FAITS ACCOMPLIS. — FAMILLE
ments de gouvernement. Si Ton fait abstraction du mérite d'un gouvernement nouveau, des formes qu'il reçoit, des principes qu'il professe, il parait que son existence, lorsque le consentement national ne lui est pas refusé , est un fait qui sinipose aux bons citoyens, et qu'ils n'ont pas le droit Je se séparer de leur pays et de renier ce qu'il reconnaît. Plus les variations de régime sont fréqiienles, plus l'identité et la perpétuité de l'État et du pays deviennent seules l'objet du devoir civique, et commandent seules une inA^ariable fidélité. Mais cette doctrine du gouvernement de fait Irésanalogue à celle des faits accomplis, encore que justifiée par l'intérêt de la paix publique , est peu favorable à la dignité, soit des nations, soit des individus. Elle ne seconde, elle n'encourage que trop cet empressement à célébrer le vainqueur, à servir le plus fort qui cache sous le masque du devoir patriotique les calculs serviles de la cupidité ou de l'ambiiion. De là une nécessité évidente pour celui qui veut échapper à l'action dégradante des fréquentes révolutions, de faire rentrer dans l'appréciation des gouvernements qu'elles amènent la cousidéralion des formes et des principes qui k Caractérisent. Jamais ces principes et ces foimes n'ont plus besoin d'être présents à l'esprit d'un honnête homme , que dans les temps qui les remettent à chaque instant en question. Celui qui se sera fait des principes fixes, qui les aura identifiés avec certaines formes constitutionnelles et légales, aura trouvé pour la politique ce point d'appui inébranlable, cet incoucussum quid que Descartes cherchait pour la philosophie; il jugera les faits accomplis, lors même qu'il se sentira dans l'impuissance de les modifier et de .les combattre, et, condamnant ce qu'il sera forcé de tolérer, il sauvera, en perdant sa liberté d'agir, l'indcpendaiice de son caractère et la dignilê de son esprit. La fermeté des individus n'est jamais plus précieuse que dans l'instabilité des institutions. Heureuses les nations qui ne se composeraient que de citoyens capables de contrôler les faits par les principes; les révolutions tomberaient d'elles-mêmes, et les faits accomplis ne seraient plus alors que les droits consacrés. Charles me Ré.mus.\t.
CoMP.\REZ : Belligérants, Coup d'État, Droit dos gens. Morale politique , Reconnaissance internatfonalu, Salât public.
FAMILLE. L'État, au moment même où il commence à se former, ne rencontre pas seulement des individus épars, suivant la chimérique hypothèse de quelques philosophes , il trouve en face de lui des familles, primitive agglomération qui a son unité morale et matérielle, comme les individus ont la leur. Telles sont les limites toutes naturelles qui se présentent à l'action omnipotente de la polilifjue. Si l'individu existe par lui-même, s'il a une destinée à poursuivre, des devoirs à remplir, quelle autorité sociale pourrait sans crime effacer cette libre et responsable personnalité, entraver la poursuite de cette fin, mettre em-
pêchement à l'accomplissement de ces devoirs? Comment pourrait-eile se prétendre maîtresse de la pensée, de la religion, du travad, de l'épargne de chacun? A'e sont-ce pas des choses qui appartiennent au domaine privé, qui relèvent de la personne humaine et qu'on ne peut soustraire à son action pour les transporter à l'État , sans commettre la plus odieuse de toutes les confiscations? Et mainlenant si la famille e.st nécessaire à la conservalion et au développement de l'individu, si c'est elle qui prend soin de la première enfance, qui le protège et lui donne l'aliment moral, non moins nécessaire que la nourriture du corps, si elle forme un tout sacré formé par les besoins , les sympathies, la liberté même de ceux qui s'y développent, comment la politique pourraitelle parler de supprimer la famille ou de lui faire violence?
On s'étonne qu'un génie tel que Platon ait pu croire, dans sa préoccupfllion exclusive de l'unité de l'État, que la suppression de la famille profiterait à 1 amour delà patrie. Du moins hmilait-il à la classe des guerriers le régime contre nature qui abolit la famille dans sa fameuse république idéale, pour y substituer une promiscuité grossière. En renfermant la patrie elle-même dans des bornes exirèmement étroites comme population et comme terriloirc, il pouvait s'imaginer, séduit par 1 exemple exceptionnel et peu durable d'ailleurs de Lacédémone, que toute l'affection des citoyens se reporterait vers la cité, image glorieuse de la famille agrandie. Mais cette illusion est -elle possible chez des puhlicistes qui tracent leurs plans de société au sein de nos vastes et puissantes agglomérations, au sein des nations modernes et à l'usage des peuples chrétiens? Plus la patrie s'étend, plus l'amour de l'humanité succède à un esprit de nationalité ombrageux et cruel; plus, comme conséquence, il faut admettre que ce senliment étendu et qui menace de s'éteindre ou de se refroidira cause de sou étendue même , a besoin de s'allumer au foyer restreint el plein de chaleur des allections de la famille. C'est sous l'action bienfaisante de l'éducation maternelle, c'est sous l'influence des jouissances et des souffrances en commun, des communes préoccupations de bonheur el de malheur, que se forment la faculté d'aimer avec ce qi, il y a en elle de plus tendre , de plus délicat et de plus fort, l'habitude du dévouement inspiré par la mutuelle affection et pai' la puissance de l'exemple, et celte idée de la solidarité qui commence par s'attacher à l'honneur du nom qu'on porte pour s'élever jusqu'à l'héroïque fierté qui s'honore du nom de la patrie commune et sait tout lui sacrifier. Ce senliment de la fraternité que l'on voudrait tourner contre la famille pour retendre à tous les membres de rhiimaiiilè, n'acquiert un sens précis et n'a son origine qu'au sein de la famille même. Ce qui nous intéresse et nous touche dans les aulres, au point de leur porter une affection réelle et un secours efficace, n'est-ce pas aussi leur qualité de père, d'époux, d'orphelin, de mère, de