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I. DU PRINCIPE ET DE L'ESSENCE DU PROTESTANTISME

Le protestantisme ne se distingue pas du catholicisme uniquement, comme c'est le cas pour l'Église grecque, par des croyances, des cérémonies et des institutions ecclésiastiques. La diflèrence est plus profonde; elle porte sur les principes qui sont à la base des deux communions. L'une et l'autre dérivent également de l'enseignement de Jésus-Christ et des apôtres, et par conséquent, en dernière analyse, des livres bibliques qui contiennent cet enseignement. Mais tandis que dans le catholicisme l'interprétation de ces hvres, et par suite tout ce qui concerne la vie religieuse, appartiennent exclusivement au clergé réuni en concile et que le fidèle est tenu d'admettre simplement et sans plus ample informé, comme des déclarations positives de l'Esprit -Saint, les décisions du corps ecclésiastique régulièresource de la foi chrétienne, l'infaillibilité de l'Eglise visible (mais non pas du pape, dont la première combat aussi la suprématie), la doctrine semi-pélagieune du péché originel et de la grâce (hormis la théorie scolastique des œuvres surérogatoires), la transsubstantiation , la doctrine des sept sacrements, le purgatoire (bien que dans un sens très-ditférent), l'invocation des saints , les prières pour les morts, l'adoration des images (avec cette différence pourtant que les grecs ne souffrent dans leurs églises que des images Ijeintes). L'Eglise grecque se distingue d'ailleurs par certains rites qu'elle a conservés, tels que la triple immersion dans le baptême, la communion sous les deux espèces, la communion des enfants, la fidèle observation despréceptosnoachiqucs. CommcrÉglite des premiers siècles , elle jjermet aux prêtres , à l'exception des évèques et des moines, de se marier, mais une seule fois et avec une fille vierge, et elle continue aussi à observer les canons qui autrorisent le divorce pour cause d'adultère... »

On trouvera de plus amples détails dans l'ouvrage précité, ainsi que l'historique dos tentatives faites parle pape et même par les protestants de se rattacher l'Eglise d'Orient. M. li.

1. Cet article est rédigé au point de vue du protestantisme libéral. M. là.

ment assemblé; dans le protestantisme, au contraire, lïnterprétation de la Biljle est de droit pour tout fidèle qui , après s'être entouré de toutes les lumières dont il peut sentir le besoin, se fait lui-même ses proprescroyances d'après ce qu'il trouve dans l'Écriture sainte.

Telle est la différence essentielle entre les deux formes du christianisme. Elle est radicale. C'est, dans les choses religieuses , d'un côté, un système d'autorité et de l'autre un système de liberté. Chacun d'eux a ses avantages, comme aussi ses inconvénients, et en les considérant à un point de vue historique et philosophique , on peut dire qu'ils correspondent et conviennent à des états dilléreuls de culture et de civilisation. L'un s'impose, par la force même des choses, aux sociétés trop peu développées pour pouvoir se diriger elles-mêmes. . comme aussi aux individus qui, ne pouvant ou n'osant pas accepter la responsabilité de leurs actes, de leurs pensées et de leurs sentiments, invoquent un appui qui supplée à leur faiblesse; l'autre se produit naturellement aux époques où l'homme , plus éclairé, aspire à maintenir son individuahté et, se sentant capable de se déterminer librement lui-même. n'a plus besoin d'une main étrangère pour le guider dans les sentiers diiïïciles de la vie. Considérés à ce point de vue, le protestaulisme et le catholicisme peuvent être comparés, le premier a un État libre dans lequel chaque citoyen participe, dans une certaiue mesure, à la puissance législative qui fait les lois qui le régissent , le second à un État monarchique de droit divin, dont les sujets n'ont qu'à obéir et se taire.

11 suit de là que le protestantisme ne peut pas viser à cette unité de doctrines, de rites et d'institutions, dont le catholicisme se glorifie et qu'il donne pour une preuve de son caractère divin. La liberté d'examen dans les choses religieuses doit conduire nécessairement à une grande variété d'opinions, et % donne par conséquent naissance à une foule d'églises différentes; et c'est ce qui n'a pas manqué d'arriver dans le sein du protestantisme. Tous les controversistes catholiques ont présenté, avec Bossuet, ces variations comme un argument décisif contre le libre examen et par suite contre le protestantisme, qui en dérive. Les protestants l'ont cru aussi pendant longtemps; beaucoup le croient encore. De là une défiance plus ou moins prononcée contre le principe fondamental de toutes leurs églises. Ouc les protestants se rassurent. Tout le fragile échafaudage de la controverse catholique tombera le jour qu'ils voudront bien renoncer à la confusion qu'ils ont presque toujours faite entre la religion et la théologie, et qu'ils distingueront l'Église de l'école. La religion est une atlaire de sentiment; l'unité de sentiment est tout ce qu'elle demande. Le sentiment chrétien doit nécessairement être commun à tous les chrétiens; il est la marque à laquelle on les reconnaît. Le dogme n'est sans doute pas indifférent, puisqu'il est un besoin

ÉGLISES PEOTESTANTES.

de l'esprit et qu'il sert d'ailleurs à nourrir le seutiraeut religieux; mais, objet de la réflexion , il est susceptible , comme tout ce qui est du ressort de rintelligence, d'une infinie variété d'appréciation et de conception, chaque homme voyant sous un angle dillérent les propositions abstraites et métaphysiques.

