BARREAU
ou ne lobtieiit quaprès seize ans d'exercice; il correspond, à peu près, à notre titre de docteur, lequel exige seulement un temps d'étude et des épreuves d'école, mais non la pratique du barreau. Les barristers ont le droit de plaider devant toutes les cours de justice. Pour jouir du titre de sergeant at law , il faut l'avoir reçu par une ordonnance royale ; c'est parmi les sergents que sont choisis les quinze juges d'Angleterre. Le barreau anglais a fourni d'éminents jurisconsultes, au nonibre desquels ont brillé, de tout temps , les lords-chanceliers et des orateurs d'une grande habileté ou d'une puissante éloquence, tels que lord Erskine et lord Brougham.
Les avocats aux États-Unis d'Amérique jouissent d'une complète indépendance individuelle. Dans tous les pays de l'Europe, le barreau existe, avec des règlements plus ou moins larges , suivant la législation politique et les lois de la procédure de chaque État.
L'importance du barreau dépend essentiellement de la constitution poUtique du pays. Là où se discutent librement et publiquement les droits, les intérêts des citoyens, les affaires de l'État, les innovations et les réformes législatives, la marche du gouvernement, les fautes des fonctionnaires pubUcs, un champ immense est ouvert à l'éloquence. On en peut juger par les harangues de Cicéron, par les discours des avocats anglais dans la défense des accusés poursuivis devant le parlement. A défaut de la grande liberté poUtique, le barreau peut déployer de beaux talents dans les débats judiciaires, témoin les avocats célèbres du parlement de Paris. Le mouvement , l'éloquence , l'action extérieure ne sont possil^les qu'à la condition du débat oral et public; sous l'influence de ce bienfait, le barreau français moderne a produit et produit encore des orateurs doués de qualités diverses, les uns distingués parla puissance du raisonnement, les autres par le charme de la diction ou par les entraînements de l'émotion. Ces avantages, perdus pour les barreaux qui ne discutent que par écrit et dans le silence du secret, sont demeurés aux avocats des pays où les lois de la France ont survécu aux conquêtes de ses armes ; grâce à ces institutions, les barreaux itahens, belges, hollandais, et actuellement l'Allemagne, ont eu de brUlants orateurs : des procès criminels retentissants en ont récemment fait connaître quelques-uns.
En Allemagne la limitation du nombre des avocats, les règles de l'exercice de leur profession, et les mesures disciplinaires dépendent, en partie, du cumul de la quaUté d'avocat avec la charge d'avoué. La réunion de ces deux ministères existe notamment en Autriche, eu Bavière, en Saxe, etc. ; elle explique dilférentes prescriptions concernant les avocats, par exemple la tenue d'un registre, la taxation de leurs honoraires, la défense de se charger d'aucune cause injuste, etc.
Pour la disciphue, autrefois elle était exercée par les tribunaux dans une partie de l'Allemagne ; aujourd'hui elle l'est, dans beaucoup
d'Etats, notamment en Prusse, par les avocats eux-mêmes; depuis 18 49, il y a aussi des chambres d'avocats en Autriche, mais elles peuvent seulement dénoncer et non punir. En général, les conseils d'avocats n'ont pas obtenu en Allemagne le même degré d'influence qu'en France.
A la différence du barreau allemand, le barreau français est distinct du ministère des avoués, et incompatible avec lui, du moins dans les cours d'appel, comme jadis dans les parlements; les avocats seuls ont le droit de plaider devant ces juridictions supérieures. Quant aux tribunaux de première instance, les avoués ne peuvent y plaider que lorsqu'une délibération de la cour du ressort a décidé que le nombre des avocats y est insuffisant. Indépendamment des anciennes traditions, la séparation des deux professions repose sur l'impossibilité où seraient les avocats de suivre les détails d'une procédure compliquée et de préparer leurs plaidoiries. La réunion s'opérerait à l'avantage des justiciables, comme elle a lieu dans le canton de Genève, et comme elle existe pour le collège spécial des avocats de la cour de cassation, si les écritures et actes des procès étaient moins nombreux.
Le barreau fournit des défenseurs, nommés d'office, par les magistrats, aux accusés qui n'en ont pas choisi. Il prend une part active à l'utile institution de l'assistance judiciaire. (Voij. ce mot.)
Dans tous les temps, le barreau a conduit à la carrière poUtique, et les avocats ont préludé aux hommes d'État. A Rome, les plus hautes magistratures de la répubUque étaient la récompense de leurs services et de leur célébrité. Dans l'ancienne France , les chanceliers , les présidents , les conseiUers au parlement, corps politique autant que judiciaù'e , avaient passé par le barreau; en Angleterre, les dignités les plus élevées dans les tribunaux, la chambre des communes, la pairie attendent les avocats éminents; aux États-Unis et dans toutes lesrépubUques, la présidence du gouvernement leur est ouverte; dans tous les États constitutionnels, leur place est marquée au sein des assemblées délibérantes et parmi les conseillers delà couronne. Depuis la révolutiou de 1789,1e barreau de toute la France y a joué un rôle prépondérant; il n'a paru déchoir de sa puissance que durant les périodes transitoires où, par suite de ces vicissitudes inévitables dans le premier siècle d'une ère de renouvellement social, la parole a été momeutanémeut étouffée, la Uberté suspendue ou amoindrie.
La connaissance des lois, l'aptitude à en reconnaître, par l'application, les lacunes ou les vices, la promptitude de la conception, le talent de l'improvisation, l'art de discuter, celui d'exciter la passion, les ressources, en un mot, du savoir ou de la parole, expUquent le rang que les avocats de mérite tiennent dans les assemblées. Ce n'est pas que les succès obtenus au barreau soient toujours une garantie de ceux de la tribune-; les conditions de l'éloquence judiciaire sont tout autres que ceUes de l'élo-