AMORTISSEMENT. — ANARCHIE
existant en Prusse , supprime l'amortissement oblig-atoire prévu dans les lois d'emprunt (par le motif que la rapidité de l'amortissement n'a aucune influence sur la cote) et stipule que les excédants du budget seraient seuls employés à l'amortissement. On y procéderait par voie d'acliat à la Bourse. Toutefois, à partir de l'année 1885, l'État se réserve le droit de dénoncer des obligations déterminées et d'opérer le remboursement du capital nominal de ces obligations dans les délais qui seraient fixés par la A-oie légale. Par suite de la guerre heureuse de 1870-1871 qui, entre autres résultats, a permis d'employer le trésor prussien (remplacé par un trésor de l'empire) au payement des dettes, l'amortissement a pu être accéléré.
Ce sont les États-Unis qui, de tous les pays, ont opéré l'amortissement le plus énergique. Ils se sont proposé de rembourser leur dette en un petit nombre d'années et n'ont pas craint, pour ce but, de peser lourdement sur le contribuable. Des impôts nouveaux ont été établis et leurs produits ont été consacrés aux nombreux besoins courants, tandis que le principal revenu ancien, le produit des douanes, élevé encore par des aggravations de tarif, a été réservé au payement des intérêts et à l'amortissement de la dette. L'amortissement se poursuit avec une vigueur inconnue jusqu'alors, car la dette, qui était en juillet 18GG de plus de 2,783 millions de dollars, a été diminuée de près de 523 millions de dollars jusqu'en octobre 1871, et l'action de l'amortissement continue.
Le principe de l'amortissement a été établi par la loi du 25 février 18G2 en ces termes : <( Art. 5. Et il est , en outre , ordonné que tous les droits sur les marchandises importées soient acquittés en espèces, ou en billets remboursables à vue dont l'émission pourrait être autorisée par la loi pour être reçus en payement par l'État; et les espèces ainsi perçues seront réunies en un fonds spécial, employé comme suit :
« 1° Au payement en espèces de l'intérêt des obligations et notes émises par les États- Unis ;
« 2° Au rachat ou au remboursement de un pour cent de l'ensemble de la dette des États- Unis, remboursement qui devra être opéré, dans chaque année fiscale, après le 1" juillet 18G2, lequel (1 p. 100) doit être mis à part comme fonds d'amortissement (whic.histo he setnpavt as a xinking fitnd) et l'intérêt duquel (c'està-dire : rintérct des efTets rachetés) devra être employé de la même façon à l'achat ou au remboursement de la dette" publique, selon que le secrétaire du trésor (ministre des finances) le décidera de temps à autre ;
« 3° Le reste sera versé au trésor des États- Unis. »
Pendant quelque temps, l'interprétation de cette dispo.sjtion semble avoir varié, mais à partir de la loi spéciale sur l'amortissement du 14 juillet 1870, voici comment on procède: ou prélève, sur le montant du produit des
douanes — payable en espèces — une soHune égale à 1 p. 100 de la dette des États-Unis, et on emploie ce fonds au rachat d'obligations 5 — 20 (c'est-à-dirf obligations qu'on ne peut pas amortir avant, mais qui doivent être amorties au plus tard après 20 ans). Les obligations rachetées sont immédiatement détruites , mais les intérêts qui y afTéraient sont versés dans le fonds d'amortissement et le grossissent d'autant. Par conséquent, la somme employée tous les ans à l'amortissement se compose : 1" de 1 p. 100 du montant de la dette; 2" des intérêts de toutes les obligations rachetées. L'amortissement parait encore devoir être hâté par des opérations diverses ; mais tel qu'il est , il marche avec une rapidité que d'autres pays peuvent lui envier. De .AIaxgoldt.
Mis à jour par M. B.
Comparez : Arrosement, Banqueroute publique, Dette, Emprunts, Finances (Science des), Rente permanente.
AMOVIBILITÉ. Voy. Fonctionnaire, Inamovibilité.
