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Un synode général s'est réuni à Paris en 1S

nant en propre, sourds aux réclamations continuelles de l'Église d'Ecosse. Quand le régime ecclésiastique fut remanié, après l'expulsion de Jacques II, en 1690, le patronat fut aboli. Il fut rétabli vingt-deux ans plus tard, en 1712, sous la reine Anne; depuis ce moment, il n'a pas cessé d'exister. Un tiers des égUses presbytériennes d'Ecosse est sous le patronat royal; dans toutes les autres, le patronat est entre les mains de simples particuliers , et ce privilège s'acquiert et s'aliène de la même manière que toutes les autres propriétés.

Quand une place de pasteur devient vacante, le patron présente un candidat. Si le presbytère, c'est-à-dire le synode du cercle, n'y met pas d'opposition, le candidat prêche devant la communauté. Quelques jours après, un pasteur déjà en exercice monte à son tour en chaire et invite la paroisse à sanctionner la vocation du candidat présenté. Cet acte de Fassemblée qui, dans le principe, était une reconnaissance du droit des fidèles à choisir leur conducteur spirituel, est tombé peu à peu en désuétude. On se contente souvent de la signature d'un seul membre de l'ÉgUse, et il n'est pas rare qu'on se passe même de cette formalité. Il faut ajouter que ce mode de nomination des pasteurs par des patrons est d'autant plus inconvenant que la plupart de ceux-ci appartiennent à l'Église épiscopale, et qu'ainsi les pasteurs presbytériens d'Ecosse sont nommés en grande partie par des hommes étrangers à leur Église.

En 1830, il commença à se former une trèsvive opposition contre le patronat. Thomas Chalmers, professeur de théologie à Edimbourg, était à la tête de ce mouvement. On s'adressa d'abord à la Chambre des communes, à laquelle on demanda le retrait de la loi de la reine Anne. La chambre des communes ayant passé à l'ordre du jour sur cette demande, l'assemblée générale (synode national) de 1834 statua, dans une décision connue sous le nom d'Acte de veto, que l'Église avait le droit de repousser tout pasteur présenté par un patron. Cette décision trouva de nombreux approbateurs. Plusieurs paroisses rejetèrent les candidats présentés par des patrons, et ne voulurent pas même entendre leurs sermons d'épreuve, quoiqu'elles n'eussent rien à reprocher aux: candidats. L'Église d'Ecosse se partagea alors en deux partis , les adhérents à l'Acte de veto ou non-intrusionistes et les modérés qui soutenaient les droits des patrons.

Des patrons et des candidats repousses portèrent plainte à la Court of session (cour suprême de justice en Ecosse). Ce tribunal leur donna gain de cause. L'assemblée générale persista cependant dans sa décision; elle suspendit même un presbytère (synode de cercle), qui, conformément à Farrèt de la Court of session, avait accepté un candidat présenté par un patron. La lutte se trouva ainsi engagée entre la première autorité ecclésiastique et la cour souveraine de justice. Une décision du parlement devenait nécessaire. On fit traîner les choses en longueur dans l'espérance que le temps calmerait les esprits.

EGLISES PROTESTANTES

L'assemblée générale se tourna, enfin, vers la reine, se plaignit auprès d'elle des attaques de la justice civile contre les droits de l'Église et demanda Fabolition complète du patronat. L'adresse fut présentée en juin 13i2. Le gouvernement temporisa quelque temps, toujours dans l'espérance que le mouvement tomberait de lui-même. Mais le comité de l'assemblée générale s étant plaint de ce retard, et ayant reproché au gouvernement de manquer de considération pour rÉglise, le ministre de l'intérieur, sir James Graham, répondit, enfin, que les prétentions des non-intrusionistes étaient contraires à l'ordre et aux droits établis, et que Tarrèt de la Cowrt of session était parfaitement légal. Il lit eu mèaïc temps remarquer que l'organisation existante offrait à lÉglise toutes les garanties désirables, puisque les patrons ne pouvaient présenter que des candidats qu'elle avait déjà éprouvés, et auxquels elle avait accordé le droit de prêcher; que, même après la présentation, les candidats étaient soumis à l'approbation du presbytère; et, enfin, que la paroisse avait le droit de faire valoir ses objections auprès de ce corps, qui, en défini- Viy. prononçait l'admission des candidats présentés.

