Voy. le Juif errant pnbUc par Eugène Sue dans
le Constitniionnel , journal conservateur libéral; — les Covijiayttons du tour de France, le Mantier d'Angihaut, le Péché de M. Antuinc, juibliés par M"" Sand : le deuxième dans la Réforme, journal d'extrême opposition ; le troisième dans le Globe, jourual ultraconservateur.
ASSOCIATION
l'opinion publique et particulièrement l'esprit des masses, à qui on avait persuadé qu'il était possible (au moyen d'une révolution politique suivie d'une révolution sociale) d'organiser le travail par l'association, de manière à les faire passer de l'état ^'employés à celui (^'associés, de l'état de prolétaires à celui A'entreprenenrs , de l'état de salariés à celui de bénéficiaires, de l'état de travailleurs à celui de bourgeois oisifs, avec le bien-être, l'aisance, les loisirs, l'influence dont jouissent les classes supérieures.
La voix du bon sens était couverte par la clameur générale des publicistes, des romanciers et des hommes politiques. L'association était dans le programme des partis avancés , comme dans celui de l'opposition dynastique, comme dans celui des conservateurs.
Ni les uns. ni les autres, il faut l'avouer, ne savaient trop ce qu'ils disaient ; mais ils se servaient de la parole magique , de la formule panacée, comme d'un levier sur les masses;
— les conservateurs pour leur dire : Nous aussi nous voulons votre bien-être par le bon socialisme; — les démocrates, ou républicains, pour leur dire : Aidez-nous à renverser l'ordre de choses actuel, et, sans être excentriques comme les écoles socialistes, nous réaliserons l'association selon vos aspirations, «l'association, seul remède, non-seulement aux maux politiques, mais aux maux sociaux » ; l'association, qui sera un perfectionnement à la société dont vous avez tant à vous plaindre ;
— le parti intermédiaire, quand il prenait la parole, balbutiait les mêmes formules, et faisait les mêmes promesses avec moins de précision. Parmi les économistes, les uns chantaient l'association sur un rliythme moins dithyrambique (fue les sociahstes, mais ils chantaient; quelques-uns se taisaient en manière de protestation; quelques-uns signalaient l'illusion générale; mais à eux tous, ils ne formaient qu'une insignifiante fraction dans l'opinion publique.
En résumé, l'association ressortait de ce chorus universel. Quoi d'étonnant qu'après la révolution de Février, les nouveaux pouvoirs aient été sommés de décréter l'organisation du travail par l'association! Quoi d'étonnant que la révolution et la république , inscrivant sur leur drapeau les fornmles socialistes, aient été responsables du manque de parole de ceux qui avaient tant promis en leur nom, quand, bien loin de tenir leurs vaines promesses, elles ne pouvaient empêcher la cessation du travail, la diminution des salaires, la misère, enfin, sombre réalité, venue en place des jouissances rêvées! Quoi d'étonnant que la niasse ignorante et crédule, les entrailles déchirées par la faim, étant, au surplus, surexcitée par l'esprit de parti, ait fait la sanglante insurrection de Juin!
Voilà comment l'association est devenue une grave question politique et sociale en France.
^ L'ébranlement politique de 1848, auquel l'agitation en faveur de l'association a contribué dans une certaine mesure, s'est commu-
niqué à d'autres pays; mais, ce nous semble, c'est seulement en Suisse et dans quelques États allemands que les idées sociahstes ont donné heu à l'agitation des masses. 11 n'a eu aucun effet en Angleterre, où les classes ouvrières, en possession depuis longtemps de la hberté de réunion, et mieux pénétrées du gros bon sens des vérités économiques, sont restées tout à fait calmes, malgré les exemples du continent et malgré des excitations locales. La fièvre du chartisme était passée; elle avait été calmée en grande partie par les prédications des libre-échangistes et les réformes de Robert Peel. Au surplus, le chartisme n'avait pas eu d'analogie avec le socialisme visant à l'association universelle. En demandant une nouvelle charte , en souvenir de la magna charta , obtenue par les barons normands, les promoteurs de ce mouvement ne formulaient que des vœux d'organisation politique , dont ils espéraient, il est vrai, des améliorations sociales, mais qui ne ressemblaient en rien à la refonte sociale prêchée sur le continent. (Toy. Chartistes.)