L'unité d'opinions est loin d'avoir la valeur qu'on lui attribue. Elle est aussi bien, plus souvent même, la part de l'erreur que de la vérité. Témoin les musulmans et les bouddhistes , chez lesquels elle ne brille pas avec moins d'intensité que chez les catholiques. Elle est dans tous Jes cas le signe de la mort spirituelle, comme la variété et la mobiUté des opinions le signe de la vie de l'esprit. La paix universelle ne règne que dans le champ du repos, Leibnifz l'a dit depuis longtemps. Diversité de conceptions dogmatiques dans l'unité du sentiment chrétien, telle devrait être, telle serait réellement la devise des protestants, s"ils avaient une claire conscience de leurs propres principes.

Quoi qu'il en soit, reprocher au protestantisme la variété des opinions qui le divisent, c'est lui reprocher d'être le protestantisme; vouloir lui imposer une unité, c'est le ramener à un nouveau cathohcisme ou pour mieux dire, c'est le supprimer. Sans la variété dans le dogme , il ne serait plus la liberté dans les choses religieuses, la vraie manifestation de l'individuahié au point de vue religieux.

Ce n'est pas cependant pour la défense du principe théorique du libre exarnen que les réformateurs s'élevèrent contre l'Église catholique. En réalité, ils ne se proposaient pas d'autre but que de rétablir le christianisme dans sa pureté primitive, ainsi que s'exprime Zwingle, en dégageant la vérité religieuse, telle qu'elle est enseignée dans TËcriture sainte, des altérations dues aux défaillances de l'Église et aux erreurs de la tradition. Le libre examen n'était à leurs yeux qu'un instrument. Ils étaient bien d'avis qu'il ne fallait pas s'en dessaisir, même après le rétablissement de la vraie doctrine; mais du point de vue dogmatique auquel ils étaient placés, ils ne pouvaient supposer qu'on pût étudier hbrement la Bible, sans y voir précisément ce qu'ils y avaient vu euxmêmes. Les choses ne se passèrent pas comme ils s'y étaient attendus. Des divergences trèsmarquées éclatèrent sur des points qui leur semblaient au-dessus de toute contestation, et au lieu de se dire que la variété des opinions était la conséquence du principe de libre examen qu'ils avaient invoqué, et que les nouveaux dissidents ne faisaient, en définitive, que suivre l'exemple qu'ils avaient donné, et qu'usera leur égard d'un droit qu'ils avaient revendiqué pour eiix-mèuies contre l'Église catholique, ils ne voulurent voir en eux que des esprits rebelles et pervers, qu'il fallait réduire, parla crainte des supplices, à rendre hommage à la vérité. La réforme changea alors de langage et de conduite. La contrainte dans les choses religieuses qu'elle avait condamnée, qu'elle condamnait encore comme une insupportable ty-

rannie, quand elle venait de Rome, elle en usa maintenant comme d'un droit qu'elle tenait de Dieu, sur ceux-là même qu'elle avait appelés à la liberté.

Il faut dire de cette inconséquence ce qu'un professeur de Genève répondait à un catholique qui reprochait à Calvin le supplice de Servet: Rdiquiœ papianiutis; elle était un reste de l'éducation catholique des réformateurs. Le protestantisme a eu la plus grande peine à s'en débarrasser, et même encore aujourd'hui il n'y a pas réussi complètement , mais il y travaille sans cesse. Toutes ses luttes intérieures n'ont été, en réalité, qu'un long et constant eflfort pour sortir de la position équivoque, à demi catholique, à demi protestante, que lui avaient faite les circonstances au milieu desquelles il prit naissance, et pour dégager du joug de la tradition que ses premiers pères n'avaient brisé qu'en partie, la liberté religieuse à laquelle ils avaient appelé tous les chrétiens. Sous une forme ou sous une autre, même là où le despotisme des confessions de foi semblait le plus solidement établi, les protestants ont aspiré à des convictions individuelles, et ont revendiqué le droit de fonder leurs croyances sur une étude personnelle de la Bible. Cette tendance, toujours la même, et toujours en action, suffirait seule pour prouver que le libre examen est l'âme du protestantisme.

On a souvent répété que le protestantisme se résume dans la doctrine de la justification par la foL Les orthodoxes, en particulier, se plaisent à le présenter sous ce jour. Et il faut reconnaître qu'ils sont dans le vrai; leur seul tort est de prendre la partie pour le tout. C'est en relevant le dogme, foncièrement chrétien, de la justification par la foi que les réformateurs combattirent la doctrine catholique du salut par les œuvres, doctrine qui, comme il arrive toujours dans le champ des croyances religieuses, se matérialisant de plus en plus, n'était plus guère, au seizième siècle, que la doctrine du salut' par les pratiques. A cette idée peu spiritualiste du catholicisme, à cette croyance, qu'en pratiquant les cérémonies de la religion, on acquiert par une sorte (['opus operatum, machinalement, des droits au salut, on opposa cette idée bien autrement grande que le salut est le résultat d'un travail intérieur de l'âme, sous l'influence des sentiments chrétiens, c'est-à-dire des sentiments qu'inspire au croyant la pensée de l'amour que Dieu nous a témoigné en nous envoyant son Fils et en le laissant se sacrifier pour nous.

Mais si cette doctrine est le coeur même de la théologie protestante, elle n'épuise pas toute l'œuvre du protestantisme; elle n'en représente qu'un côté, côté imi)orlant, sans doute, mais non pas le plus important. Tar cette doctrine, le protestantisme n'a parlé qu'aux croyants, et n'a agi que dans le champ purement religieux , tandis qu'en réalité il a parlé à tous les hommes, sans distinction, et a exercé une action universelle, autant dans le monde moral que dans la sphère sociale, autant dans le domaine de la philosophie que dans celui

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de la littérature, en un mot, dans tout le champ d'activité de l'esprit humain, en mettant en lumière les droits de la liberté individuelle, en proclamant le libre examen qui, par une conséquence inévitable, doit s'étendre, et s'est étendu, en effet, des choses religieuses à tout ce qui concerne l'existence humaine tout entière. Par le dogme de la justification par la foi, le chrétien est affranchi de cette espèce de machinisme religieux qui constituait le catholicisme de la fin du moyen âge; par le Ubre examen, l'homme, délivré de l'empire du préjugé, de la routine, de toute espèce de servitude aveugle et inconsciente, est rendu à lui-même, et à l'exercice légitime de ses facultés intellectuelles.