Cette réponse ne satisfit pas les non-intrusionistes, qui demandaient que chaque paroisse nommât elle-même ses pasteurs, et que la loi sanctionnât cet ordre de choses. Le gouvernement, persistant à maintenir le patronat, l'assemblée générale, qui se réunit à Edimbourg, le 18 mai 184.3, reçut, à l'ouverture de sa première séance, une protestation des nonintrusionistes. En présence, dirent-ils, des prétentions du pouvoir civil à régler des affaires purement ecclésiastiques, une réunion légale et libre de l'Église d'Ecosse n'était pas possible. Et aussitôt les membres non-intrusionistes de cette assemblée se retirèrent, et constituèrent une Église presbytérienne libre [free presbijterian church), qui renonça à tous les avantages de l'Éghse nationale. Plus de quatre cents ecclésiastiques se rangèrent de ce coté; on eut des souscriptions pour plus de deux cent cinquante mille livres sterling pour la fondation de la nouvelle Église, et il se forma six cent quatre-vingt-sept paroisses (free church-associations). On éprouva en plusieurs lieux de grandes difficultés pour construire des temples, les possesseurs de biens se refusant à céder des terrains aux nouvelles associations; on ne s'arrêta pas devant ces obstacles; on célébra le culte sous des tentes, parfois en plein air. L'Église libre est aujourd'hui solidement établie, et montre à la vieille Europe, d'un coté, que la société religieuse peut vivre et prospérer sans l'appui du gouvernement, et, d'un autre coté, qu'une Église libre n'offre aucun danger pour l'État.

3° Églises indépendantes ou congrégationalisles. — On appelle de ce nom toutes les églises qui sont indépendantes, non pas seulement do l'État , mais encore les unes des autres. Ici chaque paroisse constitue un corps absolument libre, choisissant lui-même ses pasteurs, s'eu-

tretenantparses propres ressources, se gouvernant par ses propres lois. Plusieurs, un grand nombre même, peuvent avoir des doctrines analogues et un culte semblable; chacune d'elles n'en garde pas moins son indépendance ; elles n'ont entre elles d'autres liens que ceux de la toléi'ance et de la charité universelles. Cette forme ecclésiastique fut celle des églises chrétiennes primitives; mais elle ne dura qu'un moment. Dès que les églises se furent multipliées et qu'elles eurent pris quelque consistance, il s'établit entre elles une sorte de hiérarchie à l'imitation de celle de l'administration civile des provinces de l'empire. Ce n'est que depuis environ deux siècles qu'elle a reparu dans quelques fractions du protestantisme aux États-Unis.

On a élevé bien des objections contre ce régime ecclésiastique. Je ne voudrais pas assurer que toutes soient frivoles. On peut craindre entre autres, qu'il ne soit pas le plus propre à faire naître ces grands courants d'idées et de sentiments qui élèvent les nations au-dessus d'elles-mêmes et les poussent vers un idéal nouveau. Il semble devoir maintenir les esprits dans les conceptions vulgaires, qui sont les plus accessibles à la grande majorité des hommes, et favoriser une certaine ètroitesse desprit dans les choses rehgieuses. Il peut encore engendrer de mesquines rivaUtés entre des congrégations voisines , et faire de la religion, que l'on me passe l'expression , une affaire de boutique. 11 serait possible, enfin, qu'il éveillât en certains moments une exaltation, non sans doute dangereuse, mais ridicule, et par cela même funeste au sentiment religieux, ilais sans recourir à la réflexion, banale sans doute, mais d'une trop réelle vérité, qu'en ce bas monde, les plus belles choses ne sont jamais M 5ÛUS quelque défectuosité, il faut reconnaître, fl d'un côté, que ces défauts peuvent être écartés, du moins en partie, et, de l'autre, qu'ils sont contre-balancés par les avantages qui appartiennent incontestablement à ce régime.

Dans un pays et â des époques où, ù côté d'un esprit bien entendu de tolérance, régnerait un grand mouvement intellectuel, la pensée, qui ne serait pas retenue dans les horizons toujours étroits d'une Église dominante, prendrait un essor dont nos préjugés actuels ne nous permettent pas de mesurer la portée. Une entière liberté dans la vie religieuse créerait de tout autres conditions d'existence intellectuelle que celles dans lesquelles les esprits ont pu se mouvoir jusqu'à ce moment. N'insistons pas cependant sur ce côté de la question; bornons-nous, eu linissant, à indiquer quelques-uues des conséquences pratiques du système congrégationaliste.

