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du moins en (liéorie, une république chrétienne, comme ou disait alors, on inclinait à classer les puissances scion des rangs qui décidaient des honneurs dus à leur souverain. Les puissances devraient toutes être au même rang-; puisqu'elles sont toutes parties souveraines dans leurs contrats; mais l'ancienneté de la monarchie, la grandeur des provinces, le degré de l'autorité , le i*ang accordé par les empereurs et les papes et d'autres circonstances analogues , créent , malgré le principe d'égalité proclamé par les traités de droit des gens, de notables diCférences. La prééminence de l'empereur des Romains sur les rois semble être l'origine de toutes ces préséances; mais on n'a jamais rien établi ou plutôt admis de certain sur le rang des États. Le pape Jules II l'avait réglé et disposé ainsi, se réservant, bien entendu, la première place.
L'empereur.
lie roi des Romains.
liC roi de France.
Le roi d'Espagne (Castille et Léon).
Le roi d'Aragon.
Le roi de Portugal.
Le roi d'Angleterre.
Le roi d'Ecosse.
Le roi de Sicile.
Le roi de Hongrie.
Le roi de Navarre.
Le roi de Chypre.
Le roi de Pologne.
La République de Venise ( pour Chypre , Candie et Dalmatie).
Le duc de Bretagne.
Le duc de Bourgogne.
Le duc de Bavière et Palatin.
L'électeur de Saxe.
Le margrave de Brandebourg.
L'archiduc d'Autriche.
Le duc de Savoie.
Le grand-duc de Toscane.
Le duc de Lorraine.
Les princes du .Saiut- Siége.
Les neveux du pape et les légats de Bologne et Fcrrare.
Mais personne n'avait été content. Au traité de Westphalie , les plénipotentiaires allemands présentèrent des mémoires latins, où Sa Sacrée Majesté impériale marquait son mécontentement des sérénissimes rois de France et de Suède; mais les plénipotentiaires français et suédois assurèrent que Leurs Sacrées Majestés royales avaient beaucoup de griefs contre le sérénissime empereur. (Voltaire, Dictionnaire philosophique , V° CÉRÉMONIES.)
Un souverain n'était pas flatté de n'être que séréuissime, ni même dilection royale. Ou ne donnait que de la dilection aux électeurs; et Monsieur, frère de Louis XIV, empêchait sa seconde femme, la grande-palatine, de voir ses parents autrement qu'incognito. Car comment rendre , lui , prince français , des honneurs à un simple électeur, oncle de sa femme? et pour donner un fauteuil à l'électrice, il n'y fallait pas penser.
Quand Jean Sobieski eut délivré Vienne, assiégée par les Turcs, l'empereur n'était occupé que de la manière dont un empereur héréditaire devait recevoir un roi électif : « A bras ouverts , répondit le duc de Lorraine , s'il a sauvé l'empire. «
Les ambassadeurs exigeaient xiussi des préséances, suivant le rang qu'ils attribuaient à leur nation. U semblait, dit Voltaire, avoir les amljassadcurs se promener dans les rues, qu'ils disputassent le prix dans les cirques; et quand un ministre d'Espagne avait pu faire reculer un cocher portugais, il envoyait un courrier à
Madrid informer le roi son maître de ce grand avantage.
« Il est à croire qu'à la fin on se défera de cette coutume qu'ont encore quelquefois les ambassadeurs, de se ruiner pour aller en procession par les rues avec quelques carrosses rétablis et redorés, précédés de quelques laquais à pied. Gela s'appelle faire son entrée, et il est assez plaisaut de faire son entrée dans une ville sept ou huit mois après qu'on y est arrivé. »
Le baron de Bielfeld, auteur d'un hvre d'institutions politiques, nous a conservé l'histoire de la dispuie d'un ambassadeur de l'électeur de Brandebourg avec un ambassadeur de Gènes. Comme ils ne pouvaient s'entendre sur leurs préséances , ils convinrent que celui qui arriverait le premier à Versailles se présenterait le premier à Louis XIV. Le Prussien passa la nuit dans la galerie du palais, et se croyait sur de la priorité, quand le Génois arrive, voit la porte du roi enlr'ouverte, et s'y glisse. Le Prussien se jette dans le salon , tire le Génois par la robe , se met à sa place et commence sa harangue. Tout le monde riait, et probablement les deux ambassadeurs aussi, bien qu'ils ne voulussent pas en avoir l'air.
On mettait, d'ailleurs, dans les honneurs rendus aux ambassadeurs , des inégalités qui devinrent blessantes, quand le progrès même de la vie de cour eiit amené une certaine égalité dans les relations et fait paraître les anciennes formes plus « gothiques » qu'imposantes. Alors on prit le parti de substituer à l'ordre exact des réceptions ce qu'où appelle le pèle-mële , accueil égal pour tous les ministres, qui réserve les droits de préséance des gouvernements intéressés.
Les ambassadeurs usaient entre eux de rites aussi sévères. Ils se cédaient le pas d'après leur ordre ou d'après leur rang dans cet ordre. Les ministres du second ordre doivent, d'après ces règles, la première visite à ceux du premier; ils vont les recevoir à la descente du Carrosse et les reconduisent de même. Les ambassadeurs ne devaient faire recevoir les envoyés que par un cavalier et les attendre à la porte de l'antichambre. Un ambassadeur prenait la droite , même chez lui, sur les envoyés et ne leur présentait qu'une chaise à dos. Evidemment, tout cela n'est pas de mise. La sociabilité , toute récente , s'affirme d'abord par des formes tranchées, que plus tard elle adoucit. La même recherche régnait, d'ailleurs, dans, toutes les classes delà société, et persistai longtemps dans celles qu'on aurait cru devoirj être les plus modestes.
Le baron de Bielfeld, que j'aime à citer, dij que de son temps il n'y avait point en Allemagne de scribe ni d'artisan, qui ne fût choqué" s'il n'était appelé dans une lettre bien noble seigneur. Il en est qui réclament l'épilhèfe de bien-né {Wohigeboi-en) et d'autres celle de Irès-bien-né (Hochwohlgeboren). En France, plusieurs disaient de quelqu'un qui n'était pas noble: Il n'est pas né. C'était un peu dur et peu exact.