‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 67 sur 557 · YVERNÈS · texte numérisé non relu

YVERNÈS

ASSOCIATION. L Le sens de ce mot a été étendu et obscurci par les discussions économico-politico-morales qui se sont produites depuis un demi-siècle au sujet de l'organisation des sociétés.

Il signifie d'abord, dans un sens restreint, soit la collection des efi'orts individuels , soit Funion de deux ou plusieurs personnes pour un but ou dans un intérêt commun, et, en ce cas, Fassociation est un des moyens généraux les plus féconds que les hommes puissent employer pour accroître leur action , leur force et leur puissance, pour développer la production, et aussi un des moyens de vivre avec le plus d'avantages et d'économie.

Dans un sens plus étendu , il s'apphque à la société conjugale, à la Famille composée des père, mère, enfants et parents, à la Commune, au bourg ou à la ville formée de familles groupées sur un emplacement, ainsi qu'aux diverses circonscriptions territoriales, comprenant plusieurs communes, bourgs ou villes et formant des cantons, des districts, des départements, des provinces, etc., des nations et des confédérations.

Il s'applique même à la Société tout entière, à Fhumanité ; comme par une évolution inverse, le mot sociétés sert à désigner spécialement des associations circonscrites et formées en vue d'une exploitation spéciale, industrielle, commerciale, agricole, etc.

Enfin, l'ensemble des hommes d'une même race, répartie en divers points, et ceux appartenant à une même communion religieuse, forment une espèce d'association. Toutefois, ce mot d'association emporte l'idée d'un lien plus resserré, d'engagements réciproques, qui font ditrérer l'Association de la Société, de l'Humanité et de la Coréligion.

II. L'Association générale, ou FHumanifé ou la Société en général, composée de diverses sociétés humaines, existe, se forme, se compose , se décompose et se recompose dans un

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but que la religion et la philosophie ont assez infriicliiciiscment tenté de découvrir et de formuler. Aùus ne voulons donc exprimer aucun avis à cet égard. Mais nous pouvons dire que les liens d'association et la solidarité entre les diverses parties de l'humanité s'accroissent progressivement avec la civilisation matérielle i et morale.

L'intérêt individuel est le moteur de cette civilisation; l'échange en est le moyen universel, et ce moyen va se développant avec le perfectionnement des instruments de communication terrestres et maritimes, avec l'application du principe du libre échange et la diminution des obstacles administratifs et douaniers, avec la diminution des préjugés religieux, nationaux et guerriers.

De ce rapprochement, de cette fusion, de cette solidarité, de cette association d'intérêts, résulteront la paix internationale, la concorde des classes et le maintien de la sécurité universelle favorables à l'extension des débouchés , à la formation des capitaux, à l'accélération de la production, à la facilité de la circulation, à la justice dans la répartition, à l'accroissement dans la consommation, d'où l'aisance et le bien-être, et, avec eux, l'amélioration intellectuelle et morale des sociétés.

Voilà le but qu'à défaut d'autres indique la philosophie économique; voilà le but que la politique du passé a généralement contrarié , et que la politique de l'avenir devra facihfer, pour être rationnelle et digne des bénédictions de la postérité.

Les associations, comprises dans l'association générale, peuvent être classées selon le point de vue sous lequel on les considère, selon leur objet, leur but et leur résultat.

Eu classant les associations d'après leur but , on trouve d'abord les associations générales, qui se sont formées en vue de la sécurité et qui constituent les sociétés politiques proprement dites, les nations, États ou puissances subdivisées en provinces, villes et comnmnes.

Parmi les associations restreintes, en considérant toujours le but, on peut distinguer celles qui ont pour objet la satisfaction d'un besoin immatériel, intellectuel ou moral, et celles qui ont pour oitjet l'obtention d'un lucre ; mais ce caractère n'est pas absolu, car souvent derrière le but spirituel, se trouve le profit ou l'avantage matériel, et réciproquement.

