‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 477 sur 557 · FEMME. — FÉODALITÉ · texte numérisé non relu

FEMME. — FÉODALITÉ

et surfout de lui assurer un salaire encore moins cruellement insuffisant que celui que tant de peine lui donne. Est-il possible qu'en un siècle où la science a fait tant de progrès, où la mécanique est devenue l'humble esclave de l'homme, et où la politique enjoint de tout essayer pour adoucir l'existence des ouvriers, que la fenuoe, parce qu'elle ne vote pas, reste condamnée à l'effroyable misère qui lui est réservée dans les villes, si elle veut vivre seule et honnêtement de son travail !

Voilà des sujets d'études dignes de la sollicitude des partisans de l'émancipation. Avant de donner un caractère public à la femme, que ses amis lui donnent du pain!

En attendant que l'accroissement de la consommation générale produise l'accroissement du salaire des hommes, qui dispensera sans doute la femme de quitter le foyer domestique, que la bonne police des établissements industriels sépare le plus délicatement possible les deux sexes, et surtout qu'elle écarte des jeunes filles les hâtives séductions du vice.

Notre conclusion est donc bien celle que nous avons annoncée en commençant cet article. Si jamais la femme jouait un rôle politique, ce ne serait que pour attester combien il était dangereux pour elle-même et pour la société tout entière qu'on voulût la faire sortir de la vie de famille où elle a des devoirs impérieux à remplir et aussi des droits à exercer. Que l'on n'objecte pas que, depuis que l'histoire enregistre les annales des empires, il y a eu des femmes assises sur le trône. L'antiquité, qui ne connaissait pas les fictions constitutionnelles, n'a laissé que par exception, nous l'avons dit, le sceptre entre leurs mains, et si les monarchies modernes acceptent en certains pays la royauté ou la régence d'une femme, à peu d'exceptions près, c'est là où les idées féodales ne sont pas éteintes et là où, en outre, il est admis qu'un roi ne doit pas gouverner.

Paul Boiteau.

Comparez :

Famille.

Les mots cités à la fin de l'article

FÉODALITÉ. Ce mot est d'origine germanique; il signifie propriété donnée en récompense (/eou/ee, récompense, salaire, od. propriété). Si la féodalité nous est surtout cuunue par l'iiistoire des peuples de l'Occident, au moyen âge, si c'est chez eux qu'elle a atteint l'organisation la plus complète et la plus savante dont elle fut susceptible, on la retrouve en bien d'autres points de l'espace et du temps. M. Guizot la reconnaît à trois caractères dominants et essentiels: — 1° propriété territoriale entière , mais non indépendante , héréditaire , mais soumise à certaines obligations envers le supérieur qui l'a conférée: — 2° fusion de la propriété et de la souveraineté; — 3» organisation hiérarchique de la société féodale. La féodalité lient à la fois de l'aristocratie et de la fédération, mais elle n'est exactement ni l'une ni l'autre. Elle tient de l'aristocratie parce qu'elle suppose une classe gouvernante et tout à fait prédominante; mais elle s'en sépare par-

ticulièrement en ce que les grands , exerçant le pouvoir, chacun pour son compte et chez soi sans grande influence sur l'ensemble , ne forment pas un corps compacte et fortement constitué pour le gouvernement général d'un État, car, à vrai dire, il n'y a pas d'État. Elle tient de la fédération, en ce quelle se compose de petites souverainetés à peu près indépendantes, mais le lien fédératif y est d'une extrême faiblesse, et elle en diffère en ce "que les éléments qui la forment sont hiérarchiquement ordonnés et en ce que le pouvoir central, dépourvu de tout caractère représentatif, exerce ses attributions fort restreintes, d'ailleurs, en vertu d'une autorité qui lui est propre. Je suis donc obligé de répéter ici , à propos de la féodalité , ce que j'ai dit déjà à propos de la chevalerie, qui y est si étroitement liée; issue de la conquête, c'est une forme sociale propre à l'âge héroïque des peuples guerriers et qui apparaît au moment où, sortant de la pure barbarie, ils tentent d'introduire chez eux une organisation plus savante. On la retrouve, plus ou moins complète, mais avec ses traits généraux, dans l'Inde dès la plus haute antiquité, au Japon, en Egypte, au Pérou, et dans bien d'autres lieux, parfois même elle communique quelques-uns de ces caractères extérieurs à des sociétés qui ne sont pas, à proprement parler, féodales et chez lesquelles un autre principe domine , comme les clans de la Haute- Écosse et les septs de l'Irlande.

Nous n'avons à la considérer ici qu'en Europe et particulièrement en France*, où elle remplit une longue période de notre histoire. Produit éloigné mais direct de l'invasion germanique, elle met trois siècles et demi, de la fin du cinquième au milieu du neuvième, à se former, à élaborer et à combiner les éléments dont elle devra sortir; elle domine, en se transformant toujours, et en cherchant un équilibre qu'elle ne trouvera pas, pendant quatre siècles et demi, du milieu du neuvième au commencement du quatorzième.

Disons quelques mots du régime pohtique qui lui a donné naissance et voyons d'abord quelle était la constitution de la propriété sous la première race de nos rois. Elle est de deux sortes: allodiale ou bénéficiaire, l'alleu c'est d'abord le lot, le sors échu au Germain dans le partage de la conquête , le patrimoine. C'est , plus tard , le domaine acquis en propre , par achat , succession ou autrement , le proprium, la posscssio , le prœdium ; dans tous les cas c'est la propriété absolue, indépendante; c'est la propriété de l'homme libre, franche de toutç redevance à un supérieur et soumise seulement aux charges publiques. Le bénéfice, c'est-à-dire le bienfait, la récompense, qui deviendra plus tard \Qfief, est la concession faite par le chef germain, ou pour récompenser des services rendus, ou pour en acquérir de nouveaux , ou

1. L'organisation de la féodalité dans les autres contrées diffère trop peu de celle qui a prévalu en France, pour qu'il ait paru utile, dans un si court travail, de faire ressortir les modifications qu'elle a subies dans les autres pays de l'Europe.

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