Il est certainement le seul qui permette une liberté réelle et illimitée de conscience. Chacun s'associe à la congrégation dont les doctrines, le culte et les principes répondent le mieux aux besoins de son cœur et de son intelligence. Il y fait élever ses enfants; mais, arrivés à l'âge de raison, ceux-ci, usant du même privilège, y resteront ou en sortiront pour se

ÉGLISES PROTESTANTES. — EGYPTE

joindre à une autre, selon les inspirations de leur sentiment religieux. Là où aucune gêne n'est imposée à la conscience ni par les lois, ni par les préjugés publics, aucun motif ne saurait engager à déguiser ses opinions ; il n'y a plus lieu a Ihypocrisie qui trafique des choses saintes, et auprès de laquelle ne peuvent exister ni honneur, ni piété, ni vertu. Tous les autres régimes fournissent, plus ou moins, des tentations de ce genre. Là encore où règne une entière liberté, l'ignorance et la superstition, triste résultat de l'esclavage de la pensée, doivent bientôt disparaître. Enfin , la vie religieuse devient dans ce régime une vérité. On ne s'attache à une Éghse que parce qu'on la juge la meilleure ou la moins défectueuse; on s'y attache sincèrement par cela même. Ce choix étant d'ailleurs raisonné, on est religieux en connaissance de cause et non en aveugle, comme il arrive à peu près toujours dans les églises oificielles, où Ton ne reste que parce qu'on y est né.

Il n'est pas nécessaire de faire remarquer que cette forme ecclésiastique ne peut exister que là où les églises sont complètement séparées et indépendantes de l'État. Ajoutons encore que, autant qu'il est permis d'en juger, c'est de ce côté que nous marchons. Je ne prétends certes pas qu'elle soit la forme définitive des manifestations du sentiment religieux, ni même la meilleure à un point de vue absolu. Je veux dire seulement qu'elle me parait celle qui est le mieux en harmonie avec les tendances et les aspirations les plus marquées des sociétés actuelles ^

Michel Nicolas.

Comparez : Culte, Consistoire, Missions religieuses, lîéformation , Réfugiés, Synodes.

EGYPTE. Contrée du nord-est de l'Afrique, célèbre par sa fertilité, aussi bien que par une importance commerciale que le cours des âges, à travers mille vicissitudes, n'a fait que confirmer, et qui se révèle de nos jours avec un éclat nouveau.

La civilisalioii primitiA'e de l'Egypte, la plus ancienne que l'on counaisse. s'accomplit, durant une longue suite de siècles, sous des rois que l'histoire nomme Pharaoïis , placés au sommet d'une organisation sociale, toute constituée sur le régime des castes. La caste sacerdotale, dont les principales fonctions étaient remplies par des princes de la famille royaîe, était la partie instruite de la nation: ses privilèges comprenaient le culte, la justice, l'établissement et la perception des impôts, toute l'administration civile. La caste militaire, où les parents des rois exerçaient aussi divers

1. Ouvrages à consulter, en onire des DUcipUnes des ditl'érciitfs églises et des lois, décrets et arrêtés iniuistériels qui les régissent:

Stâudlin , Kirchliche Geographif. und StalUiik, 2 vol. in-8'; Grégoire, Histoire des sectes religieuses , 2' édition ; Mosheim, JIi<itoire ecclésiastique , traduction française, t. IV et V; Gi(>eler, Kirchengeschichle , t. III, 1" part., et t. V ; Die protestantis'che Kirche FranUreichs von 17S7 bis 1S4G , herausgegeben von Giescler, 2 vol. in-8".

