FÉODALITÉ
pour fout autre motif. Elle peut avoir et elle a le plus souvent pour objet une terre, un domaine , quelquefois elle confère des dignités , des offices, des droits, des revenus; elle est faite d'abord à des conditions très-diverses, à charge de services, moyennant le payement d'une rente ou même à titre gratuit; mais peu à peu c'est la première qui domine; le Franc pourvu d'un bénéfice devient l'homme de son bienfaiteur, lui doit à la fois le service militaire et des services personnels; il est tenu des devoirs de la charge ou de la fonction souvent Jointe à son bénéfice. La concession peut être encore temporaire, viagère ou perpétuelle. À toutes les époques, sous la première race et au début de la seconde, on la rencontre simultanément sous ces trois formes , mais à l'origine c'est la première qui est la plus générale. Enfin le donateur peut être le roi, un bénéficier, ou un propriétaire allodial. Dans les deux derniers cas nait ce qu'on aijpellera plus tard l'arrière-vasselage , fort rare au commencement, mais qui va se multipliant à mesure que nous avançons. Enfin quelques parties de l'alleu ou du bénéfice , considérées dans leurs rapports avec le Romain, le Gaulois, le peuple conquis, le colon ou le serf, peuvent être tributaires , c'est-à-dire sujettes au cens ou à la corvée.
Si des conditions des terres nous passons à celles des personnes, nous ne les trouvons pas moins variées. Les personnes se divisent d'abord en deux grandes catégories, celles qui sont libres et celles qui ne le sont pas, esclaves , serfs ou colons. Parmi les hommes libres il faut distinguer, au point de vue de la nationaUté, le Franc, le Barbare, le Romain; à celui de la condition sociale, le propriétaire allodial, le bénéQcier, et une troisième classe composée d'agents du pouvoir central, comtes, vicaires, fonctionnaires de toute sorte, dont les bénéfices prennent le nom ùlwnneurs et qui n'exercent qu'une autorité déléguée, et enfin l'homme libre qui n'a ni propriété ni fonction. Dans la confusion de ces temps et dans l'affaissement de plus en plus profond de tout pouvoir central, on distingue deux tendances qui se manifestent dès l'origine.
Les alleux tendent, sous l'influence de diverses causes, à se transformer en bénéfices; les bénéfices et les honneurs tendent à devenir héréditaires. C'est sur ce dernier point surtout que s'exerça pendant plusieurs siècles l'efTort constant et en sens contraire du seigneur et du bénéficier, l'un pour retenir la libre disposition de l'objet de sa munificence, l'autre pour s'en assurer la propriété inaliénable. C'était cependant l'hérédité qui peu à peu gagnait du terrain, c'était elle qui tournait à son profit l'idée du droit et donnait tous les jours davantage aux faits qui lui faisaient obstacle le caractère de l'usurpation. A l'apparition des Carlovingicns l'œuvre était à peu près achevée. La grandeur personnelle des premiers princes de cette race en entrava un instant la marche, mais le nouveau flot de population germanique qui envahissait l'Occident eu rendait l'accomplissement plus inévitable. Elle reprit son cours avec les
faibles successeurs de Charles, et en 877 elle reçut la consécration de la loi par le capitulaire de Kiersy, aux termes duquel Charles le Chauve reconnaissait aux possesseurs de bénéfices ou d'hontieurs le droit de transmettre à leurs héritiers, comme une propriété inamovible , les biens ou les titres dont ils étaient pourvus. A ce moment la féodalité fut non pas créée, mais constituée , les leudes prennent le nom de vassaux, les bénéfices celui de fiefs, l'esprit féodal envahit tout, et le démembrement du sol prend un essor nouveau. Les arrière-fiefs, d'abord peu nombreux, se multiplient rapidement. Plusieurs causes concourent à produire cet effet. Les propriétaires allodiaux, trop faibles pour se défendre au miUeu de cette anarchie, acceptent ou sollicitent la protection de quelque voisin puissant et lui font hommage. Les hauts seigneurs distribuent à leurs compagnons des portions de leurs domaines par la voie de la sous-inféodation pour s'assurer leurs services, et la teuure par parage démembre les grands fiefs entre les co-héritiers. Le sol de la France se couvre de seigneuries et de châteaux; et l'anarchie, sans contre-poids, domine pendant plus de deux siècles dans celte société agitée par des passions violentes. Tout alors prend le caractère territorial. La personne n'est plus rien, le domaine est tout; Ihomme n'a plus de personnalité qui lui soit propre , il s'absorbe dans la terre; c'est elle qui détermine sa condition sociale. C'est la terre qui possède le caractère politique, la puissance, les privilèges. Elle les transmet à celui qui la possède. Aussi il n'y a plus dans le pays que deux classes, celle des non-propriétaires, race vouée sous différents noms à la servitude; celle des propriétaires du sol, tous engagés dans les liens de la hiérarchie féodale et échelonnés sur ces divers degrés, ducs ou comtes, simples barons, et au-dessous la foule des petits seigneurs arrière-vassaux. L'unité sociale c'est le fief, qui prend un nombre infini de formrs, selon le caprice et la convenaiice de chacun.
Les fiefs diffèrent par leur importance , par leur origine, parles obligations qu'ils imposent, par leur nature et surtout par leur objet, car on donne tout en fief, non-seulement les terres, mais des charges, des offices, des droits utiles. Du Cange a compté 88 espèces de fiefs et il n'a pas épuisé la matière. Ils se reconnaissent fous cependant à des caractères généraux et communs. Le vassal est mis en possession par l'accomplissement de trois formalités qu'il ne faut pas confondre: Yhommage, qui exprime proprement la dépendance du vasselage par lequel le vassal se reconnaît Vhomme du suzerain; le serment de fidélité, qui établit la sujétion du vassal à l'égard du suzerain, qui fait du premier le sujet du second; Yiitvestiturc, donnée par le seigneur et qui complète la possession, et chaque fois que l'une ou l'autre des parties change, l'engagement doit être renouvelé.
Le lien féodal crée des obligalions réciproques entre le vassal et le suzerain; le vassal doit à son suzerain assistance, fidélité, dévouement; il lui doit des services militaires ou au-