INFUSOIRES
font obstacle. Tous n'ont pas la même grosseur; les plus petits seul plus transparents, et s'agitent avec plus de vitesse que les plus gros. Ils s'abordent quelquefois entre euv , et toujours par leur extrémité tactile, et dès qu'ils viennent à se loucher, ils se retirent aussitôt à reculons avec une rapidité extraordinaire. »
Nous reproduisons la description des principaux infusoires que les auteurs disent exister dans les eaux minérales :
Monas sulfuraria — Forme elliptique ou ovale-allongée; diamètre de -j^ à rJ-j de millimètre, dans leur plus grand développement; enveloppe transparente , au dedans de laquelle on aperçoit quatre à huit points rouges, et doués, au moins en apparence, d'un mouvement de grouillement très marqué.
M. Fontan, auquel on doit la découverte de ces animalcules dans les eaux de Salies, les a encore retrouvés dans la matière organique des eaux d'Enghien; aussi les croit-il propres aux eaux sulfurées calciques.
Navicules. — Ces singuliers êtres microscopiques sont doués, comme les monades, de mouvements spontanés; les auteurs ignorent encore si l'on doit les considérer comme des infusoires ou comme des algues. Ils ont la forme d'un coffret oblong à quatre faces, dont deux opposées, presque planes, et les deux autres convexes ou diversement infléchies; quelques-uns n'ont qu'une seule face convexe, et paraissent avoir été primitivement soudés par la face plane opposée. Les plus grands n'ont guère que deux ou trois dixièmes de millimètre de longueur, sur une largeur cinq à six fois moindre; les plus petits n'ont pas un cinquantième de millimètre. L'enveloppe externe est un test siliceux, transparent, dur et cassant, souvent strié ou sillonné en long ou en travers, ou même dans les deux directions à la fois, et présentant l'aspect d'une ciselure très délicate. L'intérieur est occupé par une substance mucilagiueu.se, limpide, dans laquelle se trouvent une ou plusieurs masses arrondies ou irrégulières d'une substance brune ou verte, comparable à la chlorophylle des végétaux, et contenant également des grains ou globules.
Quoique paraissant dépourvues d'organes, les navicules ont la faculté de se mouvoir spontanément : on les voit quelquefois demeurer longtemps en repos; mais souvent aussi elles s'avancent, d'un mouvement uniforme, dans le sens de leur axe, puis elles reviennent comme une navette, en suivant le même chemin, à moins qu'elles ne soient heurtées contre quelque obstacle qui a changé leur direction; et elfes recommencent indéfiniment ce mouvement automatique. (Dujardin, Dictionnaire universel d'histoire naturelle.)
Oscitlaires. — Nous dirons peu de chose des oscillaires, que quelques hydrologues disent exister dans la matière organique des eaux minérales
et qui se meuvent connue les animalcules précédents. Considérées par les uns comme des animaux infusoires, par les autres comme des algues, les oscillaires semblent former le passage du règne végétal au règne animal. Quoiqu'il en soit, et de l'avis de M. Dujardin, elles ne sont que des algues microscopiques, « filiformes, vertes, larges de 5 à 30 millimètres et longues de 5 à 30 millimètres, suivant les espèces. Chaque filament est composé d'un tube diaphane presque mucilagineux, renfermant une série de petits disques empilés de matière verte, laquelle paraît susceptible de dilatation et de contraction dans le sens de l'axe; chaque filament, dans son ensemble, se meut isolément de plusieurs manières, soit dans le sens longitudinal, soit par des indexions brusques ou des oscillations, comme l'indique le nom générique, soit par des ondulations peu prononcées, sinon à l'extrémité plus diaphane. » [Dict. univ. d'hist. nat.)
Gallionella ferruginea (Ehrenberg). — Forme rccliligne, cylindrique, en baguette; dimension variable, de 0,0008 à 0,001 de ligne; coloration brunâtre ou plutôt rouillée, presque toujours homogène, quelquefois avec intervalles comme celluleux et de forme diverse. — Ces filaments sont tantôt isolés, tantôt groupés de différente façon. On bien ils donnent une teinte de rouille à la masse de l'eau qui les contient; ou celle-ci, dans d'autres cas, reste limpide. (Stiebel, Grundzuge der Infusorien . )
INHALATION. On entend par inhala/ion, en hydrologie médicale, un mode particulier d'administration des eaux minérales, qui s'adresse à la muqueuse respiratoire, comme les bains s'adressent au tégument externe, l'eau en boisson aux surfaces digestives. C'est sous forme de gaz, de vapeurs ou de gouttelettes infiniment divisées, que les eaux minérales pénètrent dans l'appareil respiratoire.