Voyons maintenant ce qu'il y a de sérieux, de positif, de scientifique, au point de vue économique, dans cette formule de l'association.
L'Association ait point de vue économique.
VII. Considérée au point de vue économique, l'association se forme en vue d'une exploitation productive , ou d'une consommation à moindres frais.
Parlons d'abord du premier cas.
En fait, toute entreprise est en elle-même une association entre l'entrepreneur et les divers possesseurs d'instruments de travail qui concourent à la production, en coopérant les uns par leur travail, les autres par leur capital, les autres par leurs fonds de terre, et retirant chacun une partie du résultat ou produit de l'entreprise. Mais nous laisserons de côté cet aspect de la question, pour nous en tenir aux associations proprement dites, dans lesquelles les travailleurs et les possesseurs des instruments de production unissent leur concours, en partageant les risques des bénéfices et des pertes.
Ces associations prennent différents noms , selon l'objet de l'entreprise ou de l'exploitation auxquelles elles se livrent; elles sont dites sociétés on compagnies commerciales, industrielles, agricoles, maritimes, de crédit, d'assurance...., financières, quand elles ont de grands capitaux à leur disposition ou qu'elles se livrent spécialement à des spéculations sur les fonds publics et les valeurs de bourse. Leur organisation varie, selon le but et la durée de l'entreprise, le concours des associés, leurs attributions, leur rcsponsabibté , leurs droits dans le partage, selon les prescriptions imposées par le législateur et les immunités qu'il accorde.
On peut les ramener aux deux types suivants :
1° Les associations dans lesquelles un cer-
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tain nombre d'associés, en général assez restreint, réunissent les facultés et les moyens dont ils peuA'ent disposer, pour travailler conjointement au succès de renfreprisc. Ce sont les sociétés les plus ordinaires et les plus nombreuses. — A ce type se l'apportent aussi les associations d'ouvriers, dans lesquelles les associés sont fous les ouATiers ou les principaux ouvriers de l'entreprise. Kous allons revenir sur ces associations , dites aussi associations de traoailleurs.
2° Les associations dans lesquelles les capitaux sont fournis par un plus ou moins grand nombre de coparticipants, bailleurs de fonds, commanditaires ou actionnaires, et l'entreprise conduite par un ou plusieurs agents ou entrepreneurs, gérants ou directeurs, plus ou moins liés par l'acte de société, dites en commandite et par actions, dites encore associations de capitalistes , quand les associés sont peu nombreux, ou propriétaires d'une part assez considéra])le.
En France , le premier type est dit société en nom collectif, et l'entreprise doit prendre le nom des associés ou de quelques-uns des associés, tous responsables. Dans la société par actions ou en commandite, le gérant ou les gérants seuls sont responsables, et la société est en nom collectif pour eux. Mais elle peut se constituer sous forme anonyme et de manière à ce que les directeurs ne soient pas responsables. En Angleterre, le système de commandite irresponsable n'est admis que depuis la loi de 1856. Jusque-là, tous les associés étaient responsables, et les sociétés étaient dites à fonds mû&ijoinl stocks),[Voij. Sociétés commerciales.]
Dans l'ordre économique, comme dans toutes les directions de l'esprit humain, l'association, l'expérience le démontre , est un principe d'une admirable fécondité. Les forces individuelles s'y trouvent réunies comme dans un foyer, leur puissance s'y trouve centuplée; il est susccptiljle des plus nombreuses et des plus heureuses applications; il n'est pour ainsi dire pas de travaux qu'il ne permette à lliomme d'entreprendre. On peut juger du parti qu'on en tirera dansl'avenir par lesapplicatious qu'on en a déjà faites par suite du développement qu'a pris l'esprit d'association des travailleurs et des capitalistes.
