ENNEMI
ENNEMI. L'antiquité romaine avait deux mots différents pour exprimer ce que la langue française a renfermé sous ce seul nom d'ennemi. Elle disait hostis lorsqu'il s'agissait de l'étranger, de l'homme appartenant à une nation qui ne faisait pas partie de YOrbis romanus, de l'univers romain, hiimicus ne s'appliquait qu'aux haines privées , aux inimitiés particulières de cili yen à citoyen.
Tout étranger à l'univers romain est considéré comme l'ennemi, hoslis, et que l'autorité des lois soit élernelle contre lui, disaient les monuments légit.latifs de Rome.
Les guerres cependant étaient précédées de déclarations solennelles qui nous apprennent quels étaient ceux qui devenaient alors ennemis de guerre. C'étaient tous les individus, toutes les personnes appartenant à la nation avec qui on venait de se déclarer en état d'hostilité ou même toutes personnes rencontrées sur son territoire.
«Quoaque populus Romanus cum populo Hermundulo liominibusque Hermundulis hélium jussit, ob eam rem ego populusque Romanus, etc.'»
Voici une autre déclaration de guerre:
« Philippe régi, Macedo7iibusque qui sub regno ejus essent.)*
Ainsi la guerre est déclarée non-seulement à la nation et au roi, mais encore à tous les hommes de la nation, à tous les sujets du royaume.
Nous trouvons les mêmes principes de droit des gens en Grèce. Agésilas tient ce discours à un sujet du roi de Perse: «Pendant que nous étions amis de votre roi, nous agissions aussi en amis par rapport à ce qui était à lui. Mais présentement, ô Pharnabaze, que nous sommes devenus ennemis, nous agissons aussi en ennemis. Puis donc que vous voulez bien être regardé comme lui appartenant, 7ious sommes en droit de lui faire du mal en votre personne.»
Les femmes et les enfants même se trouvaient compris dans la déclaration d'inimitié, et rien de plus vrai que le triste mot de Tacite: «A la guerre l'innocent périt avec le coupable.»
La morale cependant retrouvait quelquefois ses droits. Nous en rencontrons toujours, dans tous les siècles et partout, l'heureuse influence. Ces mêmes peuples de l'antiquité qui admettaient qu'on pouvait tuer toute personne appartenant à la nation ennemie, où qu'elle fût trouvée; en quelque lieu que ce fût, armée ou non année, pouvant se défendre ou ne pouvant pas se défendre, n'admettaient cependant pas les attentats contre l'honneur des femmes et des tilles, attentats qui ont subi ainsi, par une exception dont l'humanité peut se prévaloir, la réprobation du droit des gens de tous les temps. «Quelle brutalité, o Dieux de la Grèce, s'écrie Diodore de Sicile; les Barbares mânes, autant que je puis m'en souvenir, n'approuvent pas de tels excès!»
1. Déclaration de guorre rapportée par AuIu-GeUe et tirée d'uu traité perdu de Cincius, De Se militari. Grotius.
Nous voyons à Rome un Torquatus relégué en f'nrse pour avoir commis à la guerre un attentat de cette sorte, et un roi de Perse, Ghosroès, fait crucifier un soldat pour le même crime.
Les otages n'étaient pas épargnés. Leur ôter la vie était considéré comme un droit.
Se rendre n'était pas une condition suffisante pour avoir la vie sauve. Les Romains faisaient périr dans les triomphes les chefs ennemis, même lorsqu'ils avaient été faits prisonniers par capitulation. Le triomphateur attendait au Gapitole la nouvelle de leur exécution.
Tous les moyens étaient-ils permis contre la personne de l'ennemi? Au point de vue du droit de la guerre, qu'on opposait au droit de la nature, il ne semble y avoir eu que bien peu de restrictions. Nous venons de constater cependant l'unanime réprobation qui accueillait certains attentats, mais, en définitive, ces femmes ainsi protégées contre les violences du premier moment, elles devenaient des captives, c'esl-à-dire la propriété absolue d'un maître qui n'avait nulle barrière à respecter, nulle répression à craindre.
C'est, en effet, un principe admis dans toute l'antiquité que le prisonnier de guerre devient esclave, et tout le monde sait que l'étymologie même de ce mot, que la langue humaine n'eîit jamais dû connaître, se tire de ce que le malheureux vaincu était considéré comme ayant été sauvé, conservé, lorsque les lois de la guerre autorisaient à le détruire. C'est, d'après les publicistes de l'antiquité, l'origine du mot et du fait. Nous aimons la réflexion que fait Montesquieu à ce sujet. — C'est que le principe n'est vrai que pour les nations qui mangent leurs prisonniers. «Dès qu'un homme en a fait un autre esclave, ajoute le grand publiciste, on ne peut pas dire qu'il ait été dans la nécessité de le tuer, puisqu'il ne l'a pas fait.» {Esprit des lois, liv. XV, chap. ii.)
Arrivons aux temps chrétiens.
«Que d'un côté, nous dit le même Montesquieu, l'on se mette devant les yeux les massacres continuels des rois et des chefs grecs • et romains, et de l'autre la destruction des peuples et des villes par ces mêmes chefs, Timur et Gengiskan, qui ont dévasté l'Asie; et nous verrons que nous devons au christianisme et dans le gouvernement un certain droit politique, et dans la guerre un certain droit des gens que la nature humaine ne saurait assez reconnaître.
«C'est ce droit des gens qui fait que parmi nous la victoire laisse aux peuples vaincus ces grandes choses, la vie, la liberté, les lois, les biens et toujours la religion , lorsqu'on ne s'aveugle pas soi-même.» {Esprit des lois , liv. XXIV, chap. III.)
Ce droit des gens que Montesquieu a résumé pour ce qui touche à la guerre en cette maxime : «Se faire le moindre mal possible", i.'a pas triomphé en un jour. Le chris(iani.<nie devait faire bien des cfforis pendant ces siècles de lutte et de transformalion sociale qui forment le moyen âge, avant de réussir. «L'influence de