‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 7 sur 557 · V. Trac Y · texte numérisé non relu

V. Trac Y

ABSOLUTISME. On entend généralement

par ce mot la forme de gouvernement dans laquelle le chef de l'État jouit d'un pouvoir sans contrôle (régulier) et sans limites (tracées par des institutions politiques). L'absolutisme se rencontre aussi en dehors des monarcliies ; une aristocratie, une chambre démocratique unique, une assemblée du peuple (dans un très-petit État) dont les majorités réuniraient tous les pouvoirs, constitueraient des régimes absolus. Mais, en fait, lorsqu'on parle absolutisme, c'est presque toujours aux monarchies qu'on pense. On distingue l'absolutisme du despotisme en ce qu'un souverain absolu peut être naturellement bienveillant et disposé à rester dans les limites de la légahté ou d'une légaUté relative, tandis que le despote ne respecte aucune loi, et agit au gré de ses caprices, sans même ménager les intérêts de son peuple.

Il peut donc y avoir des partisans de l'absolutisme, mais personne n'avouera de l'indulgence pour le despotisme.

Quels sont les arguments qu'on peut faire valoir en faveur d'une monarchie absolue ? jNous croyons qu'on n'en a guère cherché que dans le sentiment, et même seulement dans une certaine altération du sentiment qu'on appelle mysticisme. i\'est-ce pas du mysticisme que de parler de délégation divine , d'autorité paternelle ? Qui n'est pas convaincu . de nos jours, que le gouvernement n'existe que pour le bien de la nation, et que jamais peuple n'a été créé pour qu'un roi ait de nombreux serviteurs?

Du reste , si le mysticisme est quelquefois favorable à l'absolutisme, d'autres sentiments se trouvent froissés de la pensée d'avoir un maître . et ces sentiments ce sont ceux qui constituent la dignité humaine.

Le seul argument rationnel en faveur de cette forme de gouvernement est puisé dans la minorité de certains peuples. Un peuple barbare, ilit-ou. a besoin d'un pouvoir énergique pour le contenir. Mais pourquoi une nation barbare, c'est-à-dire à demi civihsée , auraitelle besoin d'un gouvernement plus puissant qu'un peuple tout à fait sauvage, qui ne reconnaît souvent aucune autorité ? Il n'y a pas là de nécessité logique. Sans doute, s'il arrivait à une telle nation de tomber entre les mains d'un homme de génie . d'un monarque bien plus avancé que ses sujets, il en résuUerait pour elle un grand avantage; elle serait poussée avec vigueur vers le progrès. Or, ce ne serait là qu'une chance, qu'un accident et non un argument. D'un autre côté, est-il une nation civilisée qui tienne à se donner un brevet de barbarie ?

Mais il est inutile d'insister sur ce point. Demandons plutôt si le pouvoir absolu existe réellement quelque part en politique.

Il nous semble que non. Partout il y a des freins à la volonté humaine . et le plus puissant de ces freins est peut-être celui qui provient de la volonté d'autrui. Quelquefois ces freins sont patents, on en a conscience; d'autres fois ils seront occultes; ds n'agiront que sur l'instinct, mais toujours ils existeront.

ABSOLUTISME. — ABSTEXTIOX.

Selon le degré de civilisation dun État , le pouvoir qui n'est pas limité par des lois trouvera sa restriction dans un obstacle différent. Ici ce seront les mœurs, les coutumes, les traditions, ailleurs la religion, ailleurs encore Ja crainte des soulèvements, de la vengeance des individus lésés; dans les pays plus éclairés, l'opinion publique exerce parfois une influence qull ne sera pas permis de méconnaître. Il est si difficile de se mettre au-dessus du qu'en dira-i-on !

Nous avons jusqu'ici considéré le pouvoir absolu entre les mains d'un monarque, mais il peut aussi être exercé par les gouvernements collectifs: aristocratiques ou démocratiques.

Quand le pouvoir absolu appartient à une aristocratie, il se rend odieux plus tôt que dans toute autre forme de gouvernement. D'abord , parce qu'il entre plus vite dans sa période d'abus , et puis , parce que si , dans une monarchie absolue, le souverain, les favoris et les serviteurs zélés peuvent faire beaucoup de mal, ils n'en sauraient faire autant que les familles aristocratiques , leurs clients et leurs adhérents. Et ensuite, il arrive souvent que ces familles gouvernantes sont issues de conquérants, qu'elles appartiennent à une nationalité étrangère, qu'elles professent une religion différente, qu'elles se distinguent par la couleur de la peau ou par d'autres marques extérieures. Dans ce cas, ces familles ont, d'une part, une plus grande tendance à abuser de leur pouvoir, à devenir des tyrans; et, de l'autre, les populations assujetties sont moins disposées à leur rendre justice , même pour le bien que leur fait le gouvernement. De plus, une aristocratie, comme corps collectif, est moins influencée par les freins qui restreignent les excès des monarchies absolues, clic craint moins de perdre le pouvoir.

Dans une démocratie , le pouvoir absolu parait être l'apanage naturel du gouvernement. Ce gouvernement n'est-il pas le résultat de l'élection ? A'e représente-t-il pas parfaitement la volonté de la nation ? N'est-il pas — du moins théoriquement — responsable devant elle ?