commandements, était préposée à l'ordre intérieur et à la défense extérieure. La caste agricole sudounait à la culture des terres , dont les produits subissaient des prélèvements en nature pour l'entretien du roi et des castes supérieures. Les artisans, les ouvriers de tout métier et les marchands composaient la quatrième classe de la nation : la caste industrielle , qui contribuait aussi par ses travaux à la richesse et aux charges de l'État. — Dans chaque caste, au dire des historiens, les métiers étaient héréditaires dans les familles, comme le rang même de la famille : cause ' puissante de perfectionnement dans les détails de chaque art, mais eu même temps source de cet esprit immuable dans les routines séculaires, qui distingua la société égyptienne, et lassouplit sans résistance à la domination tyrannique de ses maîtres et de ses envahisseurs. Cet état social qui, à distance, nous parait si extraordinaire, ne diilère peut-être pas beaucoup, si on le dépouille de quelques hypothèses, de l'état actuel du monde arabe où nous observons, comme eu Egypte, une aristocratie militaire (caste de guerriers), une aristocratie religieuse (caste de marabouts), et un peuple de fellahs : sans qu'il y ait de barrière naturelle ni légale entre ces diverses classes , en fait presque tous les membres de la tribu vivent et meurent dans la caste où ils sont nés. L'Inde présente le même spectacle, plus saisissant encore, et tout l'Orient se ressent, à des degrés divers, de ce principe d'inégalité fatale qui ne cède qu au principe de liberté, de progrès et de justice tardivement admis en faveur de tous les membres de la famille humaine.

Sous l'empire de ces règlements, vingt-six dynasties se succédèrent, jusqu'au jour où rkgypte tenta l'ambition des Perses (526 avant Jésus-Christ), puis des Grecs (332) remplacés parles Romains (29). Ceux-ci, après six siècles de domination, firent place aux Arabes (C38), qui l'exploitèrent comme une des plus riches provinces de l'islamisme. Le Coran ne fixa que ses destinées religieuses; le sceptre politique passa successivement des khalifs de Bagdad ((J39) aux émirs Tlioulouuides (870), aux litchidites (934), aux fatimites (972), puis aux Ayoubiles (1171), aux Mamelouks Turcomans (1250), aux Mamelouks CircassiensI 1382), enfin aux Ottomans (1517), dont le sultan Sélim P"" soumit à son empire la région du Ail, et par une renoucialiun obtenue du dernier khalif abbasside, joignit le pouvoir spirituel au pouvoir temporel; depuis lors les sultans de Constautinople sont devenus les chefs de l'islamisme. Sélim et ses successeurs confièrent à un pacha, entouré de beys, le gouvernement de lÉgypte ; âge d'anarchie et d'oppression qui dura ju^qu■à la fin du dixluiitième siècle, où l'expédition du général Bonaparte en fit pour peu de temps une conquête française (1798 à 1801). L'clfurt combiné des Anglais et des Turcs nous l'ayant enlevée, la Porte y rétablit sa souveraineté, qui ne tarda pas à se personnifier dans un soldat macédo-

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oien, chef d'ALbanais, devenu célèbre sous le nom de Mehemet-Ali. Cet habile et audacieux capilaine fonda son pouvoir personnel , moins sur l'appui éloigné et vacillant de la Porte, que sur Textermination des Mamelouks, ses rivaux, et sur son génie miUtaire et administratif. Son ambititiou croissant avec sa force, il pensa un jour pouvoir conquérir sou indépendance , et après avoir rempli l'Arabie de terreur, tenta d'ajouter la Syrie à ses domaines. Rehaussant ses propres succès, les victoires de Konieh (1832), de Nézib (1839), remportées par son fils Ibrahim sur les troupes turques, semblèrent consacrer ses vastes desseins; mais, au lendemain de chaque triomphe , la volonté de l'Europe arrêta dans sa marche le vainqueur rebelle. Les grandes puissances, vouées à la conservation de l'empire ottoman, comme nécessaire à l'équilibre européen , refusèrent d'en détacher l'Egypte, encore moins la Syrie, et la France, pour avoir paru hésiter dans cette politique, se vit isolée par le traité de Londi-es du 15 juillet 1840. Après de longues négociations, le sultan Abd-ul-Medjid , qui avait succédé en 1839, tout jeune, à son père Mahmoud, cédant aux conseils de l'Europe , déhvra à Méhémet-AU un firman, en date du l"juin 1841, qui fixe la constitution politique de l'Egypte, et dont voici les principales dispositions.

