FÊTES NATIONALES. — FINANCES (SCIENCE DES
politique se rapproche de la science en s'éloignant du cérémonial. Gustave Isambert.
Comparez: Panthéon, Récompenses nationales.
FEUDATAIRE. Vofj. Féodalité, Vassal.
FEUILLANTS. Voy. Jacobins.
FIDÉICOMMIS. Voy. Majorât.
FIEF. Votj. Féodalité.
FINANCES (Science des). La science des finances constate et apprécie les moyens employés dans les divers pays pour subvenir aux besoins de l'État; elle les étudie dans leurs effets moraux, politiques et économiques, et fournit à la pratique — c'est-à-dire à V art financier — les indications dont il peut avoir besoin. La science constate les faits et leurs rapports de cause à effet, formule des règles ou des principes, l'art les applique selon les nécessités du temps et des lieux.
La science des finances ne s'applique donc pas, en thèse générale, aux dépenses de l'État; les dépensto peuvent être considérées — à quelques exceptions près — comme de la politique pure. C'est pourquoi un ministre des finances (le baron Louis) pouvait dire : Faitesmoi de la bonne politique, je vous ferai de bonnes finances. En d'autres termes : ne créez pas trop de causes de dépenses si vous voulez que je puisse vous procurer les recettes nécessaires pour les couvrir. Ce n'est pas la mission de la science financière de décider s'il y a lieu de faire la guerre, de créer des routes , de déclarer l'enseignement gratuit et obligatoire , d'établir la décentraUsation; ce n'est pas elle qui fixe les attributions de l'État; elle peut tout au plus dire: cela coijtera tant, et il sera facile ou difficile de se procurer une pareille somme; ou, cela aura telle influence sur les revenus, influence favorable ou défavorable; ou aussi, voici le meilleur moyen , ou le moyen le moins nuisible, de se procurer les fonds. Si les mesures projetées sont mauvaises, c'est la politique qui en porte la responsabilité, l'administration des finances lui est subordonnée , elle est tenue d'obéir; l'art tâchera de faire pour le mieux, il consultera la science qui lui indiquera les écueils à éviter. Mais, lorsque la politique perdra foute mesure, toute sagesse, toute prévoyance, la science ne pourra que gémir et l'art sera obligé de s'avouer impuissant. En d'autres termes, si la polilique n'est pas bonne , les finances seront mauvaises , l'équilibre entre les recettes et les dépenses sera rompu.
La tâche propre des finances est donc de procurer l'équilibre entre les recettes et les dépenses, et dans tout pays où la politique est raisonnable, cette tâche est relativement aisée. La politique ne prendra aucune décision sans supputer les frais qu'elle occasionnerait; le plus souvent, l'homme d'État trouvera que le résultat à obtenir ne vaudra pas l'effort nécessaire pour se procurer les fonds , soit qu'on ait
à augmenter les impôts, soit qu'on ait à contracter un emprunt. La politique ne devra l'emporter sur les considérations purement financières, que lorsqu'il s'agira de grands intérêts moraux, car l'argent n'est pas le plus grand des biens. Il est des cas où l'on ne doit reculer devant aucun sacrifice.
Mais que la politique soit bonne ou mauvaise , qu'elle sache ou non ménager les ressources de la nation, une situation étant donnée, il importe d'alléger le fardeau autant que possible en répartissant les charges de la manière la plus équitable et la moins nuisible à la production qu'on pourra.
Les dépenses ordinaires de l'État sont couvertes: 1° par les revenus tirés de propriétés ou domaines; 2° par le produit des impôts; 3° par le bénéfice sur des services rendus.
Les économistes sont, en général, peu favorables à la possession de domaines par l'État ; ils pensent que ces domaines seraient plus utiles à la société, plus productifs , s'ils étaient entre les mains des particuliers. Nous ne sommes pas tout à fait de cet avis. On sait qu'il y a des domaines de différente nature, des fermes, des mines , des chemins de fer et autres propriétés analogues. Sans doute, si l'Élat voulait faire cultiver les champs par ses fonctionnaires, nous ne l'approuverions pas; mais l'État afferme ses domaines ruraux par voie d'adjudication publique, il peut donc en obtenir autant qu'un particulier. En temps ordinaire, que ferait-il du capital, s'il vendait ses propriélés? Il vaut évidemment mieux les conserver comme ressource extraordinaire pour les temps difiîciles.