Au reste, ces deux choses se tiennent. Le libre examen et la doctrine de la justification par la foi partent du même principe, vont au même but, et ne sont, en définitive, qu'une même manifestation de l'àme dans deux ordres de faits différents, unis cependant entre eux, comme tout ce qui appartient réellement à la nature humaine. Celle-ci est un principe interne de vie morale; Calvin répète sans fin, non sans raison, que la foi justifiante est en même temps sanctifiante ; l'autre est un principe intime, individuel de vie intellectuelle. C'est, dans un cas comme dans l'autre, l'aclivité propre du moi, substituée à l'état de passivité dans lequel il est retenu aussi bien par la foi, imposée d'autorité, que par la doctrine catholique du salut par des œuvres; ici, les inspirations libres d'une âme purifiée par le sentiment chrétien, à la direction des consciences que s'attribue l'Église catholique; là l'action propre de la pensée cherchant par elle-même une solution de plus en plus satisfaisante des grands problèmes de la destinée humaine, à la théorie à jamais arrêtée, décrétée par une autorité qui ne supporte ni contradiction, ni contrôle.

II. DES DIFFÉRENCES DOGMATIQUES ENTRE LES PRINCIPALES ÉGLISES PROTESTANTES.

Église luthcrioine et Église calviniste. — Les opposants au cathoHcisme se groupèrent, presque dés les premiers jours de la réformation, en dehors de l'Église anglicane, dont je n'ai pas à m'occuper ici [voij. Grande-Bretagne) eu deux grand.es communions, celle de la confession d'Augsbourg, ainsi nommée du célèbre document que les réformateurs allemands présentèrent à Charles-Quint à la diète d'Augsbourg , en 1530, et celle de la confession helvétique qui doit ce nom à la confession de foi rédigée à Bàle, en 1536, par des théologiens délégués des villes de Zurich, de Berne, de Schaffhouse, de Saint-Gall, etc., et adoptée par les cantons suisses qui s'étaient prononcés en faveur de la réforme. On sait que la première est aussi appelée Église luthérienne, du noin du grand réformateur qui en fut en quelque sorte le père et qui en est resté ic docteur par excellence, et encore Église iJiolcstanle, de Id protestai ion que quelques villes libres et quelques États qui s'étaient déclarés pour la cause soutenue

par Luther , élevèrent , en 1 529 , contre la seconde diète de Spire qui avait apporté des restrictions à la liberté de conscience accordée par la diète tenue dans la même ville, trois ans auparavant, et que la seconde est aussi désignée sous le nom d'Église calviniste, Calvin en ayant été le théologien le plus éminent et en ayant exposé avec le plus grand talent les croyances dans son remarquable ouvrage ; les Institutions chrétiennes , et parfois encore, sous celui d'Église réformée, par une sorte d'opposition à la dénomination d'Église protestante donnée à la communion luthérienne.

L'Église de la confession d'Augsbourg s'étabUt dans le nord de l'Allemagne et dans plusieurs autres parties de ce pays , celle de la confession helvétique, dans la Suisse, en France, le long des bords du Rhin, dans les Pays-Bas et dans PÉcosse.

Des points qui les divisent, le plus considérable est celui qui concerne le sacrement de la sainte cène. Les réformés, rompant complètement sur cette doctrine avecPÉglise catholique, ne virent dans ce sacrement qu'un symbole de la mort et du sacrifice de Jésus-Christ; tel avait été le sentiment de Zwingle, de Bucer, d'OEcolampade , de Capiton; il l'emporta sur celui de Calvin qui, essayant de prendre un terme moyen, avait enseigné que Jésus-Christ est présent dans les espèces de la sainte cène, non pas symboliquement ou spirituellement, mais réellement et substantiellement pour le croyant qui devient ainsi, dans la communion, participaut au vrai corps et au vrai sang du Sauveur. L'Église protestante, dominée ici par Luther, se rapprocha encore plus que Calvin de la théorie catholique. Elle remplaça la transsubstantiation parla consubstantiation, c'està-dire qu'elle admit que les espèces de la sainte cène, sans perdre la substantialité qui leur est propre pour se transformer en vraie chair et en vrai sang de Jésus-Christ, ainsi que l'enseigne rÉglise catholique, et tout en restant du pain et du vin , contiennent réellement le corps de Jésus-Christ, de môme que le fer chauffé contient la chaleur, sans cesser cependant d'être véritablement du fer et sans perdre la substance qui le constitue. Les réformateurs essayèrent en vain de s'entendre sur ce point : la différence de doctrine persista; elle prit une importance extrême, surtout aux yeux des luthériens, qui, pendant plus d'un siècle, ne regardèrent les réformés que comme des hérétiques.

Ajoutons que la séparation fut encore maintenue par des différences dans le culte , plus pompeux chez les luthériens, d'une simplicité extrême chez les calvinistes; dans Porganisation du corps des pasteurs, en un certain sens hiérarchique chez les premiers, absolument égahtaire chez les seconds; enfin dans Padininistration des affaires ecclésiastiques, à laquelle les laïques participaient dans une bien plus grande proportion chez les réformés que chez les luthériens.

