BARREAU. — BARRICADES
quence politique, et l'on a vu plus d'un avocat venu de son ressort avec une grande et légitime réputation, échouer dans un discours parlementaire. L'espace me manque pour l'appréciation de ce fait, en apparence étrange, et, au fond, très-naturel. (T'oy. Éloquence.)
On a remarqué que le barreau incline souvent vers l'opposition ; cette tendance ne doit pas s'expliquer seulement par l'habitude de la controverse, mais aussi et surtout par le besoin de soumettre toutes les prétentions à la légalité . ce frein que les tribunaux imposent aux justiciables, mais dont la gène impatiente facilement le pouvoir. L\joutons que la critique se prête mieux au mouvement oratoire que le panégyrique.)
Une des forces du barreau est dans son esprit de corps. La solidarité unit tous ses membres : l'injustice ou l'outrage envers l'un d'eux devient une offense contre tous ; soit sous l'ancienne magistrature, soit de nos jours, cette noble susceptibilité a dicté d'honorables réparations. Le même esprit de corps s'est plus d'une fois associé aux griefs des tribunaux; quand les droits et privilèges du parlement paraissaient lésés, le barreau entier a souvent cessé tout exercice de son ministère; ainsi, aucun avocat n'a plaidé à Pontoise, quand le parlement y a été exilé en 1720, et pour que le cours de la justice ne fût pas interrompu. par le défaut de plaidoirie , lors du parlement Maupeou . il fallut que la royauté créât un corps spécial d'avocats, aucun des anciens n'ayant voulu paraître. De nos jours le barreau n'a pas eu l'occasion de recourir à ces moyens extrêmes; mais dans plusieurs circonstances, il a cru devoir protester contre les mesures qu'il regardait comme contraires à ses droits , à sa dignité ou à la bonne administration de la justice.
Quand le barreau est organisé en vraie corporation . comme en France , la discipline qu'il exerce lui-même sur ses membres, maintient et rassure l'esprit de corps. Un stage préalable est prescrit; sur un tableau général s'inscrivent tous les noms admis dans l'ordre; un conseil élu annuellement, ainsi que le bâtonnier ou président, par tous les avocats du ressort , prononce les radiations du tableau et les peines disciplinaires. En général, le soin de conserver la pureté de la composition de l'ordre inspire de louables décisions; mais on rencontre quelquefois des scrupules poussés jusqu'à la pruderie, et, en même temps, des tolérances qui ont l'inconvénient de laisser des doutes sur les motifs des rigueurs. Quelques règles anciennes auxquelles le barreau français semble tenir, ont paru surannées et excessives. Ainsi, il est de principe que les avocats ne peuvent pou^sui^Te en justice le payement de leurs honoraires, et que. quand ils les ont reçus, ils n'en donnent pas de quittance. Tout le monde ne comprend pas bien pourquoi les avocats réclament un privilège auquel ne prétendent pas d'autres professions libérales, par exemple, les médecins. L'exception au droit commun semble, aux esprits difîîciles et soupçonneux, d'autant moins utOe, qu'elle se compense aisé-
ment par la condition oul'usage d'un payement anticipé.
Le barreau exige autant, et plus peut-être, qu'aucune autre profession . une moralité parfaite, une conduite honorable sous tous les rapports, une instruction étendue, une intelligence exercée. Les dons de la nature et les résultats de l'étude trouvent d'heureuses occasions de développement dans les travaux de la plaidoirie et de la consultation. Comme toute médaille a son revers, il ne faut pas méconnaître que les nécessités mêmes du barreau peuvent conduire à une fâcheuse incertitude d'esprit, provenant de l'habitude de considérer le pour et le contre de chaque affaire, à une facilité de prévention en faveur d'une cause acceptée et que l'avocat défend avec une entière bonne foi , fiit-ce même au détriment de la justesse du raisonnement; enfin, à une tendance vers l'esprit de contradiction, la chicane, le formalisme.
Malgré quelques inconvénients inhérents à tous les états de la société, le barreau est à la tête des plus belles professions qu'on puisse exercer ; il offre un admirable emploi des grandes facultés; il ouvre une magniflque carrière aux plus légitimes ambitions ; il est l'école des magistrats, des orateurs et des hommes d'État. A. Grun.
BARRICADES. Dans son acception la plus générale , fortiflcation improvisée pour arrêter la marche de l'ennemi.
La barricade est surtout célèbre comme moyen révolutionnaire. On l'a employée pour ce but dès le moyen âge et l'histoire mentionne surtout celles qui furent élevées à Paris en 1588 et 1648. Au dix -neuvième siècle nous les voyous reparaître avec une fréquence vraiment affligeante. Mentionnons à titre d'exemples les journées de juillet 1830 qui renversent le trône de la branche aînée de la maison de Bourbon, et font passer la couronne sur la tète du duc d'Orléans, Louis-Phihppe ; puis la journée du 17 septembre 1831 , à la nouvelle du désastre de Varsovie; celle du 5 juin 1832, à l'occasion des funérailles du général Lamarque; celle du 24 février 1848. qui fait surgir la République. La révolution du 24 février avait organisé des ateUers nationaux, et de la dissolution de ces derniers vinrent les néfastes journées de juin 1848. Au coup d'État du 2 décembre 1851, Paris ne A'it que de faibles barricades , faiblement défendues; les journées de Juin avaient démontré leur impuissance contre des forces militaires bien organisées.
Sous l'Empire on n'en vit point s'élever dans les rues de Paris, bien qu'il y eût une ou deux tentatives aussitôt réprimées. Ce n'est pas par les barricades que l'Empire est tombé. Quand les populations sauront-elles que la violence est un mauvais moyen pour fonder une institution durable, que la réforme vaut mieux que la révolution, que les voies légales sont les plus sûres pour arriver au progrès?
>ous n'avons pas besoin de dire que Paris n'a pas eu le monopole des barricades. Bruxelles a eu les siennes en septembre 1830, Berlin-,