Principes insolubles
Sous-sulfate de fer 22,50
Phosphate de fer 13,68
Oxyde de fer hydraté 229,21
Chaux 2,14
Magnésie 1,45
Silice 1,50
Acide humique 107,14
Lignite 42,46
Matière résineuse 23,32
Humine 4,02
Substances minérales indéterminées 6,45
Matières organiques 508,80
1000,00 Ainsi qu'on peut s'en assurer en jetant les yeux sur le tableau qui précède, les eauxde.Marienhad diffèrent peu décomposition entre elles, du moins quant à la nature de leurs principes minéraux, sinon dans la quantité de ces derniers. Comme elles sont surtout administrées en boisson, c'est à ce point de vue qu'elles méritent d'être considérées particulièrement. Dans le nombre, plusieurs renferment une notable proportion de carbonate de fer, en même temps qu'elles sont riches en gaz acide carbonique. Facilement tolérées par l'estomac, elles exercent aussi, grâce aux sels sodiqucs qui entrent dans leur minéralisation, une action légèrement laxative, contre-balançant avec avantage les effets opposés de leur élément ferrugineux. Mais le Kreuzhrunnen et le Ferdinandshrunnen s'emploient de préférence à toutes. Leur limpidité cristalline, leur saveur agréable, picotante, à la fois acidulé, saline, et vers la fin légèrement astringente, les recommandent pour l'usage interne. Prises à la dose de quatre à six verres, de 150 à 200 grammes chacun, elies provoquent des selles liquides, dont la consistance, la couleur et la ualurc peuvent varier, selon la quantité d'eau ingérée et en vertu de circonsiances individuelles, sans qu'il soit nécessaire d'invoquer, comme ou l'a lait, une action spéciale des eaux à
cet égard. Il en est de même pour la sécrétion urinaire qui, augmentée ordinairement dans le début, diminue à mesure que les évacuations al- \ines deviennent plus abondantes et plus libres. « Celles-ci, dit Kreysig » {De l'usage des eaux miner., etc., 1829), ont lieu sans difficulté, ni » incommodité particulière, les malades s'en trouvent bien, et ni les » forces digestives en général, ni le corps entier ne sont véritablement » affaiblis par les eaux de Marienbad continuées pendant un mois à six » semaines ; au contraire, l'appétit augmente et la digestion devient -> d'autant meilleure. L'action excitante sur le sang et les nerfs ne se » manifeste qu'à un degré fort modéré; la plupart des malades se sentent » plus dispos et plus gais ; le pouls est un peu accéléré ; quelques-uns > cependant se sentent la tête un peu prise et éprouvent quelque lassi- » lude, surtout au début de la cure, et lorsqu'ils ont commencé par de » fortes doses. Ceux qui ont un flux hémorrhoïdal, et les femmes qui » sont à l'époque de leur menstruation, sont exposés à un écoulement » sanguin plus abondant. » Ces appréciations très judicieuses ont été confirmées par l'expérience; elles répondent à ce qu'on peut attendre des propriétés effectives des divers agents signalés dans l'analyse des sources de Marienbad, et les indications thérapeutiques en découlent naturelleme.it. Nous conclurons avec Kreysig, que ces eaux représentent une médication altérante, à laquelle contribue leur action évacuante et tonique à la fois. Il est assez remarquable que les habitants de la localité, comme nous l'apprend M. flolureau {Des principales eaux miner, de l'Europe, 1858), font servir aux usages culinaires et domestiques l'eau puisée aux fontaines minérales, quoiqu'il existe des sources nombreuses et abondantes d'eau potable ordinaire à leur portée. Le même auteur voit dans cette coutume irréfléchie le motif d'accidents hémorrhoïdaux qui passent pour très fréquents dans la population de Marienbad et des environs.