Cet article traitera d'abord des installations et des procédés relatifs à l'inhalation, et ensuite des applications de l'inhalation.
Des installations et des procédés relatifs « l'inhalation. — Depuis que l'on fait usage d'eaux minérales dégageant de l'hydrogène sulfuré et de l'acide carbonique, depuis que l'on administre des étuves, des bains et des douches en lieux clos, on a fait de l'inhalation. Les effets des vapeurs, des gaz, des eaux elles-mêmes sur l'appareil respiratoire, étaient signalés depuis longtemps. On n'a commencé à les rechercher par des méthodes spéciales que depuis une trentaine d'années. Il est vrai de dire que, dès le milieu du siècle dernier, on s'était pendant quelque temps préoccupé, en Allemagne, de l'usage interne et externe de l'acide carbonique en aspirations, en douches et en bains. Cette préoccupation n'eut pas de suite; elle y reparut vers 1828 à 1830, à peu près à l'époque à laquelle M. Coin à Saint-Alban, et M. Barrierà Celles (Ardèche), préparaient leurs applica-
lions de l'acide carbonique à l'aspiration el h l'inhalation. [Voy. CARBO- NIQUE (Acide).]
En Allemagne, où les eaux sont généralement riches en acide carbonique plus ou moins chargé d'hydrogène sulfuré, on a, plus rapidement que chez nous, développé l'installation de locaux ou de salles destinés à l'inhalation. On s'y est appliqué sur les points où l'acide snlfhydrique était plus abondant, comme à Aix-la-Chapelle, à Nendorf, à Eilsen, etc. , etc. On y a installé les salles sur les poinis d'émergence des sources, quand on a pu le faire, ou bien on a dirigé les eaux vers les salles, sous forte pression naturelle ou artificielle. La séparation des gaz s'y obtient, soit en divisant l'eau en gerbes, soit en la brisant contre des disques, soit aussi en la faisant tomber par chutes ou cascades successives. Les appareils diviseurs sont placés les uns au centre, les autres aux extrémités des salles, qui fonctionnent généralement à une température comprise entre 12° à 20° centigr. Enfin il est d'usage, dans plusieurs stations à portée d'exploitations importantes de salines, de faire respirer les malades dans l'atmosphère des bâtiments de graduation [Nauheim, Kreuznach, Oeynhausen), ou au voisinage des chaudières d'évaporation, comme à Milnster, à Ischi, etc.
En France, l'inhalation tend à prendre une place importante dans la thérapeutique thermale. A peu près à l'époque (1836 a 1840) à laquelle Bertrand étudiait au Mont-Dore l'action dérivative de la vapeur forcée (2 à 2 1/2 atmosphères) fournie par un générateur alimenté par l'eau minérale, I, allemand faisait installer au Vernet l'inhalation des vapeurs sulfureuses émanant soit d'étuves, soit de douches réunies dans la salle voûtée des anciens bains.
Les salles du Mont-Dore et celles de Royat sont jusqu'aujourd'hui les seules qui fonctionnent avec la vapeur forcée. La vapeur y arrive par un serpentin contenu dans un tambour cylindrique portant des bouches latérales, et placé vers le centre de la salle. L'aérage est fait par des vasistas et par l'action d'un appel d'air déterminé par le foyer même du générateur. On fonctionne au Mont-Dore à une température de 28° à Zi5° centigr. La salle d'inhalation, on le voit, y est une véritable éluve, dans laquelle on recherche moins les effets immédiats de l'inhalation que l'action directe des vapeurs sur la surface cutanée, en vue d'une médication dérivative. [Voy. Mont-Dore.]
Les salles chaudes du Mont-Dore ont 10 mètres sur 15; leur hauteur est de 5 à b" mètres. Garnies de gradins à l'intérieur, la voûte en est plate. Les baies vitrées sur châssis de fer sont pourvues de nombreux vasistas.
L'inhalation alimentée par l'acide carbonique s'est peu développée à
Dict. dfs Eaux miner.— T. 11. Il
S&int-Alban et à Celles. On pourrait dire que dans ces deux localités,
c'est plutôt de l'aspiration que de l'inhalation que l'on a fait jusqu'à ce
jour.
