Cette explication n'est pas une plaisanterie
GAEDE. — GARDE NATIONALE.
critiques adressées alors à l'iiistitution de la garde impt^riale. Il était aisé de reconnaître que le prélèvement de cette troupe d'élite, qui monta jusqu'à 20 à 25 mille hommes, affaiblissait d'autant l'armée ordinaire, mais aussi elle pouvait constituer, par la même raison, une puissante réserve. A un autre point de vue, il était peu politique d'exciter par des privilèges de solde et de préséance la jalousie de la ligne; mais il est probable qu'on s'exagérait beaucoup cette jalousie. L'empereur de Russie, le roi de Prusse, les monarques anglais ont une garde du corps; la plupart des autres souverains de l'Europe sont gardés par des détachements de l'armée ordinaire. L'empereur d'Autriche n'a pas de garde spéciale; les régiments de l'armée qui portent son nom (les régiments ont des numéros et des noms) font alternativement le service auprès de sa personne, et ces détachements fonctionnent comme garde du corps [Leibwcclie).
Les ministres n'ont point de gardes. En France , Richelieu et Mazarin seuls osèrent affecter cet insigne de souveraineté.
On voit , dans les républiques de la Grèce, les citoyens qui voulaient asservir leur patrie, demander des gardes.
Des républiques ont employé des milices soldées pour la garde des assemblées ou des villes; quelques-unes périrent par là. Athènes entretenait un corps de Scythes, qui campait sur la place publique , pour faire la police de la ville.
Les premières milices communales, qui gagnèrent la bataille de Bouvincs. furent instituées sous le nom de gardes boiu'geoises, gardes urbaines, gardes civiques; on ne distingue pas, dans leurs attributions, la guerre de la police. La police armée a été faite à Paris dès rorigine de la commune, par un détachement de la garde urbaine, devenue plus tard le guet, puis par un corps de garde nationale soldée, devenue garde municipale de Paris, dite ensuite gendarmerie municipale (1791), puis garde de Paris (18 14), puis garde impériale de Paris, garde royale de Paris (1815), redevenue garde municipale en 1830, et garde républicaine en 1849, gendarmerie municipale de Paris ou garde de Paris (1852), garde républicaine (1870). J. DE BOISJOSLIN.
GARDE NATIONALE. L'organisation militaire chez tous les peuples affecte des formes diverses, qui se déroulent selon une véritable série. 1" Tribus guerrières par état; 2« ban et arrière-ban féodal; 3° cités armées (centuries militaires et politiques); 4» garde nationale; 5» Landstitrm (levée en masse); G" Landwehr (armée de réserve); 7" armée soldée et permanente; 8" garde impériale ou royale; 9» prétoriens; 10° CondoUieri. La pente de l'un à l'autre de ces états est plus ou moins rapide , et toute force armée est sollicitée par deux tendances, l'une de fusion dans la masse de la nation, l'autre de spécialisation, jusqu'à devenir étrangère à la nation. L'idée du citoyen-soldat n'est point nouvelle; elle a été réalisée dans
un état de civilisation où, la science et Part militaires étant peu développés, la guerre était considérée comme l'exercice normal de l'une des aptitudes de l'homme libre, l'un des signes d'une santé parfaite; c'est même cet idéal qui domine dans les notions que les modernes se font de la garde nationale. Telles étaient les armées des cités antiques et des républiques du moyen âge, telles étaient, sous beaucoup de rapports, les premières milices des communes de France, d'Allemagne et d'Angleterre. Le phénomène tout moderne que nous appelons garde nationale est beaucoup plus restreint, il n'a pu même se produire que dans les conditions particulières qui ont accompagné en Europe l'établissement du régime constitutionneL C'est une force à plusieurs applications, lesquelles ne sont ni tout à fait de faire la guerre, ni tout à fait de faire la pohce , ni entièrement de changer le gouvernement, mais la même force peut être selon les cas employée à ces trois nécessités. L'Assemblée constituante la définissait ainsi : « La garde nationale est cette partie de la force publique formée de citoyens réunis en corps armés pour défendre les institutions, maintenir l'obéissance aux lois, conserver ou rétablir Tordre et la paix publique, seconder Tannée de ligne dans la défense des frontières, des cotes et des places fortes, assurer l'indépendance de la France et l'intégrité de son territoire." Voilà bien du travail, mais n'a- 1- ou pas déjà remarqué, sous la pompe vague de cette rédaction, que la garde nationale suppose l'existence d'une armée permanente? Nous traitons aux mots Landwehr, Milices, des services que les hommes de guerre peuvent lui demander à titre d'auxiliaire : il faut des événements exceptionnels, pour que la garde nationale pense à renouveler les faits militaires des « sublimes bourgeois » de Rome ou d'Athènes. Les citoyens de l'antiquité étaient de véritables soldats, formés pour la guerre plutôt que pour la défense de la paix intérieure. Il est même intéressant de constater que pour ce dernier objet , les républiques employaient des mercenaires étrangers. Dans Aristophane, le municipal qui arrête Euripide déguisé en femme , est un Scythe , c'est-à-dire un .Ulemand. La garde nationale, au coiitraire, a prétendu aussi être Tauxiliaire de la police de sîireté. Mais nous croyons que la police comme la guerre est devenue une spécialité, et si, dans la rue, pour la répression de délits sans gi-avitê, une patrouille de gardes nationaux ne montre pas moins de zèle qu'une patrouille de sergents de ville, la plupart des électeurs sont aujourd'hui d'accord pour laisser aux sergents de ville la police de la voie publique et aux dctecliocs la recherche des coupables.
Reste donc la mission donnée à la garde nationale de protéger la Constitution, et ici encore nous constatons que ce rôle ne lui a été attribué que dans les crises qui ont signalé Tavéncmeut du gouvernement parlementaire.
Il semble môme que ce rôle n'ait toute son ampleur que dans une monarchie constitutionnelle, car il n'y a de garde nationale ni en