Le sultan accorde à Méhémet le gouvernement héréditaire de l'Egypte avec les anciennes limites,, tracées sur une carte annexée. L'hérédité est établie du fils aine au fils aîné dans la ligne directe masculine , la nomination (ou plutôt l'investiture) devant toujours émaner de la Sublime Porte. En cas d'extinction de la ligne mascuhne, le sultan désignera un successeur, à l'exclusion des enfants mâles des filles, lesquels n'ont droit ni titre légal de succession. — Bien que les pachas d'Egypte aient la jouissance héréditaire du gouvernement, ils sont rangés, pour le grade et la préséance, sur la même hgne que les autres vizirs ; ils seront traités comme tels par la Sublime Porte , dont ils recevront les mêmes titres que ceux donnés à tout autre gouverneur de province. (Us portent depuis 1 866 le titre de Khédive.) — Les principes consacrés par le hatti-chérif de Gulhané (1839), ainsi que tous les traités existant ou à intervenir entre la Sublime Porte et les puissances amies, recevront leur pleine exécution dans la province d'Egypte. 11 en sera de même de tous les règlements faits et à faire par la Sublime Porte, en tenant compte des circonstances locales et de l'équité. — Toutes les taxes et tous les revenus levés en Egypte le seront au nom impérial, et conformément au système suivi par le gouvernement turc. — On continuera d'envoyer Ions les ans, suivant l'usage, des grains et légumes aux villes saintes de la Mecque et de Médine. — Le pacha ou plutôt le Kliédive pourra battre monnaie en Egypte, mais les pièces d'or et d'argent devront porter le nom du sultan, et ressembler pour la forme et la valeur aux pièces frappées à l'hôtel des Monnaies de Goustantinople. — 1 8,000 hommes devront suffire pour l'armée, sauf accrois-

sement pour le service du sultan, en temps de guerre; 400 hommes de troupes égyptiennes seront envoyés annuellement à Conslautinople. Les décorations, les drapeaux, les enseignes, les pavillons de navires seront les mêmes qu'en Turquie. — Le Khédive pourra uommer des officir-rs de terre et de mer jusqu'au grade de colonel, au-dessus il devra prendre les ordres du sultan. — Les Khédives ne construiront aucun vaisseau de guerre sans l'autorisation nette et positive de la Sublime Porte. Enfin le Khédive devra prendre les ordres de son suzerain pour toutes les questions importantes qui intéresseront le pays.

Méhémet-Ali, par une réponse du 25 juin 1841 , accepta ces conditions qui rivèrent ses États , comme un lief vassal , à la suzeraineté turque. Le tribut, primitivement fixé à un quart des recettes brutes (hatti-chérif du 13 février 1841), fut ultérieurement réduit à 60,000 bourses ou 7,560,800 francs, mais plus tard relevé à près de 132,000 bourses.

C'est sans doute en échange de l'élévation du tribut qu'un firman du sultan étendit en septembre 1867 les pouvoirs du vice-roi ou Khédive. Voici ce firman d'après le Moniteur officiel du 20 septembre 1867 qui l'emprunte à un journal de Goustantinople [la Turquie).

«A mon illustre vizir Ismaïl-Pacha Kedervi-el- Masr (souverain d'Egypte), grand vizir en activité, décoré des ordres d'Osmauié et de Medjidié en diamants, que Dieu continue sa gloire et augmente sa puissance et son bonheur.

«En recevant ce firman impérial, apprenez notre décision.

«JN'otre firman qui accordait au Kedervi-el- Masr le privilège de l'hérédité , ordonnait que l'Egypte serait gouvernée conformément au caractère de son peuple, au droit et à l'équité, d'après les lois fondamentales en vigueur dans les autres parties de l'empire et basées sur le hatti-humayoum de Gulhané.

, « Cependant l'administration intérieure de l'Egypte, c'est-à-dire tout ce qui a rapport à ses intérêts financiers et à ses intérêts locaux, étant de la compétence du gouvernement égyptien , nous vous permettons, pour la conservation et en faveur de ses intérêts , de faire des règlements spéciaux ayant rapport à cette administration intérieure seulement , en continuant à observer en Egypte les traités de notre empire tels quels. En résumé, vous êtes autorisé à faire des conventions pour les douanes, la police des sujets européens, le transit, la poste, à la condition que ces accords n'aient pas la forme ni le caractère de traités intcrnalionaux ou politiques. Dans le cas contraire, si ces acconls ne sout pas conformes aux bases ci-dessus et ù uos droits fondamentaux de souveraineté, ils seront considérés comme nuls et non avenus.

