FACTION
ses entreprises, devint bientôt le parti puissant qui devait un jour envahir et dominer l'empire.
Dans l'état actuel de notre société, les factions proprement dites peuvent-elles se former? Nous ne voulons pas le croire. Quelque chose de trop odieux s'attache aujourd'hui à ces sourdes machinations qui, destinées à troubler le repos commun, donnent le pouvoir à une minorité d'hommes d'action, chez qui l'audace l'emporte sur l'intelligence et le savoir ! L'esprit public excuse peut-être encore, dans l'histoire, les tentatives hardies du duc de Guise et du cardinal de Retz; il sait faire la part des circonstances dans les conflits du passé, alors que les chefs de minorités devaient préluder, par d'aventureux coups de main, à la formation de leurs partis. Mais il réprouve hautement désormais cette substitution, mêm* dans les cas extrêmes, de la force à la raison, de la violence à l'idée.
Telle est la faction , dans le sens généralement accepté, qu'elle est à l'armée des hommes politiques ce que les pirates sont à la graude famille des hommes de mer. Une assez juste définition grammaticale en a fait « une ligue opposante, formée de conspirateurs». Tandis que des partis, au contraire, on peut dire qu'ils sont des groupes, dont les membres cherchent dans la vulgarisation de leurs idées et le succès de leurs doctrines un triomphe que les factieux demandent à leur audace personnelle ou à l'elTroi de leurs victimes.
En un mot, les véritables hommes d'État dirigent un parti; les conspirateurs seuls forment une faction.
i notre époque, nous le répétons, ce mot doit être exclu, emportant avec lui l'idée qu'il représente. Si imparfaite que soit encore notre éducation pohtique {voy.), et si divisée que paraisse èlrc, en France surtout, notre société, les succès, dans le présent comme dans l'avenir , ne peuvent être durables que pour les hommes de pensée. Qu'en raison du caractère et du tempérament des peuples , l'autorité semble plus ou moins exposée, dans tel ou tel pays, aux tentatives des minorités impatientes, les victoires conquises par les factions dans un jour de surprise n'en seront pas moins toujours éphémères. La réaction devra s'opérer avec une rapidité égale à celle du triomphe ; et l'opinion , qui a décoré trop souvent et trop vite ces coups de main , du nom de « Révolution», infligera à leurs auteurs le châtiment de la réprobation générale.
Nous n'entendons nullement oublier ici les « factions souveraines ». Le pouvoir peut avoir, lui aussi, les allures et les faiblesses des minorités ambitieuses. S'il sent ses forces diminuer, on le voit tendre de tous ses efforts à la réalisation de ce que, par une grâce. de langage, on consent à appeler des « coups d'Élat ».(l'oy. ce mot.)
Mais pas plus de ce côté que de l'autre, ni à la faveur du prestige que donne la puissance, ni sous le bénéfice de la popularité qui s'attache au courage et au talent, les révoltes factieuses
ne sauraient être tolérées , approuvées , admises à porter leurs fruits. C'est désormais dans les mains du peuple que devra se trouver l'arme qui brise les factions. Et si cette arme, confiée un moment à d'autres mains, devient l'instrument du despotisme, la puissance politique des élus disparaîtra, et avec elle les liens qui unissent les peuples aux gouvernements. Ernest Dréolle.
II. On sait maintenant , par la définition qui précède, qu'une faction est un groupe de personnes ayant un but politique pervers. Qu'estce qu'un but pervers? Sur ce point les opinions seront toujours très-divisées : on considère souvent comme subversive l'opinion qu'on ne partage pas, et on lui est d'autant plus hostile qu'elle a moins d'adhérents. 11 en résulte qu'on est un peu prodigue du mot de faction , de factieux; on qualifie ainsi jusqu'à de simples coteries, qui n'ont d'autre lien qu'une idée, ni d'autre intention que de se tenir à l'écart. Or, faction et action sont deux notions inséparables. Qu'on ne l'oublie pas , un groupe qui n'agit pas, ne constitue pas une faction.
Les factions sont des maladies du corps politique , il importe donc d'examiner quelles circonstances en favorisent ou gênent le développement.
La forme du gouvernement parait devoir exercer une grande influence sur la fréquence et la nature de cette maladie. Dans un gouvernement monarchique bien établi et qui a ses racines dans l'afi'ection de la nation, les factions semblent devoir être un mal inconnu. Tout au plus se formera-t-il des groupes dans un but d'intrigue, pour renverser un ministre, ou pour atteindre un autre but semblable. Les moyens violents ne jouent aucun rôle dans les intrigues; on agit dans l'ombre, le mensonge, la dissimulation , la calomnie sont les seules armes dont on se serve habituellement ; on nuit plutôt qu'on ne détruit. Aussi ni le succès, ni l'échec ne causent de profondes perturbations politiques, le mouvement reste à la surface, les populations en sont à peine affectées.
Lorsque le gouvernement monarchique est moins bien assis, ou qu'il atTecle les allures du despotisme, il sera peut-être beaucoup question de factieux. Et, selon le proverbe, la fumée ne sera pas sans feu. Mais le despotisme est assez disposé à confondre la vapeur avec la fumée. Toute divergence d'opinion, toute velléité d'indépendance sera décriée, soupçonnée, par conséquent persécutée et poussé'e à bout. Est-on factieux quand on exerce le droit de légitime défense? Cependant des factions peuvent se former dans une monarchie sans avoir un pareil prétexte, témoin les deux ligues dont la France a été le Ihéàlre, la ligue dile du Bien public sous Louis XI , et la ligue dite sainte sous Henri III. [Voy. Ligue.)
La république parait le terrain le plus propice aux factions. Généralement le pouvoir est moins concentré, les armées permanentes sont peu nombreuses, les citoyens ont une plus graude liberté de mouvement, les hommes po-