ANARCHIE. D'après l'étATUologie du mot , l'anarchie serait l'absence "de tout gouvernement, de toute autorité politique ; mais dans le mal comme dans le bien il y a une limite extrême que l'esprit conçoit et qu'en réalité on ne, peut presque jamais atteindre. Aussi l'histoire n'otfre-t-elle peut-être pas un seul exemple complet d'anarchie dans lequel chaque individu serait rentré dans la pleine et entière indépendance de toute autorité extérieure.
La sociabilité étant un des caractères essentiels de l'homme , il y a, dans toute action dissolvante d'une société, les éléments d'une ou plusieurs associations nouvelles, et dès que, par une cause quelconque, un gouvernement est renversé , s'il n'est pas immédiatement remplacé par un gouvernement nouveau, les citoyens se groupent par fractions plus ou moins nombreuses autour d'autorités qui surgissent de la force de la situation. L'état d'instabilité des pouvoirs publics est donc ce qui caractérise particulièrement l'anarchie, soit que des gouvernements embrassant la totalité du pays, mais représentant des idées dilTérentes, se succèdent avec rapidité, soit que la nation se divise en plusieurs fractions hostiles les unes aux autres. Cette situation peut se manifester très-brusquement et quelquefois au moment où l'on s'y attend le moins: mais les causes du mal datent presque toujours de loin , et doivent être distinguées avec soin des accidents qui en déterminent l'explosion.
L'existence d'une société suppose un but à poursuivre en commun, et dès que les membres de l'association ne sont plus d'accord sur ce but ou sur les moyens de l'atteindre, on peut dire qu'il y a germe ou commencement d'anarchie. Avant de se révéler dans les faits, l'anarchie est donc depuis longtemps déjà dans les intelligences et on peut la ramener à deux causes principales : division dans les croyances ou
AXARCIME.
dans les opinioxjs , autagonisme daus les iutérèts.
Ces deux causes exerceut presque toujours leur actiou simullaucnieut; mais lors même qu'il est le priucipal mobile des fauteurs de l'anarchie, l'iutérèt est le plus ordinaireûieut rejeté sur le second plan, s'il n'est tout à fait dissimulé, car les hommes, quand ils agissent collectivement, tiennent à s'élever, au moins en apparence, au-dessus des intérêts vulgaires auxquels, individuellement, ils sacrifient si volontiers, et à rattacher la cause pour laquelle Us combattent, à quelque grand principe de poUtique, de morale ou de religion.
Dans les républiques , l'ambition des citoyens qui veulent s'emparer du pouvoir suprême; dans les monarchies , Tambitiou des princes qui ne peuvent arriver au trône qu'au moyeu d'un changement dans l'ordre régulier de succession, ont été plus d'une fois la cause apparente de l'anarchie; mais si l'on y regarde de prés, on voit que ces ambitieux n'ont fait que proiiter de l'élat de division des esprits ou de l'antagonisme des intérêts, et qu'il existait, dans la situation du pays, une cause supérieure d'anarchie, dont leur action personuellc a pu seulement rendre les efl'els plus prompts, plus intenses. 11 en est de même, dans un certain degré, des imperfections inhérentes à toute constitution politique : elles ne deviennent une pierre d'achoppement que lorsqu'ou cesse de s'entendre. Cependant il y a telle de ces imperfections qui peut être considérée comme une cause certaine d'anarchie, parce qu'à un moment donné , elle doit amener infaiÙiblemeut la division entre les citoyens. Les États trés-étendus portent en eux-mêmes des germes d'anarchie, à cause de l'impossibUité presque absolue de maintenir longtemps en harmonie tant d'intérêts divers, et d'établir entre les habitants de contrées qui ont été longtemps étrangères les unes aux autres, la communauté d'idées nécessaire pour conserver une force de cohésion sutlisante entre toutes les parties d'un empire.