Quant aux mines , et plus encore aux chemins de fer, ils sont généralement exploités en régie, c'est-à-dire par des fonctionnaires de l'État. Dans ce cas, le produit n'équivaut généralement pas à celui qu'un particulier en tirerait en administrant sa propriété. Mais ces grands établissements sont rarement une propriété individuelle, exploitée par son possesseur, ils appartiennent à des compagnies et sont dirigés et administrés par un état-major salarié, semblable à celui de l'État; l'infériorité de ce dernier n'est pas évidente , de sorte qu'ici aussi on doit se prononcer plutôt pour la conservation que pour l'aliénation des domaines.
Du reste , peu de pays ont des domaines assez nombreux pour défrayer, uniquement avec leurs produits, tous les besoins do l'État; la principale ressource du Trésor public est toujours l'impôt [voy. ce mot) sous ses différentes formes, soit sous celle de contribution, soit sous celle de rélribiition pour service rendu par l'État. Ceci admis, il s'agit de déterminer j d'après quel principe et par quels moyens on répartira la charge générale sur les citoyens? ; De prime abord le bon sens semblerait indiquer la perception directe et la répartition égale de l'impôt comme le mode le plus rationnel et le plus équitable. Étant donné le montant total des dépenses de l'État, on n'aurait qu'à diviser ce chiffre par le nombre des habi-
FINANCES (SCIENCE DES)
lanfs pour établir la contribution que cliacun devra verser dans la caisse du Trésor. Cette sorte de bon sens est souvent employé par certains partis, et plus encore par les publicistes visant à roriginalité, en s'appuyant sur l'imagination plutôt que sur l'expérience. Mais la première loi du bon sens est de vouloir le possible, la seconde, de ne pas heurter la justice. Or le système de l'égalité des charges n'est ni pratique ni juste. Il n'est pas pratique, parce que les fortunes sont inégales et que la charge deviendra trop lourde pour les contribuables moins aisés; il n'est pas juste, parce que les grandes fortunes tirent de l'Etat plus d'avantage que les petites et doivent, par conséquent, contribuer dans une plus forte proportion aux dépenses publiques.
Il est évident, en effet, que les habitants d'un pays ne profitent pas dans une mesure égale des dépenses de l'État. 11 est sans doute des dépenses faites dans l'intérêt de l'ensemble des citoyens indistinctement; telles sont les dépenses de la sûreté publique à l'intérieur et à l'extérieur, celles de l'administration générale, et quelques autres. Mais il y a aussi des dépenses où l'utilité générale et l'utilité individuelle se distinguent nettement. Le citoyen qui de toute sa Aie n'a pas un seul procès à soutenir, n'en est pas moins intéressé à l'existence des tribunaux; c'est justement l'existence de ces tribunaux qui lui évite nombre d'injustices et de molestations; leur seule existence est une menace pour le méchant et une protection pour le bon. De même , celui qui n'a pas d'enfants à envoyer à l'école, n'en est pas moins intéressé à ce que l'instruction soit répandue autant que possible, car elle exerce une influence bienfaisante sur le développement matériel et intellectuel de la société dont il fait partie et dont tous les progrès lui profitent d'une façon ou d'une autre. En supposant encore qu'il n'expédie pas uue seule lettre dans l'année , la poste aux lettres ne lui est pas moins utile en favorisant les relations intérieures et internationales et en augmentant le bien-être du pays qu'il habite. Il convient donc que tout citoyen contribue à l'entretien des services publics de la justice , de l'enseignement, des communicalioiis postales. Il n'en est pas moins vrai que tel individu qui a de nombreux procès à soutenir, dont les enfants fréquentent les établissements d'instruction publique, dont les afl'aires nécessitent une active correspondance, tire de ces établissements plus de proûts que la moyenne des citoyens. A côté des services généraux que, par leur existence seule, ces institutions rendent à tous, il y a les services particuliers qu'ils rendent à un individu déterminé. N'est-il pas logique et équitable de faire payer à celui-ci une taxe ou rémunération spéciale pour ce service particulier?
