‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 548 sur 557 · IX. MARINE · texte numérisé non relu

IX. MARINE

I. Contrôle etorgcmisation. — Jusqu'au règne de Henri VII, toutes les fois qu'il devenait nécessaire, par suite de guerres à l'étranger, ou pour la défense des côtes, d'avoir une flotte bien armée, les grands bâtiments de commerce avec leurs équipages étaient «pressés» pour le service, et les propriétaires de ces bâtiments étaient forcés de les mettre à la disposition de l'État. Néanmoins, bien des années auparavant, il existait un Conseil d'amirauté. Mais il avait été créé en vue de proléger et de contrôler les vaisseaux anglais en général, et non de diriger et d'organiser une marine purement militaire.

Dans trois occasions, avant le règne de Henri VIII, l'on confia le commandement de toute la flotte à un amiral appelé le grand-amiral {lo/-d higli admirai).

Telle était la situation de la marine jusqu'en 1511, époque du règne de Henri VllI. — Ce fut sous ce roi que la marine prit pour la première fois un rang distinct, et l'administration d'une marine , créée expressément pour la défense du pays, fut confiée à un lord grandamiral.

En 1555, le grand- ami rai, lord Charles Howard fut nommé pour attaquer l'armada d'Espagne. — Soixante-cinq ans plus tard, lorsque les victoires de l'amiral RIake eurent manifesté la puissance et le caractère de la marine, on voit paraître un « Comité d'amirauté» publiant des règlements pour les capitaines de navires.

Il ne faut point oublier que sous le règne de Henri VIII, en 1560, il avait existé, pendant peu de temps, un Conseil de marine, et que c'est à lui que l'on doit l'établissement des arsenaux de la marine de Dcplford, de Woohvich, de Portsmoulh et la fondation du « Trinidj liouse ».

En 1611 on publia la première ordonnance relative à l'administration des affaires de marine , laquelle forme la base de la constitution actuelle de l'amirauté.

Cette première organisation fut modifiée en 1788, eu 1796, mais surtout en 1829 et enfin en 1831, et par suite de ces modifications le Conseil d'amirauté se trouve composé d'un membre du ministère, en qualité de premier lord de l'amirauté, de quatre membres du conseil, de deux secrétaires, l'un permanent et l'autre périodique; et, enfin, de cinq fonctiontionnaires supérieurs de la marine.

Le conseil d'amirauté change avec le gouvernement qu'il représente. Le premier lord est toujours un membre du ministère, et il est responsable de la direction de toutes les affaires navales, non pas d'une manière absolue, mais comme président d'un conseil , et en commun avec les antres membres de conseil.

Les attributions du conseil se divisent de la manière suivante : Au premier lord (ministre de la marine) incombent la surveillance générale de tous les départements ou services, l'examen de toutes les questions politiques, toutes les nominations et toutes les promotions.

Le premier lord de la marine (officier supérieur de la marine) traite les questions relatives à l'équipement et à l'armement de la flotte et surveille le département du contrôleur.

Le deuxième lord de la marine s'occupe de toutes les questions qui concernent les soldats de la marine, etc.

Le troisième lord de la marine a la surintendance du département des vivres.

Le quatrième, celle du déparlement des munitions, et le cinquième {junior lordi, qui est le plus souvent un officier civil (voy. plus loin), dirige les départements du comptable général et du directeur des travaux. Enfin, il s'occupe de toutes les questions ayant trait aux affaires civiles de la marine.

La direction des cinq départements administratifs de la marine est confiée à autant de fonctionnaires supérieurs qui ne changent pas avec le ministère. Ces fonctionnaires sont nécessairement consultés paf l'amirauté sur toutes les matières relatives à l'exécution des ordres du gouvernement touchant les affaires navales; c'est à eux qu'appartient l'exécution des décisions prises. En voici l'énuméradon :

1' Le contrôleur de la marine dirige le département des constructions et réparations des navires, et exerce une surveillance générale sur les arsenaux de marine; il y est représenté par des officiers de marine.

2" Le département du comptable général a pour but de contrôler la dépense de la marine et d'en dresser les comptes tous les ans. Outre l'examen des comptes des nombreux officiers

GEANDE- BRETAGNE (MARINE).

comptables au service de la marine dans toutes les parties du globe , le comptable général autorise tous les payements exigés par l'établissement maritime à liutérieur et dans les arsenaux, ceux de la solde des marins et des officiers, et enTm ceux des ports de prise. 11 tient un registre des services de tous les matelots de la marine et de tous les vaisseaux en commission et désarmés. G"est lui qui prépare les devis des dépenses navales annuelles. C'est aussi à son département que l'on rend compte tous les ans de la dépense pour construction, équipement et réparation de tous les navires au service de l'État; il doit établir la balance exacte des dépenses pour munitions et pour l'emploi mensuel d'ouvriers dans chaque arsenal de marine.