A part ces divergences qui ne portent pas sur des points fondamentaux, la doctrine était au fond la même dans les deux Églises. Iden-

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tique en somme avec celle de l'Église catholique dans ce qui regarde Dieu, la création, la providence, la trinité, elle s'en écarta dans ce qui concerne l'anthropologie et les moyens de salut; sur ces points, elle ne dilTérait à peu près en rien du système que saint Augustin opposa au pélagianisme. Le point de départ de ce système est un sentiment profond du péché et de la misère morale de l'homme. Comme saint Augustin, Luther et Calvin tenaient l'homme pour absolument incapable par luimême de faire le bien et même de concevoir la volonté de le faire. Cet état déplorable est la conséquence du péché d'Adam, qui a corrompu moralement et physiquement l'espèce humaine tout entière. Sans aller aussi loin que Luther qui enseignait que le péché originel est substantiel, c'est-à-dire qu'il fait partie de l'essence même de Ihomme. Calvin pensait que la ressemblance divine a été complètement effacée en nous par la chute d'Adam, que toute force rehgieuse et morale est éteinte en notre âme, qu'une perversité radicale a envahi notre nature entière. La damnation éternelle serait le partage mérité de toutes les créatures humaines, si Jésus-Christ. homme-Dieu, n'avait souffert à notre place la punition qui nous était destinée et satisfait, par sa mort expiatoire . à la justice divine. Cette satisfaction n'agit point cependant par elle-même comme un fait extérieur, elle n'est valable pour le pécheur qu'autant qu'il se l'approprie par la foi. Mais comment l'homme . en qui tout est mauvais, pourrait-il vouloir s'approprier par la foi les mérites du Sauveur et échapper ainsi à la condamnation qu'il mérite? Aussi cela ne vient-il pas de lui. mais de la grâce qui lui donne la volonté d'être participant à la foi justifiante et en même temps sanctifiante. Cette grâce estelle donnée à tous les hommes? Nullement, mais seulement à ceux que Dieu a élus ; quant aux autres, il les abandonne à la condamnation qui est la conséquence forcée de leur nature perverse. Et si l'on demande aux réformateurs pourquoi Dieu a destiné les uns au salut et abandonné les autres à la damnation, ils vous renvoient, avec samt Augustin, au bon plaisir de Dieu, arbitrio suo, comme dit Calvin, ajoutant toutefois que les jugements et les voies de Dieu sont insondables, invesligabilia judicia ejiis, et investigabiles vice ejus.

Comment une doctrine aussi blessante pour la conscience que pour la raison et si opposée à l'esprit du christianisme put-elle être adoptée par les réformateurs comme l'expression de la vérité religieuse absolue ? Bien des circonstances diverses nous l'expliquent, deux entre autres sur lesquelles j'arrêterai un moment l'attention du lecteur.

Une œuvre à la fois aussi considérable et aussi pleine de périls pour ses auteurs que la réformation de l'Église ne pouvait être entreprise que sous l'inspiration d'une exaltation rehgieuse extraordinaire. Or, de tous les systèmes religieux il n'en est pas. si je puis ainsi dire, de plus religieux que celui qui anéantit entièrement l'homme pour relever d'autant plus

l'action divine. Si l'on considère que la religion n'est au fond que le sentiment de notre dépendance totale d'une puissance infinie qui nous domine, on comprendra que plus le sentiment religieux est profond, plus aussi celui qui l'éprouve doit se regarder comme un pur néant en présence de Dieu. Ce système a été, sans exception, celui des mystiques de tous les temps et de tous les lieux. Il se reproduit inévitablement dans toutes les grandes crises religieuses. 11 ne pouvait pas ne pas apparaître à la grande révolution rehgieuse du seizième siècle.

D'un autre côté, ce système était appelé comme une réaction nécessaire, non pas tant par la vente des indulgences, qui fut moins la cause que l'occasion de la réformation, que par la tendance générale du catholicisme dont en rèahté ce trafic scandaleux était une conséquence . éloignée sans doute , mais cependant parfaitement logique. Placée par ses principes sur une pente glissante , l'Éghse cathohque a été trop souvent entraînée à accorder à 1 acte ce qui n'appartient qu'au sentiment, dont il n'est que la marque extérieure et qu'il ne saurait remplacer, et dans le cas actuel, à confondre, sinon en théorie, du moins en pratique, la pénitence avec le repentir. C'est en présence de cette tendance que les réformateurs protestèrent, au nom du sentiment religieux, contre l'efTicace attribuée à des actes souvent sans valeur. De la vanité de la pénitence, ils conclurent à l'insuflQsance du repentir pour le pardon des péchés. La grâce divine leur parut l'unique refuge du pécheur, et un excès appelant un autre excès, au pélagianisme de l'Église catholique ils opposèrent la doctrine d'Augustin.

Ce système , véritable drame métaphysique et religieux, peut convenir à une époque de lutte , ou encore à des âmes ardentes fortement ébranlées et angoissées, à un saint Paul , à un Augustin, à un Luther; il n'est plus de saison dans le cours ordinaire de la vie. Aussi la doctrine de Luther et de Calvin tomba avec la même rapidité que l'augustinianisme avait , au cinquième siècle, disparu dans une sorte de semi-pélagianisme et qu'au commencement du second siècle le paulinisme s'était effacé sous une sorte de système éclectique. Déjà Mélauchthon avait protesté contre elle dans la seconde édition de ses Loci communes, après l'avoir soutenue dans la première édition ; et la Formule de concorde (1579) porta que Dieu veut sauver tous les pécheurs qui peuvent laisser agir la grâce et que les uns ne sont prédestinés au salut que parce que Dieu a prévu qu'ils suivraient les inspirations de la grâce, et les autres à la damnation que parce qu'il savait d'avance qu'ils persévéreraient volontairement dans le mal. Depuis ce moment, la doctrine de la prédestination et celle du salut inconditionnel ne furent jamais sans rencontrer des opposants dans l'Église luthérienne.