Des efforts plus sérieux et plus multipliés ont été poursuivis à l'égard de l'inhalation par les vapeurs et les gaz des eaux sulfureuses. La salle du Vernet, installée dans une galerie supérieure baignée parles émanations sulfureuses des éluves et des douches, fui bientôt imitée à Amélie-les- Bains. Dans cette dernière station, la vaste nef de construction romaine des bains Hermabessière fut entourée d'une galerie surmontant les cabinets des douches et des bains, en même temps que d'ingénieuses dispositions réglaient l'admission des émanations sulfureuses dans les salons de conversation de l'établissement Pujade. La température des salles, ou plutôt des galeries d'inhalation du Vernet et A'Amélie-les-Baim (Hermabessière), présente une moyenne de 18" à 20° ; les salons des bains Pujade sont entretenus vers 15° à 18° centigr. Ce sont, on le voit, des salles tièdes ou tempérées.
Les indications qui précèdent résument la première période d'application de l'inhalation sulfureuse en France. On peut y rattacher ce qui s'est longtemps pratiqué très efficacement, quoique par simple routine, à la division d' Enfer, cYAix- les- Bains, à l'établissement de Gré&ulx, aux galeries souterraines de Luchon et à Bagnols.
La deuxième période, celle qui se continue actuellement, et dont on peut placer le début vers 18^7 à 18^9, a pour fait dominant l'application faite à Allcvard sous la direction de M. le docteur Nicpce. On sait que l'eau d'Allevard est particulièrement riche en gaz sulfhydrique, que l'on dégage dans deux grandes salles quadrangulaires, dont l'installation ne présente pas de conditions spéciales. Le gaz sulfhydrique y est fourni par l'eau venant de la source, et se répandant sous pression sur un appareil diviseur, à chutes successives, placé au centre de la pièce. Dans l'une des salles, l'appareil ne reçoit que l'eau de la source, qui y arrive vers 17° à 18 degrés : c'est la salle Froide. Dans la seconde salle, il existe un jet d'eau chauffée, dont l'addition plus ou moins marquée à l'eau de la source permet d'y obtenir à volonté une atmosphère sulfureuse chaude ou tiède, que l'on règle vers 20° à 22°.
Depuis que l'on a reconnu que les vapeurs spontanées des sources minérales ne contenaient pas seulement les gaz libres, mais qu'elles entraînaient de la matière organique et plusieurs des éléments fixes de l'agrégat minéral, tels que silicates, chlorures, iodures et bromures alcalins (L'Héritier, Petit, O. Henry, J. François) [voy. ATMOSPHÈRE THERMALE. Air des salles de bainsj, l'inhalation par ces vapeurs spontanées, au voisinage de l'émergence, a inspiré un intérêt motivé et fixé l'attention
des praticiens; aussi plusieurs salles, telles que celles de Saint -Honoré (Nièvre), iVAix-les-Bains, etc., ont été placées au-dessus de réservoirs faisant hypocauste, et construites sur les points d'émergence des sources. L'admission des vapeurs sulfureuses s'y pratique au moyen de tambours ou de puits à margelle circulaire, dont la partie supérieure porte des plaques tournantes de marbre, de pierre ou de zinc, faisant orifice variable, à la manière des bouches de chaleur. On admet aussi les émanations sulfureuses par les parois des salles, au moyen de cheminées verticales ménagées dans l'épaisseur des murs, comme le pratiquaient les anciens pour leurs étuves.
Ces dispositions, bonnes pour les eaux de température moyenne (20° à 30°), dont le gaz sullhydrique se dégage avec facilité, ont l'inconvénient de ne pouvoir fournir facilement une atmosphère tiède, tempérée ou froide.
A Saint-Honoré, où la température est propice (18° à 20°), on a dû activer le dégagement du gaz sullhydrique par un appareil diviseur composé d'une roue mue par l'eau elle-même.
A Aix-les-Bains, on règle la température des salles par une gerbe d'eau froide; on y exalte les émanations sulfureuses ou les vapeurs minérales, soit par une gerbe d'eau chaude, soit par un appareil à trompe. Ces dispositions ont été prises en vue de faciliter les observations de la pratique médicale.
L'usage de la gerbe à jets très ténus, se brisant contre un disque métallique, a donné hMurlioz d'excellents effets de dégagement sulfureux; il va être introduit dans la salle en construction au bain des espagnols (Cauteret$).\A gerhe est placée au centre d'un bassin déprimé qui occupe le milieu de la salle. Moyennant le chauffage ou la réfrigération par serpentinage, on attribue aux salles une température facultative.
On étudie et l'on prépare de nouvelles applications de l'inhalation sulfureuse sur plusieurs points, notamment à Marlioz, à Luc/ion, aux Eaux-Bonnes, etc. M. l'ingénieur J. François, qui dirige ces études et travaux, doit y introduire, comme à Caulerels, la gerbe à brisant avec serpentin, qui donne le plus de gaz avec le moindre volume d'eau, et qui se règle d'ailleurs avec facilité.