Les associations ayant un but immatériel ou duœoins ne se proposant pas un prolit, une production économique, forment divers groupes:

— k'vS Associations religieuses (Congrégations, Ordres religieux. Confréries, Communautés);

— les Associations de Bien/aisance, ou de Charité, ou philanthropiques; — les Sociétés de Prévoyance (Sociétés de secours mutuels. Assurances, Tontines, etc.); — les associations pour y I/istriœiion et la Moralilë (OEuvres de toute espèce, Sociétés de tempérance, etc.);

— les Sociétés scientifiques (Académies, Sociétés de sciences, lettres et arts. Sociétés de statistique, Sociétés agricoles, Comices, etc.);

• — les Associations politiques ,jio\\x î\^iic\' une question de gouvernement, appuyer ou combattre le Gouvernement ou l'Opposition , comprenant les associations pour la propagande d'une question religieuse ou économique , qui ne tarde pas à revêtir le caractère pohtique , en prenant de l'importance, en devenant un moyen d'agitation et de partis. C'est ainsi qu'en Angleterre l'association pour l'émancipation des cathohques et, plus tard, la Ligue libreéchangiste de Manchester [Aati-Com-Lcnv- League, Ligue contre les lois prohibitives sur les céréales), ont été des associations éminemment politiques. C'est ainsi qu'en France, en un moment, sous le second Empire, la Société charitable de Saint-Vincent-de-Paul a été considérée comme ayant pris le caractère d'une congrégation politique, etc.

Dans les associations se proposant une production, un bénéfice, un avantage quelconque, il faut ranger les diverses sociétés ou compagnies commerciales, industrielles, agricoles, financières, maritimes; — les diverses combinaisons en vue de consommations ou plaisirs en conmiun, telles que communautés, cercles, sociétés chantantes, etc.

Au point de rue administratif, il y a lieu de distinguer, avant tout, les Associations illicites de celles qui ne le sont point, et de distinguer dans celles-ci les associations entièrement libres et celles qui ne le sont point , soit qu'elles existent en vertu d'une autorisation, soit qu'elles reçoivent une subvention sous une forme quelconque , et qu'à l'un ou l'autre de ces titres, elles soient soumises à une réglementation plus ou moins imposée.

^'ous allons grouper les considérations que nous avons à présenter, en parlant des associations au point de vue politique, au point de vue social, au point de vue économique.

L'Association au point de vue politique.

III. L'homme et la femme forment , nous venons de le dire, des familles, par suite de besoins et d'attractions instinctifs ou raisonnes. Ces familles se groupent en communes, en villes, grandes ou petites. Ces villes se concédèrent en nations avec une organisation plus ou moins unitaire. Les groupements ont pour origine les besoins communs de défense, d'approvisionnements, une source, un puits, une riv.ière, un abri, un centre commun, un rendez-vous natuj'el que présente la locahté. Ils s'accroissent ensuite par la force d'attraction, par les avantages de la société créée, par les besoins satisfaits, par l'église, le château, l'école, le marché. Les confédér.'itions de communes , de villes, de nations en États plus ou moins considérables, sont le résultat à la fois de la disposition géographique du pays, de la similitude des races, de la conformité de langage, de religion, de mœurs, d'intérêts, de la conquête subie, du besoin de résister à l'invasion des voisins, ou de les envahir, toutes causes qui ont plus ou moins agi dans le même sens ou en sens inverse, selon les diverses nationalités qui ont occupé la scène de l'histoire , et

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dont l'exislence a été la résultante de ces di- Ycrses forces d'affinité et de cohésion.

Parmi tous ces éléments, il y en a un qui tient à tous les autres et s'en dégage par l'observation: c'est le besoin de protection contre les dangers intérieurs et extérieurs; c'est le besoin de tranquillité, d'ordre, de justice, de garantie pour la personne, les fruits du travail, les épargnes et la propriété; en un mot, le besoin de sécurité.