Église arminienne. — Ce fut cependant dans l'Église réformée que la lutte fut la plus vive. Le dogme de la prédestination absolue avait

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fait naître des scnipulcs dans un grand nombre de pasteurs en Hollande, quand J. Arminius (mort en ICOO) proposa de rexpliqner ou de le remplacer par une théorie qui rallia aussitôt de nombreux adhérents. Il établit que rélectioji et la réprobation ne peuvent être arbitraires, mais qu'elles ont pour condition la persévérance des uns dans le bien, et la persistance des autres dans le mal, persévérance et persistance que Dieu, aux yeux duquel l'avenir n'est pas plus caché que le passé et le présent, connaît de toute éternité. La liberté morale ainsi rendue à l'homme, il ne pouvait pas plus être question de la grâce irrésistible, maintenant ceux qui l'ont reçue dans la voie du salut , indépendamment de leur volonté , et même contraire à elle, comme le soutenait Calvin, que du don inconditionnel de cette grâce aux uns, et de son refus, tout aussi arbitraire , aux autres. 11 suiA^ait de là que le chrétien est pour quelque part dans l'acquisition du salut, qu'il dépend de ses efforts de se maintenir dans la grâce qui lui est ofl'erte, comme aussi qu'il peut, après l'avoir reçue, s'en l'endre indigne et la perdre en s'abandonnant au mal. Enfin , Arminius niait que Jésus-Christ ne fût mort que pour les seuls élus; les mérites du Sauveur étant imputables , selon lui, à tous ceux qui les réclament et se rendent dignes d'y participer.

Il est incontestable que cette doctrine est bien inférieure en force et en enchaînement logique à celle de Calvin, dont le système est tout d'uue pièce. Mais les inconséquences dont elle fourmille sont largement compensées par le sentiment humain qui la pénètre tout entière, et l'on aurait peine à comprendre qu'elle n'eût pas rallié tous les suffrages, si l'on ne savait avec quelle difîicullé les croyances se modifient. La situation de la Hollande, à cette époque, créa de nouvelles difficultés au triomphe de l'arminianisme. La discussion religieuse se compliqua d'une question pohtique. Les partisans d' Arminius , appelés de son nom arminiens, et aussi remontrants, d'une remontrance en cinq articles qu'ils présentèrent, en 1610, aux états de la Hollande et de la Frise, comme un sommaire de leur doctrine, étaient soutenus par les chefs du parti républicain , tandis que leurs adversaires, les calvinistes rigides, qu'on désigna sous le nom de contreremontrants, parce qu'ils s'étaient prononcés contrôla l'emontrance des arminiens , ou encore sous le nom de gomaristcs . le théologien Gomar ayant été le i)rincipal antagoniste d'Arminius , avaient poiu* eux la grande majorité des pasteurs et du peuple et l'appui du prince d'Orange.

On sait les troubles que cette querelle théologique souleva en Hollande. Barncveld paya de sa vie son attachement aux principes républicains et aux opinions arminiennes. Grolius aurait probablement subi le même sort, s'il n'avait réussi à s'évader de la prison où il avait èlé enfermé. Les arminiens lin-eut ahandoimés aux fm'curs d'un peuple aveuglé par le fanatisme. Cependant, la persécution s'apaisa, et dès 1625, les arminiens furent tolérés eu Hollande; ils y

eurent des églises particulières et une école théologique, à la tète de laquelle se trouvèrent des hommes éminents, tels que Épiscopius, Gourcelles , Limborch , Jean Leclerc. L'arminianisme eut , en Angleterre , de nombreux adhérents qui en professèrent les opinions sans se séparer de l'Église anglicane. H pénétra, notamment à l'université de Cambridge , où il fut enseigné par Chillingworth, Cudworth, Tillotson et par d'autres théologiens de talent, dont l'influence réussit à modifier profondément l'esprit intolérant de l'Église anglicane. En France, les théologiens de l'académie de Saumur, au dixseptième siècle, inclinèrent de ce côté.

L'arminianisme pénétra également en Allemagne. Un grand nombre d'arminiens chassés de Hollande par la persécution, se réfugièrent dans le Holstein, où le roi de Danemark leur permit de bâtir une ville devenue depuis considérable, sous le nom de Friedrichstadt. Leurs principes rayonnèrent de là dans diverses parties de l'Allemagne. Ce ne fut pas cependant à l'arminianisme que se rattacha directement la réaction qui commença, dans la première moitié du dix -septième siècle , dans les Églises de la confession d'Augsbourg . contre la théologie scolastique née de l'autorité absolue accordée aux livres symboliques. Elle fut le résultat d'une foule de circonstances diverses , parmi lesquelles il faut mettre en première ligne les tendances syncrétiques d'un certain nombre de théologiens, de Callixte surtout. Penseur libéral, plus qu'aucun autre théologien de son temps , il entreprit de fonder entre les diverses communions chrétiennes , une véritable paijs de religion, et de convertir la haine qu'elles se portaient en amour et en support mutuel. Ce fut en vue de ce but qu'il proposa de restreindre au symbole des apôtres les articles essentiels de la foi chrétienne, et de laisser les opinions parfaitement libres sur tout le reste. U prétendait , non sans quelque apparence de raison, que toutes les églises particulières avaient conservé une portion assez considérable de la vérité chrétienne, pour que leurs sectateurs pussent y faire leur salut . s'ils menaient une vie intègre. Considérées de ce point de vue elles n'étaient pour lui que les membres divers de la vraie Église. Cette proposition de tolérance et de concorde était prématurée ; elle ne fut pas acceptée, mais elle trouva des partisans et laissa certainement sa trace dans les esprits.