3° Le contrôleur des vivres autorise l'achat et la distribution des vêtements et des provisions de bouche pour l'usage de la flotte.

4" Le commissaire garde -magasin général contrôle l'achat et la distribution des munitions de marine.

b" Le commissaire en chef du corps de médecine tient le contrôle de tout l'établissement médical attaché à la marine, tant dans le pays même qu'à l'étranger, et il autorise l'achat et la distribution de tous les médicaments, etc., à l'usage de la llotle.

Outre ces cinq commissaires, il y a encore un directeur des travaux chargé de contrôler et de surveiller toute dépense de construction maritime, et un directeur des transports pour le règlement de tous les services de transport (troupes ou munitions) à l'usage de l'armée.

II. Navires. — Passons sur les premiers siècles de l'histoire d".\ngleterre. Ce fut sons le règne d'Henri YIII. disions-nous, que, pour la première fois, la marine eut une position reconnue. D'après les archives de Calais, il a()pert qu'en 15iG, la llotle du sud comptait 493 navires, et 9,G30 hommes, et celle du nord. 217 navires, et 4.520 hommes, faisant un total de 710 bâtiments, et 14,150 hommes. La llotle qui délit l'armada d'Espagne, consistait en 170 navires, et 14,992 hommes; mais de ceux-là, il n'y avait que 3i navires et G, 225 hommes appartenant à la couronne.

En 1G79, il y avait 76 vaisseaux de ligne en commission, 8 brûlots et quelques pclils bâtiments, en môme temps que dans les arsenaux l'on construisait 30 vaisseaux neufs. Kn moins de dix ans, la marine fut de beaucoup réduite; cependant, il y avait alors 52 vaisseaux de ligne en commission, équipés pour la mer, et 56 autres bâtiments en réparation ou à l'ordinaire, en tout 108 vaisseaux, outre de nombreux bâtiments de moindre importance.

Pendant quelque temps, on négligea l'administration de la marine. On eut peu soin de se procurer de bons otïlciers, et la marine dut péricliter, Soi.xanle ans plus tard, la imirine consistait en 135 vaisseaux de ligne. 112 frégates et 130 petits bâtiments. INéaiunoins, le nombre des navires augmenta encore.

Pendant les vingt années de guerre que l'.Vngleterre eut à faire à la France et à l'Amérique,

l'on entretint des forces maritimes considérables, au moyen d'une dépense qui n'a jamais été dépassée depuis. De 1800 à 1810, la marine était trois fois plus forte qu'en 1791, le nombre des navires s'élevant à 850; dans le courant des dix années suivantes, il se monta à 1.239 vaisseaux eireclifs, dont près de 300 étaient des vaisseaux de ligne, Je double de ce nombre étaient des frégates, et le reste se composait de chaloupes-canonnières, corvettes, etc., etc. Les dix années qui suivirent, jusqu'en I82I, virent tomber la moyenne annuelle à 7i5, dont 1 iO étaient des vaisseaux de ligne. L'année suivante, en 1822, il .se lit une grande révolution dans la marine. Jusquelà, tous les navires avait été des voiliers; mais l'introduction d'un élément nouveau, la vapeur, comme force motrice, marque l'année IS22 comme le commencement d'une ère nouvelle de l'histoire navale. .lusqu'en 1835. la moyenne annuelle des navires de la marine fut réduite à G25, parmi lesquels on comptait 15 vapeurs à roues, 110 voiliers de ligne, 150 frégates à voiles, et 350 petits bâtiments à voiles.

Cette moyenne persista pendant treize ans; mais tels furent les progrès faits dans la construction des bâiiments à vapeur, que tandis qu'en 1830, l'on n'en comptait que 9. leur nombre atteignit 24 en 1835, et en I8il, jusqu'à 89 bâtiments complets ; néanmoins, la moyenne générale des navires resta la même; car, d'année en année, on lit une réduction proportionnelle du nombre de bâtiments à voiles.