C'est pour cela, et pour cela seulement, que l'association nationale, avec ses diverses subdivisions, a sa raison d'être. C'est à cause de ce but social et politique que, l'impôt destiné à faire face aux dépenses de l'État devient légitime. C'est là le plus grand besoin des sociétés, celui auquel elles sacriflent tout, même leurs plus chères libertés, celles qui font le plus d'honr^ur au genre humain.

Une question très-difficile à résoudre dans la pratique, et même en théorie, c'est celle de la distrDjution des continents entre les divers États ou puissances, à laquelle se rattache celle des nationalités et des adjonctions ou disjonctions, appelées de nos jours annexiojis et séparations ou sécessions.

Les associations nationales actuelles sont les résultantes des causes que nous avons énoncées ci-dessus; mais à ces causes il faut ajouter l'action du principe d'hérédité dynastique , celle des guerres, des révolutions et des coalitions de puissances qui ont produit des remaniements, des compositions et des recompositions, qui font le désespoir de celui qui veut apprendre l'histoire. Jusqu'à nos jours, les nations ont été dominées par l'esprit de conquête et la force a fait tout le droit. Ce n'est que par leur propre force, ou par celle puisée dans des alliances, que les associations nationales ont pu se maintenir, quand elles se sont maintenues, contre l'esprit de conquête et d'agrandissement, s'appuyant sur l'honneur du drapeau, l'intérêt national, la mission providentielle, la politique traditionnelle, les principes nationaux, etc.

De nos jours on invoque le principe des nationalités; mais s'agit-il de préciser les caractères de la nalionahté, les limites de l'emplacement national, la confusion commence et ne farde pas à devenir inextricable aux yeux de la simple raison. En fait, l'esprit de nationahté se traduit par un sentiment de répulsion contre un dominateur commun, cas auquel la question se résout par la force.

On invoque un autre principe, celui du suffrage des populations exprimé par acclamations, manifestations ou A'otes au scrutin. Eu adjueltant, par hypothèse, que cette dernière formalité se fasse dans toutes les conditions d'exactitude, sans pression aucune; en faisant abstraction de la capacité des mas'scs, comment admettre que le vote des grands-pères peut et doit her les petits-fils encore au berceau? Comment admettre, par exemple, que les conventions fédérales faites, dans le dix-huitième siècle, par les citoyens des premiers États-Unis d'Amérique, au nombre de moins de 3 milhons,

lient d'une manière indissoluble les 30 millions d'habitants du dix-neuvième siècle, possédant un espace quadruple?

Si on admet le droit de séparation pour les États du Sud, il faut l'admettre logiquement pour les cantons cathoUques de la Suisse [Sonderbund); pour les États de l'Autriche (Hongrie, Bohème, Gallicie, etc.); pour la Pologne, voulant se reconstituer aux dépens de la Russie , de la Prusse et de l'Autriche actuelles; pour les divers États de l'empire turc; pour l'Irlande, si elle voulait se séparer de l'Angleterre; pour le sud-est de la France , s'il voulait divorcer et faire une nation à part, etc. Si, au contraire, on part du principe de l'inviolabilité du pacte national ou fédéral, il faut l'admettre avec le nord des États-Unis, voulant réintégrer le sud dans l'Union; avec la Russie, l'Autriche et la Prusse, gardant la Pologne; avec l'Autriche , voulant garder une partie de l'Itahe qu'elle a longtemps gouvernée, etc.

Il n'y a en vérité , pour la solution de toutes ces grandes affaires, qui font verser des flots de sang et qui absorbent des milliards à payer par les populations actuelles et par les générations futures, aucun principe dirigeant bien positif et bien satisfaisant aux yeux de la logique. L'histoire contemporaine, pour ne parler que de celle-là, est pleine de preuves à l'appui de cette conclusion négative.

Les nations et les confédérations s'associent temporairement par des traités et forment des alliances, des ligues , dans un but déterminé de lutte (attaque ou défense) avec d'autres puissances, ou pour des modifications des tarifs douaniers. De nos jours la plupart des États allemands, en se réunissant pour la perception en commun des di'oits de douane [Zotlverein) , ont fait une heureuse apphcation de l'association, dans l'intérêt de leurs propres finances , pour ne parler que de celui - là. Plusieurs autres de ces unions douanières de divers États entre eux pourraient être encore organisées avec avantage; mais ce qui est préférable, c'est l'abaissement des tarifs, équivalant à une union douanière entre tous les États, au libre échange [voy. ce mot).