Dans le cas ou l'anarchie provient surtout de ce qu'un État a pris une extension démesurée, elle est souvent le prélude d'une dissolution sociale; mais il est d'autres circonslaiiccs ou elle tient seulement à une Iransformatiou Iroj) rapide dans les conditions d'existence de la société. Alors, au lieu de s'accomphr paciùqucment , le jjrogrês s'engendre au mdieu des profonds déchirements qu'occasionne la lutte des idées nouvelles avec les idées anciennes.
Dans quelque condition qu'elle se produise, l'anarchie est toujours un très-grand mal. Aonseulement elle diminue la sécurité des personnes et des propriétés, quand elle ne la fait pas disparaître tout à fait; elle détruit la coidiance, tarit les sources du travail, et la misère qu'elle engendre rend les populations plus accessibles aux mauvaises passions et aux suggestions des partis ; mais les nombreuses soutlrauces individuelles dont elle est cause, et le trouble qu'elle apporte dans le développement économique de la société, ont. en général, une portée moins étendue que la perturbation qu'elle
occasionne dans l'ordre moral. Leà hommes sont alors soumis à des épreuves dont ils sortent rarement à leur avantage, et, à côté de quelques rares exemples de vertu pohtique, de courage civil et de force morale , il se produit une foulé de faits de nature à porter une atteinte plus ou moins profonde à la conscience pubhque. Dans la hévre qui embrase tous les esprits, les notions du bien et du mal, du juste et de l'injuste s'obscurcissent. Tout est jugé et décidé avec l'aveuglement et l'emportement de la passion; puis la lassitude et le dégoût succèdent à cet état violent . et le besoin de calme , d'ordre et de repos devient tellement impérieux qu'il engendre presque toujours des résolutions fatales aux libertés publiques. Heureux les peuples dont la liberté ne périt pas tout entière dans ces crises funestes, et qui cherchent leur refuge daus un pouvoir assez intelligent pour savoir restreindre à propos la dictature dont la conliance générale l'a investi!
Les moyens de prévenir ou de faire cesser l'anarchie varient nécessairement suivant une infinité de circonstances, et c'est le grand art de l'homme d'Etat de savoir discerner ceux qui sont le mieux appropriés au temps, aux mœurs, à l'état des esprits de la nation. Mais dans beaucoup de cas, il en est de l'anarchie comme des maladies aiguës, où la nature et le temps font plus, pour sauver le malade, que l'habileté du médecin.
L'anarchie, qui est un très-grand mal, ne pourrait-elle pas devenir un très-grand bien? Telle est la question que s'est posée un écrivain célèbre, M. Proudhou, et a laquelle il n'a pas hésité à répondre aflirmativemeut. Au fond, si nous l'avons bien comprise, VAn-Archie de M. Proudhou n'est autre chose que le principe du self -gover liment poussé jusqu'à ses dernières limites, et présenté comme le dernier terme du progrès de la raison humaine. Dans sa pensée, les hommes finiront par reconnaître qu'au lieu de se disputer, de se battre pour des questions auxquelles, la plupart du temps, ils n'entendent rien, et de chercher à s'asservir les uns les autres, ils feraient beaucoup mieux d'accepter franchement la loi du travail et d'associer leurs efl'orts dans le but de triompher des nombreux obstacles que la nature oppose à leur bien-être. Daus ce nouvel ordre de choses, les nations ne seraient plus que des groupes de producteurs rattachés les uns aux autres par les liens d'une étroite solidarité. La politique, telle qu'on l'a conçue jusqu'à ce jour, n'aurait plus de raison d'être, et VAn-Archie, c'est-àdire la disparition de toute autorité pohtique, serait la conséquence de cette transformation des sociétés humaines dans lesquelles toutes les questions à résoudre n'auraient plus qu'un caractère purement économique. Il y a longtemps déjà, J. B. Say a émis cette opinion que les fonctions de l'Etat devraient se ré^luire à celles de gendanne. Il n'y aurait plus alors qu'un pas a faire i)Our arriver a l'An-Archie do }\. l'roudhon, supprimer le gendarme, l'eut-être ne doit-on voir dans ces doctrines qu'une violente réaction contre les tendances exagérées