Ici nous pourrions arrêter longuement le lecteur sur les résultats obtenus par l'esprit d'association en Angleterre, aux États-Unis, en France et en tous pays plus ou moins: c'est par lui qu'ont été créés les plus puissants établissements de l'industrie moderne et les plus grandes exploitations agricoles et minières, les plus utiles institutions de crédit, d'assurance, de bienfaisance, de prévoyance; sans lui nous n'aurions pu voir se produire , comme par enchantement, ces nombreuses voies de communication terrestres et maritimes (routes, canaux, jours d'eau améliorés, chemins de fer, bateaux à vapeur, télégraplics), qui coupent les isthmes et les montagnes, franchissent les plaines et les mers, unissent les continents, ravivent tous les éléments de civilisation dans les pays
civilisés et les font surgir dans les contrées arriérées.
Cependant ce principe, quelque fécond qu'il soit, n'est pas susceptible d'une extension et d'une application indéflnies. lia des hmites naturelles, et il serait utopique de croire qu'il est destiné à remplacer en tout et pour tout les efforts individuels, et que la grande industrie par association est appelée à faire disparaître les moyennes et petites industries, dues, soit à l'initiative individuelle, soit aux efforts d'un petit nombre d'intéressés, et voici pourquoi.
Si d'une part l'association augmente la puissance d'action des hommes et des capitaux, elle tend d'autre part à diminuer l'énergie de ïintércH privé, le plus actif des excitants, énergie d'autant plus vive que l'homme travaille plus pour lui seul et sa famille, et que les résultats de la production lui appartiennent plus exclusivement et qu'il est plus responsable des pertes; de sorte que, si les entreprises par association ont la puissance qu'engendre l'union des forces, les entreprises individuelles se soutiennent par l'énergie de l'intérêt privé, produisant: l'activité des opérations, qui est d'un incalculable avantage , l'économie dans les frais, l'attention vigilante de tous les détails, la préoccupation et le dévouement constant du chef de l'entreprise.
Tous les jours on voit ce phénomène s'accomplir dans plusieurs des grandes entreprises. Les directeurs de ces vastes exploitations ne peuvent pas surveiller et diriger ces opérations excédant les forces de leur esprit; ou bien ils se fatiguent , de sorte que l'indolence et l'incurie succèdent à un premier élan; les employés se relâchent à l'exemple des chefs; le défaut d'ensemble se manifeste ; le désordi-e gagne en se cachant sous une régularité apparente, et le gaspillage s'ensuit. Dans ces entreprises , les employés sont plus nombreux et la direction plus coûteuse, et toutes dépenses plus élevées, l'intérêt social étant un régulateur moins rigide que l'intérêt privé.
Il est heureux que les choses soient ainsi faites; il y a des places pour tout le monde, des débouchés pour toutes les aptitudes , des combinaisons pour la satisfaction de tous les besoins sociaux. La division du travail et la concurrence s'établissent entre les entreprises individuelles à moyens plus limités (à de certains égards préférables et même supérieures aux entreprises par association), et celles-ci qui, de leur côté, sont nécessaires et avantageuses à d'autres égards : quand il faut réunir un capital dépassant les forces des entrepreneurs isolés, pour arriver soit à produire le plus rationnellement, soif à inspirer la confiance voulue; quand il y a des risques à courir, comme dans les entreprises nouvelles, les expéditions lointaines, certaines voies de communication, l'exploitation des régions peu connues; en ce cas l'association remplit une mission d'apostolat industriel, en frayant la voie où, si elle succombe, d'autres entreprises collectives ou privées s'engagent avec plus de chances de succès.