Au point de vueindiA'iduel,les mêmes questions se présentent, mais elles sont infiniment plus faciles à résoudre. Le droit d'immigration et d'émigration , l'obtention des droits des nationaux par la naturaUsation , la perte de ces droits, sont encore l'objet d'une réglementation prohibitiA'e et barbare, s'inspirant d'une part de la théorie romaine , de la haine de l'étranger et des préjugés économiques sur la population. Le progrès se fait lentement, dans le sens de la liberté individuelle, vers la reconnaissance du droit absolu d'aller et venir, d'entrer dans Passociation et d'en sortir sans formalités , selon son intérêt ou son bon plaisir.

lY. Si nous considérons maintenant Pintérieur de la société poUtique, nous voyons surgir des questions non moins redoutables et relatives à la détermination des droits des individus à regard des classes privilégiées, à

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l'égard des dynasties, à l'égard de la société et des pouvoirs publics qui la représentent plus ou moins légitimement. Ces droits se résument dans ce grand mot de liberté, exprimant la somme et la synthèse de toutes les libertés , d'ordre religieux , politique , administratif, constitutionnel, économique. Parmi ces diverses libertés se trouvent la liberté de réunion et la liberté d'association , se rattachant plus spécialement au sujet de cet article. On peut les distinguer, car l'association indique en plus un lien, une continuation, une action permanente. (Voy. Meeting, Réunion.)

Ces deux libertés sont le complément nécessaire d'un régime de libertés publiques et notamment de la liberté religieuse, de la liberté d'enseignement, de la liberté de la tribune, de la liberté de la presse. Les deux premières ne peuvent exister, ne peuvent même se concevoir sans le droit de réunion et d'association. Les deux autres peuvent se concevoir isolées de ce droit; mais en fait, elles ne sont pas entières, si à l'appui qu'elles se prêtent mutuellement , ne vient pas se joindre le droit de réunion et d'association. La tribune et la presse sont des organes de l'opinion publique, mais ce ne sont pas les seuls organes de l'opinion, qui doit pouvoir se manifester encore par les vœux des réunions et des associations, contrôlant les manifestations de la tribune et de la presse, qui souvent n'expriment que les sentiments de quelques individualités brillantes et influentes; c'est seulement avec l'ensenîble de ces moyens, que les majorités et les minorités peuvent se formuler telles qu'elles sont.

La plus grande liberté possible de réunion et d'association est à la fois le signe et la condition d'un bon régime social et politique. De même, la plus grande liberté de pensée , de discussion, de propagande, est le meilleur moyen de progrès dans la voie de la vérité , dans celle de la civilisation , en même temps que la meilleure condition de stabilité. En effet, l'expérience démontre que la discussion éclairant les partisans et les adversaires de la même idée, la vérité se fait jour, les abus vont disparaissant sous l'action législative, et les révolutions sont évitées par les réformes; tandis que la proliibition produit l'obscurité et le silence , à l'abri desquels les abus de toute sorte naissent et se propagent , et puis se traduisent en crimes, catastrophes et ébranlements sociaux.

Un peuple étant donné, il y a de la sagesse de la part de ses législateurs à étabhr ou à rétablir la liberté de réunion ou d'association. C'est parce qu'une loi de 1790 avait mal défini ce droit en France; c'est parce qu'en février 1848 ni le Gouvernement, ni l'Opposition parlementaire, ni l'opinion publique, n'avaient le sentiment net de ce droit; c'est parce que le peuple français n'avait pas l'iiabilude de s'en servir, que tout le mécanisme politique alors existant est tombé en pièces; c'est en partie parce que cette hberté est passée dans les mœurs en Angleterre, que la société de ce

pays se trouA-e dans de meilleures conditions de stabdité.