En 1842, la construction des navires reçut à la fois un nouveau perfeclionnement, et subit un arrêt, par suite de la substitution de l'hélice aux roues. Ceci amena graduellement la transformation de la plupart des vaisseaux de ligne en vapeurs à hélice et l'application de ce propulseur à tous les navires construits plus lard .Vu bout de six ans, dans une moyenne annuelle de G55 bâtiments, il y avait 49 navires à hélice, dont 1 vaisseau de ligne, 10 frégates, le reste consistant en des bâiiments dt; moindre importance.

Lorsque éclata la guerre de Russie, en I85i. on avait fait de tels progrès dans la construction des navires à hélice qu'il y en avait dans 20 vaisseaux do ligue, 1 5 frégates et 35 moindres bâtiments, prêts pour la mer. Pendant les trois années que dura cette guerre, la marine augmenta considérablement et la raoyeuuo annuelle des navires s'éleva à OGi.

On déploya en effet tant d'énergie à augmenter le nombre des navires à hélice , que l'on compta jusqu'à 't5 vaisseaux de ligne, 30 frégates et 300 bâtiments d'un ordre inférieur à hélice. Il exislait en outre 1 1 'i vapeurs à roues, dont ti frégates, et le reste se composait de corvettes, etc.; de plus 50 vaisseaux à voiles, 125 frégates et 300 autres bàlinieni.s.

En 1859, bien que la paix eût été conclue, la force effective de la marine ne fui point sensiblement diminuée; car l'on maintint le tolal des navires à 9i3 : il comprenait 5'i vais.<eaux de ligne à hélice et 39 à voiles, 9 frégates à roues, 32 à hélice et 84 à voiles, et 112 bâti-

GRANDE - BRETAGNE (MARINE)

ments d'un ordre inférieur à roues; en tout 383 à liélice, 439 à voiles et 121 à roues. Le temps de la période du fer était alors arrivé; mais avant de la décrire, il sera bon de remonter de quelques années en arrière et de comparer l'ellectif des forces navales de TAngleterre et de celles de la France.

Entre les années 1845 et 1851, la moyenne annuelle des vaisseaux de ligne était de 89, celle des frégates de 107, celle des sloops, etc., de 151, faisant en tout 347 navires, non compris ceux en construclion et ceux à l'ordinaire. Dans la marine française il y avait 48 vaisseaux de ligne, 55 frégates et 142 bâtiments moindres, faisant eu tout 245 navires effectifs.

Quelques années plus tard, en 1858-1859, le nombre des bâtiments à vapeur dans la marine anglaise était de 84 et dans la marine française de 86 , y compris les frégates de l'une et de l'autre; celui des bâtiments à voiles respectivement de 296 et de 144; les Anglais avaient en outre 380 bâtiments de moindre importance, et les Français 178; ce qui donne un total de 760 navires pour la marine anglaise et de 408 pour la marine française. Et encore, le nombre des navires non elTcctifs de la marine anglaise était de 179, dont 65 vaisseaux de ligne, 46 frégates et 68 carcasses de navires, etc. — 11 ne sera pas sans intérêt d'examiner maintenant de plus près l'état de la marine anglaise , avant et après la guerre de Russie, en 1852 et 1858. Pendant cette période le nombre des bâtiments à vapeur avait été porté de 177 à 464; le nombre des canons, de 3,045 à 8,246 ; la force de chevaux de 44,482 à 99,512; et le tonnage, de 182,562 à 457,88t. Les bâtiments à vapeur étaient de beaucoup supérieurs en force aux bâtiments à voiles et ils étaient plus grands que ces derniers. Comme preuve de cette assertion, l'on citera la Brilannia, bâtiment à voiles de première classe, qui n'avait que 120 canons, tandis que le Marlboiough, bâtiment à hélice, en portait 131.

Si nous comparons deux frégates de la même période, nous trouverons qu'en 1852, YAré- Ihuse, frégate à voiles, ne portait que 50 canons, tandis que le Shannon, vapeur à hélice, en 1858, en avait 51. Dans l'un et l'autre cas, cette augmentation de canons dénotait une supériorité de la part de l'hélice sur la voile, non-seulement pour ce qui concerne la dimension et la vitesse, mais aussi pour ce qui tient de la nature et de la forme en général.

