GIBRALTAR, — GIRONDINS
ont si sourent ensanglanté TEspagne, Gibraltar a plusieurs fois servi d'asile aux vaincus des divers partis.
L'Angleterre est représentée à Gibraltar par un gouverneur qui porte le titre de conimaudaut en chef et de vice-amiral, bien qu'il appartienne presque toujours à l'armée de terre; un secrétaire colonial, une cour de l'amirauté et une cour de police , dont le premier magistrat est un otllcier. La cour de l'amirauté connaît des contestations commerciales. Pour le surplus du gouvernement civil et municipal, les anciennes lois et coutumes espagnoles sont restées en vigueur. L. Gottard.
GIRONDINS. Cette espression sert à désigner un parti qui, durant les premières années de la Révolution française, à l'Assemblée législative et surtout à la Convention , joua un rôle important, et lutta énergiquement contre les Jacobins ou Montagnards, jusqu'au .31 mai 1793, date de sa proscription et de sa mort. Le nom de Girondins, ou parti de la Gironde, lui vint de ce que ses principaux chefs étaient du département de la Gironde. Leurs adversaires, qui les appelaient ironiquement le parti des hommesd'Èlat , les accusèrent de fédéralisme (voy.): ce fut leur arrêt de mort. Cette accusation estelle fondée? Leur appel in extremis aux départements doit-il être considéré comme une profession de principe ou simplement comme un moyen de se mettre à l'abri des coups de leurs adversaires? L'histoire prononcera. En attendant, nous allons mettre sous les yeux du lecteur les jugements qui ont été portés sur ce parti par quelques-uns des principaux écrivains de notre époque.
M. MiGNET. — Ainsi succomba le parti de la Gironde, parti illuslre par de grands talents et de grands. courages, parti qui honore la République naissante par l'horreur du sang, la haine du crime , le dégoût de l'anarchie, l'amour de l'ordre , de la justice et de la liberté; parti mal placé entre la classe moyenne dont il avait combattu la révolution, et la multitude dont il repoussait le gouvernement. Condamné à ne pas agir, ce parti ne put qu'illustrer une défaite certaine par une lutte courageuse et par une belle mort.
M. Thiers. — Leur opposition a été dangereuse, leur indignation impohtique; ils ont compromis la Révolution, la liberté et la France; ils ont compromis même la modération en la défendant avec aigreur, et en mourant, ils ont entraîné dans leur chute tout ce qu'il y avait de plus généreux et de plus éclairé en France.
M. DE Lamartine. — Ils eurent trois torts. Le premier, de n'avoir pas eu l'audace de leur opinion, en hésitant de proclamer la République avant le 10 août, à l'ouverture de l'Assemblée législative. Le second, d'avoir conspiré contre la Constitution de 1791, qu'ils vivaient faite et jurée; d'avoir ainsi réduit la souveraineté nationale à agir comme faction, prêté leur main au supplice du roi , et forcé la Révolution à employer des moyens cruels. Le troisième , d'avoir, sans la CojiveuLiou, voulu gouverner, quand il
fallait combattre. Ils eurent trois vertus gui rachètent bien des fautes aux yeux de la postérité. Ils adorèrent la liberté. Us fondèrent la République, cette vérité précoce des gouvernements futurs. Enfin, ils moururent pour refuser du sang au peuple. Leur temps les a jugés à mort , l'avenir les a jugés à gloire et à pardon. Us sont morts pour n'avoir pas voulu permettre à la liberté de se souiller, et l'on gravera sur leur mémoire cette inscription que Vergniaud, leur voix, avait gravée de sa main sur la muraille de son cachot : Plutôt la mort que le crime! Potins mori quamfœdari!