Théoriquement une religion, une doctrine morale, un système politique, un principe économique, n'ont d'autorité que s'ils résistent à la discussion se produisant sans trouble et sans violences. En fait, les nations éclairées et progressives marchent vers cet idéal; celles qui rétrogradent, marchent en sens inverse. Or, la liberté de réunion et d'association, comme celle de la presse et de la tribune, ne sont dangereuses que lorsque les pouvoirs publics sont en désaccord avec l'opinion publique et ne veulent pas tenir compte de ses vœux.

Ici on peut objecter qu'il peut se présenter le cas où les sonmiités des pouvoirs publics ont une meilleure notion du progrès que l'opinion publique , et qu'il est utile que les chefs agissent sans se préoccuper de l'opinion et lui fassent violence au besoin. C'est la théorie de l'absolutisme, que nous n'avons pas la prétention de réfuter ici en quelques mots. Disons seulement qu'en admettant la dictature dans les meilleures conditions d'intelligence et de moralité, ces conditions n'ont qu'une courte durée et les pouvoirs publics doivent se hâter de se mettre d'accord avec l'opinion. Or, pour arrivera cet accord, il faut, avant tout, connaître quelle est cette opinion, et pour cela le meilleur moyen est assurément la libre manifestation de la pensée par la discussion écrite et parlée, à la tribune, dans la presse, par voie de réunion ou d'association.

Nous venons de faire la théorie. Dans la pratique les choses ne se passent pas aussi facilement, et il faut bien étabhr des limites. Les législateurs placent ces limites à des points bien différents, selon les pays, selon l'état des mœurs publiques et des esprits : les uns voulant toujours marcher vers la prohibition; les autres se laissant inspirer par l'esprit de liberté. Et ici encore ces derniers peuvent choisir entre deux tendances, dirigeant le gouvernement soit dans la voie de la répression par Injustice, soit dans celle de la prévention par la police. La première est bien supérieure à l'autre. 11 est dangereux de mettre le pouvoir exécutif dans la nécessité de suivre la voie préventive, qui a toujours pour effet de mécontenter les populations. Dans les deux cas, il est nécessaire de bien préciser les limites ; car il est dangereux pour la liberté comme pour la stabilité du gouvernement et la tranquillité sociale, d'inscrire dans la loi des formules vagues, que l'administration peut interpréter contre l'opinion publique.

Il est de la dernière évidence que la liberté ne peut aller jusqu'à laisser faire les sociétés secrètes; car il en est des associations comme des individus : or, le pouvoir ne doit aide et protection à ces derniers qu'autant qu'ils marchent le visage découvert, et qu'ils ne se hvrent point à des actes immoraux et dangereux pour la liberté des autres. La principale fonction des pouvoirs publics est précisément la protection sociale; or, pourrait-Ll y avoir protection

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avec la tolérance des sociétés secrètes qui ne tarderaient pas à dégénérer en conspirations organisées, non-seulement contre l'état politique; mais encore contre la sécurité et la moralité des citoyens?

Quand on parle d'associations et de réunions politiques , la pensée se reporte de suite sur les réunions qui se forment rapidement dans les temps de crise, .pour discuter des affaires publiques, et qui portent en France le nom de clubs, bien différentes des cercles ou réunions privées portant ce nom en Angleterre. Ce sujet est traité dans un article à part. i\ous nous bornerons à dire ici que la liberté peut être laissée avec avantage à ces réunions qui naissent et meurent avec la crise. Ce sont des organes de l'opinion qu'il est nécessaire de connaître et qu'on ne pourrait point assez apprécier par la presse et la tribune; ils prêtent souvent un appui à l'autorité qui prend possession du pouvoir; en tout cas, ils servent de vomitoire au volcan des passions surexcitées et subversives qui se calment par la libre expansion, et qui deviendraient explosibles par la compression. Au surplus, si le pouvoir, d'accord avec la majorité de l'opinion, croit plus utile de fermer cette soupape de sûreté que de la laisser ouverte, les clubs fonctionnant autant comme foyers de désordre que comme moyens d'apaisement; c'est ici une question d'opportunité pour un expédient dans un temps de fièvre , sur lequel il est impossible de formuler une règle iuvariable. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la liberté est, en général, la meilleure des solutions , et qu'il faut se bcâter d'y rcA'enir, quand on a cru devoir s'en écarter. ( Foy. Club.)