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Vni. C'est pour ne pas avoir tenu compte de la véritable notion de Tassociation, que de nombreux publicistes, et l'opinion publique, par leur fait, se sont laissés aller aux plus fantas- . tiques illusions , à proclamer la « mag-ique for- \ mule » comme une panacée contre les maux I économiques, politiques et sociaux, et spécia- I lement comme un topique contre les fâcheux I effets de la concurrence et contre la misère , é comme le moyen de transformer l'organisation ■ industrielle et de remplacer les entreprises di- ' rigées par des entrepreneurs à leurs risques et périls, et payant le concours des travailleurs et des capitalistes, par des entreprises où il n'y aurait plus que des ouvriers associés, ne recevant plus de salaires, mais une part du bénéfice; en termes plus courts, comme le moyen de remplacer le salariat par l'association. Kous avons dit comment ce mouvement, disons plus, cette aberration associationiste, sortie de l'imagination des inventeurs de systèmes sociaux artiûciels, en dehors de la nature des choses, avaient passé de l'esprit de leurs disciples dans celui des leaders politiques', dans celui dos classes ouvrières, dans une partie de l'opinion publique, au point qu'avant la révolution de 1848, l'association était devenue une question pohtique. Ce n'est pas ici le lieu de parler en détail de ces écoles philosophicopolitico-sociales , dites sociahstes, qui ont eu la prétention de conduire, par l'association, l'humanité à des destinées inconnues, et qui, pour ce but, ont proposé la refonte sociale et des réorganisations bizarres et excentriques des sociétés et de la famille, qui est l'alvéole sociale. Arrêtons-nous seulement sur ce prétendu moyen de neutraliser la concurrence , de remédier à la misère , de supprimer le salariat. Comment les sociahstes ont-ils proposé de neutrahser la concurrence?
Les uns, les communistes avoués, en fusionnant tous les groupes sociaux en une association humanitaire , patriarcale , d'où seraient exclus l'intérêt personnel, l'initiative et la responsabilité individuelles, la liberté d'action, c'est-à-dire tous les éléments du principe vital-social, et ce, par le moyen simple d'association que voici : l'extension du régime de la famille enfantine aux hommes de tous les âges, à tous les groupes d'honuues — transformés en anges, obéissant lilialemeiit à des pouvoirs angéliques. Quelle belle découverte, si,,. Mais que ne ferait-on pas avec des si?... le proverbe populaire nous apprend qu'on mettrait tout Paris dans une bouteille !
Les autres, ne se disant pas communistes, mais l'étant positivement de par la logique, et ne différant des premiers que par la nomenclature, ont prêché quelque chose comme l'an-
1. Un jour, à la Constituante de 1848, un membre appartenant au parti poUtique le plus avancé, qui avait eu le tort d'accepter la dénomination de Montagne et se croyait non-socialiste, reprochait aux socialistes de l'avoir compromis par leurs idées excentriques. A quoi M. Proudhon répondit avec raison , qu'en dehors des idées socialistes la Jlon'tagne n'avait aucune idée dans le ventre, et qu'elle ne pourrait pas même accoucher d'une souris.
cien système des castes de l'Egypte et de l'Inde, ou le régime établi au siècle dernier par les jésuites au Paraguay.
Les autres, couvrant le globe de « phalanstères « ou associations communales indépendantes, supprimaient ainsi la concurrence individuelle, mais la remplaçaient par la concurrence entre les groupes ou « phalanges ».
Les autres, en dénaturant les fonctions des pouvoirs publics, leur ont attribué la direction des diverses industries transformées en ateliers sociaux ou nationaux ou en régions gouvei'uementales avec des ouvriers devenus des associés égalitaires; ce qui est, par un autre détour, le chemin au communisme despotique, pompeusement dissimulé sous la formule d'OrganisulioH du travail.
Mais laissons de côté les excentriques rêvant l'association universelle de l'humanité en une famille patriarcale, et passons à ceux qui s'en tiennent à l'association dans le domaine de la production, sans y englober la famille. A'ous venons de dire que l'association industrielle, commerciale, etc., est susceptible de se développer; mais que heureusement cette extensibilité n'est pas indéfinie, car sans cela l'association aboutirait au monopole , c'est-à-dire à l'exploitation des consommateurs par une féodalité industrielle. Or, en ce cas, le remède à la concurrence serait bien pire que le mal.
jN'ous retrouverons plus loin le monopole comme sujet de reproche au libre développement de Passociation.