La gratuité des services publics, c'est-à-dire l'idée de les mettre à la charge de l'impôt direct, réclamée par certaines écoles, se trouverait ainsi écartée. On demande, par exemple, la fatuité entière de la justice. A première vue,
cela parait très-libéral et surtout très-démocratique. Mais il faut y regarder de plus près. Si les plaideurs n'ont rien à payer, les frais de l'État pour la distribution de la justice sont naturellement d'autant plus grands. Où l'État prend-il cet argent? Sur l'impôt. Qui fournit l'impôt? La masse des contribuables. Donc pour que cent personnes puissent à leur gré faire des procès, cent mille autres payeront le double de la somme pour laquelle ils contribuent aujourd'hui à l'entretien de la justice. Autre exemple. On a réclamé, soi-disant dans l'intérêt de l'industrie et du commerce, la gratuité du transport des lettres, ou même le rachat par l'État de tous les chemins de fer afin que la circulation y soit libre comme sur les routes ordinaires. On oubliait que la charge générale de l'impôt en deviendrait forcément beaucoup plus considérable; la grande masse des contribuables, qui voyage peu et correspond peu , payerait pour le petit nombre d'individus qui, voyageant beaucoup et qui écrivant beaucoup , voyagera et écrira davantage encore quand ce ne sera pas leur bourse particulière, mais celle du public qui en fera les frais.
La coexistence de la taxe et de l'impôt proprement dit, ou de la rémunération particulière et de la rémunération générale, est donc couforme à la raison et à l'équité. Il convient de faire remarquer que larémuuération des services rendus se présente sous des formes très-diverses, qu'il y a d'une part des taxes qui ressemblent complètement à l'impôt , tandis qu'il en est d'autres qui affectent plus ou moins la forme d'un bénéfice commercial. 11 faut mentionner dans cet ordre d'idées la vente par l'État du tabac , du sel, des allumettes chimiques. Tout a été dit sur les côtés fâcheux des monopoles; on y reviendra (ooy. Monopoles). Nous n'entendons guère en entreprendre la justification. Toutefois, s'il y a réellement nécessité de chercher un complément au profit des contributions générales et particulières , certains monopoles peuvent se justifier; il faut seulement, d'abord qu'ils aient pour effet de simplifier la perception et de faire porter sur un ou deux objets une charge qui, autrement, pèserait sur un grand nombre de denrées, et ensuite que les objets atteints soient de nature à pouvoir supporter aisément l'impôt. Ainsi, il vaut mieux que le gouvernement français tire 200 ou 250 millions par an du moiiopole des tabacs, que de taxes sur des articles de première nécessité; nous n'éprouverions aucune répugnance à prélever — si c'était possible — même le double sur le tabac, si, par contre, il opérait un dégrèvement correspondant, soit surles contributions directes, soit surles contributions indirectes moins justifiables que l'impôt du tabac.
On pourrait, à la vérité, objecter, au point de vue de l'équité, que les impôts de celte nature, n'étant pas la rémunération d'un service spécial rendu par l'État, privent une certaine partie de la population de ressources qui devraient être fournies par tous. L'objection ne manque pas de force. On peut faire valoir, comme cir-
FINANCES (SCIENCE DES)
constance atténuante, que ces revenus sont appelés à remplacer la partie des impôts généraux qui fait défaut par suite de la pauvreté d'un certain nombre de citoyens. Dans chaque pays un grand nombre d'habitants sont hors d'état de fournir la totalité de leur contingent pour la dépense causée par le maintien de la sécurité générale et l'entretien d'autres services généraux de l'État; il faut que, de façon ou d'autre, la classe payante fournisse au delà de ce qu'elle doit rigoureusement , pour combler la lacune. Or, le tabac, par exemple, qui ne demande ce supplément d'impôt qu'à ceux qui veulent bien le payer, semble particulièrement désigné pour rendre ce service.
Ainsi, la science financière se préoccupe avant tout des voies et moyens pour procurer à l'État les ressources qui lui sont nécessaires; mais elle doit non moins se préoccuper de l'etTet des impôts sur le contribuable. L'excès des charges arrête la production, appauvrit les populations , tarit les sources du revenu public. L'autorité financière d'un pays doit donc faire tous ses efforts pour obtenir des économies, pour faire réduire les dépenses au strict nécessaire et pour éviter l'épuisement du contribuable.
