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III. DES DIFFÉRENTS MODES D'ORGANIS.'VTION DES ÉGLISES PROTESTANTES

En laissant de côté les petites éghses des baptistes, des moraves, des quakers, etc., qui ne sont pas susceptibles d'un développement considérable , on ne trouve , dans les églisesnées de la réformation du seizième siècle, que trois systèmes d'organisation, le régime consistorial qu'on peut considérer comme un système aristocratique, dans les églises de la confession d'Augsbourg, et encore aujourd'hui dansles églises évangéliques ; le régime presbytérien ou synodal, système qu'on pourrait caractériser par le nom moderne de représentatif, dans le plus grand nombre des églises calvinistes ou réformées; enfin, le régime congrégatioualiste ou indépendant, système qui ne remonte pas très-haut, dans plusieurs éghses de dénominations diverses.

1 " Églises évangéliques. — Luther et Mélanchthon étaient d'avis, aussi bien que Zwingle et Calvin , que la société religieuse a le droit de se gouverner elle-même, que le saint ministère appartient à tous les chrétiens sans distinction omnes nos œqualiter esse sacerdotes) , et que nul ne peut l'exercer que du consentement de la communauté et par élection (eligite quem et quos volueritis , qui digni et ido7iei visifuerint). Mais dans la pratique, il ne leur paraissait ni convenable, ni même possible, de confier la direction des choses religieuses à la foule ignorante et grossière. « L'Église , disait Mèlanchthon, ne saurait être une démocratie. On ne peut permettre à tout le monde d'y venir vociférer et agiter les questions dogmatiques. Il faut qu'elle soit une aristocratie. » [Corpus reforma toriim, Melanchtii. Opéra, t. III, p. 470.)

Mais de quels éléments composer cette aristocratie? Les réformateurs allemands se trouvèrent ici dans de grandes perplexités. Ils auraient désiré qu'il fût possible de conserver l'ancienne organisation, en la dépouillant toutefois de son caractère de droit divin, et en ne la considérant que comme une institution humaine, étabhe tout simplement pour le maintien du bon ordre, c'esl-à-dire les évêques, avec leurs conseils et tout leur cortège de prêtres. Et c'est là, en eflèt, ce qu'on fit dans la Suède et dans le Danemark, où les évêques catholiques, ayant embrassé la réforme, continuèrent, dans un autre ordre d'idées, l'exercice de leurs fonctions. Mais en Allemagne, les

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évoques se déclarèrent à peu près partout contre les principes nouveaux; leur retraite amena la désorg-anisation dans les églises. Comment y rétablir l'ordre? Il ne restait debout qu'une seule autorité, celle des princes et des seigneurs. C'est à elle qu'il fallut nécessairement recourir. L'autorité civile , par la force des choses, devenait aussi l'autorité ecclésiastique , et l'on se rangea autour de cette faneste maxime : Cujus estrcgio, ejus religio, la religion est à celui qui possède la terre.

Luther et Mélanchthon ne paraissent pas s'être fait illusion sur les conséquences de ce sj'stème. "La tyrannie deviendra par la suite plus intolérable qu'elle ne l'était auparavant», écriA'ait Mélanchthon à Camérarius, en 1530. Ces tristes prévisions percent dans une foule de passages de ses écrits postérieurs à cette date. Luther s'exprimait plus vivement encore: « Si les cours veulent gouverner les églises pour leur propre avantage, écrivait-il, en 1543, à Cresser, de Dresde, Dieu retirera sa bénédiction, et les choses deviendront pires qu'auparavant.» «Ou qu'ils se fassent eux-mêmes pasteurs, dit-il des princes et des seigneurs, qu'ils prêchent, qu'ils baptisent, qu'ils visitent les malades, qu'ils donnent la communion; en un mot, qu'ils remphssent toutes les fonctions ecclésiastiques, ou que, cessant de confondre les vocations, ils s'occupent de leurs affaires civiles et qu'ils laissent les églises à ceux qui sont appelés à les édifier et qui doivent en rendre compte à Dieu. Satan continue à être Satan. Sous le pape, il mêlait l'Église à la politique; de notre temps, il veut mêler la politique à l'Église. »

Le jus territorii, englobant le jus episcopale, et même, comme le reconnut la paix de Westphalie, le Jus i-ejormandi , c'est-à-dire le droit pour le prince d'imposer à ses sujets sa propre rehgion, le souverain fut de droit le chef de l'Église, et l'administration ecclésiastique ne fut dans l'Allemagne protestante qu'une partie de l'administratiou générale du pays. 11 eu est encore ainsi aujourd'hui. Par bonheur que, contrairement à ce qui s'est vu trop souvent ailleurs, les princes allemands ont été d'ordinaire meilleurs que les lois, et la liberté de conscience la plus réelle a uni par s'établir de fait dans des contrées où l'intolérance et la contrainte en matière de religion étaient de droit.