IX. Et maintenant nous arrivons aux asuocialions ouv)-ières. Sous l'impulsion de la propagande associationiste des écoles socialistes et des partis politiques fort ignorants dans les questions économiques, les ouvriers de Paris, de Lyon et de quelques autres grands centres en étaient arrivés à croire, qu'en attendant l'organisation du travail par l'association générale, ils pourraient améhorer leur situation et obtenir un meilleur revenu de leur travail, en se constituant en associés égalitaires , sans Je concours des entrepreneurs et des capitalistes, en supprimant ainsi le salaire par Passociation, et en se substituant peu à peu aux entreprises ordinaires. Sous Pinlluence de ces illusions, quelques associations se sont constituées eu France, à Paris, surtout avant la révolution de 1848, un plus grand nombre se sont créées après cet événement et quelques-unes avec une subvention du gouvernement. L'expérience n'a pas tardé à leur démontrer, pour ainsi dire, inunédiatement, que le travail et l'intelligence du métier ne sufllsentpas; qu'on ne peut rien faire sans capital, et qu'il n'y a pas de capital sans capitaliste; qu'il faut dans toute entreprise une direction unique connaissant non-seulement la manière de produire, mais encore les moyens d'approvisionner l'ateber de matières et d'instruments, et les moyens d'écouler les produits obtenus , de créer et conserver une clientèle; que l'égalité des salaires est antipathique à la nature humaine, et que Puuvricr ne peut se passer d'un revenu Vwc ou salaire.
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La plupart de ces associations ont eu une durée éphémère, et le très-petit nombre qui ont persisté se sont transformées plus ou moins en entreprises ordinaires avec la coopération d'un capital rémunéré, avec gérant ou gérants à pouvoir supérieur et à salaire plus élevé, avec salariés, à salaires inégaux. D'année en année le groupe des ouvriers associés s'est resserré, le gérant ou les gérants ont acquis plus d'importance , et finalement l'association a pris les allures d'une entreprise ordinaire avec un petit nombre d'associés. De nouvelles associations ne se sont point formées; l'exemple n'a pas fait propagande. Le recrutement des anciennes associations s'est fait péniblement.
Un autre courant d'illusions associationistes s'est produit dans ce sens à la suite des succès des «banques populaires» et des sociétés dites à tort «de consommation», qui ont été et sont des applications rationnelles du principe d'association. Ces premières , dues à l'initiative de M. Scbulze (Délitzscb), sont des unions de crédit entre petits producteurs, petits commerçants et artisans en vue de créer un capital avec de petites épargnes et d'obtenir un crédit collectif pour pouvoir faire l'escompte et d'autres avances aux coparticipauts. Les autres, qui s'appelleraient plus justement des unions d'approvisionnements , forment à l'aide de petites mises un fonds collectif pour faire des achats de comestibles, de vêlements, d'outils, etc., revendus ensuite presque à prix coûtant aux divers associés et à d'autres consommateurs en vue de bénéficier des profits des intermédiaires commerciaux. Elles ont reçu eu Angleterre et en Allemagne l'impulsion du succès de la Société de Rocbdale près Manchester, qui, grâce à l'habileté des fondateurs et de circonstances particulières , s'est transfomiée en une société industrielle et commerciale trèsprospère.
Guidés par des publicistes peu réfléchis, les ouATicrs frajiçais ont conclu du succès de ces unions de crédit et d'approvisionnement, qui étaient, nous le répétons, des applications rationnelles du principe d'association, à la facilité de constituer des associations de production et ils ont — (sous le pléonasme de « Sociétés coopératives», l'enouvclé les essais communistes du colonel Rapp et d'0-\ven ' en Amérique dans le premier quart de ce siècle) — recommencé les essais d'association de production qui ont abouti aux mêmes mécomptes que précédemment. Ce mouvement a produit une enquête instructive sur les sociétés coopératives et la loi de 18G7 qui est en progrès sur le Code de commerce, dans le sens de la liberté d'as.-^ociation. (Foy. Coopération et Internationale.)
Tout cela était facile à prévoir à priori; mais il a fallu l'expérience pouv faire tomber les illusions. Encore est-il que toutes les illusions ne sont pas tombées.
