EDUCATION POLITIQUE. — EGALITE
chever, eux aussi, une éducation à peine ébauchée sur les bancs des établissements primaires. Tout est alors laissé à leur instinct. C'est dans des lectures hasardées qu'ils puisent les éléments primordiaux dune science complexe dont ils auront un jour à faire une application diflicile; c'est soumis à toutes les influences et exposés à toutes les passions, qu'ils se préparent à jouer le rôle que leur réservent les grandes conquêtes politiques et sociales réalisées de nos jours.
Les réflexions que nous faisons ici appartiennent à tous les hommes justement préoccupés des moyens d'assurer à ces conquêtes tout leur développement. Si l'exercice des droits politiques ne devait être jamais qu'un incident dans la vie des classes populaires, il y aurait à peine lieu de s'inquiéter des conditions dans lesquelles il se produit. Si lesulTrage universel ne devait être jamais qu'un mot , qu'une sorte d'étiquette séduisante placée sur les constitutions politiques, nous ne songerions pas à tout ce qu'il y a parfois de dérisoire aujourd'hui dans l'appUcation qui en est faite. Mais nous ne faisons sans doute qu'assister au prologue d'un grand drame social destiné à se dérouler dans l'avenir, et quand on suppute les forces du peuple pour jouer le rôle qui lui appartient , on est obligé d'en reconnaître l'insufDsance actuelle, en regrettant l'absence de tout moyen sérieux de les accroître.
En un mot, l'éducation poUtique est nulle de nos jours. Le peuple n'en possède aucun des premiers éléments, et le hasard seul se charge d'en doter les classes favorisées par la fortune. C'est chose triste à avouer; mais, chose plus triste encore , on ne saurait se faire une idée de l'ignorance profonde qui règne , en général, dans toutes les classes de la société, pour tout ce qui touche aux matières politiques. On semble croire que les vrais hommes d'État peuvent s'improviser. Nul ne veut douter de son aptitude, et c'est surtout au lendemain des révolutions que se révèlent ces tristes et décevantes prétentions. Notre histoire contemporaine les pourrait citer par milliers; un rapide examen des phases diverses que nous avons traversées depuis un demi-siècle permettrait d'enregistrer nombre de lourdes chutes, dans lesquelles se sont brisées les réputations les mieux assises et les personnalités politiques les plus respectées.
C'est que, chez la plupart des hommes ambitieux du pouvoir, l'exercice de l'autorilé a bientôt fait d'épuiser les forces. Les plus ardents sont les premiers atteints. Ou les uns sont impuissants à soutenir le choc, ou les autres tombent bien vite dans les errements qu'ils ont combattus, incapables d'emprunter à leurs bruyantes théories les moyens praliques de réaliser des réformes pompeusement annoncées. Un ministre nous le disait avec beaucoup d'esprit, il y a quelques années, au lendemain dune démission volontaire amenée par une coalilion d'ignorants. Comme nous craignions de voir le désordre présider à l'ailminisfratiou de son successeur: « Demeurez tran-
quille, nous répondit-il; le ministère que je quitte ne saurait être mieux comparé qu'à un magasin de cristaux; et si vous croyez voir dans le ministre actuel un bâtonniste fougueux, je vous réponds, qu'une fois entré, il se gar- • dera bien de faire le moulinet. Tout ce que l'on casse doit se remplacer, et il faut savoir remplacer ce que l'on casse !... »
La comparaison était juste, et l'idée qu'elle trahissait, plus juste encore. II n'est donné à personne de pouvoir faire impunément le moulinet dans les sphères gouvernementales. Il est des conditions auxquelles nul ne saurait se soustraire; et de même que, dans la vie sociale, chacun de nous demande à son éducation première les lumières qui doivent l'éclairer, de même, nous avons besoin, pour marcher dans la voie pohtique, d'une lumière qui, malheureusement, nous fait défaut dès nos premiers pas. Ernest Dréolle.
CoMPAEEZ : Citoyen, Ecole, Esprit public.
EFFETS PUBLICS. D'après la définition de Ch. Coquelin , dans le Biclionnaire de l'économie politique , on désigne ainsi, non-seulement « les titres des obligations contractées par un État, telles que rentes inscrites ou bons du Trésor , de même que les obligations de toute grande administration publique, comme, par exemple, celle de la ville de Paris », mais encore « généralement toutes les A^aleurs qui se négocient à la Bourse par le ministère des agents de change ';.
Comparez: Banque, Crédit, Emprunt, Fonds publics.
ÉGALITÉ. Il ne serait pas difficile de démontrer que l'égalité est une des plus Avives aspirations des sociétés modernes. Sans parler du reste de l'Europe, où elle fait lentement son cliemin , elle se développe en France depuis 1789, et nos constitutions successives en ont consacré le principe. C'est pourtant un de ceux qui soulèvent le plus d'objections, et sur lesquels les philosophes ou les hommes d'État s'entendent le moins. La pratique souffre encore plus de dilhcultés que la théorie, ou pour mieux dire , le législateur profite de ce que celle-ci est vaguement formulée , pour éluder les conséquences extrêmes de celle-là. Comme l'égalité se propage dans une société divisée en classes depuis des siècles , les possesseurs du pouvoir et des richesses restreignent autant que possible les hmites de leurs concessions , tandis que les prolétaires étendent le plus possible le rayon de leurs exigences.
Pour élucider la question , il importe d'abord d'en rechercher les origines historiques, de prendre à sa naissauce, de suivre dans ses transformations, l'idée Égalité.
Elle était inconnue aux civilisations primitives, et, malgré toute l'admiration que nous avons pour l'éloquence de J. J. Rousseau, nous n'osous affirmer les considérations émises dans le Contrat social et dans le Discours sur l'inégalité des conditions; bien plus , nous n'hésitons pas à les démentir.