‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 521 sur 557 · GARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

GARDE NATIONALE

Suisse, ni aux États-Unis. C'est un produit de trois révolutions françaises qui ne parait pas répondre à une fonclion définie dans toute société donnée. Nous trouvons la garde nationale dans tous les bouleversements de Paris depuis le quatorzième siècle, chaque fois qn'une revendication un peu étendue des libertés publiques ramène la question constitutionnelle, surtout lorsque cette situation se complique d'une guerre extérieure. II est frappant de relire l'histoire de Paris pendant les Elats généraux de 1335. Si le temps d'Etienne Marcel ne suffît pas, les Dialogues et les Pamphlets de la Ligue et les Mémoires du cardinal de Retz sur la Fronde feront paraître dans toute sa force la monotonie de l'hisloire, monotonie qui est la preuve même de ses lois. A ce point de vue. le rapporteur de la loi d'abolition de la garde nationale en 1871 se trompait quand il niait toute analogie entre la garde nalionaie des deux sièges de Paris et les anciennes milices communales, créées, dit-il. simplement dans un but de défense et de sécurité locales. Ces milices ont joué, dans les crises de l'histoire nationale, d'abord le rôle politique de grand pouvoir de l'État, ensuite un rôle militaire tellement considérable, qu'elles sont devenues des armées permanentes, exactement comme les centuries antiques ou la garde parisienne de 1871.

Depuis l'établissement de la monarchie administrative, le rôle des milices parisiennes s'était réduit à rien; il fallut les troubles qui suivirent à Paris la convocation des États généraux pour qu'on se souvint qu'il existait sur le papier 13.000 miliciens. Un témoin oculaire , Tlabaut Saint-Élienne, nous a laissé la description de la formation de la garde nationale, qui ressembla fort à une émeute: « Les citoyens, dit-il. enfoncent les boutiques des armuriers; ils battent une compagnie de Royal-Allemand , et l'émotion continue durant toute la journée , jusqu'à ce que . la nuit étant survenue , des brigands apostés hors de Paris brillent les barrières . entrent dans la ville et courent les rues, que rempli.<saient heureusement des patrouilles de citoyens . de gardes-françaises et de soldats du guet. Tout à coup, une heureuse pensée étant venue à quelque bon citoyen , elle devint un foyer de lumière et sauva la ville de Paris. Paris avait cent mille bras pour le défendre, mais il n'avait point de têtes pour le commander. A la voix d'un citoyen généreux, les électeurs sont convoqués. Au péril de leur vie. ils s'emparent avec courage de l'autorité, et les citoyens leur obéissent avec confiance.

1 Le lendemain. le jour n'eut pas plutôt paru, que les citoyens suivirent avec activité leur projet de la veille. Des brigaiul.*; avaient pillé la prison de Saint-Lazare; ou les chasse; le tocsin .sonne; chacun se rend dans son district pour se faire inscrire. On prend toutes les armes des armuriers; on forge des épées. des sabres, des haches, des piques, des instruments de toute espèce. Le garde-meuble est forcé, et chacun emporte ce qu'il peut des armures antiques qui y étaient déposées. On prend trente mille fusils cachés dans Ihôtel des Invalides

et six pièces de canon, et le lendemain soixante mille hommes étaient armés, enrôlés, distribués par compagnies. »

Il y eut des compagnies d'enfants, de vieillards, de femmes. Le premier nom de cette armée fut celui de milice parisienne; un procèsverbal du district de Sainte-Elisabeth porte le nom de garde nationale qui. un mois après, était partout adopté. L'armée civique de Paris n'avait aucun prétexte pour exercer des attributions militaires; elle s'en tenait à la police et elle arrêtait à tort et à travers, jusqu'à des jeunes filles de marchands sur leurs portes.

L'Assemblée décréta une fédération générale à Paris, par desdéputafionsde tous les citoyens soldats, ainsi que des troupes de ligne. Elle en fixa le jour au 14 juillet (1790). anniversaire de la prise de la Rastille, et duquel la nation a daté l'ère de sa liberté.

Cependant l'Assemblée constituante vit bientôt où pouvait aller l'armement universel. Elle reproduisit dans l'organisation de la garde nationale la distinction politique entre les citoyens actifs et les citoyens passifs. La garde nationale ne fut plus composée que des premiers, ce qui devait en éliminer environ un tiers. (Loi du 29 septembre- 14 octobre 1791.) Mais on permit aux citoyens passifs qui avaient servi pendant la révolution dans la garde nationale de continuer leur service. L'âge du service est de vingt à soixante ans. Les officiers sont élus.

Le 10 décembre 1790, l'Assemblée déclara « que les corps armés pour le service intérieur étaient une force destinée à agir contre les perturbateurs de l'ordre et de la paix; que nul de ces corps ne pouvait exercer le droit de délibération et que la force armée était essentiellement obéissante. » En elTet , comment charger un corps armé de délibérer? Si la garde nationale doit protéger la Consfilution , il faut qu'elle puisse se réunir pour discuter la question de savoir si le pacte politique est violé! Si ce n'était pas là déjà une hérésie politique, c'est-à-dire une organisation contraire aux saines doctrines de la science du gouvernement . nous pourrions ajouter que c'est une lettre morte puisqu'on ne peut charger la garde nationale de protéger la Constitution qu'en donnant à chaque membre de ce corps le droit de faire battre le rappel, lorsqu'il croit le pacte politique menacé.

La guerre fit passer des gardes nationales aux armées la plus grande partie de la jeunesse. Les gardes restants n'en furent que plus animés à remplir leur office. On les trouve partout, dans toutes les journées de la révolution. Pendant la Terreur, ils furent chargés des arrestations. Les discordes politiques se reproduisirent dans la garde nalionaie de Paris; on eut bientôt deux armées, composées l'une des sections révolutionnaires, l'autre des sections contre-révolutionnaires. Les premières attaquent la Convention, les autres la défendent, puis tout s'apaise sous le Directoire.

Citons quelques dates qui traversent la désuétude de l'inslitution. An XIV. Le Sénat décide qu'il sera procédé à la réorganisation des

Page 1