Entrons dans de plus amples détails. En 1852, le nombre de vaisseaux de ligne à flot était de 13, portant 1,631 canons; la force, de 6,650 chevaux, et le tonnage de 52,277 tonneaux; tandis qu'en 1858, les vaisseaux de ligne étaient au nombre de 50, avec 4,735 canons, 29,050 chevaux-vapeur et 155,885 tonneaux. En raème temps les frégates étaient au nombre de 23 avec 620 canons, une force de ll.i97 chevaux et un tonnage de 41,435 tonneaux. En 1 858, ces cliinves fiu-ent : frégates, 34 ; canons, 1,239; chevaux, 18,690; tonneaux, 75,308. Enfin les navires d'un ordre inférieur

étaient, en 1852, au nombre de 90; ils portaient 776 canons, avaient une force de 21,617 chevaux et 72,645 tonneaux. En 1858, il y avait 318 navires d'un ordre inférieur avec 2,233 canons, 47,688 chevaux et 189,416 tonneaux.

Ne sont pas compris dans ces chiffres les bâtiments de transport et autres navires employés d'une manière analogue. L'augmentation de 1858 peut s'attribuer au grand nombre de chaloupes-canonnières existant alors. Peu après, en 1860, on introduisit dans la marine anglaise le principe des vaisseaux de guerre cuirassés, et en 1862 on comptait 4 vaisseaux de ligne de cette espèce en commission et en mer. A cette époque, il y avait en commission 283 vapeurs à hélice, 105 à roues, 26 navires mixtes, et 171 chaloupes-canonnières à hélice, tandis que les navires à voiles étaient au nombre de 276, ce qui donnait un total de 909 navires, y compris 48 bâtiments au service des grandes côtes. Au commencement de l'année 1863, on comptait 57 vaisseaux en station sur les côtes du pays, 144 en mission à l'étranger, et 27 spécialement employés à lever des plans et à d'autres services. Outre ceux-là, 74 bâtiments faisaient le service des grandes côtes, et 23 avaient reçu l'ordre, soit de rentrer, soit de désarmer. Ils constituaient ensemble un effectif de 325 bâtiments d'une force collective de 57,780 chevaux; ils portaient 4,2 17 canons, et jaugeaient 319,129 tonneaux. Ils appartenaient aux classes suivantes: 13 vaisseaux de ligne; 4 navires cuirassés, et 46 frégates; 92 sloops; 90 vaisseaux de garde à voiles, et 237 bâtiments à vapeur de différentes classes ; donnant un total de 482 navires, ce chiffre renferme les transports et les bâtiments de munitions, etc., non compris dans les 325 ci-dessus. — Quant aux 4 vaisseaux cuirassés, qui se trouvaient armés en 1863, le Warrior avait reçu sa commission le 1" août 1861, et se trouva au complet le 28 octobre; jusqu'à cette époque, il avait coûté 35 i, 885 Uv. st. Le Black Prince prit la mer le 16 septembre 1862, et avait coûté jusqu'au 31 mars 322,273 liv. st. Le De/ence fut prêt le 12 février 1862, et ju.'jque-là il avait coûté 209,123 liv. st. Enfin le Résistance fut déclaré complet le 5 octobre 1862, et jusqu'au 31 mars de la même année il avait coûté 213,085 liv. st. 11 y en a encore 11 autres en voie de construction , à un coût approximatif de 1,125,805 liv. st. — Nous ne saurions suivre ici toutes les modifications que la marine a dû subir dans cette époque transitoire; bornonsnous à dire qu'en décembre 1871 , TAngleterre avait en commission 1 1 vaisseaux cuirassés et 1 non cuirassé, 36 frégates et corvettes, dont 6 cuirassées et 65 navires de moindre dimension, tous non cuirassés. Avec les navires de réserve, les navires écoles, les pontons et les 38 transports, 232 navires. L'ensemble» des navires â flot est de 358 vapeurs, et 25 sont sur le chantier. Le tout non compris les navires destinés â la défense des colonies.

La con.sommation de la houille a été de 201,440 tonneaux eu 1857 et de 249.527 ton-