Le traitement hydro-minéral par voie d'inhalation est d'introduction trop récente encore pour que l'on puisse formuler des règles précises à la construction et à l'appropriation des salles. Nous dirons seulement ici que L'aérage doit en être facile et rapide ; on doit en régler avec promptitude l'atmosphère, et comme température, et comme teneur en vapeurs ou en gaz provenant des eaux minérales. Les salles doivent être voûtées* les baies auront leur châssis vitré en métal ou en pierre.
Nous ne ferons que mentionner ici un procédé particulier d'inhalation
que constitue le humage, et auquel nous avons consacré un article particulier. [Voy. Aspiration et Humage.]
M. Sales-Girons a préconisé récemment un mode particulier d'inhalation,qui consiste à introduire dans les bronches, non plus les gaz ou les vapeurs, mais l'eau minérale elle-même, fragmentée à l'infini, ou réduite à l'état de poussière ; d'où le nom de pulvérisateur attribué à l'appareil diviseur, et de pulvérisation à la méthode elle-même. Celle-ci, inaugurée à Pierrefonds, a été mise en usage, depuis quelques années, près de plusieurs stations thermales, et plus récemment, de plusieurs stations marines. Nous empruntons la description de l'appareil pulvérisateur à M. Sales-Girons {Traité théor. et prat. des salles de respiration nouvelles, à l'eau minérale pulvérisée, 1858) :
« Cet appareil, dû à M. de Flubé, consiste en une pompe foulante qui, prenant l'eau soit à la source, soit dans un vase, la refoule, sous pression de h à 5 atmosphères, dans un ou plusieurs tubes dont l'extrémité porte l'appareil pulvérisateur.
» Ce dernier, au moyen d'un joint conique à rainures divergentes, produit, par suite de la pression, des jets qui, venant se briser contre des disques métalliques, donnent un vrai brouillard ou nuage d'eau pulvérisée. Chaque jet bien disposé pourrait servir et suffire à la respiration d'un malade. Vingt jets, rencontrant pour s'y briser des disques de la grandeur d'une pièce d'un franc, à surface légèrement bosselée, et rangés à convenable distance, remplissent de poussière d'eau une salle de 7 mètres de long sur 5 de large et 3 de hauteur. La salle de respiration de Pierrefonds a les dimensions que nous venons d'indiquer. Les fenêtres et les portes peuvent demeurer ouvertes pendant l'inhalation. Les malades doivent se couvrir d'un peignoir et d'une coiffure appropriés pour se garantir de l'humidité. »
Applications de l'inhalation. — L'inhalation a pour objet de mettre un agent médicamenteux en contact avec la muqueuse bronchique. L'absorption des principes médicamenteux, qui est un des objets recherchés par l'administration de l'eau minérale en boisson et en bains, joue ici un rôle secondaire. Tout en admettant qu'elle puisse entrer pour quelque chose dans l'action des vapeurs inhalées sur les altérations du parenchyme pulmonaire (pneumonie chronique, tuberculisation), et tout en reconnaissant que l'inhalation de l'hydrogène sulfuré fournit une voie assez active à la pénétration du soufre dans l'économie, nous ne pensons pas que l'absorption des principes médicamenteux rentre dans les indications que l'on se propose de remplir par l'inhalation. L'inhalation constitue essentiellement une médication topique.
Il importe donc de se rendre un compte exact des principes qui peuvent ainsi être mis en contact avec la surface des bronches.
Ces principes sont d'abord ceux qui se dégagent spontanément des eaux minérales; ensuite ceux dont on peut développer le dégagement par des moyens artificiels. Ce sont donc des gaz et de la vapeur d'eau plus ou moins minéralisée, la proportion de cette dernière variant suivant la température naturelle ou artificielle de l'eau minérale.
Les gaz que dégagent les eaux minérales sont l'hydrogène sulfuré, l'acide carbonique, l'azote et l'oxygène [voy. Gaz]. Nous ne mentionnons ces deux derniers que pour mémoire, l'oxygène existant en très faible proportion, et l'azote ne nous présentant aucune action thérapeutique définie. Nous avons consacré à V acide carbonique un article spécial [voy. Carbonique (Acide)]; nous aurons donc à nous occuper à peu près exclusivement ici de Y hydrogène sulfuré, les eaux minérales non sulfureuses , comme le Mont-Dore et quelques chlorurées, ne fournissant qu'un faible contingent, relatif à l'inhalation thermale.