Mais comment savoir qu'un impôt est poussé à sa limite extrême ? Serait-ce par la plainte du contribuable? Aucunement. Les hommes, s'ils aiment à exercer leurs droits par euxmêmes , sont ardents à faire remplir leurs devoirs par leur prochain, surtout lorsqu'il s'agit de délier les cordons de la bourse. — Serait-ce par les relevés statistiques ? Il est trop facile de dissimuler la vérité. On sait que du temps où l'on était « taillable à merci » on affectait volontiers les dehors de la pauvreté pour échapper à l'impôt. — Le vrai symptôme de l'exagération d'un impôt, le voici: il détourne les citoyens de l'industrie ou de la consommation trop imposée , et l'accroissement de son produit s'arrête.
Toutefois un mal peut exister avant qu'aucun indice ne le révèle, l'action des impôts n'est pas toujours immédiatement visible, de sorte qu'il faut en suivre le mouvement avec soin et tenir note des moindres perturbations. Et celte vigilance est d'autant plus nécessaire que, stimulé par l'incessant accroissement des dépenses, on est tenté de pousser les perceptions aussi loin que possible.
Mais quelles peuvent être les causes de cet accroissement si rapide des dépenses que dans plus d'un pays, malgré les efforts des financiers les plus habiles, les recettes ne parviennent pas à se tenir à leur niveau ?
Laissons de côté les causes extraordinaires qui dérangent violemment l'équilibre entre les besoins et les ressources, et attachons-nous à l'examen des faits dont l'action lente, mais incessante, produit naturellement l'effet que nous venons de signaler.
1° Dans les pays progressifs, le produit des contributions indirectes s'accroît en raison de la multiplication de la population et des richesses. Si la plus-value des impôts servait à
en diminuer le taux, ou à dégrever le contribuable de charges plus onéreuses, cet accroissement constituerait un bonheur sans mélange; mais, le plus souvent, il ne sert qu'à motiver une augmentation correspondante des dépenses. Si le budget {voy. ce mot) était toujours dressé conformément aux bons principes, si l'on établissait bien réellement les dépenses avantles recettes, comme les besoins sérieux de l'État n'augmentent pas vite, on jouirait partout d'un excédant presque constant de revenu. Mais, bien qu'on soit réputé commencer par établir les dépenses, on commence, en vérité, par supputer les recettes, et on ne sait pas résister à la tentation de les employer. L'Angleterre parait, jusqu'à présent, le seul pays où la pratique soit conforme à la théorie. On y dresse réellement, avant tout, le budget des dépenses. Aussi a-t-elle supprimé, depuis trente ans plus d'impôts que tous les États du continent réunis.
2° Si la première cause de l'accroissement du budget est dans la tentation offerte par l'augmentation incessante des produits des contributions indirectes, la seconde est dans la multiplicité des attributions de l'État. Chargée d'attributions sans nombre, en présence de besoins sociaux croissants et d'une certaine tendance vers le luxe, l'administration augmente presque forcément ses demandes de crédits.
3° Mais il y a une cause d'accroissement des dépenses plus puissante encore que la centralisation ou la tutelle administrative, c'est la conscription. Si la conscription se bornait à imposer à tout citoyen l'obligation de défendre la pairie, personne n'y trouverait à redire. Quand une nation est attaquée dans ses foyers, tous les hommes devraient s'armer et les femmes leur apporter la nourriture et les munitions. Mais la conscription et le service assez long qui en est la conséquence habituelle, sont plutôt destinés à l'attaque qu'à la défense. Ou veut exercer une « légitime » influence sur les autres puissances, on veut jouir d'une certaine prépondérance dans le concert européen , concert peu harmonique, hélas! Or, dans la pratique, l'influence parait d'autant plus «légitime t qu'on commande à plus de baïonnettes; on grossit donc le chiffre de l'armée permanente, et l'armée coîite cher. 11 est encore bien des personnes qui sont flattées de ce que le gouvernement de leur pays ait l'air d'exercer une certaine prépondérance. Elles en ont le droit, mais elles ne doivent pas oublier que la gloire se paye. On l'achète avec de l'or et du sang ! Ceux qui demandent qu'on intervienne dans les affaires des voisins, perdent donc le droit de déplorer l'accroissement du budget, de lamenter sur le manque de bras, peut-être même sur l'absence de liberté. Qui veut la fin veut les moyens.
