‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 556 sur 557 · GUILLOTINE · texte numérisé non relu

GUILLOTINE

GUILLOTINE. C'est à la Révolution française qu'on doit la création de la guilloline; et bien qu'elle en paraisse un des souvenirs les plus tristes, la guillotine peut être comptée parmi les institutions généreuses de celte grande époque. Eu eiret,si l'on songe à l'odieuse série de supplices que cette invention ût disparaître, il n'y a pas de paradoxe à reconnaître que la guillotine fut presque au bienfait. Que voyons-nous avant 1789? D'abord, l'inégalité devant la mort comme devant la loi, la décapitation réservée aux nobles, taudis que les vilains étaient livrés à la potence. .Mais l'inégalité n'était rien encore si ou la compare à la cruauté des supplices, demeurée comme un reste de barbarie au milieu d'une société civilisée. Nous n'avons qu'à rappeler le bûcher qui attendait les personnes condamnées pour crimes contre la religion; l'écartellement appliqué aux régicides, supplice qui consistait à ai lâcher le patient par les mains et les pieds à quatre vigoureux chevaux, jusqu'à ce que les membres fussent séparés du tronc; enfin, le supplice de la roue, où la cruauté se montrait encore plus raflinée. On plaçait le condamné, les bras et les jambes écartés, sur deux poutres de bois , disposées en forme de croix de saint André, puis le bourreau brisait les membres à coups de barre de fer; le patient était ensuite attaché sur une roue de carrosse, les bras et les jambes repliés en arrière, et il expirait ainsi la face tournée vers le ciel. On punissait de cette mort lente et horrible les assassins et les voleurs de grand chemin.

Il fallait que la Révolution vint apprendre au monde que la société, en donnant la mort, ne se venge pas, mais qu'elle obéit à une terrible et inévitable nécessité, qu'elle a devant elle des hommes condamués par la loi et non des victimes. L'honneur de cette initiative appartient au docteur Guillolin, député de Paris à rAsscmblée constituante. C'est sur sa proposition que l'Assemblée décida, par un décret du 21 janvier 1790, que « dans tous les cas où la loi prononcerait la peine de mort contre un accusé, le supplice serait le même, quelle que fût la nature du délit «. Cet acte ajoutait: « Le criminel sera décapité, et il le sera par l'elTet d'une simple machine. » Fidèle av-^ principes qu'elle avait posés, l'Assemblée inscrivit dans le Code pénal (25 septembre- C octobre 1791) la déclaration suivante: «La peine de mort consistera dans la sim|)Ie privation de la vie, sans qu'il puisse jamais être exerce aucune torture envers lescoudaumés.... Tout condamné aura la tète tranciiée. » Cette disposition est exactement reproduite dans la loi actuelle.

La décapitation étant prescrite comme le seul moyeu légal de donner la mort, il fallait trouver le mécanisme le plus simple et le moins douloureux pour réaliser le vœu de la loi. C'est à l'Assemblée législative qu'échut ce devoir. Le comité de législation, faisant appel aux lumières de la science, demanda au docteur Louis, secrétaire perpétuel de 1 Académie de chirurgie, un avis motivé sur le mode do dé-

collation qu'il convenait d'appliquer aux condamnés. Le 7 mars 1792, le savant praticien transmit au comité l'avis demandé, et, le 20 du même mois, l'Assemblée rendit un décret, sanctionné le 25 parle roi, portant que ia peine de mort serait appliquée suivant le mode indiqué par la consultation du secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie. Dans ce travail, le docteur Louis ne donnait que les principes d'après lesquels la machine devait être construite. Faisant remarquer que les instruments tranchants n'ont que peu d'elTet en frappant perpendiculairement, attendu que les lames ne sont que des scies plus ou moins fines, il en concluait qu'il fallait les faire glisser sur le corps à divi'scr, qu'en outre le dos de l'instrument devait être assez lourd pour agir comme le mouton qui sert à enfoncer des pilotis et que la force en serait accrue encore par la hauteur d'où il devait tomber. Enfin, le docteur émettait l'avis qu'il serait peut-être nécessaire de fixer la tête du patient par un croissant qui embrasserait le cou au niveau de la base du crâne.

Le principe était donné, restait à construire la machine. Ce fut un mécanicien allemand, nommé Schmitt, fadeur de clavecins, qui, sous la direction du docteur Louis, se chargea de l'exécution; et, le 19 avril 1792,10 docleur écrivait à Roland, ministre de l'iulérieur, la lettre suivante : « Les expériences de la machine du sieur Schmitt ont été faites, mardi, à Bicêtre, sur trois cadavres qu'elle a décapités si nettement qu'on a été étonné de la force et de la célérité de son action. »

Toutefois, cette machine n'était pas d'invention nouvelle; elle rappelait par sa forme un instrument appelé inanaja, en usage en Italie dès le seizième siècle , et qui était également connu en France, puisqu'on l'employa à Toulouse, en 1632, pour l'exécution du duc de .Montmorency, lorsque ce maréchal paya de sa tète lappiii qu'il avait donné au parti de la cour contre le cardinal de Richelieu •. Quoi qu'il en soit, voici, en peu de mots, d'après une autorité irrécusable*, la description de rinstrument appelé guillotine, tel qu'il fut fabriqué en 1792 et qu'il foucfioune encore aujourd'hui :

Sur un échafaud haut de 2 à 3 mètres, ayant la forme d'un carré long, sont plantées deux fortes poutres réunies à leur sommet par nue traverse. Cette traverse est garnie au milieu d'un anneau de fer dans lequel passe la corde qui lixe et relient le moulon armé perpendiculairement d'une lame tranchante qui s'élargit insensiblement sur toute sa surface, de sorte qu'au lieu de frapper d'aplomb, il frappe de côté. Le mouton pèse de 20 a 30 kilogram-

1. On peut voir aussi dans le bourg (vieux château fortifie) de Xurembeig un instrumcut qui ressemble à la guiUotinc et «lui , à en croire le cicérone du lieu, daterait de plus de deux siOclcs. Lorsqu'un visiteur se permet d'exprimer un léger doute, on lui montre une rangée de livres, reliés eu parchemin, en ajoutant d'un air important : c'est écrit dans ces livres. Je ne sais si l'on autoriserait le visiteur à les consulter.

2. M. .Sanson, aucien exécuteur des hautes œuvres, dans ses Mémoirea.

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