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EMPEREUR

prince par la loi Rerjia. Jamais le peuple ne fit une telle loi. Si Tribonien pense à la loi qui nommait les rois de Rome, elle n'impliquait pas l'autorité souveraine , et si cette loi Regia est le sénatus-consulte d'investiture accordée à l'empereur, elle ne l'implique pas davantage.

Heureusement on a retrouvé le sénatusconsulte qui donne Yimperium à Vespasien. Il énumère seulement les magistratures de l'empereur. La convocation des assemblées, l'initiative, la sanction et l'exécution des lois, le commandement des armées, l'inviolabilité, tout cela ne dépasse pas les prérogatives des souverains constitutionnels.

Le despotime des empereurs romains ne résultait pas précisément de l'accumulation des magistratures, car il existait dans le Sénat, dans les représentations provinciales et dans les lois, assez d'éléments de contrôle pour garantir la liberté, si le pouvoir eijt été alors, comme il l'est dans les temps modernes, une question d'attributions. Mais l'idée toute mécanique que les anciens se faisaient de l'autorité, ne laissait pas, à attributions égales, autant de jeu à l'initiative personnelle, que les gouvernements modernes. Le despotisme des empereurs était encore aggravé par la situation qui avait rendu l'empire nécessaire, à savoir le caractère hétérogène des civilisations et des races juxtaposées sous la domination roma:ine, et dont les plus fortes par le nombre étaient aussi les plus incapables de se gouverner eUes-mêmes.

Le Haut-Empire des Césars Flaviens, premiers Ântonins même , est encore une magistrature romaine, une dictature, mais supportant la discussion. D'autre part, elle est mUitaire et judiciaire, et dilfère essentiellement de la royauté nobiliaire et dynastique qu'on voit cLez les Barbares, décrépite eu Orient, toute jeune cliez les 'Germains. Mais plus les relations de l'empire avec le iN'ord et l'Orient se multiplient, plus l'empire se rapproche des royautés dont le nom était si odieux à Rome. Adrien établit l'étiquette à sa cour, Dioctétien copia de plus en plus les rois d'Orient, jusqu'à se faire baiser les pieds. Il annula les institutions pubhques, et tout se fit dès lors dans le secret et le silence. Les historiens byzantins appellent l'empereur inditTéremment autocrator et basileus, et n'appelaient pas les rois d'Asie autrement que basileus.

L'établissement du christianisme et l'accession des nations germaniques dans le groupe des nations latines déjà disciplinées par lÉghse catholique, donnèrent heu, au neuvième siècle, à une restauration de rc:mpire d'Occident qui modifia profondément les caractères de la première magistrature. C'est une conception fort ingénieuse que celle du Suint-Empire romain, dont Voltaire a dit qu'il n'était ni romain ni saint. Qu'il fût saint ou qu'il ne le fût pas, c'est sur quoi on peut établir une controverse, mais il était certainement romain, puisque l'institution avait pour but de réunir en un système fédéral toutes les nations de race, de langue ou d'éducation latines. Dans une

teHe diversité d'États, la souveraineté de l'empire ne fut bientôt plus que nominale , les rois de France s'en affranchirent dès le dixième siècle, bien que la chancellerie allemande ait persisté jusqu'au dix-septième à traiter tous les rois de l'Europe de rois provinciaux. L'empire fut donc restreint à l'ItaHe et à l'Allemagne, et encore la conception de cette institution différait-elle profondément dans les deux pays. Taudis que les Italiens, attachés à leur autonomie municipale, ne considéraient l'empe- ' reur que comme le chef nominal du pouvoir temporel et comme un médiateur, sans attributions régaliennes, entre leurs gouvernements intérieurs, les Allemands au contraire tendaient à rapprocher l'autorité impériale des caractères ordinaires d'une royauté nationale, afin d'amener l'unité de législation.

L'empire était devenu électif. Jusqu'au seizième siècle, le couronnement de l'empereur dans Rome fut, de plus, nécessaire à son investiture complète. Cependant, à partir du quatorzième siècle , les empereurs , étaient choisis héréditairement dans des dynasties régnantes. De là la distinction qu'on rencontre dans les auteurs des deux derniers siècles, entre l'empire (les princes allemands et les villes libres) et l'empereur (la nation dont l'empereur est roi héréditairement). L'empire fait la guerre à l'empereur. Il est même soutenu par des étrangers, la France, la Suède, etc.

Le Saint-Empire romain de la nation germanique, qu'on s'habituait de plus en plus à appeler l'empire d'Allemagne, fut aboli en 1806. En 1871 (17 janvier), les délégués des États des deux confédérations de l'AUeniague, réunis à 'Versailles, ont rétabli «l'empire allemand') [voy. ce mot), sans faire mention ni de Rome, ni de l'Italie, ni par conséquent d'aucune suzeraineté sur les autres États de l'Europe.

Comment déterminer la différence d'un em- ■ pereur et d'un roi? On peut être à la fois l'un I et l'antre. Kapoléon était roi d'Italie; l'empe- ' reur d'Autriche est roi de Hongrie, l'empereur d'Allemagne est roi de Prusse (ou plutôt, le roi de Prusse est empereur d'Allemagne). Au premier abord, le choix du titre parait arbitraire, mais si l'on a suivi la filière des métamorphoses de Fempire, on reconnaîtra que l'adoption du nom d'empereur ou de roi est régie par des analogies assez rigoureuses. La conception de la souveraineté n'est pas la même dans les deux cas.

En principe, il ne devrait y avoir qu'un empereur, ou au plus deux (celui d'Orient et celui d'Occident), puisque, dans la donnée impériale, le monde civilisé est conçu comme une seule rép^ibliquc gouvernée par les mêmes lois. Mais comme depuis la Renaissance et le traité de 'Weslphalie, les États sont conçus comme iudépendants, chaque nation pourra donner à son chef le titre d'empereur ou de roi, selon qu'elle se rapprocliera ou s'éloignera de Fidéal politique représenté dans les temps païens par le Césarisnie, dans les temps chrétiens, par le Saint-Empire.

Un empire est-il plus despotique qu'une

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