FORÊTS. — FORME ET FOND EN POLITIQUE
dans leur jeunesse que dans leur âge mûr, et qu'en outre un jeune peuplement est bien plus serré qu'une vieille futaie, le taillis sera plus productif. En d'autres termes, un hectare en taillis produit une somme d'argent supérieure à un hectare en futaie. Est-ce une raison décisive pour le préférer dans tous les cas?
On ne l'a pas cru jusqu'à présent. On a fait valoir en faveur des futaies qu'elles produisent un bois d'oeuvre indispensable pour les constructions et pour la marine , et qu'elles rendent d'autres services encore dont un particulier ne voudrait pas accepter la servitude si onéreuse , mais que l'État aie devoir d'assumer sur lui. Tout homme a le désir légitime de jouir des fruits de son travail, mais la lenteur de la croissance des arbres ne lui permettrait pas de compter sur les produits de ses plantations s'il voulait attendre qu'elles fussent des futaies. L'Éîat a le droit de se croire éternel, il a une tout autre mesure du temps que l'individu; d'ailleurs, sa mission n'est pas précisément de gagner de l'argent. Par toutes ces raisons, qu'il suffit d'indiquer, on s'est presque généralement prononcé en faveur du principe de la conservation des futaies par l'État.
Cette manière de voir a eu des effets que nous ne saurions passer sous silence. La conservation des forêts a été considérée comme un intérêt général d'un ordre si majeur, qu'on n'a pas hésité à soumettre la propriété forestière à des conditions particuhères, à des restrictions. Ainsi les bois communaux sont aménagés par les agents forestiers de l'État, et les communes versent dans les caisses de l'État la rémunération de ce service. Les défrichements, même des bois de particuliers, ne peuvent souvent avoir lieu que sous autorisation, et les lois arment le gouvernement de grands pouvoirs pour forcer les communes à reboiser leur sol forestier. Lorsque ia marine de guerre a commencé à jouer un rôle politique , on a même imposé aux forêts sans exception la servitude du martelage, c'est-à-dire que les agents du ministre de la marine marquaient d'un coup de marteau, produisant une empreinte, les arbres propres à la construction des navires de l'Etat. C'était une sorte d'expropriation pour cause d'utilité publique.
Les forêts touchent encore à une foule de problèmes économiques , administratifs et autres que nous sommes forcé de passer sous silence, bien que quelques-uns aient passionné un moment les esprits. Mais , des doutes se sont élevés contre l'influence climaîérique des forêts, l'emploi du fer semble prévaloir de plus en plus dans les constructions maritimes et civiles, le combustible minéral tend à remplacer le bois, de sorte que les intérêts qui se groupaient autour des forêts deviennent moins compactes, et il n'est pas impossible qu'un jour cette question se rétrécisse jusqu'à devenir une alfaire d'argent et une affaire locale. Maurice Blogk.
FORFAITURE. Voici la définition que donne de ce mot l'arlicle 160 du Code pénal: « Tout
crime commis parun fonctionnaire public, aans l'exercice de ses fonctions, est une forfaiture.»
Les articles 167 et 168 ajoutent: 167. «Toute forfaiture pour laquelle la loi ne prononce pas de peine plus grave , est punie de la dégradation civique. — 168. «Les simples délits ne constituent pas les fonctionnaires en forfaiture. M
Les faits qui constituent des forfaitures se trouvent énumérés aux articles 121 , 126, 127 et 183. L'article 8 qualifle la dégradation civique de «peine infamante». (Voy. Fonctionnaire.)
FORME ET FOND EN POLITIQUE. Il est
vraiment surprenant que tant de personnes versées dans l'histoire en soient encore à préférer assez ardemment une forme gouvernementale à l'autre , pour s'exposer au besoin aux chances d'une révolution en faveur de la forme préférée. Toutes les formes ont existé, toutes ont développé plus ou moins rapidement les germes de corruption qu'elles renfermaient. Quelle œuvre humaine est parfaite, quelle médaille n'a pas son revers? Aurions-nous à rapprendre des choses qu'Aristote a déjà sues? [Politique, liv. IV*, chap. ii.)
Les novateurs passionnés ne contestent pas, 671 p}-i}icipe , l'axiome que nous venons d'énoncer, mais ils se flattent toujours de posséder le secret d'une combinaison politique supérieure à toutes celles qui ont existé jusqu'à présent. Chacun se dit dans son orgueil : ne suis-je donc pas là pour maintenir la pureté de la combinaison !
C'est dire implicitement que les institutions ne sont que ce que les hommes en font : un instrument pour le bien ou le mal. S'il en est ainsi, pourquoi vous préoccupez -vous tant de la forme , car vous ne serez pas toujours là pour lui conserver sa pureté? D'autres après vous l'allcreront. Serait-ce que vous ne voulez seulement changer la forme existante que parce que votre place n'y est pas marquée?
Ce serait vous faii-e injure. Vous êtes seulement passionnés, c'est-à-dire, plus ou moins aveugles , vous oubliez « qu'on ne change pas les mœurs d'un pays par un vote ». (Louis Blanc, Temps du 13 nov. 1809.) Et lorsque, comme l'a dit M. Gambetta : « le droit est en avance sur le fait ' », alors « les résultats naturels d'une pareille situation» se produisent, dit encore le même dans sa lettre à M. Vogeli , du mois de juin 1870 (France, 28 juin 1870).
Faisons de la politique réaliste ; ne soyons pas plus idolâtres en politique qu'en religion; n'adorons aucune forme, car nous nous lancerions dans les ficlions. Prenons toujours le pays tel qu'il est; que le droit soit toujours d'accoi'd avec le fait, c'est-à-dire que la forme réponde toujours au fond, et alors le pays sera exempt de ces violentes secousses qui ressemblent à des catastrophes ou qui peuvent les amener.
CoMPAHEZ : Foi poUtique.
1. Eu d'antres termes, les populations ne sont pas mûres pour les droits qu'on leur confère.