«Dans le cas où le gouvernement égyptien aurait quelques doutes sur la conformité d'une couvention de ce genre avec les lois fondanienlales de notre empire , il devra en référer à notre Sublime l^orte avant de prendre aucune résolution délinitive.

«Toutes les fois qu'il se fera en Egypte un

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règlement de douane spécial dans la forme voulue , avis en sera donné régulièrement à notre gouvernement, de même que pour sauvegarder les intérêts commerciaux de l'ÉgypIe dans les traités de commerce qui interviendront entre nous et les gouvernements étrangers, l'administration égyptienne sera consultée.

« Et afin que vous ayez pleine connaissance des volontés énoncées ci-dessus , nous avons ordonné à notre Divan impérial de rédiger et de vous adresser le présent firman. »

En réalité , sauf l'hommage personnel suivi d'investiture à chaque avènement, sauf encore un tribut en argent et le subside en troupes jjendaut la guerre, le Khédive, qualifié de viceroi d'Egypte , gouverne à son gré. 11 a ses ministres, organise son administration et ses troupes, perçoit et dépense ses revenus sans contrôle du divan, qui s'estime heureux de recevoir des témoignages quelconques de soumission de la part d'un prince que la haute fortune de sa race , née de la révolte , semble toujours inviter à l'indépendauce.

L'hérédité dans la famille du Khédive, du fds aîné au fils aîné, avait d'abord été interprétée dans le sens du droit musulman, c'est-à-dire au profit du plus âgé des descendants survivants, mais un décret impérial de 1866 renouvelé en 1872 (promulgué solennellement en septembre 1872) établit la succession par ordre de primogéniture comme dans l'Europe chrétienne.

11 nous reste à exposer le cadre, les rouages et les éléments de la puissance politique et économique de l'Egypte.

Outre l'Egypte proprement dite, le territoire soumis au Khédive comprend la Nubie et le Soudan égyptien , composé de cinq provinces : le Sennaar ou Ghéziré, le Kordofan, le Dongola, le Berber , le Taka ou Tessala , autrefois Etats libres, conquis par les armes de Méhémet-AH, de 1820 à 1823. Le territoire propre de l'Egypte est la portion du bassin du Nil, comprise entre les dernières cataractes du fleuve, sous le tropicjue du Cancer , et la Méditerranée. Resserré entre deux chaînes de montagnes à peu près parallèles qui le séparent de la Libye et de la mer Rouge, il forme, du 24* au 30* degré de latitude nord, une vallée très-encaissée et ondulée , de 200 lieues de longueur sur 3 à 4 de largeur, qui constitue la Moyenne et la Basse- Egypte. Les deux chaînes s'évasant ensuite en colline qui se prolongent vers le nord-est et le nord-ouest , la Basse-Egypte s'élargit à droite et à gauche du fleuve et forme entre le Caire, Alexandrie et l'éluse une immense plaine triangulaire ou delta de 1,375 lieues de superficie, qui a été formée par les dépôts d'alluvion du Nil. C'est donc, pour l'Egypte seule, une étendue totale d'environ 2,175 lieues carrées ou 3,480.000 hectares. Quant à la Nubie, moins déterminée dans ses limites, on n'en peut évaluer l'étendue à moins de 40 millions d'hectares le Soudan est un espace ouvert en tout sens, immense, plus illimité encore. L'ensemble de ce vaste royaume est peuplé (selon M. de Régn»^ de 5.203,405 habitants, en 1871. La populatiu. se compose d'un fond de race indigène (Coptc.i

fortement croisés d'Arabes) et d'étrangers, en 1871, 88,038 individus (de toute race), de toute nation et de tout culte, dont l'esprit actif vivifie un peu les masses inertes du pays et anime même le gouvernement.

Les principales villes où la population est agglomérée sont le Caire (353,851 âmes en 1871), capitale politique; Alexandrie (219,602), capitale commerciale; Damiette (28,913), Rosette (14,978), Suez (13,625), etc. . . Port-Saïd, Timsah (maintenant Ismaïlia) s'élèvent à l'entrée et sur le parcours du canal de Suez. C'est aux crues périodiques du Nil (du solstice d'été à celui d'hiver), utilisées pour l'inondation des terres, que l'Egypte doit sa fécondité : aussi la mesure et la surveillance de ces crues périodiques, la distribution et la retraite des eaux au moyen de digues et de canaux, furent-elles de tout temps un des principaux soins de l'administration publique; elles tournèrent les regards et les esprits vers l'étude du ciel et des saisons et devinrent la cause première du progrès des sciences chez les Égyptiens.