On sait que la plupart des eaux dites sulfureuses dégagent de l'hydrogène sulfuré. Quelques-unes en renferment à l'état libre. Chez celles qui sont minéralisées par des sulfures alcalins ou terreux, ce gaz apparaît par suite de la réaction de l'oxygène et de l'acide carbonique de l'air ambiant sur les principes constituants de ces eaux. L'hydrogène sulfuré est alors toujours accompagné d'une certaine proportion de vapeur d'eau et d'azote dans les sulfurées sodiques, d'acide carbonique dans les sulfurées calciques; mais l'action de ces derniers gaz est considérée comme tout à fait subordonnée à celle de l'hydrogène sulfuré , qui constitue l'objet essentiel de l'inhalation.
Cependant il faut ajouter que les vapeurs des eaux a température élevée entraînent avec elles une proportion plus ou moins considérable des principes constituants de ces eaux, en particulier de la matière organique [voy. Am des salles de bains. Buée]. Mais comme les principes constituants des eaux sulfureuses n'y existent en général qu'en très faible proportion, qu'ils présentent, pris isolément, des propriétés fort peu significatives, surtout au point de vue d'une médication topique, leur pénétration devant s'opérer d'ailleurs d'une manière suffisante par les modes concomitants d'administration des eaux, il nous paraît que l'inhalation des eaux sulfureuses n'offre à notre appréciation (pie trois éléments importants : Y hydrogène sulfuré, la vapeur d'eau et la matière organique.
L'action thérapeutique de cette dernière ne se prête pas davantage à une analyse systématique. On peut admettre simplement que sa présence en proportion notable ajoute aux matières inhalées quelque chose d'émoi-
lient et de sédatif, que l'administration des eaux en bains ou en boisson semble également lui emprunter. Nous arrivons donc à envisager à peu près exclusivement la pratique des inhalations, sous le double rapport de la vapeur d'eau et de l'hydrogène sulfuré. Si ce gaz représente essentiellement leur activité thérapeutique, la considération de la vapeur d'eau n'en offre pas moins une importance très particulière.
L'inhalation se pratique de deux manières : ou en introduisant dans les bronches, au moyen d'un appareil spécial, la matière h inhaler, ou en se plongeant tout entier dans le milieu propre à l'inhalation.
Dans le premier cas, portée dans les bronches, la vapeur d'eau affaiblit l'action de l'hydrogène sulfuré auquel elle est mélangée, et communique les propriétés de l'eau aux matières inhalées.
Dans le second cas, il importe de prendre en considération l'influence que le reste de l'économie peut ressentir du milieu auquel elle est exposée. Ici, en effet, l'inhalation se trouve, jusqu'à un certain point, combinée avec l'étuve, et l'on comprend que l'élévation de température qui résulte de l'accès de vapeurs provenant d'eaux très chaudes ou artificiellement échauffées, et l'humidité que celles-ci déterminent, créent des conditions toutes spéciales, étrangères au fait de l'inhalation lui-même, et qui ne sauraient être indifférentes.
Tout procédé d'inhalation comportant des conditions de température et d'humidité qui le rapprochent de l'éluve, devra être prohibé toutes les fois que ces dernières pourront être par elles-mêmes nuisibles aux malades. Or il faut considérer que l'inhalation est exclusivement adressée aux affections de l'appareil respiratoire; que les conditions atmosphériques extérieures, dépendant de circonstances accidentelles de saison ou de données topographiques permanentes, pourront redoubler les inconvénients inhérents au séjour de l'éluve dans les affections de ce genre; qu'il faudra redouter surtout ces inconvénients dans les catarrhes sensibles aux influences atmosphériques, chez les pléthoriques, les rhumatisants, chez les individus débiles et sans réaction.
Tels sont les inconvénients que l'on a cherché à éviter en installant des salles d'inhalation sans vapeurs, où le dégagement de l'hydrogène sulfuré s'obtient par la division de l'eau minérale : ainsi à Allevard, Marlioz, Saint-Honoré (voy. la première partie de cet article). Ici la température est peu élevée, et l'humidité est insuffisante pour offenser les vêtements.
Jusqu'à présent donc, le procédé d'inhalation mis en usage dans ces dernières localités, sous des formes que l'on peut varier à son gré, mais qui se rattachent toujours à un même principe, le dégagement de l'hydrogène sulfuré par la division de l'eau minérale, nous paraît répondre
le mieux à l'indication générale île l'inhalation, du moment toutefois que l'on veut s'en tenir à celle de l'hydrogène sulfuré. Nous ne parlons pas en ce moment de la pulvérisation, qui répond à un tout autre ordre d'idées.