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neaux en 1859. Dans cette même année la quantité de bois Je consfiiicliou en magasin dépassait de 31,746 charges celle de 1858; il y avait en tout 64,84(3 ciiarges, et en 1863 elle s'est élevée à 112.000 charges. L'introduction des navires de guerre cuirassés a fait naitre un élément de dépenses tout à fait nouveau, et au budget de 1863-1864 ligure une somme de 199,000 liv. st. pour platines de cuirasse et mâts de fer seulement. C'est ainsi que la dépense pour construction de navires s'est presque doublée dans le courant des dix dernières années. On s'en apercevra sans peine en jetant un coup d'oeil sur les frais du Duc de Wellington, un des anciens vaisseaux de ligne de première classe, dont la coque revint à 106,291 liv. st., et l'équipement et les machines à 65.444 liv. st., donnant pour total la somme de 171,735 liv. st. La dépense moyenne annuelle pour l'entretien d'un vaisseau de cette classe s'estime à 14,300 liv. st., et l'on suppose qu'il n'est pas possible de calculer la durée d'un bâtiment de cet ordre à plus de trente ans, qu'au bout de quinze ans, tous les navires de cette espèce exigent des réparations complètes, et que pour maintenir la luarine en bon état il faut construire toutes les années trois vaisseaux de ligne. Or, le prix de vaisseaux en fer est justement double de celui du plus grand vaisseau de ligne d'après l'ancien mode de construction, il s'élève à environ 250,000 liv. st. On peut néanmoins s'attendre à ce que ces navires soient, en réalité, moins chers que les anciens, tant sous le rapport de l'utilité que sous celui de la durée.

m. Ojfîciers, matelots, etc. — Le mode d'obtenir, dans l'origine, des hommes et des ofTicicrs pour la marine, était le même que celui mis en usage pour se procurer des navires, c'est-à-dire que l'on appropriait au service du roi les marins employés à bord des navires marchands. Au commencement du treizième siècle les Cinq-Ports étaient tenusde fournir annuellement au roi 1,512 matelots et 72 mousses, en complément de 72 vaisseaux destiuf^s à son usage. Ces ports devaient non-seulement fournir les navires équipés, mais chaque port avait encore l'obligation de pourvoir à l'entretien de ces navires et de leurs équipages, pendant quinze jours.

Au treizième siècle, l'équipement des navires du roi commença à se faire d'une manière plus régulière, l'on arrêta un taux permanent de payement; l'amiral recevait 2 sh. , le caiiitaine l sh., le maitre 6 d. et le matelot 3 d. par jour. Ce ne fut cependant qu'en 1300 que, pour la première fois, on lit mention du terme d'amiral. Le premier bi-evet d'amiral des Cinq-Ports fut donné par d'Edouard I" à Germain Alard; dans la lettre du roi il portait le litre de «capitaine et amiral».

Les grades actuels et les positions relatives des oflîciers de la marine royale ont existé, sauf de très-légères moditicatious, presque dès la création de ia marine royale elle-même. De nos jours, les otTiciers de marine sont de trois espèces: ceux qui tienuent leur nomination

par brevet (commission), les officiers subalternes et les otTiciers civils. L'admission d'un officier breveté ou commissionné ne peut avoir lieu que de 12 à 17 ans; après avoir subi un examen, il est nommé élève (cadet) et placé à bord d'un navire pour y faire un cours d'exercice pendant deux ans, avant que d'aller en mer. Puis, s'il possède les qualités requises, il est nommé midshipman (aspirant) et envoyé en mer. Au bout de trois autres années de service, il devient sous-lienlenant avec solde, à raison de 3 sh. 8 d. par jour. Le grade suivant est celui de lieutenant: il prend alors réellement place comme odicier commissionné, et la solde varie suivant la durée de son service. Lorsqu'il est à terre, il est à la demi-solde. Vient ensuite le grade de commandant, qu'il appartient à l'amirauté de conférer; il touche alors la solde entière de 16 sh. 6 d. par jour et, en outre, 2 sh. 6 d. par jour, lorsqu'il est chargé du commandement d'un navire quelconque.

Les capitaines se divisent en trois classes suivant la durée de leur service; leur solde est respectivement de 1 liv. st., 1 liv. st. 5 sh., 1 liv. st. 10 sh. par jour, outre une allocation extraordinaire, lorsqu'ils sont proposés au commandement d'un navire, laquelle peut varier suivant l'importance du bâtiment. Le capitaine de la flotte a 3 liv. st. par jour; il en est de même pour les coinmodores de 1" classe et les contre-amiraux (/-eorftt/wa'^ff/s). Un vice-amiral a 4 liv. st. par jour, un amiral 5 liv. st., et l'amiral de la flotte 6 liv. st. Hors du service actif, tous ces officiers touchent la demi-solde, qui varie selon les circonstances.

Les officiers subalternes sont : les ingénieurs, les maîtres, et les officiers qui n'ont point encore reçu le brevet de lieutenant.

Les maîtres d'équipage, les maîtres canonniers et les charpentiers portent le titre d'officiers suballcrnes; ils se divisent en classes et leur solde varie selon qu'ils sont en mer ou dans un port. Les officiers civils sont les trésoriers, les chirurgiens et les aumôniers, dont la solde est réglée d'après la durée du service.