1. Les fondateurs de la Société de Rochdal?;, «les équitables pionniers •, étaient disciples d'Owen, qui ont retenu cette dénomination du maître, mais ont eu l'esprit de ne pas pratiquer le communisme, avec lequel ils u'auraieut rieu fondé.
Hâtons-nous de dire que cette expérience ne peut en rien condamner l'association des ouvriers en elle-même, laquelle association a des avantages réels. En effet, en intéressant l'ouvrier au travail, celui-ci utilise mieux son temps et fait un emploi plus judicieux de ses facultés. L'ouvrier associé est non-seulement plus laborieux et plus productif, mais plus calme, plus rangé, plus moral, et il est à désirer que l'esprit d'association fasse des progrès dans l'intérêt financier de l'ouvrier, dans l'intérêt de l'entrepreneur, de la production, et de la société en général, et pour la moralité et l'accord des classes ouvrières. Toutefois, pour entrer dans une association , il faut que l'ouvrier puisse arriver à avoir un capital qui le mette à même de posséder une part dans l'affaire, ou au moins d'attendre le résultat des inventaires. Il faut de plus que lui et ses camarades associés soient des ouvriers d'élite, pour la conduite et le caractère. D'autre part , il y a à considérer que le salaire a le grand avantage d'être une part fixe , certaine et anticipée (c'est-à-dire réalisée au fur et à mesure du travail fourni et des besoins), dont ne saurait se passer l'ouvrier, à qui il est impossible de courir les chances de lentreprise qui peut se solder en perte, et dont les résultats, dans tous les cas , se font attendre. En troisième lieu . en admettant que la transformation fiit possible et que les ouvriers pussent courir les chances de la part éventuelle, il est douteux que leur situation, en général, fût améliorée par les associations, car la concurrence, qui réduit leur part-salaire, réduirait leur part-bénéfice; car il serait absurde de croire que la multipHcation des associations ouvrières diminuerait la concurrence qu'elles se faisaient entre elles: à la concurrence individuelle succéderait la concurrence entre groupes associés.
L'expérience est plus favorable pour les associations temporaires. Tous les jours on voit des groupes d'ouvriers qui parviennent à réunir leurs efi'orts et à s'entendre pour entreprendre eu commun des tâches d'une durée limitée, telles que terrassements , pavages , transports , etc. Dans presque tous les pays de pêche les marins prennent des engagements à titre d'associés pour les travaux et les résultats de la campagne. On trouve de ces associations parmi les pêcheurs des mers du Nord, en Russie (où on les nomme Artef), en Chine, etc. Il se passe quelque chose d'analogue dans certains pay.-; tic mines. Les mines de Cornouailles sont exploitées par des groupes d'ouvriers, traitant avec l'agent du propriétaire etrecevant un tant pour cent du prix du minerai.
Nous voulons nous en tenir ici à ce qui fait l'objet spécialde cet article, l'Association. Nous ferons donc une simple mention d'un moyen souvent fécond pour les entrepreneurs comme pour les ouvriers, et qui consiste à faire participer les ouvriers aux bénéfices de l'entreprise, non point à titre d'associés, mais à titre d'mtéressés, moyen pratiqué de tout temps dans le commerce, qu'on observe plus rarement dans les autres industries, mais dont l'application est
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possible dans toutes les branches de ractivitô humaine.
X. Xous avons peu de remarques à faire au sujet de l'association en vue de la consommation, qui peut avoir pour but certaines cousommations ou certaines jouissances en commun. Sous ce rapport, le principe d'association ne semble pas susceptible à beaucoup près d'une aussi grande extension que pour la production. En premier lieu, il n'y a qu'un nombre limité de personnes en situation de se réunir pour faire des consommations en commun. Ensuite l'avantag-e que présentent ces genres de consommations est racheté par la perte de la liberté, c'est-à-dire par la nécessité de se conformer à des règlements gênants. Enfln, l'économie n'est réalisable qu'à la condition d'une gestion bien entendue et rigoureusement surveillée, condition plus difficile à remplir quand il s'agit de l'intérêt d'une communauté, cestà-dire d'un intérêt général.