De bonne heure la direction ecclésiastique fut confiée à des corps appelés consistoires. Ce fut en 1539, et à Wittemberg. que fut établi le premier conseil de ce genre. Il avait été créé pour résoudre les nombreuses dilTicultés soulevées par les dissolutions des mariages; mais sa juridiction dut bientôt s'étendre sur toutes les affaires ecclésiastiques. Des conseils semblables ne tardèrent pas à être' établis dans tous les pays protestants de l'Allemagne. Ils se composaient généralement de deuxtliéologicns, de deux docteurs en droit, d'un fiscal (ministère public) , et d'un secrétaire. Tous les membres en étaient nommés par le pouvoir civil. D'ordinaire un des deux jurisconsultes en était le pré-

sident. Dans les lieux où il y avait un superintendant-général, la présidence lui était parfois donnée. Chaque diocèse avait son consistoire, qui était censé avoir pris la place des anciens conseils épiscopaux.

Au-dessous des consistoires, et comme leur représentant et leur agent dans les églises du ressort se trouvait un superintendant, qui avait pour fonctions spéciales l'inspection des églises et des écoles, comme aussi le soin de veiller sur les édifices consacrés au culte, aux logements des pasteurs, à l'instruction primaire. Dans la Bavière, le grand-duché de Bade et dans quelques autres cojitrées de l'Allemagne, ces fonctionnaires portaient et portent encore le nom de décans (doyens). Dans l'Église luthérienne de France , ijs ont le titre d'inspecteurs ecclésiastiques. Les superintendants, décans ou inspecteurs ecclésiastiques sout toujours les premiers pasteurs de leurs circonscriptions. Dans quelques parties de l'Allemagne, ilyaA'ait et il y a encore des superintendants-généraux, qui sont au-dessus des superintendants, et qui possèdent exclusivement certaines des fonctions exercées ailleurs par ceux-ci, par exemple, le privilège de conférer l'ordination aux jeunes ministres. Les superintendants-généraux font toujours partie des consistoires, et, quand ils n'en ont pasla présidence, ils siègent immédiatement après le président.

Cet état de choses a été quelque peu modifié de nos jours, soit par l'elfet de la réunion (les luthériens et des réformés en une seule Église, soit par suite des longues réclamations élevées contre un régime qui, en théorie du moins, est un asservissement regrettable de lÉghse. Ce n'est pas que l'Église évangéhque ait conquis son autonomie; elle n'a pas cessé de dépendre du pouvoir civil; son administration est toujours en définitive une affaire de bureaucratie dans les ministères des cultes; mais elle a été mise par la loi eu possession de certaines libertés, qui doivent inévitablement en appeler d'autres. C'est, d'ailleurs, de ce côté que pousse l'opinion publique qui, dans les choses rehgieuses, n'est nulle part aussi indépendante qu'en Allemagne.

Le mouvement est venu de la Prusse; mais ce n'est pas là qu'il a eu les résultats les plus marqués. En 1819, le gouvernement prussien, sentant la nécessité de laisser aux églises une certaine part dans leur administration, tout en en retenant la direction suprême, réunit des synodes provinciaux, dans le but de les consulter sur un projet d'organisation ecclésiastique dans laquelle on avait voulu fondre et concilier le régime synodal et le régime consistorial. Les opinions furent frès- diverses. Dans quelques synodes, on demanda plus que ce que le gouvernement était disposé à accorder, c'est-à-dire l'étabhssement même du régime synodal avec toutes ses conséquences. On craignait que les ecclésiastiques ne visassent à former une hiérarchie indépendante de l'État, et Pou se borna à inviter les églises à nommer des conseils presbyiéraux dont cependant les attributions ne furent pas fixées. Le système

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synodal fut seulement admis dans le duché de JÛlich, Clève et Berg, et dans le comté de la Mark. où. d'ailleurs, il avait été établi dès les premiers temps de la réformalion. 11 faut encore faire remarquer que la nomination de deux évèques, en 1816, l'un à Berlin et l'autre à Kœnigsberg. n'a apporté aucune modification au régime antérieur. Ce titre n'a rien ajouté à l'autorité de ceux qui l'ont reçu, et qui ne sont, sous un autre nom, que des superintendantsgénéranx. La direction suprême des églises est donc encore tout entière en Prusse entre les mains du gouvernement, dont les consistoires, les évèques et les superintendants ne sont en réalité que les agents.