Plus tard, le piétisme poussa dans la même voie. Il proclama hautement que le christianisme ne consiste pas en une aride orthodoxie et qu'il importe moins de se graver dans la mémoire des subtilités dogmatiques que de s'imprimer dans le cœur des sentiments chrétiens. Le chef de ce parti puissant qui ne forma jamais, comme on se l'imagine souvent, une iglise particulière, qui ne tendit pas à la dissitience , et ne songea en aucune occasion ù sortir de l'Eglise lutliéneune , P. J. Spener était peu exigeant en fait d'opinions , mais très-rigide sur les actes. Il s'occupa surtout de former la piété intérieure et de renverser tout ce qui y mettait obstacle. Tout en combattant l'esprit

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ergoteur des théologiens luthériens , il attaqua , avec non moins de vivacité et de succès , le respect superstitieux que Ton avait pour les livres symboliques , et , sous ce rapport , il travailla pour la cause de la tolérance et du libre examen.

Aujourd'hui, les dénominations de luthériens, de calvinistes, d'arminiens, n'existent guère que dans l'hisloire. Les difTérences dogmatiques qui séparaient les églises ont disparu. Elles ont toutes ensemble un fond commun de doctrines qui ne diffère pas beaucoup de la théologie arminienne, et qu'on désigne sous le nom vague, mais généralement adopté, d'orthodoxie. L'union va bien plus loin encore , l'Eglise luthérienne et l'Église réformée se distinguent en France uniquement par l'administration qui n'est pas tout à fait la même pour toutes les deux. Mais, eu Allemagne, les deux Églises se sont presque partout unies en une seule, à laquelle on a donné le nom d'Église évangélique. le duché de Nassau donna l'exemple. Un synode gjénéral, tenu à Idstein, en août 1817, décida la fusion des deux communions. Aussitôt le roi de Prusse, par une circulaire du 17 septembre de la même année , invita les luthériens et les calvinistes à se réunir en une seule Église. Il y eut bien, en divers lieux, principalement à Breslau , des oppositions . mais , en général, la fusion s'opéra assez facilement. Depuis lors , l'union des deux Églises s'est accomplie, en 181S, dans la principauté de Hanau, dans le duché de Fulda et dans la Bavière rhénane; en 1820, dans le duché d'Anhalt- Bernbourg; en 1821, dans la principauté de "Waldeck et Pyi-mont et dans le grand-duché de Bade; en 1822, dans la Hesse rhénane; en 1823, dans la principauté d'Anhalt-Dessau. Dans les autres États , elle a été adoptée en principe ; les circonstances particulières qui se sont opposées à sa réalisation immédiate . disparaîtront d'elles-mêmes ou sous la pression de l'opinion publique, presque parlout favorable à cette mesure.

Socinicns , anti-trinitaires , unitaires. — La réformation avait été plus radicale, à sou origine, en Suisse et en France, qu'en Allemagne. En pénétrant en Italie, clic prit une forme plus radicale encore, et repoussa aussitôt , et sans ménagement, ceux des dogmes ecclésiastiques qui semblent le plus contraires à la raison , outre autres . ceux de la Trinité , du péché originel et de la prédestination. Les partisans de ce système sont connus sous le nom d'anti-trinitaires, leur négation de la doctrine de la Trinité ayant été le trait le plus remarqué de leur croyance, comme aussi celui qui les rendit odieux à toutes les autres églises , sans exception. On les appelle aussi sociniens, Léllc Socln et son neveu Fauste Socln ayant été , sinon les fondateurs, du moins les théologiens les plus éminents de cette secte, et encore les frères de Pologne . parce que ce n'est que dans ce pays qu'ils furent d'abord tolérés.

Les sociniens considéraient Jésus - Christ comme un être divin , comme le premier-né de Dieu, mais non comme vrai Dieu , dans le sens

exact du mot; et quant au Saint-Esprit, ils en faisaient, non une personne divine, ayant une existence à part, mais seulement une vertu , une activité de Dieu. Ils ne laissèrent pas, malgré leur opinion antl-trlnitaire, de rendre un culte d'adoration à Jésus-Christ, comme le faisaient tous les autres chrétiens; Fauste Socin écrivit même plusieurs traités contre ceux des antl-trlnltalres qui, plus conséquents, soutenaient qu'on ne doit adorer que Dieu seul. Cette dernière opinion a Oui, comme ou pouvait s'y attendre, par triompher parmi eux. En rejetant la Irlnlté, ils rejetèrent également ou du moins ils modiflèrent profondément la plupart des autres doctrines chrétiennes, entre autres celle du péché originel qu'ils ne considéraient pas comme un péché actuel, c'est-à-dire comme un acte dont nous sommes responsables, mais qu'Us tenaient simplement pour un penchant au mal qui n'est pas de nature cependant à nous rendre absolument incapables de toute bonne pensée et de toute bonne action, comme le soutenaient les luthériens et les calvinistes. Ajoutons enfin qu'ils n'admirent pas d'autre symbole que celui qui est appelé Symbole des Apôtres et qu'ils n'ont jamais cessé de professer la plus large tolérance pour les sentiments individuels.