Pourtant , l'absolu est eu toute circonstance un fardeau trop lourd pour être porté avec aisance par des hommes. Si tel despote laisse tomber le pouvoir de ses maius débiles pour le voir ramasser par quelque favori , une assemblée sera entraînée — souvent même par un sentiment généreux — à en aggraver encore le poids. D'ailleurs, le pouvoir absolu des gouvernements démocratiques ne serait rationnel . tout au plus , que s'il était élu à l'unanimité. Alors, au fond . chacun ne serait soumis qu'à sa propre volonté, ou à l'autorité qu'il a créée. Mais, en réalité, cela n'est pas. Ce sont

les majorités qui gouvernent et souvent

oppriment les minorités. Elles les oppriment avec d'autant moius do scrupule, qu'elles sont la majorité et qu'elles out pour elles la lettre de la loi.

Or, la nation elle-même a-t-elle un pouvoir absolu sur l'un de ses membres '.'' L'anirmaliou pure et simple; d'un tel principe paraîtrait ré-

voltante de nos jours, quoique des hommes éminents aient soutenu une doctrine tendant à ce résultat. Admettre le pouvoir absolu d'une nation , c'est justifier les persécutions religieuses , l'esclavage et bien d'autres horreurs encore dont l'humanité a souillé ses annales.

De déduction en déduction, nous en sommes implicitement arrivé à demander si les lois commandent une obéissance absolue. Nous ne répondrons pas expressément à cette question, car nous ne faisons pas un traité de casuistique ; nous n'avons pas à rechercher dans quel cas spécial la nation use et dans quel cas elle abuse de son pouvoir , ni dans quelle limite il faut se soumettre et souffrir de ces abus. Disons seulement que nous devons des sacrifices à la société en échange du bien que nous en recevons. Mais la mesure de ces sacrifices , 11 faut que chacun la trouve dans sa conscience.

Nous n'avons pas abordé ici l'examen du gouvernement absolu comparé au régime con • stitutionnel; cette matière sera traitée aux articles: Gouvernement, Monarchie, République, Régime constitutionnel, et autres encore. MaL'rice Block.

Comparez: Despotisme, Dictature, Gouvernement provisoire, Tyrannie.

ABSTENTION. Ce mot, qui avait autrefois son emploi dans le di*oit civil, où il était synonyme de renonciation d'hoirie ou d'héritage, ne figure plus que dans le langage politique. C'est également une renonciation à l'exercice de ses droits.

L'abstention est pratiquée par des partis politiques en minorité. Ces partis, voyant que tout effort pour faire triompher leurs idées est vain, ne veulent pas donner à leurs adversaires le spectacle de leur défaite. Quelquefois aussi ils se proposent de protester contre une oppression réelle ou imaginaire ; ils pensent alors qu'en votant , ils reconnaissent la légahté do l'acte ou du gouvernement qu'ils combattent.

L'abstention est encore un procédé qu'on emploie dans des cas où il y a conflit de devoirs, de scntùnents ou d'intérêts.

Nous ne citons que pour mémoire l'abstention des électeurs qui a pour unique cause la négligence ; il ne saurait être question de juslilier un acte si peu motivé et même si coupable au point de vue des intérêts généraux du pays.

l'ourra-t-on mieux justifier l'abstention d'un parti? Nous ne le croyons pas. D'abord c'est une annulation de soi-même , un suicide politique , qu'on ne peut pas plus excuser que l'acte de détruire sa personne. Puis, en se retirant sous sa tente, on s'ùte toute chance de I)rofiter d'un revirement dans l'opinion du pays. En prenant part au mouvement politique, en se mêlant à ses concitoyens lors des élections, en se ijrésentant à leur choix, on peut espérer faire une propagande plus ou moins heureuse, et obtenir une certaine influence sur les destinées de la patrie. Or, ou doit à son pays nonseulement son sang, mais encore son dévouement, .son talent.

ABSTENTION. — ABYSRIXIE.

A l'orateur qui se tait , on poun-ait dire : Si vous aviez parlé , nous nous serions peut-être rendus à vos arguments. Vous n'avez pas le droit de douter de l'intelligence, de la loyauté, du patriotisme de vos concitoyens, même lorsqu'ils professent des opinions opposées aux vôtres. Et de quel droit vous considérez - vous comme infaillible ? Étes-vous bien sûr que notre réplique ne vous aurait pas convaincu de votre erreur et converti à notre manière de voir ?

A ceux qui s'abstiennent — généralement dans un cas spécial — par l'elTet d'un contlit de devoirs ou d'intérêts . on peut rappeler la loi de Solon , qui ordonnait à chaque citoyen de se décider en faveur de l'un des partis qui se divisent la patrie; car ce sont les abstentions qui. souvent, prolongent les luttes intestines. De plus, il est rare qu'en examinant bien le fond des choses , on ne trouve pas que l'un des devoirs ou des intérêts l'emporte, tant soit peu , sur l'autre. C'est donc , dans ces circonstances, par paresse d'esprit qu'on n'a pas pris de décision.