En Bavière, où les protestants forment presque le tiers de la population , l'Église évangélique a été réorganisée par une loi organique du 2G mai 1818 et par les édits explicatifs du même jour. Un consistoire supérieur, établi à Hunich, auprès du ministère de l'intérieur, est l'organe par lequel le gouvernement exerce l'autorité suprême sur toutes les églises évangéliques du royaume. Au-dessous de ce corps sont trois consistoires, à Anspach, Bayreuth et Spire. Enfin chacun de ces trois consistoires embrasse dans sa juridiction les décanats de sa circonscription.

Un synode diocésain se réunit annuellement dans chaque décanat. Il se compose de deux tiers d'ecclésiastiques et d'un tiers de laïques. Ceux-ci sont nommés par les consistoires sur la proposition des ecclésiastiques. — Un synode général a lieu tous les quatre ans dans les sièges des consistoires. Chaque décanat y envoie deux ecclésiastiques, le doyen et un pasteur, et un laïque désigné par les ecclésiastiques.

Cette organisation est un mélange du système consistorial et du système synodal. Mais les synodes ne sont pas une véritable représentation des églises, puisque celles-ci n'en élisent ni directement, ni indirectement les membres.

Ce régime a subi quelques modifications heureuses dans la circonscription du consistoire de Spire. On y a organisé des conseils presbytéraux, rouage indispensable du système synodal . et en môme temps on a accordé aux églises la nomination des délégués laïques aux synodes. Il est résulté de cette dernière modification que les délégués laïques ont acquis une influence considérable dans ces assemblées, quoiqu'ils n'en forment que le tiers. Us sont les véritables représentants des églises ; leurs suffrages sont moralement d'un grand poids. Ce système, fondé sur des bases pins rationnelles, n'a pas tardé à porter ses fruits. En somme, les églises évangéliques de la Bavière rhénane se distinguent sous tous les rapports.. Le consistoire de Spire, composé depuis 18.32 de partisans des anciennes confessions de foi , a cherché en vain à leur imprimer un autre esprit ; il n'a pas réussi à anéantir les tendances libérales des pasteurs et des églises de cette province.

Dans les cercles consistoriaux d'Anspach et

de Bayreuth , on reconnut aussi la convenance des conseils presbytéraux comme base du système synodal, et Ton voulut suivre l'exemple du Palatinat. Malheureusement quelques pasteurs . entre autres Lehmus , doyen à Anspach, proposèrent d'attribuer à ces conseils le droit d'inspection et de censure sur la vie des fidèles. Il n'y eut qu'un cri contre une organisation qui menaçait de ramener l'ancienne tyrannie ecclésiastique. Devant cette opposition générale, on su.spendit le décret d'établissement des conseils presbytéraux. Plus tard on décida de laisser aux églises la faculté de se donner des conseils presbytéraux ou de suivre l'ancien système , à leur choix. Dans les deux cercles d'Anspach et de Bayreuth . les églises sont restées par là sans représentants librement élus par elles dans les assemblées synodales; et c'est à cette cause que Gicseler, dans son histoire ecclésiastique du dix-neuvième siècle, attribue, et non sans raison, leur infériorité relative.

Dans le Wurtemberg il y a deux synodes annuels. Mais ils ne sont composés que des présidents des consistoires et des six superintendants-généraux de ce royaume. Ces personnes , étant nomm-ées par le gouvernement, sont des fonctionnaires pubhcs et non des représentants des églises. Toute l'administration ecclésiastique dépend ainsi du gouvernement, quoique l'article 71 de l'édit organique promette aux églises l'autonomie dans leurs affaires particuhères. Dans les diètes de 1833 et 1834, on proposa d'accorder à l'Eglise évangélique une organisation synodale et presbytérale; mais jusqu'à présent ces propositions n'ont pas eu de suite.

Dans la Saxe, depuis 1831 jusqu'en 1834, on a réclamé vivement, mais sans succès, une organisation synodale et presbytéf-ale. Ce qui a lieu de surprendre, c'est que des hommes aussi éclairés que Bretschneider, Krehl, Rudelbach et Jaspis, se soient prononcés contre le régime représentatif dans l'Éghse. Le superintendant Grossmann a pris au contraire la défense de la cause de l'autonomie et de la liberté de l'Église, soit dans ses écrits, soit à la première chambre dont il était membre.