4» Dans les États où le gouvernement n'est ni contenu, ni contrôlé, rien n'entrave la tendance naturelle de tout budget à s'accroître. Comment arrêter l'accroissement desdépenses? Le contrôle d'une Chambre élective n'y suffit
FINANCES (SCIENCE DES)
pas toujours , à cause de la complication de la grande machine gouvernementale et de l'enchevèlrement des intérêts quelle représente; où chercher le frein indispensable dans chaque machine ?
La science financière serait-elle assez heureuse pour suggérer des moyens pouvant servir de frein ? Kous en doutons. Elle est bien impuissante en face des passions politiques. Cherchons, néanmoins. Peut-être trouveronsnous un jalon sur la route du progrès.
On sait que tout d'abord les impôts étaient spécialisés, c'est-à-dire que les états généraux accordèrent les tailles pour tel emploi, les aides pour tel autre, et d'autres contributions encore à mesure que de nouvelles dépenses surgissaient. Cette spécialisation ne dura pas, et par diverses raisons, notamment celle de faciliter le contrôle, on a pu considérer comme un progrès la réunion de toutes les perceptions en une seule caisse, le Trésor public. Il conviendrait peut-être maintenant de revenir dans une certaine mesure à la spéciahsation des recettes et des dépenses. Actuellement, lorsqu'on dresse séparément le tableau des dépenses et qu'on examine isolément l'utilité de chaque article, on est généralement porté à l'admettre. Faut-il une armée? Sans doute. — Faut-il des routes? Certainement. — Des écoles? Qui en doutera! — Des théâtres? Volontiers. — De même pour presque tous les chapitres du budget. Quand on arrive aux recettes, on a devant soi un chiffre représentant l'ensemble des besoins reconnus, des dépenses votées, et il ne reste plus qu'à trouver «les voies et moyens »; c'est l'expression reçue.
Mais il y a besoins et besoins. Il y en a de première, de seconde et de troisième nécessité; il y a l'indispensable, l'utile et le luxe, et tous les trois ont leur raison d'être. Nous ne sommes
l'adversaire d'aucune dépense lorsqu'elle
est librement et sciemment consentie. Or, cette condition d'un consentement libre et motivé ne semble exister complètement que sous le régime de la spécialisation. Lorsqu'on saura que tel impôt doit couvrir telle dépense, lorsqu'on connaîtra le sacrifice qu'il faut s'imposer pour chaque jouissance, il pourra s'en trouver plus d'une qui semblera trop chèrement achetée. La loi est toujours accompagnée de sa sanction: ce crime, dit-elle, est puni de telle peine ; pourquoi ne saurions-nous pas combien coûte chaque service que l'État nous rend? De même qu'avant d'entamer un procès on en suppute les frais, qu'avant d'expédier une lettre on s'informe du montant de la taxe, de même pourrait-on dire: impôt pour l'entretien de l'armée; taxe pour la construction des routes; droit d'inscription pour l'instruction supérieure.
Seulement la spécialisation ne devrait pas être poussée jusqu'à ses dernières limites. La solidarité qui existe entre les citoyens d'un même État s'y oppose: il ne faudrait pas que quelques individus — ignorants ou malveillants — pussent empêcher une dépense jugée indispensable par la grande majorité des ci-
toyens. N'avons-nous pas, dans un autre ordre d'idées, l'expropriation pour cause d'utilité publique?
