EXCOMMUNICATION
sible, se répandait de plus en plus, et conduisait à regarder Texcummunié, s'il n'obtenait sa rciiilegration, comme damné à jamais. Ainsi, l'excommunication qui, en principe, était une censure destinée à avertir le pécheur et à favoriser son amendement, en même temps qu'à proléger contre la corruption la société cliréfienne, devenait une peine et la plus grave de toutes. Par suite, on fut amené à établir divers degrés dont les premières traces se retrouvent au temps de saint Augustin et qui se sont conservés et précisés depuis. On distingue l'excommunication majeure, qui retranche absolument de la communion de l'Église catholique et entraîne comme conséquence la damnation, et Texcommunication mineure, dont l'effet est de priver seulement de la participation aux sacrements. Il faut ajouter que l'excommunication peut être fulminée nominativement contre telle ou telle personne, ou bien d'une manière générale contre tous ceux qui ont pris part à quelque mesure coupable aux yeux du clergé; elle peut même être encourue ipsofucto, c'est-à-dire que le fidèle qui fait une chose défendue par l'Église, sous peine d'excommunication, doit se considéi'er comme excommunié, quand même aucune sentence nominative ou générale ne l'aurait frappé. Le droit canon énumère plus de deux cents cas d'excommunication ipso facto et détermine, par des règles minutieuses, quels membres du clergé ont dl'oit d'excommunier ou de relever de l'excommunication.
C'est surtout au moyen âge que le clergé a fait de l'excommunicaiion un usage aussi fréquent que redouté. L'Église, unie à l'Élat, depuis Constantin, avait liui par se confondre avec la société civile que souvent elle dominait. Disposant d'une auloiilé morale immense, elle faisait redouter ses censures, même des plus puissants. Le malheureux qu'elle frappait d'excommunication majeure, devenait pour tous un objet d'horreur et de mépris; tout rapport avec lui était interdit; se voyant retranché de la société de ses semblables, tout secours, tout appui, toute pitié lui faisant défaut, l'enfer, auquel il était voué, commençant pour lui dès ici-bas, il ne reculait devant aucune pénitence, quelque rigoureuse qu'ellcpùl être, pourobtenir sou pardon et se réconcilier avecla société chrétienne. Aussi, dans ces t^mps de mœurs dissolues, de tyrannie féodale et d'univei'sel désordre, rexcommunication a-t-elie fréquemment servi de pioteclion pour les faibles, de frein puissant pour les passions cruelles et grossières des descendants des Barbares. Malheureusement l'Église emjiloya cette arme redoutée à la défense de ses intérêts terrestres, à l'extensiou de son autorité temporelle. C'est du droit qui lui appartenait d'excommunier tous les fidèles baplisés, même les princes, que Grégoire VII prétendit déduire celui de disposer des couronnes. Comme les fidèles doivent éviter tout commerce avec un excommunié, ne point le saluer, lui parler ou manger avec lui; s'il s'agit d'un roi, il.^- ne doivent plus lui obéir; il n'a plus le droit de commander à des chré-
tiens, puisqu'il n'est plus membre de leur société, son pouvoir s'écroule du moment que l'Église le retranche de sa communion. Cette conclusion, que l'opiniâtre génie de Grégoire Vil sut faire passer dans la pratique, était si logiquement raisounée, que les adversaires du pontife furent rôduitsà soutenirqu'un souverain ne pouvail jamais être excommunié, tandis que le gallicanisme, par une transaction difficile à accorder avec le droit canon, soutint que l'excommunication, peine purement spirituelle , ne pouvait entraîner d'effets civils et qu'ainsi les sujets d'un souverain excommunié n'étaient point dispensés de lui obéir.
L'Église avait abusé de l'arme puissante qu'elle possédait; elle la vit se briser entre ses mains. Philippe le Bel, appuyé sur les états généraux, brava l'excommunication fulminée contre lui, à deux reprises , par Boniface VIII, et à mesure que dans toute PEurope la société civile se sépara de la société religieuse, il devint plus difficile de faire respecter les effets civils de l'excommunication, qui cessa bientôt d'inspirer la terreur; les bulles d'excommunication qui frappèrent les réformateurs n'entravèreat point, d'une manière sensible, les progrès de leur doctrine, et cette arme, jadis si terrible, devenant chaque jour moins redoutable , fut aussi de moins en moins employée. Aujourd'hui, il semble que PÉglise redoute d'en faire usage, surtout dans les cas graves et qui touchent à la poUtique. Lorsque ses traditions ou les régies de sa constitution l'obligent à excommunier, elle évite au moins avec soin de nommer les personnes. A la suite du décret par lequel Napoléon l"^"", le 17 mai 1809, supprima le pouvoir temporel du pape, et réunit ses États à l'empire français. Pie VU se born^a à excommunier, d'une manière générale, les auteurs du fait , sans nommer le signataire même du décret. Plus récemment. Pie IX, lorsqu'il se vit enlever successivement ses provinces , imita cet exemple, et, sans nommer personne, excommunia tous ceux qui avaient contribué à ces événements. Dès lors, c'était à chacun à savoir jusqu'à quel point le décret le concernait, qui il frappait, et le comte de Cavour et d'autres après lui ont pu demander et trouver des prêtres pour les assister à leurs derniers moments.
11 ne faudrait pas croire cependant que l'Eglise catholique ait entièrement renoncé à l'excommunication. Ainsi les jansénistes forment en Hollande une Église à la tête de laquelle est placé un archevêque qui réside à Ulrecht. Chaque fois que le siège vient à vaquer. l'Église procède à une nomination et l'élu écritaltomc pour demander au pape d'approuver son élection et de la bénir. Le pape, peu après, répond en l'excommuniant, lui et tous ceux qui ont contribué à le nommer. Si d'ailleurs en France une excommunicalion est aujourd'hui chose à peu près inconnue, il n'en est pas de même dans cerlaines contrées où le caiholicisme a conservé plus d'empire et peut encore faire respecter, faire exécuter, au moins en partie. un pareil arrêt. Ainsi l'Autriche , à la ùii de