Les officiers de marine sont divisés en deux classes: l'arlilleric et l'infanterie de la marine royale. De même que les marins proprement dits, ils entrent au service en qualité de cadets, et s'élèvent progressivement jusqu'au rang de colonel-commandant. A tous les bâiiments du rang de frégates et au-dessus, est attaché un corps de soldats pour le service de mer.

Dans l'origine, tout matelot était soldat, et le commandant militaire était, par conséquent, supérieur au commandant naval. Lors de la révision de ce système, les soldais furent remplacés par des matelots proprement dits, exercés aux devoirs du soldat. Dans la suite, on joignit à léquipaged'un navire une petite troupe de soldats, chargés de prêter maiu-forto à l'officier en cas de nuitinerie, plutêt que dans un but d'utilité réelle en cas de guerre; car jamais on ne les exerça au service des canons qui étaient exclusivement manœuvres par des matelots.

GKANDE- BRETAGNE (MARINE).

De nos jours, les matelots sont divisés en deux catégories: les sous-officiers et les matelots, et ceux-ci se subdivisent encore en deux autres classes: marins ù service continu, et marins à service non continu. Pour expliquer cette distinction, il faut rappeler que, de tout temps, \Qi matelots étaient «pressés» au service de la marine, lorsque le besoin l'exigeait: jusqu'à une époque irés-rapprochée, l'on ne prit aucune mesure eu vue de se procurer le nombre de marins nécessaire, soit par l'enrôlement volontaire, soit par un système quelconque de service forcé.

Ce n'est qu'en juillet 1853 qu'on mit en vigueur le système du service continu. Il introduisit dans la marine un taux plus élevé de solde, et exigeait un engagement pour des périodes de sept et de dix ans, avec faculté de renouveler l'engagement ou de quitter le service. On fonda, en Oiitre, une réserve navale, fournissant un corps de bons marins: il existe aussi, pour le service des côtes, des corps nombreux et bien disciplinés de gtirdes-côtes volontaires.

Indépendamment de ces ressources, les gardes-côles. attachés autrefois au département des douanes, pour empêcher la contrebande, mais transférés depuis à la marine, peuvent devenir un précieux accroissement des forces navales anglaises en des conjonctures difficiles. — Cependant, l'une des plus importantes mesures que l'on ait adoptées pour créer un corps de bons matelots, c'est l'établissement permanent d'un nombre annuel d'environ 2,500 mousses, qui font un apprentissage régulier de la profession de marin; c'est parmi eux que Ton espère trouver dorénavant les hommes les plus capables pour le service de la marine. Ils ne sont admis qu"à l'âge de 14 à 15 ans, après un examen scrupuleux de leurs forces physiques et de leur savoir Telle est la sévérité de cet examen , que la marine passe pour avoir les jeunes gens les meilleurs et les plus robustes qu'il y ait en Angleterre. Ils passent successivement par tous les grades, jusqu'à celui de sous-o(ficier, après avoir suivi pendant deux ans un cours d'instruction s'étendant à presque toutes les connaissances exigées d'un marin à bord d'un navire. 11 n'y a donc, maintenant , point de difficulté pour ti'ouver dans une force de 70,000 hommes, y compris les officiers et les soldats de marine, de quoi fournir à un vaisseau tout son personnel, dès qu'il est prêt pour la mer, sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'ancien système de la «presse», qui n'amenait à la marine, en règle générale, que la lie de la population des ports de mer, au lieu des hommes d'élile qui, actuellement, y entrent comme volontaires.

En jetant un coup d'œil sur le nombre des marins pendant les cinquante dernières années, l'on verra qu'il y a eu une' augmentation constante jusqu'à l'époque présente.

Le nombre voté pour l'année !86i est do 76,000: celui porté pour 180 1-1 802 était de 78,114 et pour I8G3-I8G4 de 79.018. En 1857- 1858, époque à laquelle le service des gardes-

côtes fut remis à la direction de l'amirauté, le nombre enregistré était de 53,919; pendant les trois années de la guerre de Russie, nous avons une moyenne de 65,000. et de 1811 à 1854, elle est de 40,000. Pendant la guerre avec la Chine, elle était de 37,665, et pendant les six années qui la précédèrent, la moyenne est de 28,000; de 1824 à 1831, elle monta jusqu'à 30.000, et depuis 1817. après les guerres avec la France et l'Amérique, elle n'était pins que de 22.000. Pendant les guerres désastreuses de 1810 à 1813, la totalité, des marins enregistrés atteignit le chilTre de 147.0i7, qui en 1814 fut réduit à 126,014. et en 1815, l'année de la paix, l'on ne comptait plus que 78.891 hommes.