Cependant on peut reprocher à ce procédé d'inhalation de ne fournir que de l'hydrogène sulfuré, isolé de tous les autres principes de l'eau minérale. Ceci peut èlre recherché dans certains cas, trouvé insuffisant dans d'autres. Notre opinion personnelle est que l'introduction de l'hydrogène sulfuré dans les voies respiratoires est bien le but essentiel des inhalations des eaux sulfureuses. Néanmoins nous ne voudrions pas nousmêmes préjuger la question, et nous admettons la possibilité qu'une inhalation plus complète, et, dans certaines circonstances, surtout plus humide, dût être quelquefois préférée. Dans tous les cas, le procédé dont il s'agit ne s'applique qu'aux eaux sulfureuses, et les autres sortes d'inhalations, celles du Mont-Dore par exemple, restent en dehors.
Nous nous trouvons donc placés entre les inconvénients de l'étuve, ou d'une installation en approchant, et ceux d'une application incomplète, lorsqu'elle n'est pas irréalisable. C'est à ce double inconvénient que l'on entend parer par le HUMAGE [voy. page 112]. Par ce procédé, on peut inhaler les vapeurs dans toute leur intégrité; on peut môme, en s'éloignant plus ou moins de la source, diminuer la température, l'humidité des vapeurs, et l'on n'a pas à souffrir des conditions fâcheuses que réunissent beaucoup de salles d'inhalation. Mais le humage ne peut guère s'opérer sans amener quelque gène dans la respiration, quelque effort, quelque chose enfin de moins favorable que l'aspiration naturelle dans un milieu approprié. Si, pour l'éviter, un trop grand évasement est donné à l'embouchure des appareils de humage, une grande partie de la vapeur se dissipera, et n'en laissera qu'une proportion insuffisante pénétrer dans les organes de la respiration.
Nous avons fait remarquer précédemment que les cabinets de bains, de douches, les piscines, présentent une buée, comprenant les gaz et les principes entraînés par la vapeur d'eau : d'où résulte, pour les malades enfermés dans ces milieux, une réelle et inévitable inhalation. Nous devons ajouter à cela l'approche des sources [voy. Atmosphère thermale], et même l'ingurgitation de l'eau minérale, qui, opérée lentement et répétée à plusieurs reprises dans la journée, s'accompagne également d'une véritable inhalation. Nous nous demandons si cette inhalation simple, naturelle, si rapprochée de l'eau minérale elle-même, dépouillée des inconvénients signalés plus haut, et auxquels nous devons ajouter la vicialion, par une réunion d'individus, d'un air déjà raréfié par la présence d'un gaz non respirable, si cette inhalation ne serait pas suffisante sou-
vent, et préférable à l'inhalation installée à grands frais et dans des conditions toujours imparfaites.
Les médecins allemands envoient certains malades parcourir l'intérieur des sauneries, où ils respirent une atmosphère chargée de molécules salines. Ils leur recommandent encore de se pencher au-dessus des sources bouillonnantes, dont la buée, accrue par le soulèvement du gaz carbonique, entraîne des vapeurs à peu près aussi minéralisées cjue l'eau elle-même. Une pratique analogue pourrait être recommandée près des sources sulfureuses rapidement altérables, et par conséquent environnées d'une atmosphère sulfureuse. L'aspiration des vapeurs qui recouvrent les sources du Mont-Dore, seul mode usité autrefois, ne seraitelle pas pour bien des malades, si elles possèdent réellement par ellesmêmes de l'efficacité. thérapeutique, préférable au séjour de la salle d'inhalation? Sans doute il est fort difficile de mesurer et de doser une telle inhalation; mais il nous semble que cette médication, telle qu'elle est généralement pratiquée, échappe le plus souvent au dosage. L'inhalation ne peut guère se doser exactement qu'avec le humage, et encore sous une forme que nous désapprouvons, le humage forcé, c'est-à-dire avec application exacte des lèvres sur l'embout [voy. Ischl].
Nous ne prétendons nullement que cette inhalation banale doive remplacer, dans tous les cas , celle plus méthodique des salles chaudes ou froides; nous pensons seulement que son application est trop négligée, et que l'on n'a pas assez cherché à se rendre compte des services qu'elle pouvait rendre. IN'est-il pas vrai que, dans bien des cas, la promenade au milieu d'une forêt d'arbres résineux sera plus salutaire, au point de vue médicamenteux, que le séjour dans une salle où l'on aura dégagé des vapeurs de cette nature?
