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EGALITE

Ce furent les plus intelligents et les plus forts qui fondèrent les premières sociétés en imposant leur joug aux moins capables et aux plus faibles. Toutes sont basées sur les droits delà force et de la conquête, sur l'inégalité érigée en principe. Aristote, dans sa Politique (livre I, chapitre 2), dit en termes formels:

« L'utilité des animaux privés et celle des esclaves est à peu près la même. Les uns et les autres nous aident, par le secours de leurs forces corporelles, à satisfaire les besoins de l'existence, la nature même le veut ainsi. 11 y a des esclaves et des hommes libres par le fait de la nature. »

Platon, Sénèque regardaient les esclaves comme des bandes irréconciliables. Le Digeste (livre IX, chapitre 9) classe les esclaves au nombre des choses, et la loi Aquilea fixe les bases de l'indemuité due par celui qui traite rhomme d'autrui ou le quadrupède faisant partie des troupeaux d'autrui [alioium homijiem alienumfe quadrcpedem, quœ pecicdum nttmeio sil}, de même, les lois des Germains, telles qu'elles nous ont été transmises dans les traductions, assimilaient l'esclave à un cheval. Il y a dans le code des Frisons un article de servo aut jumento alicno occiso, et des dispositions prises pour le cas où s'enfuit un esclave, une servante ou tout autre animal [si servus , autancilla, autbos, aut quodlibet animal fugit domiaum suian).

Du reste, entre les hommes libres, dans certains pays, régnait l'égalité politique; tous à Sparte étaient appelés à voter; tous avaient les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Dans l'Inde, avec le Brahmanisme et le Bouddhisme, comme l'a démontré M. Ferdinand Delaunay dans ses Origines du chris/ianisme (Paris, Didier, 1872, in-S"), naquit la doctrine de l'égalité devant Dieu, père de tous les hommes, loctriue largement développée par Jésus. Le jcrmon sur la Montagne eu est le programme, et nous croyons que la plus complète exégè.': en est ce passage du chapitre III de l'épitie aux Galafes: « Vous tous qui avez été baptisés , Aous avez revêtu le Christ, il n'y a plus ni Juifs ni Grecs, il n'y a plus ni esclaves ni libres et il n'y a plus ni hommes ni femmes; car vous n'êtes tous qu'un eu Jésus-Christ.»

Bien que les apôtres eussent alfecté de respecter Tordre temporel, et recommandé d'obéir aux puissances, il était impossible que l'inégalité antique ne fût point sapée dans ses bases. Les maîtres eux-mêmes contribuèrent à la renverser, en multipliant les manumissious; on voit par la formule 30 du livre II des Formules de Marcuifée, qu'ils regardaient comme un devoir d'émanciper leurs esclaves.

L'Église se constitua égalitairement; plusieurs conciles ont répété cette disposition: ' Il faut distribuer les fonctions ecclésiastiques, non selon l'origine de la chair, mais selon les mérites des vertus {officia ecclesiaslica, non secundum carnis originem , sed secu/idum, mérita virtuiuiadistribui oportet.) » Pour que cette maxime ne fut pas violée par la transmission héréditaire des bénéfices, Grégoire VII

imposa le célibat aux prêtres, et en face d'un monde où les fonctions étaient données à l'aristocratie de naissance, s'éleva une hiérarchie dont le chef suprême, "serviteur des serviteurs de Dieu, fut parfois le fils d'un pâtre ou d'un mendiant.

, En même temps qu'elle prêchait d'exemple , l'Éghse propageait l'égalité. Les pères, les évoques, les fondateurs d'ordres, relèvent le front trop longtemps courbé des malheureux condamnés à une obéissance héréditaire. « Pourquoi, demande Jonas, évêque d'Orléans, dans son livre de ïlnslitution des laïques, le maître et l'esclave, le riche et le pauvre, ne seraientils pas naturellement égaux, puisqu'ils n'ont sous les cieux qu'un seul Dieu, qui ne fait acception de personne? 0 riches et puissants , écoutez les enseignements de saint Paul, de saint Grégoire le Grand , de saint .\ugustin et de tant d'autres; reconnaissez les esclaves et les pauvres comme vos égaux naturels ! »

Le servage ne tarde pas à se substituer à la servitude et bientôt les masses furent amenées à se demander pourquoi elles subissaient le joug d'une oppressive oligarchie. Dans leur sein couvèrent les convoitises des Gracques et les colères de Spartacus. De formidables insurrections, qu'a racontées Robert Wace dans son Roma7i de Rou, éclatèrent en ^'ormaudie, en Picardie, dans l'Ile-de-France, à la fin du dixième siècle, et furent réprimées par d'horribles massacres , supplices et dévastations , mais la devise des paysans insurgés passa à leurs descendants: «Àous sommes hommes comme sont les seigneurs et nous sommes cent contre un.»

Maintenant que naus avons assisté à l'éclosion et au développement de l'idée égalité, nous pouvons constater qu'elle est complexe, et se ramifie en:

Égalité politique, droit égal pour tous de prendre part aux alfaires publiques;

Égalité devant la loi, mêmes droits et mêmes devoirs pour tous;

Égalité religieuse;

Égalité des avantages sociaux, accordés à tous sans distinction de naissance ou de fortune;

Égalité économique, répartition égale dea bénéfices.

C'est sous cette dernière face qu'elle se présente le plus généralement à l'esprit, et qu'elle effraye une foule de gens timorés qui voient en elle une menace ou un danger. Aussitôt qu'on en prononce le nom, ils se demandent si Gracchus Babeuf ne va pas sortir de sa tombeensanglantée. Ils croient entendre des utopistes répéter avec Jeau-.lacques , en renversant les bornes des domaines: « .Malheur ù vous si vous oubliez que les fruits sont à tous, et la terre n'est à personne ! »

Aussi, notre histoire est-elle pleine de réactions contre FégaUté. Dès le 1 1 juillet 1789, uu privilégié de l'ancien régime propose de la proclamer en ces termes: «La nature a fait les hommes libres et égaux; les distinctions nécessaires à l'ordre social ne sont fondées que sur l'utilité générale.» Déclaration inféconde

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