Voici comment se compose le nombre total des marins enregistrés en 1863, non compris

3,000 officiers à brevets;

2,500 ofiBcier.s subalternes; 23,600 matelots ;

5,700 mousses et élèves-matelota;

2,050 élèves-mousses;

3,150 gardes-côtes, officiers et matelots à bord; i&'\ mousses à bord des gardes-côtes,

4,000 officiers et soldats de marine; 18,000 à terre.

La réserve maritime dMgmenia tous les ans, et pour l'année 1864 on a prévu une dépense de 1 93,000 liv. st. pour 16,000 hommes. I\lai3 un corps de haute importance récemment organisé, ce sont les gardes-côtes volonlaires de la réserve navale; ils ne sont point employés au service actif; mais on les regarde comme un précieux contingent en cas de besoin. La dépense de ce corps est évaluée à 40,000 liv. st. pour 8.000 h. En janvier 1872, le personnel se composait de 34,000 officiers et matelots, de 7,000 mousses et de 14.000 hommes de soldats de marine, dont 8,000 en mer et 6,000 à terre. De plus 4,300 h. de garde côtière.

La marine anglaise possède, dans sa marine marchande , un grand élément de force dont nous n'avons pas encore pailé. Tout matelot de la marine marchande est enregistré par le gouvernement et doit servir dans la marine royale s'il y a nécessité, depuis l'âge de 18 ans jusqu'à l'âge de 55 ans, pourvu qu'il ait été eu mer plus de deux ans et qu'il ne soit pas le maître d'un bâtiment de pèche.

Cet arrangement produit une force considérable et sûre en cas de besoin. Eu 1851, le nombre des matelots marchands, sujet à servir dans la marine royale, ce qu'en France on appelle l'inscription maritime, était de 94,856. En 1855, ce cliiirre s'élevait à 165,337; en 1856, à 173,918; en 1857, à 176,387; en 1858, à 177,832; en 1859, à 172,506.

Pour les besoins ordinaires, il existe maintenant un excellent corps de 23.000 hommes, inscrits pour une période d'au moins dix ans de service continu. Ces hommes sont constamment exercés à la manœuvre des canons, en mémo temps que le nombre de jeunes matelots (mousses) augmente rapidement.

GRANDE-BRETAGNE (IklARINE).

IV. Arsenaux maritimes. — Ce fut Henri YIII qui, le premier, fonda des arsenaux à l'usage de la marine royale. Depiford, Wooiwicli et Portsmoiilh. Depuis lors, on en a ajouté quatre autres: ceux de Devonport, Sheerness, Cballiamet Pembroke. En élablissantles arsenaux maritimes, l'on n'avait pas seulement en vue de se procurer de bons emplacements pour la construction des navires, mais encore d'ouvrir sur les côtes les meilleurs ports, et d'y créer des dépôts et des arsenaux pour les munitions de marine. L'organisation et le contrôle des arsenaux de la marine ont subi peu de cbangements depuis leur fondation, et le principe de leur administration est à peu près ce qu'il était il y a trois siècles. Tous les arsenaux maritimes sont contrôlés par un surintendant officier de marine, qui est le représentant du conseil; c'est envers lui que sont responsables tous les employés des arsenaux, et c'est à lui qu'on se réfère dans toutes les questions. Mais l'exécution des travaux dans l'arsenal est soumise au contrôle spécial de trois des fonctionnaires suivants, cbcfs de service: Le contrôleur de la marine dirige tout ce qui se rattache à la construction ou à la réparation des navires de guerre. Le garde-magasins général contrôle l'achat et la distribution des munitions à l'usage de la marine; et le directeur en chef de la comptabilité générale de la marine a la surveillance de toutes les dépenses qui se rattachent aux arsenaux de marine.

