ESCLAVAGE. — ESPAGNE
rivée des immigrants) , la justice et le clergé améliorés, la paix maintenue avec des garnisons moins fortes qu'avant 1848: voilà les présents offerts à la société coloniale par l'émancipation des esclaves.
Il serait trop long d'établir, année par année, en détail, ces résultats économiques et moraux qui se compliquent de l'effet des événements politiques et des essais de la liberté commerciale. Qu'il nous sulTise , en renvoyant à des démonstrations plus étendues', d'affirmer que la civilisation a beaucoup gagné, que la richesse a peu perdu, que ses pertes sont réparées , et au delà , du moins dans foutes les colonies où l'on a franchement accepté le régime nouveau; enQn, que l'appel d'un million d'hommes à la liberté , dans des terres lointaines , n'a pas causé la dixième partie des troubles que cause, chez les nations les plus civilisées de l'Europe, la moindre question politique.
Les nations européennes ont promptement compris que l'on n'abolirait jamais complètement la traite, sans supprimer l'esclavage luimême.
Par malheur il n'en a pas été de même aux États-Unis d'Amérique.
Les illustres fondateurs de l'Union, tremblant de se diviser au moment même où ils s'associaient et espérant que pour supprimer le mal il suffisait d'en tarir la source , se bornèrent à écrire dans la Constitution que la traite serait interdite à partir de 1808. Quant à l'esclavage, ils eurent la faiblesse de n'en pas même prononcer le nom, laissant à chaque État le soin de se débarrasser de cette institution particulière qui avait d'ailleurs, à cette époque, très-peu de développements. Du temps de Washington, il n'y avait guère que 700,000 esclaves dans toute l'étendue des Etats-Unis. Le célèbre général affranchit les siens par testament , et l'on voit par sa correspondance avec le général Lafayette, qu'il s'occupait de plans d'émancipation. Plusieurs des États du iNord affranchirent successivement leurs esclaves; mais l'on n'avait pas compté sur les progrès de la culture et de la préparation du coton, on n'avait pas compté sur la cession de la Louisiane, l'achat de la Floride et la conquête du Texas. Soixante ans après Washington, la république américaine avait pris des développements gigantesques, l'esclavage avait grandi avec elle, et les États du S:id contenaient 4 millions de noirs asservis. Un fait Si énorme , si anormal , a produit au sein de l'Union une perturbation profonde. Non-seulement l'honneur et la morale ont souffert, mais une division terrible s'est opérée entre le Nord, maître du commerce, de la marine et des tarifs, et le Sud, maître de la politique, du Congrès et des lois. Sans raconter la longue et lamentable histoire de ce conflit , sans parler de la loi des fugitifs [voij. Nègres), de la question des territoires, des débats sur le droit de visite, des projets d'invasion de Cuba , enfin de toutes les luttes électorales pour la présidence, rappelons
1. J'ai essayé de les réunir dans V Abolition de l'esclavage; W volume. Paris, Lecoffre, Ouillaumin, 1861. 2 vol. iu-S».
que la question de l'esclavage était devenue en 1856, puis en 1860, l'unique pierre d'achoppement des élections générales. En 1856 le Sud triompha pour la dernière fois dans la personne de M. Buchanan; en 1860 le Nord l'emporta dans la personne de M. Lincoln et aussitôt les États du Sud se révoltèrent et déclarèrent la guerre.
Cette guerre formidable avait le caractère d'une guerre d'indépendance; le Nord combattait pour la Constitution , le Sud pour obtenir son autonomie. Mais dans quel but le Sud pouvait-il ainsi se séparer d'une nation glorieuse ? Afin de perpétuer, de maintenir et d'étendre l'esclavage et de n'être plus inquiété sur le sort de cette institution que ses publicistes osaient appeler le meilleur régime du travail. Le Nord a été amené par les événements à frapper à la racine même de la guerre, en s'attaquant à l'esclavage. Dans sa session de 1862, le Congrès a successivement adopté :
1° L'émancipation dans le district de Columbia;
2" La reconnaissance des républiques d'Haïti et de Libéria ;
3° Enfin les mesures proposées par le président pour l'émancipation graduelle dans les États soumis, et l'émancipation immédiate dans les États rebelles, à partir du l" janvier 1863.
On sait que la défaite du Sud a assuré l'abolition définitive de l'esclavage aux États-Unis, l'esclavage ayant disparu dans l'Amérique du Nord, il faudra bien qu'il s'ébranle dans l'Amérique du Sud. Déjà les républiques séparées de l'Espagne l'ont aboli. La Hollande en a délivré ses colonies américaines par une loi du 8 août 1862; une loi de décembre 1871 en prépare la suppression au Brésil, et en mars 1873 on discute une loi espagnole destinée à mettre fin au fléau dans ses possessions.
Cette revue rapide se borne aux pays chrétiens. Dans les pays mahométans et païens , l'esclavage existe presque partout; ici 'plus patriarcal, là plus barbare; entretenu au sein de l'Afrique par des guerres perpétuelles et un trafic sans pitié. Un souverain mahométan , le bey de Tunis, a pourtant aboli l'esclavage dans ses États, même avant la France, en 1847; mais ce fléau ne disparaîtra évidemment des nations païennes qu'au contact et à Pexemple des nations chrétiennes. Malheureusement cet exemple est bien lent à agir, mais le mouvement est donné. On peut espérer que le dixneuvième siècle verra disparaître la servitude. Ce serait sa principale gloire; elle a pour condition l'accord persévérant de toutes les opinions , de toutes les croyances , de toutes les nations, et cet accord. Dieu soit loué! est à l'heure qu'il est un fait accompli.
Augustin Cochin.
Mis à jour par M. B.
, Comparez: Colonisation, Coulis, Émancipation, Émigration, Ilote, Libéria, Nègre , Paria, Servage.
ESPAGNE. Ce pays, qui occupe la plus grande partie de la péninsule ibérique et comprend les lies Baléares et les Canaries, s'étend sur
ESPAGNE
507,036 kilomètres carrés ef compte, selon le dénombrement de 1860, 15,658. ÛUU habitants. L'Espagne en a peut-être 16 millions en 1873.
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