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May, Histoire constitutionneUe de la Grande- Bretagne

reat dont les deux Chambres sont animées. La réforme opérée d'un côté parait appeler de l'autre un changement analogue; mais c'est un remède héroïque qui répugne aux mœurs et aux traditions du pays.

Quant à la couronne, son pouvoir a pris un accroissement aussi considérable que celui de la Chambre des communes. Lorsqu'à sou avènement, George 111 succédant à deux électeurs de Hanovre, revendiqua l'honneur d'être né en Angleterre, il conquit la faveur populaire et put impunément travailler à l'établissement de sa suprématie par toute sorte d'intrigues et de manœuvres qu'on ne supporterait plus aujourd'hui. Les whigs qui avaient gouverné le pays sous le nom des deux premiers George, s'ell'orcèrent vainement de conserver leur pouvoir; la nation les abandonna.

Les guerres contre la France étaient populaires à cause des principes qu'elles étaient censées représenter; de plus elles faisaient la fortune des fermiers et des manufacturiers. L'accroissement des dépenses et des services publics, l'extension prodigieuse de l'empire colonial, le développement des institutions judiciaires, muhipliaient les emplois à la nomination de la couronne. George IV lui-même, malgré ses vices et ses caprices, jouit d'une certaine popularité.

Sous le règne de la reine Victoria, le pouvoir royal a été exercé avec une droiture et une sagacité des plus rares, et comme à ces vertus publiques se joignaient les vertus domestiques dont les Anglais, à leur honneur, sont de trèsjustes appréciateurs, jamais souverain n'a élé entouré d'atrcction et de respect mieux mérités. D'un autre côté, il a fallu réformer certains services publics qui marchaient mal, eu créer de nouveaux dont le besoin se faisait sentir. La nécessité a tempéré les sentiments de défiance systématique qu'on avait nourris en tout temps à l'égard du pouvoir exécutif; on a étendu le cercle de ses attributions et par conséquent son influence.

D'après la théorie constitutionnelle, la reine règne et ne gouverne pas; ce sont les ministres qui sont responsables de ses actes, et ces ministres sont tacitement désignés à son choix par la majorité de la Chambre des communes. Il est de principe aussi que l'exercice de tous les droits de la couronne pour lesquels des fonds sont nécessaires, est subordonné au consentement de la Chambre des communes, que l'entretien des armées de terre -et de mer dépend du vote annuel des crédits et de la loi militaire, qu'aucun traité n'est obligatoire sans l'approbation du Parlement. Mais dans le fait, toutes ces restrictions n'empêchent pas un roi constitutionnel d'exercer sur la conduite des affaires une influence très-considérable.

En acceptant loyalement les ministres indiqués par la majorité, en n'aflichant ni préférence ni répulsion pour tel ou tel homme d'État, en ne faisant d'intrigues ni pour maintenir ni pour évincer un cabinet, le souverain obtient beaucoup d'égards et de concessions. Quel que soit l'appui dont ils jouissent dans les commu-

GRANDE - BRETAGNE (FINANCES)

nés, les ministres en général aiment mieux, pour les mesures importantes, ménager les opinions du souverain et s'assurer sa faveur que de s'engager dans des luttes avec lui. Les communes ne se refusent pas elles-mêmes aux ménagements qui préviennent une rupture.

Elles accordent libéralement les crédits qui leur sont demandés par les ministres. Sontelles toujours siires d'ailleurs que l'opinion ne se tournerait pas contre elles? (Bagebot, Constitution britannique.)

Le souverain qui se tient au courant des grandes affaires, des faits politiques, de l'état des partis et de l'opinion, est à même de donner aux ministres de salutaires avis. On est trop heureux de le trouver prêt à intervenir lorsqu'une Chambre des communes est divisée en trois ou quatre partis également hors d'état de former une administration solide; il peut montrer alors tout ce qu'il a de tact et de sagacité pour sauver du désordre le gouvernement et la Constitution. 11 a l'œil ouvert particulièrement sur les relations avec les puissances étrangères et ne permet pas qu'un ministre compromette les intérêts de TÉtat, comme lord Falmerston en flt l'expérience. La reine avait eu l'occasion de lui rappeler en 1850 qu'il devait lui rendre compte de ses relations avec les ministres étrangers, lui communiquer les dépêches et lui présenter les actes soumis à son approbation assez à temps pour qu'elle pût les examiner. Néanmoins en décembre 1851, après que le gouvernement eut résolu de s'abstenir de toute intervention dans les affaires intérieures de la France, le même ministre continua de s'émanciper au point de donner officiellement et proprio motu son assentiment au coup d'Élat. La reine le renvoya et la leçon reçut l'approbation générale.

Au demeurant, quel que soit le souverain, les libertés sont ancrées dans le sol et garanties par les mœurs elles-mêmes. Dans de grands périls publics, certains droits ont été suspendus, mais par les trois pouvoirs agissant de concert pour le salut du pays, et aussitôt le péril passé, la constitution était rétabhe dans son intégrité. Les représentants de la nation ont la pleine liberté de discussion et d'interpellation; les citoyens ont le droit de pétition, le droit de poursuivre en justice les fonctionnaires publics pour les actes relatifs à leurs fonctions, la liberté de la presse, le droit d'association et de réunion, le jugement parle jury, ïhabeas corpus: c'est un patrimoine commun qui s'est grossi d'âge en âge et qu'on maintient avec une sollicitude proportionnée au long travail qu'il a coLilé. (Voy. Parlement anglais.) Lord Brougham.

Mis à jour par L. Smith.

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