Mais où s'arrêterait la spécialisation? Sur ce point, les opinions peuvent se diviser. Une classification des dépenses en indispensables, utiles et de luxe répondrait peut-être à la réalité des faits. On formerait donc trois budgets distincts: l'un correspondrait aux besoins de première nécessité de tout corps constitué, ce serait le budget ordinaire; le second, destiné à procurer l'utile, serait le budget supplémentaire; le troisième, le budget extraordinaire; donnerait satisfaction au luxe. Des impôts spéciaux seraient affectés à chacun d'eux sans qu'aucune réunion, sans qu'aucun virement de l'un à l'autre fût jamais admis. On pourrait, par surcroit de précaution , demander une majorité plus forte pour le vote des dépenses non indispensables; on pourrait encore décider qu'on commencerait par évaluer les recettes supplémentaires et extraordinaires avant de fixer les dépenses correspondantes, tandis qu'au budget ordinaire, c'est parle tableau des dépenses qu'on commencerait. On saurait ainsi plus clairement ce qu'on donne et pourquoi on donne. Il en résulterait que les représentants de la nation seraient coulants pour le budget ordinaire, difficiles pour le budget supplémentaire, sévères pour le budget extraordinaire. Il en résulterait encore qu'on allégerait l'administration de toute attribution qui serait moins onéreuse étant placée entre les mains des particuliers.
Cette idée paraîtra peut-être utopiquc ou même pire; nous aurions d'ailleurs nous-mème plus d'ime objection à faire. Toutefois, l'idée est en partie réalisée dans plusieurs pays par la division du budget en ordinaire et extraordinaire. Et pourquoi ne pourrait-on pas diviser le budget en trois, aussi bien qu'en deux? Dans tous les cas, le grossissement des budgets en serait entravé ou fortement ralenti, car on ne pourrait plus créer des impôts nouveaux que pour des besoins bien évidents et vivement se?ilis par la majorité de la nation.
La séparation des matières et leur distribution entre les trois budgets n'est pas d'une difficulté insurmontable. iN'a-t-on pas distingué pour les communes, outre les dépenses obligatoires, les dépenses facultatives, les dépenses extraordinaires, les dépenses spéciales? et bien que ni la classification, ni le classement ne soient irréprochables, on applique un revenu spécial à chaque nature de dépense. Si l'on n'a pas obtenu tous les résultats que le système comporte, c'est que le classement n'a pas été fait par les communes, mais par l'État. L'État, préoccupé avant tout de certains intérêts, a rangé souvent dans les dépenses facultatives celles qu'aucune commune ne refuserait de voter, et parmi les dépenses obligatoires quelques-unes de celles qui auraient pu être refusées. En subdivisant les dépenses de l'État, aucune préoccupation de cette nature n'influerait sur la décision du législateur, et le classement serait aussi prés que possible de la vérité.
FINANCES (SCIENCE DES). — FISC
Quoi qu'il en soit de ces idées auxquelles nous ue rattachons de valeur que comme point de départ d'études plus approfondies, il arrive souvent que l'équilibre entre les recettes et les dépenses se rompt. Lorsque ce mal se présente isolément, en une année, il est facile de le guérir; mais lorsqu'il devient permanent, et que la réduction des dépenses est impossible, il faut absolument élever les impôts au niveau des besoins. Il n'y a pas d'autre moyen d'écbapper au fléau du papier-monnaie et à des maux pires. Ce qu'on doit éviter avant tout c'est de contracter des dettes (voy.), car un pays qui use trop du crédit (voi/.) est sur une mauvaise pente. S'il faut absolument emprunter, que ce soit à temps. Nous n'ignorons pas que les capitalistes préfèrent la rente perpétuelle, mais ils prendront forcément d'autres valeurs, lorsqu'ils n'auront pas le choix et que ces valeurs seront bonnes. Mais nous le répétons, c'est par des impôts qu'on rétablit le plus certainement l'équilibre. Quant au choix des impôts, il doit être guidé par les circonstances locales, nous n'avons à donner ici qu'une seule règle — en dehors de celles qu'on trouve dans tous les traités spéciaux {voij. Impôts) : — il est préférable d'obtenir la somme nécessaire en créant un ou deux impôts très-productifs, qu'en inventant dix ou quinze petites taxes. Maurice Block.-
Comparez: Amortissement, Dette, Emprunt, Fisc, Impôt, Proportionnalité, Quotité et Répartition, Revenu, Trésor, Trésorerie. Un article spécial a été eu outre consacré à chaque impôt.
FINANCES DE LA FRANCE. Votj. France.