Sous l'influence fécondante des eaux et du limon, réchauffés par le soleil, il sutTit des plus légers travaux pour que les terres se recouvrent abondamment des produits les plus variés. Parmi les céréales, le millet et le maïs sont la base de l'alimentation des hommes ; le blé donne lieu à une exportation considérable. Le coton était de tout temps connu, mais la variété dite jumel, du nom d'un négociant français qui eu introduisit la culture, ne date que de quarante ans et atteint un chiffre de 22 millions de kilogrammes à Texportation. L'indigo est d'un grand usage dans la teinture locale. Le riz, les dattes, le henné, le sésame, le tabac , la garance , le carthame ou safranon , la canne à sucre, l'olive, l'opium, la soie, le chanvre, le lin, etc., complètent la série des produits agricoles.

Voici, d'après M. de Régny (Statistique de l'Egypte, 3« année), la proportion des diverses cultures agricoles. Sur 5 millions de feddous ou 2,100,000 hectares cultivés en 1871 , 500,000 hectares étaient en blé et maïs, 500,000 en orge, 460,000 en fèves et lentilles, 300,000 en coton, 85,000 en cannes à sucre, 70,000 en riz, 60,000 en graines de lin, 35,000 en sésame, le reste en divers. La production du blé, etc., a été de 5 millions d'hectoL; orge, 5 millions dhectol.; légumes secs, 4 millions d'hectol.; coton, 1,750,000 quintaux; sucre, 450,000 quintaux.

Un peu prédisposé à rindolencc par une nature extérieure à la fois très-régulière dans ses lois fatales et très-généreuse dans ses bienfaits, plongé d'ailleurs dans la misère par ses tyrans, privé enfin, par le relief et la composition du sol, de chutes d'eau, de combustible (bois et houille), de mines, le peuple égyptien se confine dans les travaux agricoles les plus rudimentaires et néglige les travaux industriels, sauf un petit nombre nécessaire aux premiers besoins de l'existence ou consacrés par une longue tradition : des étoffes de lin , de coton , de laine, la spartcrie, la poterie, les parfums

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de roses de Fayoum , la construction de barques, la pêche, etc. Les grandes usines à sucre, à indigo, les fabriques de tissus, celles d'armes, nées des caprices ou des calculs ambitieux de Méhémet-Ali, avaient déjà décliné de son vivant et ne paraissent pas prêtes à se relever. L'art est tombé dans une décadence plus complète encore, bien que les innombrables monuments qui couvrent le solde TÉgypte et dont les hiéroglyphes, déchiCfrés par le génie de Champoilion, ont révélé l'histoire, témoignent des aptitudes natives de la race indigène dans les œuvres d'architecture, de statuaire et de peinture, aussi bien que pour la fabrication manuelle la plus délicate. La conquête arabe , l'oppression turque ont causé cette déchéance dont l'islamisme seul ne relèverait pas l'Egypte sans l'appui de la civiUsation occidentale.

Le commerce avec l'étranger opère d'abord sur les denrées et matières premières que produit le sol égyptien, et en outre sur les articles de transit que lui amène sa situation privilégiée entre la Méditerranée et la mer Rouge, au point de rencontre du continent européen et asiatique avec la mer qui baigne l'Europe. Le mouvement de l'Occident aboutit à Alexandrie, celui de l'Orient à Suez. Khartoum, dans le Soudan, le Caire, dans la Basse-Egypte, sont les rendez-vous des caravanes conunercial'es et religieuses de l'Afrique et de l'Asie: situation privilégiée qui flt la fortune de l'Egypte dans l'antiquité et le moyen âge, mais perdit de sa valeur par la découverte du passage vers l'Inde par le cap de Bonne-Espérance Le chemin de fer, qui unit déjà Alexandrie à Suez et se ramifie sur une partie du Delta, et surtout le canal de Suez [votj. ce mot), ramèneront le commerce dans sa voie primitive et constitueront une double source d'affaires et de profits pour l'Egypte moderne.

Le commerce d'Alexandrie s'est élevé (en piastres turques de 23 centimes) :

ISfil. 1871.