Les éloges pompeux sur lesquels le docteur Heidler a fondé la réputation du Kreuzbrunnen tendraient à faire regarder cette source comme une panacée applicable à toutes les maladies chroniques, et surtout comme celle des organes digestifs. Sans partager des exagérations toujours nuisibles aux meilleures causes, nous en avons dit assez pour recommander ces eaux dans le traitement des troubles gastriques ou intestinaux et des affections qui en dépendent, toutes les fois qu'il ne s'agira d'aucune altération organique à proprement parler. Elles ne nous semblent cependant pas préférables aux eaux bicarbonatées sodiques^ qui sont moins répandues en Allemagne qu'en France ; mais à défaut de celles-ci, les dyspepsies peuvent se modifier efficacement par l'emploi du Kreuzbrunnen. Les cfl'els laxatifs de cette boisson méritent surtout d'être pris en considéra-
lion, si l'on a affaire à certaines formes muqueuses ou pituiteuses de la dyspepsie. Pour emprunter le langage de Kreysig {loc. cit.), les eaux de Marienbad servent avec avantage là où il y a à mettre en mouvement des masses considérables d'humeurs morbides déposées et concrétées, par exemple, de mucus et de bile dans le canal intestinal, principalement si ce dernier est paresseux, difficile à exciter, et si l'état général des forces du sujet le permet. En d'autres termes, les dyspeptiques, chez lesquels prédominent les caractères du lymphatisme ou de la scrofule, se trouveront bien des évacuations que provoque le Kreuzbrunnen, et l'on ne tarde pas à les voir, sous cette influence, recouvrer un appétit perdu, et par suite tout un ensemble de forces et d'apparences extérieures, témoignant du retour des facultés assimilatrices et d'une révivification de l'économie.
Nous ne pensons pas qu'il en soit de même lorsque la dyspepsie s'accompagne d'un degré avancé de sensibilité névropathique et se complique de gastralgie prédominante. Si l'on a vu une cure à la source en question exercer une véritable sédation sur le système nerveux, tout porte à croire que la méthode évacuante a fait complètement les frais de ces succès. Ainsi s'explique comment des hystériques, deshypochondriaques, et même des maniaques à la période d'excitation, cités par M. Rotureau (loc. cit.), ont pu être notablement améliorés à Marienbad. De même en est-il pour des malades tourmentés depuis plusieurs années par des migraines fréquentes et douloureuses, et que l'usage interne du Kreuzbrunnen a débarrassés de leurs souffrances. Les malaises vagues, à forme spasmodique, qu'entraîne souvent la ménopause, seront soulagés ou dissipés d'une manière analogue. Mais il y a loin des indications tirées d'une dérivation salutaire, au traitement des affections purement nerveuses par une eau fortement minéralisée par des sulfates et des chlorures, et, de plus, très chargée en acide carbonique. On a reconnu en effet que la boisson du Krenzbrunnen était trop excitante pour les hémorrhoïdaires et pour ceux qui sont menacés de congestion vers la tête. Kreysig la prescrivait surtout dans les conditions de constipation torpide, si l'on peut s'exprimer ainsi, et nous regardons cette opinion comme fondamentale dans les applications de Marienbad.
Kreysig, pour des motifs reliés aux considérations précédentes, ajoute que ces eaux ne sont pas bien supportées dans les maladies de poitrine, où il y a soit tendance à la phthisie pulmonaire, soit, dirions-nous, tuberculisation confirmée, et surtout disposition aux hémoplysies. Cette contre-indication formelle est en opposition avec ce que M. Rotureau rapporte d'expectorations facilitées à Marienbad chez des buveurs qui portent une affection chronique du larynx ou des bronches ; niais elle
nous semble légitime, au même titre que celle concernant les maladies
organiques du cœur et des gros vaisseaux, énoncée encore par le médecin
allemand.
Le docteur Granville, qui, soit dit en passant, conteste les vertus antispasmodiques du Kreuzbrunnen, l'a vanté aux obèses, et M. Rotureau assure qu'il ne connaît pas de réputation mieux acquise. L'obésité n'est pas un de ces états simples et définis, pour la cure desquels on puisse poser des règles absolues. Nous croyons convenable de signaler le fait, faute de renseignements suffisants pour en reconnaître la valeur.
On comprend que des eaux purgatives à certaine dose puissent être utilisées dans les affections biliaires et bépatiques. Par la suractivité qu'elles déterminent dans les fonctions émonctoires, elles devront même faciliter parfois l'expulsion de calculs rénaux et urinaires ; mais on ne saurait leur attribuer, pas plus en ceci que pour la goutte et le rhumatisme, une spécialisation qui revient de plein droit à des sources minérales beaucoup plus autorisées.