En résumé :
Le mode d'inhalation que nous croyons généralement préférable, près des eaux sulfureuses, est l'inhalation de l'hydrogène sulfuré dépouillé d'un excès de vapeur d'eau.
Dans les cas où l'on lient à faire aspirer ce gaz accompagné de vapeurs abondantes et minéralisées par entraînement, le humage nous parait préférable aux salles d'inhalation. Ceci s'applique particulièrement et nécessairement aux eaux non sulfureuses, et qui ne peuvent être inhalées qu'à l'état de vapeurs proprement dites.
Enfin nous recommandons de chercher si, dans un certain nombre de cas, l'inhalation à la source elle-même, dont la pratique peut être facilitée par des mesures conçues pour cet objet , ne serait pas préférable à toute autre disposition.
La pulvérisation constitue, non pas un procédé, mais un système tout
particulier d'inhalation, puisqu'elle a pour objet de porter dans les organes respiratoires, non plus des gaz et des vapeurs, mais l'eau minérale elle-même, en nature et dans toute son intégrité. Ce système échappe à la plupart des inconvénients que nous avons signalés plus haut. S'il ne soustrait pas à toute humidité, il ne crée pas d'étuve, n'élève pas la température, et ne comporte pas d'encombrement, puisqu'il peut être pratiqué à espace ouvert.
Mais il ne saurait produire des effets identiques avec ceux de l'inhalation. Celle-ci met enjeu les gaz et les vapeurs, c'est-à-dire les éléments des eaux minérales qui sont le plus en rapport avec les fonctions el la structure de l'appareil respiratoire. Dans la pulvérisation, au contraire, c'est l'eau surtout que l'on entend introduire en nature. La pulvérisation ne saurait suppléer à l'inhalation, comme aussi l'inhalation ne saurait l'imiter.
Si nous admettons que l'eau pulvérisée parvienne, comme les vapeurs, dans la totalité des ramifications bronchiques, ce qui est encore contesté, nous reconnaissons que c'est là un moyen très ingénieux de porter sur la muqueuse pulmonaire des agents thérapeutiques variés; mais est-il permis, comme le pense M. Sales-Girons, de considérer les eaux sulfureuses comme le mieux appropriées à cette pratique?
La pulvérisation a pour objet de porter l'eau minérale, en nature et infiniment divisée, sur la muqueuse bronchique, et tel est le résultat que s'est proposé d'atteindre M. Sales-Girons en l'introduisant dans la pratique de l'inhalation. Mais la division d'une eau sulfureuse n'a-t-elle pas pour effet de la modifier plus ou moins profondément dans sa constitution essentielle? Les appareils d'inhalation d'Àllevard et de Marlioz ont été construits d'après ce principe, que la division des eaux sulfurées en dégageait tout l'hydrogène sulfuré. La pulvérisation d'eaux minérales de cette nature ne doit-elle pas avoir pour résultat de ne porter dans les bronches qu'une eau en grande partie désulfurée, par conséquent très altérée, et sans doute peu active, si l'on considère la nature et la proportion des principes fixes de la plupart des eaux sulfurées, en particulier de celle de Pierrefonds, qui a spécialement été employée sous cette forme? Ces remarques ne sont pas applicables aux eaux fixes, en particulier aux chlorurées, et la pulvérisation pourrait être appliquée à ces dernières, conformément à son but.
Il nous reste à exposer les résultats thérapeutiques des inhalations; mais c'est une tache fort difficile à remplir. Les inhalations ne sont pratiquées d'une manière méthodique que depuis quelques années et dans un nombre d'établissements fort restreint. Les formes suivant lesquelles on les administre sont très variées et généralement très imparfaites, et
surtout l'emploi simultané des autres modes d'administration des eaux rendra toujours fort difficile de faire la part exacte des inhalations dans les résultats d'un traitement. Cette circonstance comporte au moins la nécessité d'une observation très longue et très attentive, laquelle nous fait encore complètement défaut. Il nous faut donc nous borner à une appréciation succincte des conditions principales qui caractérisent les différentes salles d'inhalation.
La plus simple est celle où l'on aspire l'hydrogène sulfuré isolé, ou du moins accompagné de peu de vapeur d'eau, et sans élévation de température (Allevard, Marlioz, Saint-Honoré). Ici l'action thérapeutique se rattachera uniquement à la pénétration de l'hydrogène sulfuré lui-même dans les bronches , et à son action topique , ainsi qu'à son absorption.
