le 17 octobre 1685, l'édit perpétuel et irrévocable fut aboli, on peut affu-mer que déjà il n'en restait plus rien; c'était comme un rocher isolé au milieu de la mer, qui, battu de tous côtés par les vagues, flnit par disparaître tout entier.

Il disparut aux applaudissements enthousiastes de toute la France. Racine, La Fontaine et M"e de Sévigné ne furent pas seuls à acclamer le vainqueur de l'hérésie. Séduite par le prestige de l'unité, ivre de grandeur monarchique, la France fut heureuse de voir prévaloir la religion du roi. On ne trouve en ce siècle quelque sympathie pour les protestants que chez Colbert et plus tard chezVauban, qui tous deux comprirent les services que pouvait rendre au pays l'activité laborieuse et intelligente des familles réformées. La révocation fit échouer les établissements industriels du grand ministre et consomma l'effacement universel de toute individualité devant le despotisme de Versailles.

Les effets pohtiques de la révocation furent déplorables. Le protestantisme européen se sentit atteint et rallia toutes ses forces. Les deux nations réformées que Louis XIV haïssait le plus se trouvèrent réunies sous la main d'un seul homme, son ennemi le plus détesté. Guillaume d'Orange donna l'exemple des coalitions contre la France et força Louis à le reconnaître comme roi d'Angleterre, à la place de ses protégés, les Stuart.

A l'intérieur, la révocation réveilla le fanatisme dans les deux Églises. Tous les évêqnes du Languedoc, en 1703, firent lire an prône par leurs curés des mandements agressifs et une bulle, en date du 1" mai de. cette année, par laquelle Clément XI absolvait de tout péché quiconque contribuerait à extirper de France les hérétiques. Les montagnards protestants des Cévennes, exaspérés par la persécution et surlout par les enlèvements d'enfants, devenus une mesure générale, se révoltèrent; la longue

insurrection des Camisards obhgca Louis XIV, en la personne d'un de ses plus orgueilleux maréchaux, duc et pair de France, à faire la paix avec un garçon boulanger d'Anduze, Jeau Cavalier. La révocation fut de tout point l'exacte contre-partie de la charte d'Henri IV; et, malgré la longue patience tant reprochée aux protestants par bien des historiens, l'édit de Louis XIV ralluma les guerres de religion éteintes depuis près d'un siècle par son aïeul.

Il est difficile d'évaluer les pertes que la révocation causa à la France. Au point de vue militaire, Vauban estime que le pays avait perdu 100,000 hommes, 1,200 soldats, 9,000 de ses meilleurs matelots, 600 officiers, et en espèces 60 milhons. Sismondi porte le nombre des réfugiés en terre étrangère à 300 ou 400,000. D'après les mémoires des intendants, contrôlés par d'autres informations, M. Weiss, l'historien des Réfugiés protestants, pense que 250 à 300,000 âmes sortirent de France en quinze ans (1685- 1700). Mais au moment où la révocation fut publiée, l'émigration étaft déjà trèsconsidérable; elle se ralentit ensuite; cependant elle ne cessa ni pendant les dernières années de Louis XIV, ni sous Louis XV. Les mémoires des intendants de provinces attestent que le commerce était en majeure partie dans les mains des réformés, à Rouen, Caen, Alençon, Sancerre, Metz, Nîmes, dans la Guyenne, le Brouage, et surtout le commerce de mer, à Bordeaux, la Rochelle, Oléron et sur les côtes de Normandie; la révocation réduisit tout ce négoce à rien. Les protestants qui se convertirent , furent eux-mêmes entravés dans leurs rapports avec l'étranger; ils ne pouvaient sortir du royaume qu'avec la permission expresse du roi, et moyennant le dépôt d'une caution de retour en argent , laquelle s'éleva suivant les circonstances jusqu'à 10, 20 et même 30,000 livres. Les relations commerciales très-nombreuses et très-actives des réformés avec l'Angleterre, la Hollande, l'Allemagne et la Suisse, furent ainsi anéanties.

Quant aux manufactures , c'était là surtout que les protestants rendaient les plus utiles services. Draps, laines, soies, toiles, rubans, dentelles, galons et brocarts, bas, chapeaux, tanneries, armes, fers et aciers, papeterie, étaient produits par eux, en Normandie, Picardie , Champagne , Ile-de-France , Touraine, Lyonnais, Languedoc, Haut-Gévaudan, Sédannais, Auvergne et Augoumois. Non-seulement maîtres et ouvriers furent ruinés ou s'enfuirent , mais les nations étrangères, l'Angleterre et ses colonies américaines, la Hollande, la Suisse, les États Scandinaves, la Russie et surtout la Prusse se fortifièrent à nos dépens en recueillant chez elles notre commerce et notre industrie. La Prusse a eu trois fondateurs, le Grand Électeur, Louis XIV et Frédéric II.

Louis XIV n'appauvrit pas moins ses États au point de vue des lettres et des sciences ; il détruisit des centres d'études, comme les fameuses académies de Saumnr et de Sedan et celles de Nîmes, Die, Orthez, Montauban et Orange. Nous ne pouvons ônumérer ici les hommes

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