M. Lows Blanc. — Ce furent des artistes égarés dans la politique. Artistes , ils durent vouloir la guerre, dont l'éclat était si propre à les séduire; artistes, ils durent aimer la liberté, sous les traits d'une femme jeune, belle et forte; artistes, ils durent fonder la République, telle qu'elle se dressait devant eux. à Rome et dans Athènes, au point le plus lumineux des âges lointains. Généreux, sincères, dévoués jusqu'au martyre, enthousiastes, pleins d'élan, et, vers la fin, d'humanité, ils furent tout cela, certainement; mais, dans la route où les poussa une fatalité sombre, ne vous étonnez pas si leur générosité se rend suspecte d'ostentation; si leur sincérité s'associe à la recherche des applaudissements sonores; si leur dévouement aspire à l'éclat non moins qu'aux périls du pouvoir emporté de haute lutte; si leur enthousiasme s'éteint dès que l'histoire devient austère; si leur élan tombe dès qu'il faut agir sans paraître. L'incendie brûle , mais il brille : les Girondins l'allumèrent, au risque d'y périr consumés.
Oui, ce qui frappe en eux, ce qui explique à la fois leur grandeur, leur déclin, leurs services, leurs fautes, leur mort, c'est leur tendance générale à sacrifier le fond à la forme, le culte de l'idée à celui de la parole, les principes aux formules, et le vrai au beau, qui, selon l'expression de Platon , n'en est que la splendeur. Aussi, les veiTons-nous céder peu à peu au chant des sirènes de l'ancien monde, énerver la Révolution pour la Héchir, l'entraver. Pabandonner, et se faire, sans le vouloir, hélas! que dis-je? sans le savoir, les complices de la réaction royaliste. Vergniaud, tout humain qu'U était au fond, et qu'il se montra depuis, se laissant emporter par l'ivresse de sa propre éloquence, jusqu'à couvrir les abominations de la Glacière, appelant l'assassinat sur une échelle immense un combat, comparant des prisonniers sans défense qu'on égorge à des vaincus, et évoquant, à propos des Duprat et des Maiuvielle, les fantômes sanglants, mais héroiques de Marins, de Sylla, de César, c'est la Gironde qui naît. Rébecqui allant soulever Marseille contre les Montagnards, organisant une résistance qu'il croit républicaine, et quand Uy découvre le royalisme, courant de désespoir se noyer dans le port de MarseUle, c'est la Gironde qui meurt.
M. Proudhon. — Les Girondins eurent-ils tort de vouloir, en vertu de leur mandat conventionnel, appeler à la décision des départements
GIRONDINS. — GLOIEE.
de la République une et indivisible des Jacobins? Admettant qu'ils eussent raison, en théorie, leur politiqne était-elle opportune? Sans doute, lomnipotence de la nouvelle Assemblée (la Convention) élue dans un esprit essentiellement anti-unitaire, la dictature du Comité de salut public, le triumvirat de Robespierre, Saint-Just et Coutlion. la puissance tribunitienne de Marat et d'Hébert, la judicature du tribunal révolutionnaire, tout cela n'était guère tolérable, et justifiait de reste l'insurrection de soixante-douze départements contre la commune de Paris. Mais les Girondins, incapables de définir leur propre pensée et de formuler un autre système, incapables de porter le poids des affaires publiques et de faire face an danger de la patrie qu'ils avaient si bien dénoncé, n'élaient-ils pas coupables d'une excitation maladroite et d'une haute imprudence? Pour moi, je dirai franchement que la nation française, constituée, depuis quatorze siècles, en monarcliie de droit divin, ne pouvait, du soir au matin, se transformer en république quelconque; que la Gironde, accusée de fédéralisme, représentait, mieux que les Jacobins, la pensée de la Révolution, mais qu'elle fut insensée si elle crut à la possibilité d'une conversion subite. que la prudence, nous dirons aujourd'hui la loi du progrès, commandait \cs tempéraments. et que le malheur des Girondins fut d'avoir, par une évocation, peut-être intempestive, compromis leur principe en l'opposant à la fois à la monarchie de Siéyès et de Mirabeau et à la démocratie des sans-culottes, devenus en ce moment solidaires. (Du Principe fédératif.) Gabriel Petit.
GLARUS, Voy. Suisse.
GLÈBE. Ce mot d'origine celtique, (j/eb. représente un fonds <le terre, un domaine, et en général le sol. On trouve chez les Romains gleOa, globus, qui signifient motte de terre. Un dialecte de la langue romane parlé dans le midi du Limousin, conserve encore g/eba avec cette dernière signification, mais sous une forme altérée et avec une prononciation particulière, comme il arrive dans un patois.
