ÉLECTION. — ÉLOQUENCE
partis f]ui se disputent la prééminence aux Élats-Uiiis. Disons en passant quelques mots de rorg-aiiisation des partis dans ce pays. Les assemblées primaires de cliaqiie quartier [ward) élisent des délégués à un comité central qui a pour mission de nommer les délégués à la convention. La convention est cliargéo de faire entre les liommcs éminents du parti clioix ue ceux qui doivent occuper les fonctions publiques. Ces assemblées adoptent un programme, ou profession de loi {platfonn). auquel doivent se rallier les candidats; elles ont un comité d'aflicbage et de publicité, un comité de statistique et de correspondance, un comité de finances, un comité de naturalisation et un comité de vigilance. Ce sont les assemblées de cbaque parti qui organisent les meetings électoraux pendant le canvass ou période électorale, qui provoquent les manifestations publiques . les processions , et dirigent les manœuvres électorales. Quant aux mœurs électorales, il est trop vrai de dire que la fraude est constamment pratiquée aux Etats-Unis; mais comme elle se produit sous l'œil de l'adversaire Intéressé qui la surveille, elle est facilement démasquée : et d'ailleurs une loi récente a donné au gouvernement fédéral représenté dans cbaque État parla cour de circuit , le droit de nommer deux inspecteurs de scrutin {super cisors) choisis parmi les représentants de chacun des deux partis.
E. HiPPEAU.
Sect. 8. Autres pays.
Voij. les articles consacrés à cbaque pays.
Comparez: Droits civils et politiques, Représoutatiou, Suffrage universel, mais surtout les constitutions des divers Etats, etc. , etc.
ÉLOQUENCE POLITIQUE. A Athènes , à Rome, comme chez nous, les orateurs se plaçaient en un endroit élevé , faisant face à l'auditoire: c'était la tribune {votj.). Ce mot a pris dans notre langue politique moderne une grande importance , il est devenu un symbole, il signilie liberté, ou du moins gouvernement par la parole, par le vœu de la majorité. L'eVoquence de la tribune comprend tous discours prononcés dans les assemblées délibérativcs , dans les meetings ou réunions populaires, que l'on y parle en effet du haut d'une tribune ou simplement de sa place , comme dans les chambres anglaises. On dit aussi Éloquence parlementaire, Éloquence politique; mais le premier terme semble devoir être restreint aux orateurs des assemblées représentatives, tandis que le second est applicable à tous sans distinction.
Où se montre, dans Ihistoire des peuples, cette éloquence de la tribune, ou éloquence politique proprement dite? Quel est son caractère ? Quelle est sa portée? En (/ucis temps, dans quelles circonstances , par quels organes, se manifesle-t-elle? C'est ce que nous examinerous ici à grands traits. Quant aux règles et aux préceptes de l'éloquence politique, nous renvoyons aux exemples des maîtres et aux traités spéciaux, aux premiers surtout, car
c'est à leur école , non à celle de la rhétorique, que se forment les vrais orateurs.
En abordant la matière, on est frappé d'une chose: dans tout le cours des annales de Ihumaiiifé. quatre ou cinq siècles, quatre ou cinq pays seulement, et à de grands intervalles, apparaissent comme ayant eu une tribune politique digne de ce nom, des assemblées où l'art de la parole ail pu se développer. Athènes chez les Grecs. Rome républica ne, ont seules, parmi les peuples de l'antiquité, connu l'éloquencc appliquée au débat des iiitcrôls publics; elle brilla alors d'un incomparable éclat. Une longue et profonde nuit succède à ces splendeurs; il faut descendre jusqu'aux temps modernes, pre.'^que jusqu'à nos jours, pour voir se rallumer ce {lambeau qui, après avoir éclairé dès le dix-septième siècle la Grande-Bretagne, jette en France, à la fin du dix-huitième , de si vives lueurs, répand depuis cinquante ou soixante ans sa lumière de proche en proche parmi les nations européennes et semble désor mais inséparable de la notion même de civiJi sation politique.
