FRANC -MAÇONNERIE
Ces associations avaient leurs symboles, leurs mots d'ordre et autres signes de recouuaissauce tenus soigneusement cachés à ceux qui n'étaient pas du métier. Pendant longtemps ces corporations excluaient ceux qui n'exerçaient pas la profession ; sur le continent l'exclusion s'est peut-être maintenue sans exception , mais en Angleterre on a commencé vers 1700 à admettre despersonnes distinguées, d'abord, sans doute, à titre honoriflque, comme nous avons vu de nos jours recevoir le prince Albert et le prince de Galles . lord Palmerstou et autres parmi les marchands de poissons et les tailleurs de Londres. Les maçons ont peut-être donné l'exemple en initiant d'abord les architectes, puis les sculpteurs, les peintres et ensuite les grands seigneurs, leurs protecteurs. L'art exerçant une influence particulière sur l'imagination et peutêtre sur le cœur, cette corporation avait uu cachet particulier qui rend compte de l'impression qu'elle dut faire sur ses contemporains. Les degrés: apprenti, compagnon, maître, vénérable, font bien sentir l'origine professionnelle de l'association.
Quoi qu'il en soit, il est généralement admis que l'histoire authentique de la franc-maçonnerie comme institution humanitaire commence à la création de la Grande-Loge ou du Grand- Orient de Londres en 1717. Le Grand-Orient dans chaque contrée est un comité directeur ou central formé de délégués ou de représentants des diverses loges du même pays ou même de pays divers. C'est de l'Angleterre que l'institution s'est répandue sur le continent et en Amérique avec une rapidité que n'arrêtèrent ni les bulles de 1738 et 1751, ni les persécutions, ni les préjugés, ni tant d'obstacles extérieurs, qui n'ont même pas disparu partout à l'heure qu'il est. Le nombre des loges s'est tellement multiphé que le Grand-Orient de Paris en comptait dès 1830 479 dont 67 à Paris, non compris celles du riteécossais. En Angleterre, d'après une statistique de 1844, 674 loges étaient airiliées à la Grande-Loge de Londres et sur ce nombre 463 « travaillaient » en Angleterre , 70 en Amérique, 52 aux Indes orientales, 28 aux Antilles, 7 en Afrique, 5 en Australie et 10 dans l'aimée. A Berhn fonctionnent simultanément 3 Grandes- Loges, Pune avec 96, l'autre avec 25 et la troisième avec 58 loges alïiliées. On doit ajouter, pour l'Allemagne , les 17 loges qui dépendent de Hambourg, les 11 du Hanovre, les 13 qui comptent avec Francfort, et 19 distribuées entre diverses autres parties de l'Alleniagne. La Bavière n'a qu'un très-petit nombre de loges et l'Autriche n'en a peut-être aucune. Protégées par Joseph II, elles ont été persécutées après sa mort. La Suisse a 24 loges, principalement dans la partie protestante du pays. On sait, en outre, que les francs-maçons sont U'ès-nombrcux eu Suède, Korwége, Danemark, dans les Pays-Bas, en Belgique, et qu"il en est peu en Italie, en Espagne et en Portugal. En Russie, Alexandre I^' se montra leur ami, mais en 1822 les loges furent fermées, on ne sait pas pour qnel motif.
Les doctrines maçoûniques ont été codifiées
plusieurs fois depuis que le ministre anglican Andersen avait été chargé de les rédiger vers 1720. Les différentes rédactions ne diffèrent entre elles que par des nuances. Partout on recommande la soumission à l'autorité , le respect de la religion (quelle que soit la forme du culte), la bienfaisance et surtout d'aider «les frères ». n n'est guère honorable pour l'Europe qu'on voie des ennemis en des hommes gouvernés par de tels principes. Et on ne saurait prétexter l'ignorance, car les codes et autres recueils maçonniques sont imprimés partout dans la langue du pays. Partout aussi on admet des hommes de toutes les opinions pohtiques, et depuis quelque temps aussi le culte n'est plus un motif d'exclusion; il n'y a rien à craindre de réunions aussi mêlées.
Eu France la franc-maçonnerie a eu relativement moins à soullrir qu'ailleurs. Eu 1809, lors de la discussion des articles 291 à 294 du Code pénal (qui interdit les réunions de plus de 20 personnes), Pun des conseillers d'Etat voulut introduire une exception en leur faveur; l'Empereur répondit : Non , non , si la franc-maçonnerie est protégée, elle n'est pas à craindre; mais si elle était autorisée , elle deviendrait trop forte et pourrait être dangereuse. ISous ne savons si ce raisonnement est tout à fait juste; dans tous les cas , il ne parait pas avoir été adopté par le successeur de iNapoléou l^"", car uu décret du II janvier 1862, qui vise les articles 291 et 294 du Code pénal, la loi du 10 avril 1844 et le décret du 25 mars 1862 (réunion de plus de 20 personnes) et qui considère « les vœux manifestés par Tordre maçonnique de France de conserver une représentation centrale», porte ce qui suit dans son article 1'"':
«Le grand maitre de l'ordre maçonnique de France, jusqu'ici élu pour trois ans et en vertu des statuts de l'ordre, est nommé directement par nous pour cette période.»
L'article 2 nomme pour trois aus le maréchal Magnau grand -maitre du Urand- Orient de France.
Ce fait ne saurait être apprécié en dehors des circonstances qui l'ont provoqué; ces circonstances n'entrant pas dans notre cadre, nous nous abstenons de toute réflexion. Le décret de 1862 a cessé d'être en vigueur.
U resterait à rechercher Pinfluence que la franc-maçonnerie a exercée sur la société. Sur ce point nous n'avons aucun document et partout nous rencontrons l'expression de regrets sur cette absence. On comprend que nous demanderions à connaître autre chose que des actes de bienfaisance. L'institutiou a été utile, nous le croyons, mais nous n'en avons aucune preuve. Kous ne sommes cependant pus d'avis — comme quelques auteurs — que ses fonctions actuelles se réduisent à celles d'un cercle ordinaire, où l'on se réunit pour manger et pour causer; mais nous craignons beaucoup, si rien ne retrempe la franc-maçonnerie , de la voir dégénérer à son tour et suivre le sort commun de toute chose ici-bas.
Maurice Block.
CouPABEZ ; lUumiués, Soeiétés eecrétes.