Nous n'aurions presque pas besoin de noter que la pléthore abdominale, telle qu'on la comprend en Allemagne, renfermant un grand nombre de maladies sous sa dépendance, on a dû la faire rentrer dans le cadre de ftlarienbad. Hufeland même se plaisait à établir une certaine analogie entre le Kreuzbrunnen et le Sprudel de Karlsbad. Celte comparaison n'est possible, ainsi que l'a fait voir Kreysig, qu'à quelques points de vue généraux, et la différence de température, la proportion des principes chlorurés, ferriques et gazeux, sont autant de conditions qui distinguent la virtualité de ces eaux et les résultats obtenus de l'une ou l'autre médication.
Autrefois on prenait beaucoup de bains à Marienbad. Quoique cette pratique soit la moins en faveur maintenant, elle ne laisse pas que d'être associée à l'usage de l'eau en boisson. On y joint même des douches, des bains de vapeur. A cet effet, les eaux du Marienquelle, du Caïolinenbrunnen et de l'Ambrosiusbrunnensont chauffées préalablement, et amenées dans les baignoires, où on les refroidit au degré convenable avec de l'eau minérale. Le dégagement de bulles de gaz acide carbonique est encore assez intense dans ces bains pour provoquer de la rubéfaction et une impression irritante sur la peau. La présence de sels ferriques, surtout dans les eaux de Caroline et d'Ambroise, ajoute à cette action tonifiante. En ayant soin de les administrer à la température tiède, on peut donc retirer de ces bains un précieux auxiliaire pour le traitement de certaines dyscrashs. Ils sont quelquefois ordonnés froids et courts, comme fortifiants.
C'est dans un sens analogue que les bains de gaz acide carbonique sont employés à Marienbad. Le professeur Struve (de Dresde), par son expé-
MARIENFELS. 329
rience personnelle, leur a donné une notoriété qui tend à s'accroître. Le sol des environs de Marienbad dégage, en une foule d'endroits, ce gaz mélangé à de l'hydrogène carboné. On a disposé un local pour l'application des bains gazeux, généraux ou partiels. Pour celte installation et les résultats qu'on peut en retirer, voyez Carbonique (Acide).
Quant aux boues minérales, elles sont d'un usage assez étendu, soit qu'on en entoure les parties malades, sous forme d'un cataplasme chauffé par l'addition d'eau chaude ; soit qu'on prépare avec elles un bain dans lequel le malade se plonge tout entier [ voy . Boues minérales ] .
Les installations de Marienbad, dirigées avec intelligence parles religieux auxquels ces sources appartiennent presque toutes, la simplicité de la vie qu'on y mène, et le confortable des habitations, pour lesquelles l'industrie privée ne néglige rien, rendent son séjour très agréable. Une route large et commode conduit en quelques heures de cette station à celle de Karlsbad. La saison commence à la fin de mai et finit dans la dernière quinzaine d'octobre.
Ces eaux, dont l'empereur Rodolphe II avait déjà fait usage vers la fin du XVIe siècle, étaient tombées dans l'oubli; depuis 1803 seulement, on les a remises en lumière, et leur vogue s'est développée sans interruption, jusqu'à en faire un des établissements les plus fréquentés de l'Allemagne.
Les eaux de Kreuzbrunnen et celles du Ferdinandsbrunnen sont exportées en grande quantité dans de larges bouteilles de pierre. Cette expédition est évaluée à 600 000 bouteilles par an.
Il tHII'MtOKV Voy. SCHMECRWITZ.
M IRIEM fis (Allemagne, duché de Nassau). A peu de distance de Schwalbach, six sources dont la principale est employée en boisson. Bicarbonatée calcique {ferrugineuse). Froide.
Grains. Grnm.