Pour les importations à 291,2l'4,087 560,919,609 Pour les exportations à 372, 915, .584 999,531,799

Total 664,169,671 1,560,451,408

Par ordre d'importance les objets, exportés se classent ainsi: coton, fèves, blé, gommes, café Moka. Les imporialions se classent ainsi : manufactures , bois de construction , charbon , diverses huiles, fruits, machines en fer, provisions salées, marbre et pierres, bonnets, soie grége, tabac, etc.

Ce trafic place Alexandrie à la tête de tous les ports d'AlVicjuo et justifie, après vingt-trois siècles , l'habii'e choix du conquérant fondateur qui lui a donné sou nom. Pour avoir le commerce total du pays, il faut y joindre celui des autres ports: Damiette, 8à 10 millions de francs; Suez, 25 à 30 millions (transit déduit); Kosséir, 4 à 5 millions, et celui qui se fait par terre, dont Kliailonm, au sud, le Caire, au nord, sont les principaux centres. En somme, une valeur totale de plus de 200 millions, qu'on porte à 250 ou 260, en y comprenant celui de la mer

Rouge. Le transit y ajoute un mouvement de valeurs que Ton a évalué dès 1862 à 500 millions de francs au moins et qui a dû augmenter beaucoup depuis l'ouverture du canal de Suez.

L'activité agricole et commerciale se ressent des améliorations apportées par Mohammed- Saïd-Pacha au régime du monopole et d'exactions introduit ou maintenu par Méhémet-AU et Abbas-Paclia. Les règlements pour la navigation ont été simplifiés. Les fellahs ont obtenu la hberté de culture et de commerce ; les terrains disponibles ont été partagés entre les cultivateurs, les cheikhs et leurs familles. Le fellah, dégagé de la glèbe, a pu disposer à son gré de son travail et de sa personne; or, cette liberté excite, là comme partout, son activité, en l'acheminant vers la propriété et le bien-être Les corvées à titre gratuit .»u moyen desquelles ont été exécutés tout, les travaux publics de l'Egypte , depuis les Pharaons jusqu'à Méhémet-Ali, depuis les Pyramides jusqu'au canal Mahmoudié, ont été, du moins en grande partie, supprimées. La justice, dont les charges s'achetaient à prix d'or à Consfantinople, a été rachetée par le Khédive , qui a pris à sa charge les traitements des cadis et permis que les juges des provinces et des districts fussent élus.

Un pas bien plus important dans la voie libérale a été fait en 186G par le vice-roi Ismai'l, c'est la création d'une chambre ou assemblée représentative, dont la première réunion a eu lieu le 25 novembre de ladite année. 'Voici les principales dispositions de cette charte octroyée par le Khédive. Tout Égyptien dont la réputation est intacte , sans distinction de religion, est éligible à l'âge de 25 ans; dans les campagnes l'élection aura heu par le suffrage universel , dans les grandes villes par les notables. Les fonctionnaires civils et militaires, en activité de service , sont inéligibles. Le nombre de députés sera, dans les provinces, proportionné à celui des habitants; le nombre total ne pourra pas dépasser 75. Le Caire nommera trois députés, Alexandrie deux, Damiette un. Le mandat des députés aura une durée de trois ans. L'Assemblée vérifiera elle-même ses pouvoirs. Elle aura pour mission de déhbérer sur les intérêts du pays et de donner son avis sur les projets que lui soumettra le gouvernement. Elle se réunit tous les ans au mois de décembre et siège pendant deux mois. Elle est convoquée, ajournée, close par le vice-roi qui a seul l'initiative des lois. Les députés ne peuvent pas recevoir de pétitions. On voit que la chambre égyptienne n'est pas un corps politique, mais une sorte de conseil administratif, s'occupant des affaires intérieures.

Les charges qui continuent à peser sur le producteur, non sans avoir été fort allégées, sont linipot et le service militaire. L'impôt qui se payait en nature est désormais payable en argent cl par douzième. Le service militaire enrôle tous les enfants inàles parvenus à l'âge de seize ans ; mais après un ou deux ans d'exercice.--", ils sont renvoyés dans leurs foyers. L'armée, que Méliémet-Ali avait portée à 160,000 soldats et dont le hatti-cliérif de 1841 fixe le

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