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FAMILLE

veuve? Les prises de notre cœur les plus accessibles, ne sont-elles pas de ce côl6?

Presque tous les sectaires communistes ont tracé un tableau très-cbargè des défauts qui naissent de la famille. La famille rend, disentils, égoïste, intéressé, elle amollit celui qui s'abandonne à sa douce influence. La famille rend ég-oiste ! Il serait plus juste de commencer par reconnailre qu'elle tire l'homme de son moi isolé , de sa brutalité solitaire. N'est-il pas vrai que même dans des pays très-civilisés, qui oli'rent à l'atrcction des buts sublimes et à l'activité les plus nobles emplois, les célibataires passent trop souvent avec raison pour former la partie la plus égoïste de la nation? La famille rend intéressé! il y a du vrai dans cette allégation: qu'on prenne la peine pourtant de rechercher si elle ne fait pas l'éloge plus que la critique de la famille. Travailler pour les siens n'est-il pas mieux que de ne travailler que pour soi ou de ne rien faire? Toute la société proflte de ces efforts et de cette prévoyance accrus. N'est-ce pas ainsi que se forme et que s'accumule le capital nécessaire à sa subsistance et à ses développements ? Qui peut croire, à l'exception de quelques rêveurs, qu'on obtiendrait de l'individu, dans la seule vue de la patrie et de l'humanité, la vertu qui consiste à se priver de toutes jouissances pour épargner le courage si difficile de se livrer avec ardeur à un ingrat et obscur travail? La famille amollit, ajoute-t-on; dites plutôt qu'elle attendrit les cœurs, qu'elle ôte leur rudesse aux mœurs. Nous le voulons bien: avec les sentiments qu'elle nourrit, on risque fort de ne plus voir ni le premier ni le dernier des Brutus, ni un Pierre le Grand,' immolant son tlls à des nécessités politiques; est-il bien sur que ce soit un si grand mal? Sans doute, il existe des hommes faibles qui s'amollissent dans le sein des jouissances de la famille plutôt qu'ils ne se fortifient dans ses épreuves; faudra-t-il condamner la part légitime de repos et de bonheur que, fatigués des luttes de la vie, nous venons chercher sous l'abri aimé du toit domestique?

La famille est le premier embryon de la sociélé, la première école des sentiments et des devoirs que celle-ci exige et met en jeu. Les rares essais de suppression de la famille que le monde a vus, ont prouvé d'une manière éclatante que ces combinaisons, toujours éphémères, destinées dans la pensée de leurs auteurs à fortifier le lien social, tournaient contre la société même. L'absence de la famille, impitoyablement sacrifiée, a précipité, à Lacédémone, les citoyens dans les vices les plus honteux, emporté avec elle les arts et les lettres, et changé une cité libre en une sorte de couvent guerrier. Un droit non moins sacré que la liberté individuelle, c'est la .propriélù qui on dérive comme application du travail et comme extension des facultés qui constituent la personne. Nulle civilisation sans propriété garantie. f:h bien! nulle propriété digne de ce nom sans la famille. Que serait la famille, à son tour, si elle ne possédait rien en propre? Aussi

est-il rare qu'on n'attaque pas solidairement ces deux bases étroitement unies de la société. C'est parce que la famille, avec la propriété qu'elle nécessite , amène une certaine inégalité des conditions qu'on l'a critiquée et qu'on a voulu la détruire. C'est par cette raison môme que nous la louons, au nom de la politique, et que nous voulons la maintenir. Les inégalités fondées sur le monopole et le privilège sont le plus souvent funestes. Celles qui naissent du respect porté à la diversité des aptitudes, des mérites et du développement libre des meilleurs sentiments du cœur humain sont la vie même des sociétés.

En maintenant la famille comme l'individu dans ses droits essentiels au-dessus des atteintes de Pomnipotence législative, nous n'entendons nullement prétendre que la politique et la légi.slalion n'aient sur la famille aucune prise légitime. Les familles otTrent avec la grande société, avec l'État, des rapports qu'il appartient à celles-ci de régler. C'est ainsi que le mariage et le droit de tester et de léguer ne sont pas plus que Pautorité paternelle ellemême des choses livrées entièrement au pur arbitraire des individus. La famille s'est modifiée et améliorée successivement. Bien qu'il en faille faire honneur principalement aux mœurs, l'action de la loi n'y est pas demeurée étrangère. C'est elle qui, sous l'empire d'une moralité plus épurée et des prescriptions du christianisme, a fait cesser le concubinat légal et puni Padulfère. C'est elle qui a mis un terme à l'arbitraire de l'autorité absolue du père de famille et pris sous sa garde la vie de l'enfant, comme elle défend son âme même contre les directions perverses qui, sous le manteau de la famille, chercheraient à l'égarer et à la corrompre. C'est l'action de la loi épurée par la religion et par la philosophie qui consacre les droits de la femme, sa dignité, son égalité comme personne morale vis-à-vis de l'homme, et la protège contre les caprices , les mauvais traitements, l'abandon du mari. C'est la loi, enûn. qui, unie à l'influence des mœurs qu'elle a contribué à former, relègue dans les profondeurs du passé la famille orientale avec son avilissante polygamie, la famille grecque où, sans doute, le chef de famille n'achète plus les femmes et tient l'unique épouse légitime de son consentement et de celui de ses parents, mais qui admet la pluralité des concubines, et autorise, dans certains cas, les mariages de frère et de sœur. C'est elle qui a i-emplacé par une forme supérieure la famille romaine, qui rend le mari maître absolu de la personne et des biens de sa femme, l'investit du droit de la condamner à mort , et n'élève pas Pèpouse légitime, devenue mère, au-dessus de ses propres enfants. C'est elle , enfin , qui a modifié profondément la famille féodale avec ses duretés et ses inégalités choquantes.

La politique est loin d'être sans action sur la constitniion de la famille, et il ne serait pas difficile de rendre encore plus sensible cetle vérité à Paide de l'hisloire. Si la puissance monarchique a aimé emprunter sou type le plus

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