Mais cette tolérance, on ne l'a jamais exercée à leur égard. Également odieux aux luthéilens, aux réformés et aux catholiques, poursuivis en tous lieux comme des Impies, Ils ne réussirent à fonder des établissements qu'en Pologne, et encore en 1G58, ils en furent chassés. Ils se réfugièrent alors dans le Brandebourg , en Angleterre et en Hollande. Tolérés dans ce dernier pays, ils ne parvinrent jamais à y former des égUses considérables. Leurs seules égUses encore florissantes sont aujourd'hui dans la Transylvanie. Mais leurs sentiments ont eu des partisans de plus en plus nombreux. Ils sont actuellement professés , avec quelques moditlcatlons, par les unitaires, dont l'influence grandit de plus en plus, principalement parmi les classes éclairées de l'Amérique. Comme les anciens sociniens, les unitaires américains préfèrent aux spéculations métaphysiques le côté pratique du christianisme; comme eux encore, ils aiment à se laisser guider dans l'Interprétation de PÉcrlture sainte par les inspirations de la saine raison , dont ils ne cessent de revendiquer les droits avec énergie.

L'unltarisme compte aussi de nombreux disciples en Angleterre. Voici comment la société (les unitaires anglais pour la propagatio?i de la connaissance du christianisme résumait elle-même sa croyance, dans le préambule de SCS règlements, en 1791 : « Les principes fondamentaux de cette société sont qu'il y a un seul Dieu, seul créateur, conservateur et gouverneur de l'univers , seul véritable objet du culte public, et qu'il y a un médiateur entre Dieu et les honiuies, savoir, Phomme Jésus- Christ, qui avait reçu de Dieu la mission d'Instruire les hommes de leurs devoirs et de leur révéler la doctrine d'une vie future. » Les uni-

EGLISES PROTESTANTES

taires sont organisés en églises dans l'Angleterre, aussi l»ien que dans les États-Unis ; ils comptent parmi eux des hommes aussi estimables par leur caractère que par leurs talents. Le célèbre chimiste Priestley fut un de leurs ministres en Angleterre, et de nos jours Channing et Parker ont rempli les mêmes fonctions dans les États-Unis d'Amérique.

En outre des grandes églises protestantes dont il vient d'être question , il en existe plusieurs autres , beaucoup moins considérables , mais qui ont eu cependant à leur origine leur raison d'être. 11 n'en est aucune qui ne corresponde , en un certain sens , à une forme particuhère du sentiment religieux et qui ait été sans produire , à côté de perturbations sous plusieurs rapports regrettables, mais inévitables dans les choses humaines , quelques heureux elTets pour le développement de la religion et même de la science religieuse , quoique, à vrai dire , ce ne soit pas par ce dernier côté que ces églises se distinguent. On peut les considérer comme jouant, dans le sein du protestantisme , un rôle analogue à celui des diverses congrégations laïques qu'une dévotion respectable sans doute et profonde , mais en général peu éclairée et un peu puérile, a fondées en grand nombre dans l'Église catholique. 11 suffira de mentionner ici celles qui ont le plus d'importance, savoir les anabaptistes, les quakers , les moraves et les méthodistes.

Anabaptistes. — Les anabaptistes datent des premiers temps de la réformation. Ils furent une exagération des principes de liberté prêches par les protestants allemands , en même temps qu'une réaction violente , mais presque inévitable , contre le joug intolérable qui pesait, non pas seulement sur les consciences, mais encore sur la vie tout entière des classes inférieures de l'Allemagne. Ce fut principalement parmi les paysans et les ouvriers qu'ils se recrutèrent. Leur histoire depuis 1521 jusqu'en 1535 est assez connue pour qu'il ne soit pas nécessaire de la rappeler ici. Mais ce que l'on sait moins, c'est que, après les sanglantes défaites qu'ils essuyèrent en 1535, ils se soumirent à la réforme qu'un homme pieux et éclairé, Menno Simonis, commença en 1536 à introduire dans leurs docti'ines , leur discipline et leurs mœurs. Depuis cette époque , ils forment, sous le nom de Baptistes ou Mennonites, une secte animée d'un esprit pacifique et pratique, fuyant les controverses et attachant peu de prix à la science, quoiqu'elle ait produit quelques écrivains distingués. Ils ont quelques communautés en Alsace, en Hollande, en Angleterre, en l'russe et en Russie; ils sont surtout nombreux aux États-Unis. Différant entre eux sur quelques points de discipline, ils s'accordent tous à n'admettre au baptême que les adultes, croyant, comme les caUioliques, que ce sacrement a une vertu hyperphysique , c'està-dire qu'il opère dans le néophyte une infusion de la grâce divine qui le rend capable désormais des bonnes œuvres nécessaires à sou salut. Us sont encore unanimes à condamner le serment , ù se refuser à porter les armes et

à ne pas accepter d'emplois publics. Sur les doctrines du péché originel et de la rédemption, ils se rapprochent des arminiens. Enfin ils repoussent toute autorité en matière de croyance et s'en rapportent à l'interprétation. individuelle des saintes Écritures.

Quakers. — Dans le principe les quakers n'étaient qu'une secte de fanatiques. Elle eut pour fondateur, en 1647, George Fox, homme sans instruction, mais habitué, dès son enfance, à la méditation contemplative. Ses disciples joignirent la rigidité des anciens montanistes au mysticisme des fraticelli et se livrèrent d'abord à maintes extravagances. Ils furent ramenés au bon sens par le savant Robert Barclay (mort en 1690), qui systématisa leurs doctrines et contribua, avec le célèbre William Penn (mort en 1718), à les répandre.