Le grand -duché de Bade nous présente un spectacle bien différent. Quand les deux communions furent unies en 1821, on donna à la nouvelle Église évangélique une constitntion presbytérale et synodale. Chaque paroisse a un conseil presbytéral. Les synodes diocésains se composent de tous les pasteurs de la circonscription et d'un nombre moitié moindre de laïques nommés par les conseils presbytéraux. Le synode général est formé d'un certain nombre de pasteurs nommés par les ecclésiastiques de toutes les paroisses du grand -duché et d'un nombre moindre de moitié de laïques nommés par les membres laïques des synodes diocésains, en outre de deux membres du conseil ecclésiastique supérieur, d'un membre de la Faculté de théologie de Heidelberg , désigné par les professeurs, enfin d'un commissaire du gouvernement qui est président.

On peut regretter que les laïques ne soient

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pas en nombre égal à celui des ecclésiastiques dans les synodes diocésains et dans le synode général, liais à part ce défaut, cette organisation est excellente et répond bien à l'esprit du protestantisme. On n'avait pas réglé d'abord les époques de la réunion du synode général, dont la convocation avait été laissée à l'arbitraire du gouvernement. Aussi depuis 1821 il n'en fut convoqué un second qu'en 1834. Mais dans cette assemblée on arrêta que le synode général se réunirait régulièrement tous les sept ans.

L'ancien duché de Nassau, qui est actuellement une circonscription administrative de la Prusse, jouit depuis 1817 d'une organisation ecclésiastique presbytérale et synodale , assez analogue à celle du grand-duché de Bade. Les éghses y ont à leur tète un évèque qui remplit les fonctions de superintendant-général.

En Suède et en Danemark, l'Église luthérienne est épiscopale et se trouve organisée d'après un système analogue à celui de l'Église anglicane. Dans le premier de ces deux pays les évêques ont à compter avec les consistoires, qui leur sont cependant subordonnés, et dans le second, le titre de superintendant-général a été substitué à celui d'évêque.

Les églises luthériennes ont une constitution qui ne dilfère presque en rien des articles organiques du 18 germinal an X, qui régissaient les églises réformées de France avant le décret du 26 mars 1852. La différence la plus considérable, on pourrait presque dire la seule, c'est que les églises luthériennes de Hollande ont un synode général qui se réunit tous les deux ans. Il n'est pas inutile d'ajouter que ce synode général a le bon esprit de ne s'occuper que d'affaires administratives et de laisser de côté les discussions dogmatiques, qui, dans l'état actuel des choses, ne peuvent que troubler et diviser les esprits.

En France , l'Éghse de la confession d'Augs- Lourg est régie par le décret du 26 mars 1852 et les arrêtés ministériels du 10 septembre de la même année. Chaque paroisse a un conseil presbytéral, composé du pasteur ou des pasteurs de la paroisse et de quatre à sept membres laïques, nommés au suffrage universel et renouvelés par moitié tous les trois ans. Les consistoires s'étendent sur plusieurs paroisses et s'occupent de leurs intérêts généraux. Ils se composent de tous les pasteurs du ressort, des membres laïques du conseil presbytéral du chef-Ueu et d'un certain nombre de délégués laïques des paroisses. Les consistoires sont à leur tour groupés en inspections, à la tête de toutes les éghses sont placés un consistoire supérieur ou général qui constitue le pouvoir législatif, et un directoire, qui est le pouvoir administratif. Le consistoire général se réunit au moins une fois par an. Il se compose de deux députés laïques par inspection, de tous les inspecteurs ecclésiastiques , d'un professeur du séminaire, d'un membre laïque du directoire, désigné par le gouvernement et du président du directoire qui est de droit le président du consistoire. Le directoire est un corps perma-

nent et se compose d'un président, d'un membre laïque et d'un inspecteur ecclésiastique, nommés par le gouvernement, et de deux députés nommés par le consistoire supérieur *.

Cet état de choses sera sans le moindre doute modifié. L'Alsace enlevée à la France , D ne reste plus à l'Église delà confession d'Augsbourg que deux inspections, celle de Paris et celle de Jlontbéliard. Recevra-t-elle une nouvelle organisation? Se réunira-t-elle à l'Église réformée? L'avenir nous l'apprendra.

2° Églises réformées. — En principe, la constitution des églises réformées est presbytérienne et synodale. Toutes les églises particulières ou paroisses sont égales entre elles. «Nulle église, dit l'ancienne discipline des églises réformées de France, ne pourra prétendre primauté ni domination sur l'autre, ni une province (réunion des éghses d'une même province) sur une autre.» Les pasteurs sont également tous égaux entre eux; pas de hiérarchie. Les présidents des diverses assemblées, qui sont toujours des pasteurs , ou sont désignés par des suffrages de l'assemblée, ou doivent cet honneur à leur ancienneté dans les fonctions pastorales; dans d'autres lieux les pasteurs sont appelés à tour de rôle à la présidence.