FINLANDE. Le grand-duché, ou plus exactement lii g7-ande principauté de ce nom appartient à la Russie depuis la paix de Fréderickshamm conclue en 1809 entre ce pays et la Suède. La Finlande occupe une superficie de 349,193 kilomètres carrés, et le nombre des habitants est d'environ 1,736,000, dont une quarantaine de mille professent la religion grecque, tous les autres (sauf un millier de catholiques) appartenant au culte luthérien. Les deux plus grandes villes du pays sont Ilelsingfors (la capitale) avec 32,000 et Abo (prononcez Obo) avec ^'0,000 habitants. Wiborg n'a que 14,000 habilants.
Le pays est remarquable par le grand nombre de lacs qu'il renferme ; de nombreuses rivières s'y jettent ou portent leurs eaux à la mer (golfes de Bothnie et de Finlande). Le climat est froid, néanmoins on récolte du seigle, de l'orge, de l'avoine, beaucoup de pommes de terre et on exporte de grandes quantités de beurre, de bois, de résine et autres produits des forêts. On exploite une trentaine de mines de fer, et les 200 étabUssemcnts industriels du pays se partagent un capital de C à 7 millions de francs. L'importation et l'exportation réunies atteignent une valeur de 05 à 70 milUons de francs, dont 24 miUions avec la Russie, qu'une ligne douanière sépare de la Finlande.
La Finlande a conservé son autonomie : elle
est administrée par un gouverneur assisté d'un sénat composé de 16 personnes choisies par l'empereur parmi les habitants du pays. Le grand-duché jouit d'une administration nationale, de ses propres lois, il n'est pas inquiété dans l'exercice de son culte ou dans l'emploi de sa langue, et comme les Finnois payent moins d'impôts que les Suédois, ils ne demandent pas à se séparer de la Russie et à rétablir leur ancienne relation avec le royaume Scandinave. Le budget de la Finlande atteint (1872) en recettes 21 millions de marcs ou francs (dont 3 '/s en impôt direct , et le reste en impôts indirects et douanes). Le chiffre des dépenses est égal à celui des recettes, et renferme, outre les sommes nécessaires pour le gouvernement (1,300,000 fr.), l'administration de la justice (600,000 fr. ), Fadrainistration civile (3,600,000 fr.), plusieurs millions pour la bienfaisance publique. La dette publique , provenant en grande partie de la construction de canaux et de chemins de fer, s'élève, en 1873. à un peu plus de U millions de roubles, soit environ 45 milUons de francs si Ton compte le rouble à 4 fr.
Les Finnois forment une race particulière, parente d'un côté avec les Magyares et de Fautre avec les Lapons; ils sont néanmoins, pris en masse, bien plus avancés que les Russes. Ils possèdent une université à Helsingfors , cinq collèges , un grand nombre d'écoles primaires et se tiennent, malgré la défaveur des circonstances, au courant des progrès de la civiUsation européenne. M. B.
CoMPAKKZ : Russie.
FIRMAN (en persan ferman) , nom donné en Turquie aux ordonnances émanant directement du grand-vizir, au nom et par délégation expresse du sultan. C'est pourquoi la minute de tout firman doit être paraphée par le grandvizir, qui y trace de sa main le mot sahh (authentique). Ensuite le nichandji (garde du sceau) appose en haut de Facte le chiffre {loîcghra) du sultan. C'est ce même chiffre, en forme de monogramme et composé du nom du sultan régnant et de celui de son père {siiUaif Abdul-Aziz Khan, fils du sultan Mahmoud Klian), que Fon voit figurer sur toutes les monnaies ottomanes.
Les ordonnances adressées aux autorités dans la capitale portent simplement le paraphe du grand-vizir sans le toughra; elles se nomment bouyourouldou. A. Ubici.m.
FISC. Du latin j^«cî<«,, panier d'osier dans lequel les revenus de FÉtat étaient portés à dos de mulet. Plus tard ce terme fut appliqué à la caisse particuUère de Fempereur et la caisse de FÉlat fut le œrarium publicum. De nos jours le fisc est redevenu synonyme de trésor public et la caisse privée des princes est , selon les cas, la liste civile {voy. ce mot) ou dans un sens plus étroit encore, la cassette (autrefois en allemand die Schatvlle).
Les termes lise , fiscal , fiscalité , sont pris en mauvaise part, et Fon s'en sert rarement dans