‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 376 sur 557 · ÉDIT DE NANTES. — ÉDUCATION POLITIQUE · texte numérisé non relu

ÉDIT DE NANTES. — ÉDUCATION POLITIQUE

éminents dans toutes les branclies de l'activité humaine qui durent porter à l'étranger leurs travaux et leur renommée. Citons seulement Schomberg, Ruvigny, Duquesne, les philosophes Baylo et Abauzit, les théologiens ou prédicateurs Claude, du Moulin, Abbadie, Jurieu, Saurin, les savantes familles des Basnage, des Boausobre, des Ancillon, les historiens Elle Benoit£tRapin Thoyras, le naturaliste Lyonnet, l'illustre inventeur Denis Papin , etc., etc. Une multitude de littérateurs, de savants , de médecins, de jurisconsultes, d'artistes, s'expatrièrent malgré eux.

Il est sans doute impossible de refaire l'histoire avec des hypothèses ; cependant il est permis de penser que sans la proscription de tant d'hommes énergiques , sans l'avihssement de tous ceux qui se laissèrent acheter, depuis Turenne jusqu'à PéHsson, sans l'anéantissement d'une noblesse encore résistante, sans la ruine d'une classe moyenne, riche, intelligente et laborieuse, sans l'exil d'excellents ouvriers, aussi économes qu'assidus au travail, les destinées de la France eussent été meilleures pendant la triste fui du règne de Louis XIV, pendant les longues hontes du règne suivant et les tempêtes d'une révolution devenue trop nécessaii'e '. Depuis, le caractère français a souvent manqué d'un degré de ténacité, de gravité et de libéralisme résolu , que les protestants lui eussent donné.

De la révocation et de ses suites, remontons, en terminant, à l'édit. Lorsqu'à la lumière de l'expérience, on juge l'œuvre d'Henri IV, il faut reconnaître que ses intentions étaient droites, mais son but trop élevé pour son temps. « La France, comme Ta écrit Aug. Thierry, devançant à cette époque les autres peuples chrétiens, était entrée dans les voies de la société nouvelle qui sépare l'Église de l'État, le devoir social des choses de la conscience et le croyant du citoyen. » L'histoire ne peut exiger ni du seizième siècle, ni du dix-septième, de comprendre et de pratiquer la formule, encore si neuve aujourd'hui, d'un grand homme d'État de notre époque: « les Églises (ou mieux encore, les consciences) libres dans l'État libre. » Rien n'était libre alors. Dépouiller l'Église catholique de ses immenses privilèges politiques n'était pas chose exécutable. Il fallut donc que l'Église réformée, libre jusqu'à ce jour, échangeât son indépendance contre la tutelle du roi qui l'abandonnait , et du monde ofTiciel qui presque partout lui était hostile. Dès lors , il devenait évident que l'Église catholique ressaisirait un jour le monopole religieux momentanément aboli, et que l'édit irrévocable serait violé constamment et enfui révoqué. Toutes les chartes du monde n'ont jamais été que de vaines paroles, quand ceux qui les ont obtenues ont perdu le pouvoir nécessaire pour les faire observer.

Cependant, l'avéncment, même passager,

1. Ces lignes ont été écrites avant le beau livre de M. Quiuet sur la A'oro^H^ion. L'auteur confirme av.c éclat et par des i)reuves nombreuses ce que nous avançons ici.

d'un principe vrai n'est jamais stérile; l'arbre pourra tomber sous la hache, mais il laissera dans le sol des racines impérissables et d'invincibles rejetons. Le principe qu'inaugura l'édit de Nantes a fait, depuis 1789 , partie intégrante et incontestée de toutes les constitutions françaises. Les petits-fils de Louis XIY ont dû Facceptcr. On a pu essayer à toutes les époques d'en restreindre Tapplication, mais depuis longtemps le principe lui-même est devenu perpétuel et irrévocable , non de par le roi ou une charte, mais de par l'opinion publique, de par la conscience et le génie de la nation. Ath. Coquerel fils.

Comparez : Dragonnades, Réformation, Réfugiés.

ÉDUCATION POLITIQUE. Ce mot n'appartient malheureusement pas encore à notre vocabulaire politique. En l'enregistrant ici, nous ne pouvons que signaler une lacune regrettable dans nos institutions. C'est en vain qu'on chercheraitdansl'ensemblede notre organisation administrative quelque chose qui répondit de près ou dé loin, pour l'éducation poHtique des masses, à ce que nous ne possédons qu'imparfaitement , il est vrai, pour le développement des facultés intellectuelles et morales du peuple. L'éducation politique n'existe pas, à proprement parler; elle s'opère en quelque sorte instinctivement, sans qu'on ait encore songé à en jeter les bases et en établir les règles.

L'instruction politique elle-même n'est pas , d'ailleurs, plus assurée en France. Pour peu qu'on y réfléchisse, on s'étonne de voir l'indifférence avec laquelle les gouvernants ont toujours accueilli les observations présentées à cet égard. C'est à peine si l'économie poUtique est considérée aujourd'hui comme une science, et l'on attend encore l'introduction dans le programme des hautes études universitaires, celle si intéressante et si précieuse des règles administratives, des lois dans leur application courante, et enfin, comme complément indispensable, le long et minutieux examen des rapports mutuels et des intérêts respectifs des Etats et des souverains entre eux, c'est-à-dire la diplomatie.

Les seuls essais d'éducation politique se font en France avec les débuts de l'éducation classique. Les premières pages d'histoire ouvertes par l'enfance jettent dans les esprits les pre^ miers germes de la politique. Mais comment se développent ces germes? Dieu le sait! L'histoire des peuples anciens entretient trop souvent les plus fausses idées sur la condition des sociétés modernes, et c'est à l'âge où ces idées pourraient être réformées que les prescriptions universitaires font suspendre tout à coup l'étude des événements contemporains pour laisser la jeunesse dans l'ignorance dos changements politiques successivement opérés depuis les républiques d'Athènes et de Rome.

Mais si cette lacune dans le programme des études universitaires vient à être comblée plus fard par les jeunes gen.s de nos écoles supérieures, on ne voit pas malheureusement que les enfants du peuple aient les moyens de para-

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