Chaque paroisse a un conseil appelé soit conseil pi-esbytéral, soit presbytère, soit consistoire; c'est ce dernier mot qui est employé dans Fancienne discipline des éghses réformées de France; aujourd'hui on emploie le premier dans ces mêmes églises. Ce conseil se compose des pasteurs ou du pasteur de la paroisse et d'un certain nombre de laïques nommés par tous les fidèles qui ont atteint leur majorité; le nombre de ces membres laïques dépasse toujours, et même de beaucoup, celui des ecclésiastiques. Un certain nombre de paroisses voisines forment ce qu'on appelle aujourd'hui un consistoire (on l'appelait autrefois un colloque). Un nombre de laïques, en rapport avec le nombre des paroisses, en font également partie. Les colloques ou les consistoires d'une province ont au-dessus d'eux un synode provincial , assemblée annuelle ou bisannuelle , à laquelle assistent un pasteur au moins et un ou deux anciens de chaque paroisse de la province, les uns et les autres régulièrement délégués par leur consistoire. Enfin un synode national, diète générale de toutes ces petites républiques ecclésiastiques, unies non-seulement par la langue et le sentiment national, mais encore par la communauté des intérêts, des souvenirs et des croyances, est le couronnement de l'édifice. A cette assemblée qui se réunit chaque année ou à des intervalles plus éloignés, mais toujours à des époques déterminées, et qui siège successivement dans chaque province, chaque synode provincial euvoie deux pasteurs et deux anciens. C'est là que sont débattus les intérêts généraux de toutes les églises et vidés les appels et les questions restées indécises dans les synodes provinciaux.

1. Voy. M. Block, Dictionnaire de l'Administration françaine. Paris, Berger-LevrauU,

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Comme on le voit, l'élément laïque se trouve représenté à tous les degrés, et cet élément dérive eu premier ressort des paroisses ellesmêmes. C'est un véritable g-ouvernement représentatif. Toutes les églises réformées , sauf les églises indépendantes dont il sera bientôt question; sont organisées en général sur ce modèle. Il est adopté par les églises de Hollande, par celles d"Écosse, par les presbytériens des États-Unis. Il était en vigueur dans les églises réformées de France antérieurement à la révocation de l'édit de fautes. Pendant les persécutions, les synodes uationaux étaient absolument impossibles; mais on réunit des synodes provinciaux aussi souvent que les circonstances le permirent. Au rétablissement des cultes, le gouvernement, qui leur imposa les articles organiques du 18 germinal an VIII, sans les consulter, supprima le synode national. Il permit, il est vrai, les synodes provinciaux, et le décret du 26 mars 1852 n'a rien changé sur ces deux points. Mais les synodes provinciaux n'étant qu'un rouage sans utilité, en l'absence du synode national, ils ont été à peu près abandonnés, et par cette réglementation les églises réformées de France ne peuvent plus être classées parmi celles qui ont une organisation synodale, et se sont transformées de fait en églises congrégationalisles et indépendantes, avec cette différence toutefois qu'elles n'ont pas , comme celles-ci , la liberté de se gouverner elles-mêmes absolument et en toutes choses et que leur direction générale est entre les mains du ministre des cultes, quoique, à vrai dire, elles jouissent d'une grande somme d'indépendance en ce qui concerne les affaires particulières des paroisses '.

Eu Suisse, où les églises réformées sont cantonales, les synodes, soit provinciaux, soit nationaux, n'ont pas de raison d'être; le consistoire réuni dans la capitale du canton en tient lieu et forme une sorte de synode permanent.

Il convient d'ajouter que dans ce système la paroisse nomme elle-même son pasteur ou ses pasteurs, droit précieux, rationnel et conforme en tous points à l'esprit du protestantisme. Les églises réformées de France, de Suisse, de Hollande, comme aussi les presbytériens des États-Unis en ont toujours joui et en jouissent encore. 11 en est autrement dans FÉglise presbytérienne d'Ecosse. Il y règne, comme d'ailleurs dans plusieurs contrées de l'Allemagne, ce qu'on appelle le patronat, système absurde, s'il eu fut jamais, sur lequel il n'est pas inutile de donner quelques explications , et qui a amené, d'ailleurs, vers 18i0, dans cette Éghse, une division qu'il importe de connaître.

Au moment de la réformation, par suite d'un principe découlant du droit féodal et assez analogue à ce qu'on appelle en Allemagne le droit territorial {cuJks est rcgio . cjus rcligio). les seigneurs nommèrent les pasteurs dans les terres qui leur appartenaient, et depuis, ils ont regardé ces nominations comme leur apparte-

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