Ces espèces de communautés sont impossibles pour des ménages, à cause des fenuues et des enfants, sujets perpétuels de troubles et de discussion; elles ne sont possibles pour des célibataires du même sexe qu'à la condition d'une certaine liberté; elles ne sont possUjlcs, sans liberté , qiie sous une influence reUgieuse ou par l'effet d'une discipline mibraire, et encore l'exemple des couvents et des casernes est-il là pour nous prouver combien ces procédés sociétaires laissent à désirer.
C'est improprement, avons -nous dit, que l'on a appelé « Sociétés de consommation » des unions d'acheteurs pour se procurer directement et au comptant des objets d'approvisionnement.
XI. L'association étant une des manifestations de l'activité , un des moyens de tirer le meilleur parti possible des efforts intellectuels et physiques, la conséquence naturelle et logique est que l'emploi de ce moyen doit être laissé à la libre initiative des travailleurs; en d'autres termes, que la liber lé est la loi de f association, comme (tHe est celle du travail, comme elle est celle de l'échange. La liberté de l'association est le corollaire de lu liberté du travail; car serait-on hbrc de travailler, si on n'était pas libre d'unir ses efforts pour produire? Elle est aussi le corollaire du principe de propriété; car serait-on propriétaire de ses facultés et de ses instruments de travail, si on ne pouvait les réunir pour produire? Elle est encore le corollaire du principe de justice, qui veut que les faibles puissent s'unir poin- arriver aux mêmes résnUats que les forts, que les hommes qui n'ont que l'intelligence et le travail puissent s'unir à ceux qui ont le capital et réciproquement , afin de produire.
La liberté d'association qui est une des branches de ce tronc commun qu'on appelle la LIBERTÉ , et qui est un des aspects de la propriété, de la justice, du droit, donne satisfaction à tout le monde, à ceux qui s'exagèrent la poilée du principe d'association . comme à ceux qui peuvent le méconnaître. De pins, c'est en laissaut faire les chercheurs, en laissant faire les
appUcafeurs, en laissant faire les ouvriers, en laissant faire les entrepreneurs, en laissant faire l'initiative individuelle , que la société obtiendra le maximum d'utilités avec le minimum d'efforts, ce qui est la loi économique par excellence. Il n'y a pas d'autre moyen pour que l'association se charge des entreprises qui sont dans son essence , pour que les travailleurs et les capitalistes trouvent les combinaisons sociétaires les plus convenables, pour que l'expérience montre la nature des choses et fraye le chemin de l'avenir.
Ici nous avons à répondre à l'objection qui s'est peut-être déjà présentée à l'esprit du lecteur, trouvant juste et utile de laisser toute liberté pour l'association des travailleurs entre eux et même pour l'association des travailleurs et des capitalistes, mais trouvant injuste, inutile et dangereuse, toute liberté d'association laissée aux entrepreneurs et capitalistes. Avec une pareille lOjerté, dira-t-on, ou hait tout droit à la concentration et au monopole, par l'efTct de l'intérêt individuel des associés visant sans cesse à l'exploitation du consommateur.
Nous commençons par avouer que la liberté d'association peut produire ce résultat. Mais, dans ce cas, si la réglementation et le favoritisme ne s'en sont pas mêlés, le monopole est de droit; il est naturel et légitime, et l'on n'a aucun droit de s'y opposer: il dérive légitimement des principes de propriété et de liberté, du droit d'initiative et d'invention ».