On s'accorde généralement à considérer l'hydrogène sulfuré comme lujl)OSthénisant. Sous l'influence de ces inhalations, on voit habituellement la toux diminuer, l'expectoration s'amoindrir et devenir plus fluide, la dyspnée diminuer également. Mais on ne saurait différencier de tels résultats de ceux qui sont obtenus par l'usage des autres modes de traitement , là où l'inhalation méthodique n'est point mise en pratique , et nous rappellerons encore qu'on ne peut faire un usage quelconque d'une eau sulfureuse sans opérer une véritable inhalation.
Le séjour dans les salles d'inhalation détermine encore habituellement certains phénomènes plus ou moins caractérisés, tels que lourdeur de tête, céphalalgie même, accélération et même gêne de la respiration au début, ou plus tard, si le séjour est trop prolongé, accélération du pouls. Le malaise ressenti dans les premiers moments est généralement passager, et dans les salles que nous venons de désigner, on peut se livrer sans aucune gêne à la conversation, à la lecture ou à des ouvrages de femme. Il n'y a rien là de très caractérisé comme effet physiologique, et la diminution dans l'oxygénation de l'air des salles à inhalation peut aussi bien rendre compte de ces divers phénomènes qu'une action médicamenteuse quelconque.
Les effets sédatifs attribués à l'hydrogène sulfuré ne se dégagent même pas très nettement dans l'ensemble des moyens employés. 31. iNiepce, à qui l'on doit les observations les plus intéressantes sur l'emploi des inhalations, bien qu'on ne puisse accepter la plupart des analyses chimiques qu'il a présentées à leur sujet, a trouvé que les aspirations de la salle d'inhalation froide d'Allevard étaient plus excitantes que celles de la salle d'inhalation chaude. Or, la première est précisément celle où l'hydrogène sulfuré se trouve le plus isolé. Faudrait-il rapporter plutôt à la vapeur d'eau, qui domine dans la seconde, les qualités sédatives ou hyposthénisantes qu'on attribue à ce gaz?
Lu laissant à part cette observation particulière, qui demande à être confirmée, nous ne pensons pas qu'il faille s'arrêter à cette idée d'action hyposihénisante, attachée à l'hydrogène sulfuré. L'indication qui y correspond ne se rencontre qu'exceptionnellement dans l'application. On sait que le traitement thermal sulfureux est essentiellement un traitement excitant, et depuis Bordeu on a toujours incliné à penser qu'il tendait, par une action véritablement substitutive, à ramener les inflammations chroniques et les affections calarrhales de l'appareil pulmonaire à une sorte d'état aigu.
Comment concilier avec cette donnée celle d'une médication hyposihénisante, aussi étroitement liée que l'inhalation au reste du traitement thermal? A nos yeux, l'hydrogène sulfuré introduit dans l'inhalation participe à l'action spéciale qui appartient aux sulfureux, vis-à-vis des affections catarrhales de la muqueuse bronchique, soit considérées en elles-mêmes, soit envisagées au point de vue de certaines conditions pathogéniques communes. En un mot, l'action thérapeutique des sulfureux, dans l'ordre de faits qui nous occupe, ne résiderait pas plus dans l'action hyposthénisante des inhalations que dans l'action excitante des bains et de la boisson.
Les inhalations sont donc simplement un mode complémentaire du traitement thermal, qui, multipliant les points d'absorption et les points de contact sur l'organe malade, en multiplie également l'action physiologique et curative. Elles se trouvent naturellement indiquées dans les affections catarrhales de la gorge et delà poitrine qui réclament les eaux • sulfureuses. Nous nous abstiendrons d'émettre d'opinion au sujet de leur opportunité dans la phthisie. C'est une question qui n'a pas été l'objet d'une expérimentation suffisante.
Le point de vue que nous venons d'exposer est tout à fait concordant avec celui qui nous a portés 'a considérer comme effective l'inhalation spontanée des vapeurs minérales autour de la source, et par l'intermédiaire des divers modes d'administration, boisson, bains, etc., et à recommander, pour l'inhalation artificielle, le mode le plus simple d'introduction de l'agent essentiel, l'hydrogène sulfuré.
Il nous resterait encore à faire la part de l'inhalation sèche et de l'inhalation humide. M. Niepce est le seul, à notre connaissance, qui ait suivi cette étude comparative avec quelque soin [voy. Allevard]. Les observations de ce genre ont besoin d'être multipliées.
Ceci nous amène, comme transition, aux salles où l'inhalation est combinée avec l'étuve. Les documents nous manquent encore pour en apprécier les effets avec quelque précision. On parait, du reste, disposé à les abandonner partout, près des eaux sulfureuses. C'est près d'elles