Le système de la Société des amis (c'est sous ce nom que les quakers aiment à désigner leur Église), tel que Barclay le formula, était fortement empreint de mysticisme. 11 mettait à côté de l'Écriture sainte la lumière intérieure qui peut seule en donner l'intelligence. Cette lumière intérieure n'est pas une révélation nouvelle, mais la lumière de Dieu se manifestant par Jésus-Christ dans nos cœurs et y provoquant un mouvement irrésistible vers le bien; cette lumière du Christ en nous, qui nous illumine et nous sanctifie , est la règle suprême de la foi. La vie chrétienne est tout intérieure; elle n'a besoin ni de formules ' dogmatiques, ni de cérémonies, pas môme da baptême et de la sainte cène ; elle consiste à attendre l'esprit et à suivre son impulsion. Dans un tel ordre de choses un clergé est inutile. Personne ne préside dans leurs réunions rehgieuses; chacun est libre d'adresser des exhortations aux membres présents; il arrive parfois qu'aucune allocution ne trouble la méditation à laquelle chacun se livre. Dans le système de Barclay, l'histoire de Jésus-Christ, telle qu'elle est racontée dans les Évangiles , était présentée simplement comme une allégorie de l'action du sentiment chrétien en nous. Aujourd'hui les quakers admettent la réalité des récits évangéliques, et attribuent à la Bible une plus grande valeur qu'ils ne le faisaient autrefois.

Ou connaît la douceur proverbiale de leurs mœurs. 11 ne leur est resté de leur exaltation primitive qu'un zèle religieux, assurément fort respectable. Ils sont renommés pour leur probité et leur philanthropie , et , comme les baptistes, ils fuient les fonctions publiques, condamnent la guerre et refusent de prêter aucun serment. C'est aux quakers que revient la gloire d'avoir inauguré la liberté des cultes, en même temps que la liberté civile, dans la Pensylvanie, colonie fondée en 1681 par William Penn.

Moraves. — Quelques descendants des anciens moraves', persécutés dans leur pays , se

1. Les moraves dont il est question ici, appartenaient aux églises dissidentes fondées au quinzième siècle par Jean Uuss, dans la Bohème et dans 1* Moravie.

ÉGLISES PROTESTANTES

réfugièrent en 1721 sur les terres du comte de Zinzendorff, et y fondèrent l'établissement nommé Ilerrnhut (garde du Seigneur), nom sous lequel ils sont quelquefois désignés. Zinzendorfl' introduisit parmi eux l'esprit du piétisme qu'il tenait de Spener, dont il était un des admirateurs, et secondé par de Watteville et par Spangenberg, il fit des moraves de Herrnluit une secte qu'il organisa presque sur le modèle d'un monastère et qui bientôt eut des établissements dans presque toutes les parties du monde. Leurs croyances ne diffèrent guère de celles des réformés, seulement ils insistent principalement sur la doctrine de la corruption originelle, résultat de la chute d'Adam, et sur celle de la justification par le sacrifice expiatoire de Jésus-Christ. Au reste, ils font moins consister l'unité religieuse dans la conformité d'idées que dans l'unanimité des sentiments du cœur; ils aiment mieux en appeler, en religion, à l'afl'ection qu'au raisonnement. Ils n'ont pas eu un seul théologien éminent et ils s'en inquiètent peu. Leur piété simple, mais étroite, l'uniformité de l'éducation qu'ils donnent à leurs enfants , la rigidité monotone de leur vie sont peu propres à développer l'intelligence et seront toujours des obstacles à l'action qu'ils pourraient vouloir exercer sur les sociétés modernes. Ce n'est pas d'ailleurs de ce côté qu'ils ont porté leur principale activité. Leur zèle s'est surtout déployé à répandre les connaissances religieuses et morales parmi les peuplades barbares. Leurs missions sont devenues célèbres. Au commencement de ce siècle, cette secte, comparativement très-peu nombreuse , avait vingt - neuf établissements de mission et environ cent cinquante missionnaires.

Méthodistes. — Le méthodisme a eu pour berceau une société de jeunes gens pieux qui, poussés par des besoins religieux , établirent entre eux à Oxford, en 1729, des réunions d'édification*. Il offre de grandes analogies avec le piétisme de Spener. Il a, comme lui, ses conventicules (Collegia pietatis de Spener), où les fidèles se livrent à la prédication, à la prière, au chant des psaumes. 11 appuie, comme lui, sur la corruption de la nature humaine, la rédemption parla mort expiatoire de Jésus-Christ, et le salut par la foi. Comme lui encore, il se plait à jeter la terreur dans l'âme du pécheur par les peintures les plus matérielles et les plus fantastiques de l'enfer. Il ne s'en distingue guère que par son organisation disciplinaire bien plus serrée et plus parfaite dans son genre que celle qui régissait les collèges de piété.

Le méthodisme , ainsi que le fait remarquer M. Haag {Hist. des dogmes, t. I", p. 124 et 125),

1. Ija qualification de méthodiste était applicjuée au dix-septiéme siècle à quiconque .se piquait de rigorisme en fait de religion, et plus tard à ceux qu'on désigna aussi sous les noms de puritains ou de précisiens. On la donna par dérision aux jeunes j gens qui faisaient partie des réunions de piété établies en 1729 à Oxford, et ceux-ci l'adoptèrent par cette raison qu'en effet celui qui suit l.i méthode de conduite prescrite par l'Ecriture sainte peut bien être appelé un méthodiste.

n'a et ne peut avoir aucune tendance scientifique. Son mysticisme n'a même rien de bien élevé. Son seul mérite consiste dans ses efforts infatigables pour amender les mœurs des classes inférieures, en leur prêchant la repentance sur un ton et dans un ordre d'idées qui ne dépassent pas le niveau de leur intelligence. C'est presque exclusivement en Angleterre et aux États-Unis que cette secte compte des partisans. Dès 1741, elle s'est divisée en deux fractions. Les disciples de G. Whitefield sont des calvinistes rigides; ceux de J. Wesley se rapprochent, quant aux doctrines, des arminiens.

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