GUERRE CIVILE. — GUEUX
tiques eux-mêmes n'ont reçu Je pouvoir al^solu que pour diriger les intérêts généraux de l'Élat, et s'ils violaient d'une manière systématique et continue les droits naturels, tels que la famille, la liberté de conscience, la propriété, les sujets ne se trouveraient-ils pas contre eux dans le cas de légitime défense? Cependant avant d'user d'un remède si terrible et si dangereux, il est nécessaire d'épuiser tous les moyens de pétition et de remontrance. Le despote cédera avant d'engager la lutte s'il voit la grande majorité de ses sujets réclamant avecfermeléiemaintiend'undroit sacré, etprèfs à le défendre. Dans les gouvernements constitutionnels il faut appliquer les mêmes principes en ce qui concerne la violation des droits naturels qui sont essentiels tels que ceux que nous venons de citer. Mais la diiïiculté est des plus graves quand il s'agit seulement de la violation des droits positifs. Ainsi pour prendre un exemple célèbre dans notre histoire contemporaine, Charles X, il est dillieile de le méconnaître, en réformant la loi électorale par son ordonnance du 25 juillet 1830, violait la charte constitutionnelle. Cet acte du roi donnait-il au peuple le droit de s'insurger et de renverser le gouvernement? C'est ici l'un des problèmes les plus délicats du droit public. i\ous n'avons pas à le résoudre en cet endroit. Rappelons qu'en 1793 les Vendéens ont allumé la guerre civile en prétendant que les Assemblées nationales avaient excédé leurs pouvoirs quand elles avaient changé les lois ecclésiastiques, déposé et jugé le roi. Ce fut donc une guerre civile motivée par la violation vraie ou fausse du droit positif. En 1849, le 13 juin, le parti démocrate-socialiste a fait appel aux armes en soutenant que l'Assemblée nationale, lorsqu'elle avait ordonné l'expédition de Rome pour ramener le pape dans sa capitale , avait violé la Constitution de 1848, et que cette violation donnait au peuple le droit d'insurrection. Cet appel aux armes ne fut suivi que d'une petite émeute réprimée en quelques heures. C'est encore en invoquant le droit positif, qu'en 180 1 les États du Sud se séparèrent des Etats-Unis et commencèrent la sanglante guerre civile qui dura quatre ans. Les États-Unis qui avaient pour eux le nombre et l'argent, ont réprimé la sécession du Sud avec vigueur et sans lui faire aucune concession de principe. Ils ont toujours refusé de reconnaître aux États du Sud le caractère de belligérants'. (Voij. Insurrection et Reconnaissanceinternationale.) De même la Constitution ne traita jamais les Vendéens que comme des rebelles, et, en 1795, elle refusa de reconnaître le caractère de prisonniers de guerre aux émigrés qui avaient été pris ou avaient déposé les armes à Quibéron. Aussi ni en France, ni en Amérique on n'a appliqué dans les dernières grandes guerres civiles les lois des guerres internationales. La Vendée a été pacifiée, comme les États du Sud,
1. C'est-à-dire qu'ils ont refusé cette reconnaissance en principe, mais ils ont été amenés par la force dos choses à la reconnaissance 'le fait. Voy. la 2"^^ partie de l'article précédent. M. B.
sans concession de principe. Nous trouvons en France dans les guerres de religion du seizième siècle un exemple des guerres civiles entreprises pour la défense, non pas des droits positifs, mais des droits naturels. Les protestants réclamaient la liberté de conscience, et après 3G ans de guerres et de désordres, de 15G2 à 1 598 , l'édit de Nantes qui mit fin à cette longue lutte, leur accorda ce qu'ils demandaient, le libre exercice de leur religion. Voilà les exemples les plus frappants des guerres civiles dont les auteurs ont allégué qu'ils défendaient leurs droits. Lorsque la résistance armée a pour cause la défense d'un droit naturel aussi essentiel que la liberté de conscience, le gouvernement n'a qu'une conduite à tenir, c'est de céder dans la mesure où la réclamation est légitime. Si par exemple l'édit de Nantes, au lieu d'être rendu par Henri IV en 1598, avait été signé dès 15G2 par Charles IX, de grands maux eussent été épargnés à la France. Mais nous n'avons pas encore parlé des guerres civiles les plus funestes, ce sont celles qu'allument les rivalités des partis. Telle fut la cause des luttes qui déchirèrent Rome depuis Marins jusqu'à Auguste, de l'an 88 à l'an 31 avant Jésus-Christ. Le parti démocratique luttait contre l'ancienne constitution aristocratique : il finit par l'emporter. A ces rivalités d'intérêts ou de principes, se mêle toujours l'ambition des grands personnages et surtout celle des militaires. Une guerre civile de cette nature est, après l'oppression étrangère, la plus grande calamité qui puisse affliger un peuple. Ici l'on ne peut guère espérer qu'on éteindra le mal par des concessions, et en général plus le gouvernement régulier se montre faible , plus les partis et les ambitieux déchirent la patrie. F. A. Hélie.
Comparez : Belligérant.
GUERRE DES PAYSANS. Voy. Paysans.
GUEUX. Philippe II d'Espagne ayant envoyé des inquisiteurs dans les Pays-Bas , la noblesse se réunit sous Louis de Nassau et Henri de Ijréderode, pour protester. Le 5 avril 15G6, une députation d'hommes, vêtus simplement, vint présenter à la duchesse Marguerite ce document (dit compromis) rédigé par Philippe de Marnix. Cette protestation paraissant faire quelque impression sur l'esprit de la princesse, le comte de Barlaimont, président du conseil des finances, lui dit à voix basse : Ne faites pas attention à ces gueux. Quelques membres de la députation ayant entendu ce mot, ils le firent adopter comme désignation de leur parti. Ils prirent pour emblème une médaille ovale en or ou argent, ayant d'un côté le buste de Philippe II avec l'exergue: En tout fidèles au roy, et de l'autre une besace tenue par deux mains avec les mots : Jusqu'à porter la besace. Bien des partis poussés à l'insurrection ont commencé par être composés de '( fidèles au roy ». M. B.