ASSEMBLEE DU PEUPLE
appartenaient à la première classe , déposaient leurs votes dans les corbeilles , et par la valeur relative attribu6e à leurs voix décidaient d'eux-mêmes, et dès l'abord, les questions pendantes, sans qu'il fût besoin, le plus souvent, de continuer le vote, l'unanimité des 98 premières centuries sufTisant à établir pleinement la majorité absolue.
Il y avait cependant un réel progrès au profit du plébéien. Dans les comices par curies il ne se présentait même pas au Forum; son patron jugeait et votait pour lui. Au Sénat appartenait l'initiative, la confirmation des lois, et ce Sénat était héréditaire. Dans les comices par centuries au moins était-il convoqué, et si son vote, inutile par lui-même, n'était pas même dans la plupart des cas réclamé . il pouvait espérer parfois de fournir un point d'appui dans les divisions intestines des riches, et. de plus, il ne rencontrait plus devant lui Tobstination persévérante et l'esprit de corps d'une aristocratie de naissance fermée à toute fusion avec les plébéiens.
Nous avons dit dès le début qne les divers comices coexistèrent et se substituèrent peu à peu l'un à l'autre sans s'abolir ofTiciellement. Les comices par curies furent donc conservés même après Servius TuUius. Quelles prérogatives leur restèrent encore? Il serait difficile de le préciser et peut-être l'usage seul plutôt qu'une loi en décida-t-il. Il semblerait toutefois que tous les actes civils et politiques auxquels se rattachait un caractère religieux , tels que les institutions des grands prêtres , les testaments, les adoptions, restèrent dans leurs attributions; les comices par centuries s'étant emparés successivement de la puissance législative et du pouvoir judiciaire (affaires criminelles), puis enfin du pouvoir électif, les comices par curies finirent bientôt par n'être qu'une formante symbolique, et 30 licteurs représentèrent au Forum les 30 curies de Romulus.
Ce que devinrent à leur tour les comices par centuries et Fopposition que leurs décisions soulevèrent dans la plèbe , Fhistoire des troubles intérieurs de Rome au cinquième et au quatrième siècle avant J.-C, l'histoire de Goriolan , du Mont-Sacré , des décemvirs , des XII Tables, des lois 'Valeria, Publilia, Hortensia, nous l'apprend. Le récit le plus rapide de ces luttes ne saurait entrer dans le cadre de cet artijcle ; il nous suffira de dire que, tenu dans une sorte d'esclavage civil par la dureté de la législation romaine en matière de dettes et d'obligations , ne pouvant rien attendre d'une assemblée où les riches étaient à la fois juges et parties , le peuple des dernières classes, et les prolétaires, ceux qui, par leur manque absolu de fortune, avaient été en quelque sorte relégués hors de la cité par Servius Tullius, se révoltèrent à différentes reprises et ne consentirent à rentrer dans la république qu'après l'abolition des dettes, Finstitution des tribuns et d'une nouvelle Assemblée du peuple , FAssemblée par tribus.
Le Sénat et le patriciat résistèrent avec une
rare obstination à la reconnaissance légale de l'Assemblée par tribus, et cette obstination eut de graves conséquences. 11 fallut deux siècles pour transformer ces premiers conciUabules des plébéiens en de véritables comices. Leurs délibérations n'intéressèrent d'abord et n'obligèrent que des plébéiens. Leur vote s'appelait plébiscite, et tout patricien s'abstenait rigoureusement d'y prendre part. Peu à peu on leur accorda la puissance législative concurremment avec les comices par centuries , sauf l'approbation du Sénat et des curies; mais ce ne fut qu'en Fan de Rome 465 que leur souveraineté absolue fut pleinement reconnue dans la Répubhque.
La sagesse si vantée des patriciens fut en défaut. En s'éloignant de parti pris des Assemblées par tribus , ils perdirent la seule chance qui leur restait encore de maintenir Féquilibre et de contre-balancer la puissance du nombre.
C'est au nombre et à la majorité des votes individuels qu'appartenait désormais sans contrôle la souveraineté. La division en 30 et 35 tribus (ou quartiers) n'avait aucune importance réelle , le vote de chaque citoyen était pris pour unité, le suffrage universel existait dans toute son extension et sous sa forme la plus directe. Le veto du Sénat était annulé . son examen et sa délibération préalables écartés ; le droit de convocation et de présidence accordé aux tribuns comme aux consuls. Les auspices (voy.ce mot), devenus inutiles . ne suspendirent plus les délibérations au gré des patriciens. Les comices par tribus s'arrogèrent successivement la confirmation des proconsuls choisis par le Sénat, parfois leur nomination, les déclarations de guerre et les traités d'alliance , les jugements de tous les magistrats mis en cause, Félection des tribuns (réservée longtemps aux comices par curies) et des magistrats inférieurs, puis enfin le pouvoir de donner aux plébiscites Funiversahté et la perpétuité de la Loi.
C'est une lutte dramatique que celle qui s'établit entre les comices par tribus et les comices par centuries , dans lesquels se réfugiaient les débris de Fancien patriciat. A ces derniers appartenait encoreFélectiondes consuls et des censeurs; mais qu'était-ce qu'une pareille prérogative . lorsque le consul élu la veille par les centuries pouvait être condamné à mort le lendemain parles tribus? Aussi, vainement, après les longues agitations sociales de la fin du deuxième siècle. Sylla essaya-t-il d'une réaction aristocratique et d'une restauration des comices par centuries. Lui mort, Pompée ne put soutenir son œuvre, et les tribus et le tribunal reprirent dans la Répubhque leur rôle d'autrefois.
Mais les temps étaient bien changés, et ce droit de cité politique , ce droit de suffrage n'était plus l'ambition de quelques milliers de prolétaires, mais l'ambition de tous les peuples de la péninsule. De là , la guerre civile et avec elle et malgré, elle l'introduction dans Rome de bien des éléments hétérogènes et dissolvants. Un accroissement constant de citoyens qu'aucun lien, aucun intérêt commun n'unissait entre