Dépenses. — Les estimâtes se divisent en 17 votes ou chapitres dont les principaux sont (les cbifl'res sont extraits du budget de 1872- 1873):

Solde aux marins et soldats 2,<)71,14ô

Approvisionnements et vêtements ],(X>2,269

Amirauté (Bnreanx de 1') 173,76"

Service de la garde côtiôre 174,500

Service scientifique 72,741

Chantiers 978,983

îifagasins de provision 68,344

Etablissements médicaux 59,926

Autres établissements maritimes (division^ 18,728

Approvisionr.em. en matières premières. . 928,510

Nav. et mach. construits par l'industr. priv. 459,116

Travaux neufs et réparations 710,091

Approvisionnements médicaux 70,800

Service des cours martiales 16,110

Divers 111,297

Total du service effectif. . 7,585,327

Demi-!=olde 818,6i0

Pensions militaires 638,311

Pensions civiles maritimes 309, 18o

Total des services maritimes . 9,351,449 Transport des troupes 156,700

Total général

Voici le montant des crédits pour la marine votés aux années ci-après :

1868 Il,168,;t49

Ce n'est que dans les trente dernières années

qu'on a essayé de définir exactement les différentes espèces de dépenses navales, et d'établir soigneusement une distinclion entre les sommes votées pour le service spécifiquement maritime et les dépenses réelles de ce même service. Avant 1859, il n'était rendu aucun compte au Parleraent, et largcut voté pour une branche particulière du service était souvent approprié à un autre.

En 1 832 , on révisa le système de la comptabilité de la marine; la dépense fut répartie en chapitres bien distincts, et l'on dressa des devis séparés pour chacune des branches de dépense navale. La difficulté d'obtenir un bon compte rendu venait de l'usage de reporter à l'année suivante la balance obtenue à la fitn d'une année quelconque sur les différentes sommes votées. Cet usage a été changé en 18i5; le Parlement ne vota plus que les dépenses qui se présenteraient comme devant cire payées dans l'année;le surplus retournait à l'Échiquier à la fin de l'année; et toutes les années il était passé un acte du Parlement, appropriant d'une manière spéciale aux divers articles de dépense navale des sommes qui ne devaient s'employer à aucun autre usage que celui désigné, sans une autorisation particulière du Trésor. Au bout de sept mois, à partir du terme de Pannée financière, on dresse un compte de la dépense, qu'on soumet au Parlement.

On comprend les ditTicultés que renferme la tâche de rendre compte de la dépense navale, à cause de l'immense personnel dépendant de la marine pour la solde; de l'entretien de forces de terre et de forces navales considérables; du contrôle de grands arsenaux et d'autres établissements; de l'approvisionnement d'innombrables classes de munitions et de fournitures; et, enfin, de la surveillance d'un grand nombre de comptables répandus dans toutes les parties du monde, qui sont responsables de grandes sommes de deniers publics. Le contrôle entier de cette dépense et le soin d'en faire le compte sont entre les mains du directeur général de la comptabilité de la marine, Pun des cinq fonctionnaires supérieurs mentionnés plus haut. C'est lui qui dans son département tient les livres indiquant les payements les plus minimes offLCtués pour toutes les branches du service de la marine. Près de ôOûagentscomplables soumettent tous les mois à son examen des rapports sur le maniement des fonds.

Ces rapports examinés, les payements se classent d'après les diHércnts chefs de dépense par mois. Quant à la manière de traiter les réclamations faites par suite d'arrangements pris avec l'amirauté, chaque réclamalion est scrupuleusement examinée, et lorsqu'elle est reconnue juste, il est émis pour le moulant dû au réclamant un bon payable dans un bureau appelé « bureau du trésorier général ». Ou émet environ 25,000 bons par an, et ils sont enregistrés jour par jour et classés sous les différents chefs de dépense.

Par une judicieuse subdivision des livres

GRANDE-BRETAGNE (RESSOURCES)

et une soigneuse classification de toutes les brandies de dépense, il est facile de tenir un conipie complet et intelligible dont toutes les parties peuvent se soumettre à l'investigation la plus stricte et la plus rigoureuse, toutes les fois qu'il sera nécessaire.

Ce qui précède n'est qu'une esquisse rapide des principes d'après lesquels il est rendu compte de la dépense annuelle de la marine. Ces principes sont les mêmes depuis Tannée 1830 environ, et pendant cette période, ils ont démontré qu'il était possible d'établir régulièrement un compte exact des finances navales, d'empêcher ou de découvrir toute tentative de fraude, et de réduire à un état métliodique et facilement intelligible les comptes compliqués et en apparence si peu maniables de la marine. L'ordre admirable que l'on a apporté dans les comptes de la marine date d'une époque toute récente, et c'est rendre justice à l'un des derniers directeurs généraux de la comptabilité navale, sir Richard Bromley, que de déclarer que c'est entièrement à lui que l'on doit cet état de perfection. Robert Main.

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