Enfin , dans les conflits de sentiments , si le patriotisme est en jeu, il ne saurait y avoir de doute sur le parti à prendre. Est-ce que Brutus a hésité entre le patriotisme et l'amour paternel"? Un simple citoyen peut hésiter; un homme public, jamais : noblesse oblige.

On voit que nous ne saurions approuver l'abstention en aucun cas, et nous ne voyons que rarement l'occasion de l'excuser. Quelquefois même , nous sommes obUgé de la considérer comme une faiblesse , et pour la faiblesse on n'a que de la pitié.

Maurice Block.

ABUS. Les abus sont une conséquence de la faiblesse humaine; aucune forme de gouvernement, aucune organisation ne sauraient les prévenir complètement.

Les abus sont d'autant plus fréquents que les populations sont plus ignorantes. En effet, si, au lieu d'être ce«.se connaître la loi. chacun la connaissait réellement , il défendrait son droit et parviendrait le plus souvent à se faire rendre justice. D'ailleurs , la seule crainte de voir le citoyen se plaindre suffit pour prévenir bien des abus.

Malheureusement, une certaine force d'iiiertie nous fait trop souvent négliger de demander une réparation quand le dommage n'est pas Irès-considérable. Quelquefois, il est \xdx. on est inspiré par un sentiment d'indulgence tréslouable , lorsqu'il s'agit de faits isolés ; mais quand il s'agit de principes ou de précédents, il est du devoir de chacun de maintenir son droit et celui de tous qu'on a lésé en lui.

Comparez: Vexation.

ABUS (Appel comme d'). l'oy. Recours comme d'abus.

ABUS DE POUVOIR. Voy. Fonctionnaire.

ABYSSINIE. Grande contrée de l'Afrique orientale, dans le haut bassin du Xil. Elle est

bornée au nord par la Nubie, à l'ouest par des pays nègres peu connus , au sud-ouest et au sud par des régions à peu près inexplorées, à l'est par le pays d'Adel et par une étroite zone littorale arabe qui borde la mer Rouge. Sa longueur peut être de 540 milles géographiques ide 15 au degré) du sud au nord, sur une largeur presque égale de l'est à l'ouest ; sa superficie approximative égale , si elle ne la surpasse, celle de la France. On l'évalue à 50.000 lieues carrées; la population est d'environ 4,500,000 habitants.

Dans son ensemble, l'Abyssinie est un vaste plateau montagneux, dont l'escarpement domine de 8,000 pieds (plus de 2,500 mètres), au nord-est et à l'est, la plage de la mer Rouge et les larges plaines du pays d'Adel. Au nord et à l'ouest, il descend en larges gradins vers les plaines de l'Atbara; au sud-ouest, il s'inchne vers la vallée du Bahr-el-Azrek ou fleuve Bleu ; au sud. il se prolonge vers les contrées peu connues de Kàfa et d'Enaréa. Sa surface , prodigieusement accidentée, n'est qu'une suite de plaines inégales, de montagnes abruptes et de vallées profondes. Dans la région du sud, une large dépression renferme un grand lac connu sous les deux noms de Tzana et de Dembéa ; dans sa partie moyenne, le plateau présente, de l'ouest à l'est, une large coupure, ou, si l'on veut , un énorme sillon de 2,000 pieds et plus de profondeur, où roulent les eaux torrentueuses du Takazzé, une des deux grandes rivières du plateau abyssin d'autre est r.:\Jjaï, qui reçoit en >'ubie le nom de Bahr-el-Azrck ou fleuve Bleui. Cette coupure établit, entre le nord et le sud de l'Abyssinie, une division naturelle qui a été, à diverses époques, une limite poHtique, et qui est même, jusqu'à un certain point, une limite ethnograpliique. Au nord du Takazzé, jusqu'à l'escarpement littoral, le pays porte le nom de Tigré ; au sud s'étend l'Amhara, dont le Choa, qui formait naguère un royaume indépendant, est une subdivision. La capitale du Tigré fut autrefois Axoum ; c'est aujourd'hui Adoua. La capitale de l'Amhara. et eu même temps la résidence des empereurs de l'Abyssinie. est Gondar ; celle du Choa est Ankobèr. Ankobèr et Adoua comptent chacune 7 à 8.000 habitants; Gondar peut en renfermer le double.

Les Abyssins distinguent dans leur pays trois régions naturelles : les kolla ou plaines inférieures, les dèga ou hautes terres, et les ouaïnadérja ou provinces intermédiaires. Les basses terres, qui sont naturellement les plus chaudes, produisent à peu prés tous les végétaux des contrées tropicales: le coton, l'indigo, les gommiers, l'ébénier, la canne à sucre, le dattier, le bananier, le caféier, etc. Les terres de la région moyenne ont une température qu'on peut comparer à celle de l'Itahe inférieure et du midi de l'Espagne. La plupart des céréales, des fruits et des légumes de l'Europe tempérée et de l'Europe méridionale y viennent à souhait.

A l'exception des lavages d'or des parties extrêmes de l'ouest et du sud-ouest, la richesse minérale de l'Abyssinie est encore près-

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