‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 93 sur 557 · BARREAU · texte numérisé non relu

BARREAU

fixant les couditions qui eu ouvraient ou eu fermaient l'accès. D'autres lois réglèrent même la durée , la convenance, le ton des discours, etc. La conquête romaine , en détruisant la nationalité et la liberté grecques, lit dégénérer peu à peu l'institution du barreau comme les autres ; à la voix puissante de Périclès , d'Isocrate , d'Eschyne , de Démostbène , succéda celle des rhéteurs , qui ne furent plus que des artistes en parole , et des plaideurs d'affaires privées.

Sous la république romaine . le barreau ne constitua pas dabord une profession à part. C'était pour les patrons une obligation légale de défendre leurs clients , comme , au moyen âge, la féodalité , transportée à Jérusalem , imposait aux seigneurs le devoir de cotiseifler. c'est-à-dire soutenir personnellement leurs vassaux devant les juges, et plaider ou consulter pour eux. Lorsque Rome eut étendu au loin ses frontières , que les lois , comme les relations et les intérêts , furent devenues nombreuses et compliquées, le temps, le savoir et le talent des patrons ne parurent plus suffisants ; on eut recours à des défenseurs qui faisaient de la jurisprudence et de l'art oratoire une étude spéciale. La grandeur des causes porta très-haut leur éloquence ; c'étaient tantôt de graves accusations politiques , tantôt les destinées d'un roi , d'un peuple , qu'ils débattaient devant le sénat ou devant les tribunaux. Aussi du barreau de Rome sortirent les hommes d'État , les orateurs les plus éminents . .■Elius , Gaton, Jules César, Gicéron , Hortensius.» Grassus, etc. L'empire diminua le rôle politique des avocats. Les exemples et les écrits de Pline le Jeune et de Tacite prouvent à la fois que , sous Trajan , l'importance du barreau romain était grande encore, mais que déjà l'habitude et le goût des exercices de rhéteurs marquaient une décadence sensible. Le barreau fournit dans les siècles suivants de profonds jurisconsultes et d'habiles avocats; les empereurs rendirent un grand nombre d'édits pour y maintenir la discipline.

Dans la Gaule, célèbre par le nombre et la faconde de ses avocats, le barreau fut gouverné par les règles de celui de Rome, tant que dura la domination gallo-romaine. Tout fut changé par les institutions militaires des Francs, ensuite par les procédés du régime féodal. Pour retrouver un barreau constitué, il faut arriver aux tribunaux ecclésiastiques, et surtout au parlement de Paris. Ge grand corps judiciaire, dont Porganisation était, déjà sous PhiHppe- Augusfe, plus avancée qu'on ne le croit généralement, ne nous est bien connu, sous son véritable caractère, que depuis saint Louis, principalement depuis que ce pieux monarque revint de la Terre-Sainte, en 1254. L'existence des avocats auprès du parlement est certaine. Dès Philippe le Hardi et Phihppe le Bel, les ordonnances renferment des dispositions sur l'exercice de leur ministère; elles en répriment les abus, revenant souvent sur la prolixité des plaidoiries et sur l'inconvenance des paroles. Les registres du parlement contiennent, dès le

quatorzième siècle , des h'stes d'avocats, et de nombreuses décisions tendant à régler la discipline du barreau et ses rapports avec la cttur. Ce n'est qu'à la fin du dix-septième siècle que le tableau des avocats au parlement fut complètement organisé. Dans tous les temps, le barreau fit respecter ses privilèges, et s'associa aux destinées de la magistrature.

La révolution de 1 789 ayant détruit Pancien système judiçiaù'e, il s'est agi de savoir si l'ordre des avocats serait compris dans l'abrogation. Les membres du barreau étaient nombreux et influents à rAssemblée constituante ; ils auraient volontiers conservé leur ordre ; mais plusieurs des plus célèbres avocats de Paris en demandèrent la suppression au comité qui les avait consultés. Leur avis, dicté par la vanité, fut suivi; ils regrettaient la majesté des parlements, et ne croyaient pas de leur dignité d'exercer auprès des petits tribunaux de la nouvelle magistrature; on les prit au mot; il n'y eut plus d'ordre des avocats, mais seulement des défenseurs isolés. Cet état de choses dura jusqu'à Pan XII; une loi sur les écoles de di'oit posa le principe du rétablissement de l'ordre, ^'apoléon, qui n'aimait pas les avocats, fit, en 1810, un décret sur Porganisation et la discipline du barreau. Ses dispositions, restrictives et antilibérales , furent à peine adoucies par une ordonnance de 1822; vers la fin de la Restauration, le gouvei'uemeut fit quelques promesses d'amélioration : il n'y eut que des promesses. Malgré les réclamations du barreau pour obtenir une révision générale de ses règlements, il n'obtint, après la révolution de 1 830, que quelques changements favorables à sa liberté ; il fut autorisé à éUre directement le bâtonnier et le conseil de l'ordre, et à plaider indistinctement, sans avoir besoin d'aucune permission ministérielle, devant toutes les cours et tous les tribunaux de France.

En Angleterre, l'organisation des avocats remonte à Pétablissement des cours supérieures fondées à la suite de la grande charte. L'esprit de légalité qui distingue la nation anglaise a fait comprendre dans ce pays l'importance d'une institution destinée à conserver la counaissance des lois et les traditions de la jurisprudence. De là la formation des jurisconsultes plaidants en une sorte de corporation chargée d'initier les étudiants à la science et à la pratique du droit. Dans ce but. les étudiants vivaient en communauté dans les auberges ou hôtels de la chancellerie , Lms qf chancenj, où ils apprenaient la théorie, et dans les hôtels des cours, Inns of court, où ils se formaient à la pratique. Ces anciens usages se sont perpétués; quoique le droit soit enseigné dans des chaires spéciales à Londres, à Oxford , à Cambridge, néanmoins personne ne peut être reçu avocat en Angleterre sans avoir été, pendant trois ans au moins, membre d'un des quatre Lvis of court, qui sont Temple Inn, iliddle Temple, Lincoln's Inn et Gray's Inn. A ce premier degré, dans la carrière, les avocats anglais ont le titre de barristers. Le grade supérieur est celui de sergent es lois, sergeant at law;

l'JG

Page 1