Toutefois, l'expérience prouve que ce n'est là qu'un cas exceptionnel et pour ainsi dire tliéorique, et que la lil)erté emporte heureusement avec elle son remède. En effet, les entreprises particulières, que l'intérêt privé rend si énergiques et si économes, ne tardent pas à faire la guerre au monopole et à l'amener à composition par une concurrence active. Il est cependant possible que dans certains cas ce remède fasse défaut. Mais alors aussi il faut maintenir la liberté, car le mal qui consiste à la restreindre est plus grand que celui qu'on voulait faire disparaître par la restriction. En second lieu, la concurrence étrangère est un remède normal, juste et efficace contre le mono[)oIe qui s'organise à l'intérieur d'une nation. Tous les monopoles qu'on pourrait citer en France, et ailleurs, comme résultat de l'association ne se sont constitués et ne se maintiennent qu'à la faveur d'immunités particulières concédées par l'État ou les villes, et. par suite, du système douanier protecteur. Il est toutefois des industries qui présentent à ce sujet plus de thfficnltés que les autres ; nous voulons parler de celles des voies de communication, de distribution (le gaz et d'eau dans les villes, entreprises exploitées par des compagnies. Ces cxploitatioi:s
1. Il s'agit ici , bien entendu , du point de vne économique, abstrait. A ce point de vue on peut légitimement vendre une marcliandise au prix le plus élevé qu'on paisse obtenir , mais nous sommes loin de dire que l'homme devra toujours exercer son droit dans toute son étendue. La morale a précisément pour but do contenir l'égoïsnic (nu plutôt l'amour de soi) dans des limites en dc-bors drscjuelles il cesserait d'être bienfaisant. (Foi/. Économie politique.) M. B.
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ASSURANCES
sont, à beaucoup d'égards, forcément des monopoles; mais outre qu'elles peuvent toujours être maîtrisées par une certaine concurrence, qu'elles se font entre elles, ou que leur font leurs analogues (les canaux et les fleuves aux chemins de fer, le gaz portatif au gaz ordinaire), l'aulorité peut corriger le privilège par des tarifs maximum.
D'autres pourraient encore objecter contre la liberté d'association les inconvénients des coalitions d'ouvriers. Assurément, une coalition d'ouvriers est une réunion d'efforts , une association temporaire, en vue d'obtenir, soit le maintien des salaires, soit une élévation des salaires, soit d'autres conditions; et cette association découlant du principe de propriété et de celui de la liberté du travail, il est impossible de ne pas admettre logiquement ce droit des classes ouvrières. Sans doute , ces coalitions ont, la plupart, plus d'inconvénients que d'avantages au point de vue de la situation des ouvriers; mais l'expérience démontre que le libre exercice du droit de réunion fait disparaître les coalitions occultes, et le danger qu'elles avaient pour la tranquillité publique, qu'il tend à calmer l'esprit des classes ouvrières. Quoi qu'il en soit, il est impossible de ne pas accorder aux ouvriers une liberté qu'il est impossible d'ôter aux maîtres, à qui il est toujours facile de se concerter, sans que l'autorité puisse s'y opposer.
En Angleterre les ouvriers de plusieurs professions ou métiers se sont organisés en trade'sîijiions pour constituer une caisse commune capable de subvenir aux besoins de la coalition et de la grèA'e. En Allemagne les Gewerbverein ont été organisés pour le même but. En France les ouvriers de môme profession se sont trouvés groupés au moyen de sociétés de secours mutuels dont la création a été favorisée par le gouvernement et dont la plupart sont devenues des sociétés de résistance et des instruments de coalition. (]oy. Coalitions, Grèves, Trade's- Unions.)
Ces diverses sociétés tendent à se prêter un mutuel appui financier pour soutenir les grèves.
XII. Si nous cbercbons à poser des conclusions sur l'association au point de vue économique, nous dirons:
t. L'association est un des moyens les plus fécouds que les hommes aient à leur disposition pour accroître leur force, leur puissance, pour développer leur production; elle féconde le travail par le capital, et réciproquement.
2. Mais ce principe n'est pas susceptible d'une application indéfinie, il a une limite dans l'énergie de l'intérêt individuel, supérieure à celle de l'intérêt sociétaire et social.
3. Il est ufopique de rêver une association universelle. Les formules des écoles socialistes sont irrationnelles à tous les points de vue.
4. Les associations ouvrières pour la production ou l'exercice d'un métier ne sont possibles qu'entre un petit nombre d'ouvriers d'éUle, et à des conditions qui les rapprochent des associations ordinaires.