C'est qu'en elTet l'éloquence de la tribune , nous l'avons dit tout d'abord en la définissant , ne peut appartenir qu'aux États libres. C'est là seulement qu'on délibère sur les alïaires publiques , sur la guerre , sur la paix , sur les intérêts politiques, sur tous les points généraux de législation et de gouvernement. Il faut qu'un peuple soit en possession de lui-même et se régisse par son action propre , pour que l'éloquence devienne un moyen d'élévation, et que cette sublime faculté de l'homme, magna ilta et oratorio eloquentia, puisse se donner carrière. « Dans les pays libres, a dit M"'« de Staël, la volonté des nations décidant de leur destinée politique, les hommes recherchent et acquièrent au plus haut degré les moyens d'influer sur cette volonté, et le premier de tous . c'est l'éloquence. Les efforts s'accroissent toujours en proportion de la récompense; et lorsque la nature du gouvernement promet à l'homme de génie la puissance et la gloire, des vainqueurs digues de remporter un tel prix ne tardent point à se présenter. L'émulation développe des talents qui seraient demeurés inconnus dans les États où l'on ne pourrait ofl'rir à une àme fière aucun but qui fût digue d'elle.» C'est donc un grand honneur pour une nation de tenir son rang dans les fastes île l'éloquence politique, et s'il en est si peu qui y figurent , c'est qu'il en est bien peu aussi qui figurent dans les fastes de la liberté.
Une autre remarque essentielle à faire , c'est que les conditions où se trouvait placée Ja tribune antique, eu Grèce ou à Rome, étaient fort différentes de celles où se trouve le plus ordinairement placée la tribune moderne. Dans la (iémocralie athénienne, dans la république de liome, c'est au peuple lui-même . au peuple tout ciitier, que s'adressaient les orateurs, et ces orateurs c'étaient ceux d'entre les citoyens qui se donnaient mission de haranguer l'assemblée populaire. Le héraut s'écriait : Qui veut monter à la tribune et preudre la parole?
ELOQUENCE
Quelle arène pour l'éloquence que de pareilles mœurs ! Quels auditoires qu'une telle multitude, avide d'eiiteudre bleu parler! Quel stimulant pour ceux dont lame était éprise de celte noble passion qui fait le véritable orateur, le vir probus , dicendi peritus !
Athènes se présente à nous la première. « C'est dans Albènes, nous dit Gicéron. qu'exista le premier orateur, et cet orateur fut l'ériclès. Avant lui et Thucydide, sou contemponiin . on ne trouve rien qui ressemble à la véritable éloquence. On croit cependant que. longtemps auparavant, le vieux Selon, Pisistrate et Clisthénes avaient du mérite pour leur temps. Thémistoclc parut supérieur aux autres par le talent de la parole , comme par ses lumières en politique. Périclès, enllu, renommé par tant d'autres qualités , le fut surtout par celle de grand orateur. Gléon . dans le même temps . Alcibiade, Criiias, Théraméne, furent aussi des hommes éloquents. Plus tard parurent Lj^sias , ilypéride, Eschine, et celui qui s'éleva audessus de tous, Démosthènes, qui réunit la pureté de Lysias , l'esprit et la flnesse d'Hypéride , la douceur et l'éclat d'Eschine. »
Du premier coup, pour ainsi dire, l'art de la parole a rencontré son type le plus parfait en la personne de Démosthènes, et la postérité n'a pu que ratifier à cet égard le jugement de la Grèce et de Rome: aux yeux de tous, le premier des orateurs connus est resté le modèle éternel de l'éloquence politique '. Raisonnements et mouvements, a dit un bon juge, force et simplicité , voilà toute son éloquence. .Jamais homme n'a donné à la raison des armes plus pénétrantes, plus inévitables. La vérité est dans sa main un trait perçant qu'il manie avec autant d'agilité que d'énergie et dont il redouble sans cesse les atteintes. Il frappe sans donner le temps de respirer; il pousse, presse, renverse, et ce n'est pas un de ces hommes qui laissent à l'adversaire terrassé le moyen de nier sa chute. Son style est austère et robuste, tel qu'il convient à une âme franche et impétueuse. Il s'occupe rarement à parer sa pensée, ce soin semble au-dessous de lui, il ne songe qu'à la porter tout entière au fond de votre cœur, ^ul n'a moins emp oyé les figures de diction, nul n'a plus négligé les ornements; mais dans sa marche rapide il entraine l'auditoire ou il veut, et ce qui le distingue de tous les orateurs, c'est que l'espèce de suffrage qu'il arrache est toujours pour l'objet qu'il poursuit, non pour lui. D'un autre, on dirait: II parle bien; de Démosthènes on dit: Il a raison.
Kcontons-le un instant: « Voulez-vous, dit-il à ses concitoyens, voulez-vous prendre enfin une résolution courageuse ? Chacun de tous esf-il décidé à se montrer en citoyen utile , à faire sincèrement et sans détour tout ce qu'il peut, tout ce qu'il doit, les riches, en contribuant de leurs biens, les jeunes, en marchant à la guerre? Pour tout dire en un mot et simplement, voulez -vous faire vous-mêmes vos