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GOUVERNEMENT PROVISOIRE

des ricliesscs, l'applicaliou des forces industrielles et les conquêtes de l'activité individuelle, leurtàclie consiste uniquement à veiller à l'exécution des engag-ements, à assurer aux personnes ainsi qu'aux biens de toute nature dont elles ont la possession légitime, lapins haute mesure de sécurité possible. Cette tâche remplie, ils n'ont plus à se préoccuper du cours que prendront les choses. Il y a, pour régler ce cours, des lois naturelles qui n'ont pas besoin qu'on vienne à leur aide, et dont l'œuvre est toujours d'autant meilleure et plus efficace , qu'elle s'accomplit plus librement. Essayer de substituer à l'ordre que ces lois ont pour fin de produire un ordre difTérent, ce n'est pas moins qu'essayer de substituer aux fruits des conceptions de la sagesse suprême, ceux des conceptions nécessairement imparfaites de la sagesse humaine, et de semblables témérités rencontrent infailliblement leur châtiment dans les souffrances et les maux qu'elles entraînent ou dont elles empêchent la suppression. Hip. Passy.

, Comparez: Aristocratie, Démocratie, Démagogie, Etat, Monarcliie, Ochlocratie, Oligarchie, Polyarcliie, Pouvoir, Képublique , Théocratie.

GOUVERNEMENT PROVISOIRE. Toute société a besoin d'un chef; il faut que cela soit bien profondément gravé dans la nature humaine, puisque, depuis la création, les sociétés n'ontjamais pu s'en passer. Aussi le premier acte d'une révolution est-il de remplacer le chef quia été emporté parla tempête politique. Et c'est ce besoin profond, irrésistible, d'avoir un gouvernement, qui rend le peuple indulgent et facile sur les formes employées lors du choix des hommes auxquels il donne ou laisse prendre ses pouvoirs; c'est ce qui lui fait fermer les yeux sur les usurpations que ces représentants se permettent, tout en proclamant bien haut la souveraineté du peuple qu'ils foulent aux pieds, tantôt en portant de leur propre autorité des lois que logiquement leur mandat provisoire et limité ne leur permettait pas de faire, tantôt en faisant définitivement des choses qui étaient hors de leur mission et de leur compétence. Mais ce que le peuple abhorre avant tout, c'est l'anarchie.

Cependant «c'est une expérience éternelle, a dit Montesquieu, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser.» Or la plupart des révolutions ont eu pour cause et pour excuse ou pour prétexte la nécessité de réprimer des abus de puissance. Pourtant, les pouvoirs constitués, à titre précaire, à la suite des révolutions, sont tombés dans les mêmes fautes. Ainsi, le gouvernement provisoire de 1814 s'empresse de faire un roi, et M. de Talleyrand montre son salondelarueSaint-Floi-eutin, en disant: «Voilà où la Restauration s'est faite. » Le gouvernement provisoire de 18.30 agit de la môilie manière, et c'est dans l'hôtel de Lairifc que s'étabht le gouvcrncuient de Juillet.

Le gouvernement provisoire de 1818 suit les mêmes errements, et après une délibération de quelques heures, il enfante une République.

Le dictateur de décembre 1851 u.^a et abusa de son pouvoir usurpé et quant au gouvernement «de la défense nationale» du 4 septembre 1870, il se tint assez longtemps dans de justes bornes, sauf il est vrai la délégation de Tours'. Mais, encore une fois, «tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser.» On voit, d'ailleurs par ces exemples , que s'il est dans la tendance des chefs d'État d'usurper des droits, cette tendance n'est pas un privilège des monarchies , et que tous les pouvoirs , qu'ils soient oligarchiques, monarchiques ou répiibUcains, tendent, par leur nature, à absorber le peuple qui se trouve vis-à-vis de celui qui commande, de quelque nom qu"il s'appelle, dans le même rapport que vis-à-vis de celui qui règne.

Où est donc le remède à cet envahissement? Il ne se trouve pas dans la citation continuée de Montesquieu: «Pour que l'on ne puisse pas abuser du pouvoir, ajoute-t-il, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir; autrement tout pouvoir va jusqu'à ce qu'il trouve des limites.»

En effet, la prescription de Montesquieu ne s'applique qu'à des situations régulières et l'existence d'un gouvernement provisoire caractérise la situation politique irrégulière par excellence; le pouvoir y est tenu par des hom-

1. L'Assemblée nationale avait nommé en 1871 une commission chargée de réviser les décrets du Gouvernement de la défense nationale. Voici comment s'exprime le Temps du 27 mars 1872 sur le travail du rapporteur (M. Taillefer):

c Cette révision était certainement nécessaire pour coordonner les documents législatifs de la période intermédiaire et les mettre en harmonie avec les lois ultérieurement votées par l'Assemblée nationale. Placé entre le régime impérial qui entraînait dans sa chute une partie des lois qu'il avait édictées , et le gouvernement de l'Assemblée auquel l'œuvre de rénovation législative était plus naturellement réservée , le Gouvernement de la défense nationale avait une tâche fort ingrate. Indépendamment des mesures urgentes, militaires ou financières que les circonstances l'obligeaient à décréter, il ne pouvait guère se dispenser d'aborder, sous la pression de l'opinion publique, des objets de légi.«lation générale qui n'avaient évidemment rien à voir avec la défense, et qu'il ne pouvait étudier dans des conditions suffisantes de calme et de maturité.

« Là semble être le principal grief de la commission, et elle a certainement raison quand elle constate que l'heure était peu propice pour la réformation de nos lois. Jlais il y a deux choses dont elle ne tient pas suffisamment compte : d'abord l'état des esprits, l'insistance de l'opinion à faire opérer sans retard des réformes depuis longtemps réclamées, puis les discussions prolongées et approfondies que ces réformes avaient suscitées tant dans la presse qu'au sein des assemblées, avant de recevoir cette rapide consécration législative. Ainsi, l'abolition du serment politique, l'abrogation de l'article 75 de la Constitution de l'an VIII, la suppression de la haute cour, les modifications apportées au recrutement du jury conformément à la législation de 18-18, sont plutôt l'œuvre de l'opinion que celle du gouvernement provisoire , et il est difficile d'y voir de véritables improvisations. Cela est si vrai que le rapporteur, tout en blâmant cette intrusion dans le domaine législatif proprement dit, propose à l'Assemblée d'en confirmer les résultats et de maintenir avec ou sans amendement, la plupart des décrets de cette catégorie. .. >

Le rédacteur du Temps a raison dans l'espèce, mais on no doit pas oublier que «la pression de l'opinioni est un argument trop commode, car l'opinion pourrait bien être souvent celle de cette «minorité turbulente! qui, après une révolutiou , prend volontiers le haut du pavé.

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