FELONIE
l'État ces nouvelles circonscriptions territoriales. Par un sentiment de respect pour le droit individuel, elle plaça dans chacune des divisions et suixlivisions du pays autant d'administralions électives et indépendantes.
Ce n'est pas assurément cette liberté d'action, ce self-gooei-nment réservé même aux populations les plus faibles et les plus éloignées du centre; ce n'est pas la vie active maintenue partout, depuis la tête jusqu'aux extrémités du corps social , qu'il faut blâmer. Ce qui manquait à l'œuvre de l'Assemblée constituante, c'était un lien fort et puissant qui ratlacliàt tous les pouvoirs locaux au pouvoir central et qui, en un mot, centralisât la souveraineté.
A un moment donné , les départements pouvaient rompre le lien trop faible qui les attachait au centre, se déclarer indépendants et former autant de petites républiques fédératives; le midi pouvait se constituer séparément, ou bien les provinces de l'ouest , de l'est ou du centre.
On avait si bien le sentiment de ce danger qu'on résolut d'afTirmer par une manifestation publique la volonté unanime d'être unis et de former une seule nation. Le 14 juillet 1790 l'Assemblée constituante célébra la fête de la Fédération à laquelle assistèrent les délégués de tous les départements. La fête avait pour but de faire ce que la loi malheureusement n'avait pas fait, de resserrer les liens entre la capitale et les provinces.
Mais ce n'est pas par des fêtes, par des discours, par les élans même les plus spontanés et les plus purs du patriotisme qu'on remédie aux vices des inslilutions.
La lutte éclala bientôt entre les deux partis qui aspiraient à diriger la révolution, entre les Girondins et les Montagnards. Nous n'avons pas à retracer ici les péripéties de ce drame terrible qui, après tant d'années, nous divise encore et sur lequel il semble que planait une puissance mystérieuse, implacable, supérieure à la volonté de l'homme comme la fatalité antique.
Les Girondins succombèrent; la représentation nationale fut violée dans leurs personnes par la proscription du 31 mai, et la plupart d'entre eux se réfugièrent dans les départements qui les avaient nommés. Soixante départements s'insurgèrent contre Paris.
Les départements protestaient contre le despotisme que la capitale prétendait exercer; la capitale protestait contre la sécession des déparlements et portait contre eux Paccusatiou de fédéralisme en proclamant la France une et indivisible.
Les plaintes étaient fondées de part et d'autre et le régime de la Terreur ne justifia que trop les griefs éloquents des députés de la Gironde. Mais la Convention nationale mutilée et sanglante semblait inspirée du génie de la France en défendant contre le démembrement l'unité nationale.
La Conslilution de l'an III fut l'œuvre de ce mouvement énergique de concentration. La Convention ressaisit l'unité du pouvoir politi-
que et devint le centre unique de Padministration. (Voy. Conslilution de Van III, art. 192 et suiv.)
Nous n'avons pas à rechercher ici ce qu'est devenue cette double centralisation, politique et administrative, dont la Convention posa si fortement les bases ; on a souvent demandé la décentralisation adminislralive , et le gouvernement était entré dans cette voie par les décrets des 25 mars 1852 et 13 avril 18G1, par la loi du 24 juillet 1867 et la loi sur les Conseils généraux du 10 août 1871. Mais aucun parti n'a demandé la décentralisation politique, et aucun parti n'en veut; tant la nécessité d'un centre unique où repose la souveraineté est universellement reconnue. La France de 1873, pas plus que la France de 1793 ou de ISOi, de 1815 ou de 1830, n'incline au fédéralisme.
Cet épisode du fédéralisme en 1793, s'il a été autre chose qu'une manœuvre de parti , est donc dans notre histoire un fait tout à fait anormal et isolé.
Il est naturel de se demander quels ont été les secrets desseins des Girondins au moment où ils déclaraient la guerre à la Convention et formaient la ligue des provinces; l'accusation portée contre eux et qui s'est transformée pour la plupart en une sentence de mort, était-elle donc fondée ? JNous ne le pensons pas. Il y avait loin de Pinsurreclion d'une partie de la France à son démembrement, et rien ne prouve que les Girondins aient voulu autre chose que la chute du parti qui avait fait les massacres de septembre et le 31 mai. Victorieux, s'ils eussent pu Pêtre, ils seraient, par la force des choses, revenus â Punité.
11 ne parait pas que les démagogues qui, en 1871, ont opprimé Paris et, sous le nom de gouvernement de la Commune, ont eu un règne éphémère, se soient jamais élevés jusqu'à la théorie d'une république fédérative, quoique leurs soldats aient pris, pour exciter le soulèvement des grandes villes, le nom de fédérés. Dans leurs aspirations vagues et mal déflnies, ils revendiquaient Pautonomie administrative de la Commune, sans s'expliquer nettement sur Pautonomie politique. Ils n'ont eu que les instincts ordinaires et trop connus de la démagogie, instincts de la tourbe ignorante et sanguinaire, toujours la même, qui en 1357 a fait la Jacquerie, en 1589 a soutenu la Ligue, en 1793 a fait la Terreur, toujours prête à secouer le joug des gouvernements faibles et à mettre à sac la société, , •
Emile Cuédieu.
Comparez : Commune de Paris, Décentralisation, Uuité.
FÉDÉRATION. Voy. Confédération, État fédéral.
FÉLONIE. Ce mot servait autrefois à désigner l'acte par lequel le vassal, manquant à la foi jurée, violait les engagements et rompait les liens qui l'attachaient à son suzerain , à son seigueur. De là les mots de vassal félon, de