Ce terme a désigné la seconde forme de l'esclavage. La glèbe était la condition du serf; être attaché à la glèbe voulait dire être transmis avec le sol par vente ou autrement. La Révolution française a transformé la glèbe; le serf est devenu fermier, métayer, colon partiaire, libre d'aller, à ses risques et périls, cultiver, défricher la terre là où il compte trouver le plus d'avantages. La Russie seule avait gardé le servage jusqu'à nos jours; mais elle aussi s'est débarrassée, grâce à l'initiative de l'empereur Alexandre II. de cette inique et trop vieille institution. (Voy. Servage.) G. Champseix.
GLOIRE. Sinous consultonsles dictionnaires, la gloire c'est «l'honneur, l'estime, la louange, que la vertu, le mérite, les grandes qualités, les bonnes actions, et les beaux ouvrages attirent à quelqu'un» (Académie). A en croire
cette définition, c'est dans la vie civile que la gloire vient de préférence trouver les hommes; mais combien peu- est question dans le monde de la gloire de Descartes ou de Aewlon, de Walt ou de Goethe, ou même de Colbert ou de Tui^ot! C'est que l'usage parait réserver la gloire aux hauts faits militaires, aux actions d'éclat, aux victoires remportées sur l'ennemi.
.Nous ne voulons en rien diminuer le mérite des hommes intrépides qui savent afl'ronter la mort avec un courage à toute épreuve, mais nous nous plaisons à penser que la gloire d'un Bayard ou d'un Lalour d'Auvergne est basée sur leur patriotisme, bien plus que sur leur bravoure; d'ailleurs, nous admirons davantage le génie d'un grand capitaine (qualité tout intellectuelle), que l'habileté consommée du plus vigoureux combattant subalterne.
D'où vient-il que la gloire militaire seule jette un si grand éclat, que les masses elles-mêmes, et surtout les masses, en sont éblouies? C'est qu'elle est une manifestation de Ja force, et pendant longtemps la force était la seule qualité comprise; le courage n'était-il pas, durant bien des siècles, la vertu par excellence. De nos jours, on veut que la force soit employée à faire le bien IK)ur qu'on admire ses actes, et c'est là un progrès d'une portée incalculable , et qui nous donne l'espoir qu'un jour, la gloire civile, littéraire, scientifique, brillera à coté de celle du plus illustre général; mais ce jour n'est pas encore arrivé.
En attendant, nous devons nous demander quel parti un gouvernement peut tirer du prestige qui entoure la gloire militaire. 11 peut l'utiliser dans sa politique extérieure, étendi'e sou influence au dehors, prétendre à exercer une certaine prépondérance dans ce qu'on appelle improprement le concert européen; il peut aussi en faire un moyen d'influence à l'intérieur. Kous ne parlerons pas de l'action qu'on peut exercer sur les voisins. Dire à un Etat puissant de ne pas user de sa puissance, c'est prêcher dans le désert. Le moraliste seul se donnera une tâche aussi ingrate. La politique a des allures plus positives, plus pratiques; elle avertira tout au plus l'État prépondérant, d'user avec modération de sa force, afin d'en jouir longtemps: tout abus fait naitre une réaction, et dans les relations internationales, la réaction s'appelle coalilion.
Dans les afl'aires intérieures, ce qu'on pourrait appeler l'exploitation de la gloire n'est pas sans danger. Yis-à-vis de l'étranger, une nation forme corps, et son gouvernement peut aller un peu, quelquefois même beaucoup, au delà du juste sans perdre l'appui de l'opinion. En face de l'ennemi, les peuples modernes se groupent volontiers autour du souverain. Mais si le prince veut se faire pardonner des actes de despotisme intérieur en faveur de sa gloire, il risque de voir les intérêts se liguer contre lui, et comme la faim fait taire l'amitié, comme le besoin tue le sentiment, de même l'intérêt peut l'emporter sur lumour de la gloire.
Chez un peuple avancé, l'intérêt trouvera un auxiUaire dans un sentiment noble et d'une