GARNISON
ralement. A l'origine , d'après son 6tyraoIogie teutonne, il signifle lieu garni. Un poste warni est un poste fortitié. Garnison, garnitures, c'était l'ensemble des approvisionnements militaires de tous genres. Une armée dans une bataille pouvait perdre non-seulcmcnt son camp , mais encore sa garnison, c'est-à-dire ses vivres. Au quinzième siècle ce terme veut dire estai^lies où élablissement , lieu d'établissement des troupes. Le connétable était maitre des establies. Sous Henri IV ce mot désignait les compagnies, ou enseignes, ou bandes royales qui occupaient une ville sans garnison. Il représentait encore des troupes n'ayant pas de résidence fixe et réunies temporairement sous unchef dont elles portaient le nom; ou bien enfin les mortes-payes ou ramas de vieux soldats , achetés, soldés, entretenus par le gouvernement, prenant le nom de leurs cbefs, lui obéissant en tout et n'obéissant qu'à lui seul. Quant à la vraie garnison, c'était le régiment qui avait le nom même du lieu, comme la garnison ou régiment de Picardie. Il y en avait eu quatre d'abord, qui étaient Guyenne, Picardie, Bourgogne et Provence . quatre grandes circonscriptions politiques et militaires en même temps.
L'usage d'établir une garnison dans un lieu déterminé date de loin. Ce fut d'abord un droit féodal. Le fief dominant avait droit de warnir ou garnir le château dépendant ou relevant de lui. C'était une sorte d'occupation. Au commencement, les villes n'étaient point fermées ou warnies; les cliàteaux seuls avaient ce privilège. A mesure qu'elles s'atrranchissaient , les communes se donnaient une garnison tirée de leur propre sein, à moins qu'elles ne fussent pas assez fortes pour faire agréer de leur suzerain cet acte d'émancipation, ou bien qu'il n'y eût cas de guerre. Toutes celles qui le pouvaient d'ailleurs se refusaient à recevoir une garnison étrangère. Le maire ou chef delà communauté avait seul le droit de monstre, c'est-à-dire de passer la garnison en revue , et c'était une réserve que stipulait toujours en sa faveur une commune à cette époque. Vint Charles VII qui fit agréer aux villes, même en temps de paix, des garnisons étrangères qu'elles entretenaient avec l'impôt nommé taille des gens (Vannes , pourvu que ce corps ne fût pas de plus de trente hommes des compagnies d'ordonnance. Dans ce cas encore plusieurs communes se réservèrent le droit de monstre. Enlin Louis XI imposa les grosses garnisons , et Louis XII alla jusqu'à nommerdes commissaires pour passer toutes les revues.
Aujourd'hui l'élément militaire est complètement séparé de rélémenl civil, et la garnison comprend toutes les villes de France et des colonies où l'on distribue l'armée d'après des convenances politiques et militaires et co.nformément à la situation, à la configuration et aux productions du pays. G.' Champseix.
Nous venons de donner un court historique des garnisons, nous les examinerons maintenant au point de vue économique, administratif et politique.
Le droit du chef de l'État de répartir à son gré les troupes sur le territoire, n'est plus contesté, il est vrai, et aucun sentiment, aucun préjugé politique n'est éveillé par la question ; mais on n'a pas été sans exprimer quelques appréhensions sur les effets que le séjour d'une agglomération de jeunes hommes désœuvrés peut avoir sur les mœurs d'une petite localité. Toutefois, si ces appréhensions existent quelque part, elles ne prévalent pas partout , puisque les demandes de garnison ne sont pas rares. Les solliciteurs ne voient dans les troupes que des consommateurs « qui font aller le commerce). Ouerarmée/a5seûZ/er plusieurs branches de l'industrie, cela est certain . mais une petite ville ne se fait-elle pas illusion lorsqu'elle croit prendre « sa part du gâteau »? Ne sait-on pas que la plupart des fournitures sont achetées en gros et produites ailleurs; que les militaires ont généralement un faible revenu, qu'ils ont des besoins peu variés et que les cafetiers et cabaret iers sont presque les seuls commerçants qui profitent du séjour des troupes? On se trompe donc sur la portée des avantages qui résultent pour une localité de la possession d'une ou deux compagnies, et si nous n'insistons pas davantage , c'est que la répartition de l'armée par faibles fractions nous semble utile aux soldats et au pays. Aux soldats, parce que les militaires, en restant plus facilement que dans les grandes villes en contact avec les citoyens, se maintiennent en communauté d'esprit avec eux et conservent les traditions du foyer paternel. Ajoutons, et cet avantage secondaire n'est pas à dédaigner, que beaucoup de soldats, les cultivateurs surtout, peuvent consacrer quelques heures de loisir au travail, et tout en suppléant ainsi au manque de bras, entretenir la connaissance de leur profession et se faire un pécule.
Au point de vue administratif, il y aurait à examiner les divers modes de logement des troupes: les hommes peuvent être réunis dans des casernes ou logés chez les particuliers. La réunion des soldats dans des casernes est tellement préférable à leur dispersion, qu'on ne les loge chez les pai'ticuliers que lorsqu'on ne peut pas faire aiitrement. Néanmoins cette question soulève dans l'application bien des difficultés de détail, qui ont été résolues différemment par les divers pays. Nous ne saurions les exposer ici; elles ont été développées, en ce qui concerne la France, d'une manière complète dans le Traité de l'administration communale de M. L. Smith (Paris, Berger-Levrault, 18GI). Envisageons maintenant le côté politique des garnisons. Nous avons déjà donné à entendre que la répartition de l'armée par petits groupes est utile à la liberté , puisqu'elle permet aux mihtaires de se mêler à la population civile et de rester avec elle en communauté d'idées. Il est heureux que ce morcellement de l'armée soit imposé aux gouvernements par les nécessités d'une alimentation à bon marché, parles soins qu'exige l'état sanitaire, et même par les besoins du service (gardes des forteresses , des arsenaux, etc.).