V Association au poi^it de vue religieux.

V. En traitant du point de vue politique, nous avons traité du point de vue religieux. Ce qui est vrai dans le premier, est vrai, ùforliori, dans le second. La question est aujourd'hui résolue en théorie et en pratique dans la majorité des intelligences, et dans le sentiment et les mœurs des niasses. C'est avec la liberté et par la liberté de pensée, de discussion et de propagande , c'est, en d'autres termes, par la libre concurrence que les diverses religions s'épurent et restent légitimement en possession des crenrs et des esprits. (Voy. Communautés religieuses, Cultes, Liberté de conscience.)

U Association au point de vue social.

VI. L'association a joué un grand rôle dans le mouvement intellectuel et les discussions publiques, surtout depuis 1830, sous deux rapports : premièrement, comme moyen de refonte sociale ; secondement, comme moyen de production ou d'organisation économique. Arrêtons-nous d'abord sur le premier-

Lorsque les questions soulevées par les écoles socialistes eurent pénétré, les romanciers aidant, dans les masses, les partis virent un levier dans les rormiilcs uii.'^es en circulation par ces écoles. Parmi ces formules, deux

ont été principalement en faveur : celles de l'Association et de l'Organisation du travail. Mais cette dernière se confondait avec la première, car il s'agissait de l'organisation du travail par l'association. C'est l'association, avaient dit Robert Owen et les promoteurs des sociétés coopératives, au commencement de ce siècle, — avaient répété les Saint-Simoniens , quelques années plus tard (1830-1831), qui fera cesser « l'exploitation de l'homme par l'homme », qui effectuera « l'amélioration physique, intellectuelle et morale des classes les plus nombreuses et les plus pauvres » ; qui supprimera la concurrence industrielle et les autres causes de misère sur la planète; c'est l'association, ajoutaient-ils, qui émancipera la femme et la fera sortir de cet état de demiservitude où la tient la civilisation des peuples les plus avancés.

Les P/ialansférienSj, disciples de Fouiùer, continuèrent la propagande en faveur de l'association, en faisant ressortir à l'aide de l'originale imagination de leur maître, d'une part . les vices de la société actuelle, de la société civilisée (pour eux c'est le dernier terme de mépris), et, d'autre part, les avantages des procédés de l'association domestique agricole, appHcables aux communes transformées en phalanstères , et constituant, à leurs yeux, la science sociétaire, la science sociale par excellence, à l'aide de laquelle l'humanité pouvait passer en quelques années de la période arriérée ou de « civilisation » à la période « d'harmonie » .

L'association était la conclusion de toutes les écoles communistes, celle de M. Cabet et autres, rêvant la transformation des diverses nations en grandes familles patriarcales. L'association était la conclusion de 'tous les organisateurs du travail, soit qu'ils aient imaginé le retour à un système de corporations fermées, ou bien l'absorption des industries privées par l'Etat et la transformation des diverses branches de l'activité sociale en régies administratives, en ateliers sociaux, ou bien à toute autre organisation et réglementation plus ou moins- bien définie.

L'association était non-seulement la conclusion des diverses sectes du socialisme, mais encore celle des romanciers les plus populaires' et d'une foule de publicistes marchant à leur suite , faisant à qui mieux mieux le procès à la société, et prônant, sans trop s'en rendre compte, l'association, «formule magique»), panacée politique et sociale, devant faire cesser l'antagonisme des classes et produire l'abondance dans la production, la justice dans la répartition, le bien-être, le bonheur en ce monde, et même dans l'autre, au dire de Fourier.

Le mysticisme avait gagné la majorité de

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