Carbonates de chaux et de strontiane.. 3,000 = 0,392
— de magnésie 2,065 = 0,256
de soude 2,608 = 0,323
— de potasse 0,674 = 0,083
— de fer 0,114 = 0,014
— de manganèse 0,005 = 0,006
Chlorure de sodium 2,000 = 0,248
— de potassium 0,500 = 0,062
Sulfate dépotasse 0,509 = 0,072
Phosphate de potasse 0,001 = 0,001
Acide silicique et matière extractive. . 0,005 = 0,006
1 1 ,284 = 1,463 Puuc. cul). Cent. cul).
Gaz acide carbonique 27 = 729
(Rastnbr.)
MARIN (Traitement). Le traitement marin se compose de trois éléments bien distincts : l'un auquel nul ne peut se soustraire, V atmosphère marine ; un second dont on fait habituellement le représentant trop exclusif de ce traitement, le bain de mer ; un troisième enfui trop négligé dans la pratique, l'eau de mer en boisson.
Nous avons exposé précédemment les qualités de l'atmosphère marine et les propriétés thérapeutiques qu'il est permis de leur attribuer (voy. Air marin), ainsi que la constitution du médicament que l'on trouve dans I'Eau de mer (voy. ce mot). Nous développerons dans le présent article l'ensemble du traitement auquel nous donnons le nom de traitement marin, parallèlement à celui de traitement thermal.
Le bain de mer doit être envisagé lui-même sous deux points de vue, comme agent hydrothérapique, comme bain médicamenteux. Suivant que sa température sera plus froide et sa durée plus courte, l'action hydrothérapique dominera ; l'action médicamenteuse, si la température est plus élevée et la durée plus prolongée. Comme la durée du bain dépend spécialement de la température de l'eau, et que celle-ci dépend elle-même et de la localité marine et de la saison, on voit tout de suite que l'idée de bain de mer est loin de représenter un ordre de faits toujours identique, et que, suivant les conditions dans lesquelles le bain de mer sera pris, on pourra avoir affaire à des médications fort différentes.
Il était nécessaire d'insister, au commencement de cet article, sur cet ordre d'idées, à cause de la signification banale et tout à fait inexacte que les gens du monde et un grand nombre de médecins attachent au bain de mer.
Lorsque l'on se plonge dans la nier, la première impression est en rapport avec la basse température et la densité du milieu qui vous environne, frisson, chair de poule, oppression, resserrement douloureux à la tète ; au bout de quelques instants, l'équilibre se rétablit, la réaction s'opère, et des sensations relativement agréables succèdent à l'impression pénible du début. Si l'immersion est prolongée au delà d'une durée convenable, le frisson reparaît avec oppression et anxiété, et s'accroît jusqu'à l'issue du bain. Il importe de ne pas attendre le retour de ce second frisson, et de sortir de l'eau dès l'instant qu'il s'annonce, ou mieux encore avant qu'il ait eu le temps de se produire. A la sortie du bain, l'organisme réagit de nouveau, et, avec l'aide de l'exercice, ou s'il est nécessaire de frictions, de pédiluves chauds, une vive chaleur se répand dans toute l'économie, ressentie surtout à la peau, et, sauf un peu de fatigue, un sentiment de force et de bien-être vous pénètre.
Les premiers bains de mer déterminent cependant, en général, de l'excitation, de la fatigue, de la courbature, surtout s'il a fallu résister à
une mer agitée ; des douleurs apparaissent dans les muscles ou sur le trajet des nerfs ; l'appétit se perd quelquefois. Mais au bout de cinq ou six jours ces phénomènes disparaissent et font place à du bien-être, de la force, de la gaieté; en même temps l'appétit se développe, les sécrétions s'activent, particulièrement celles des reins, de la peau, des bronches. Mais si les bains sont trop multipliés, après quinze, vingt ou trente, suivant les individus, l'excitation, la courbature, les douleurs reparaissent, et si Ion ne s'arrête aussitôt, peuvent faire perdre tout le bénéfice des effets salutaires précédemment obtenus, ou même déterminer des conséquences plus fâcheuses encore.
Deux remarques devront trouver place ici. La première est que la réaction ne se fait pas comme dans certaines pratiques hydrothérapiques exclusivement après le bain, mais pendant sa durée même, et qu'il y a, à vrai dire, deux réactions successives, l'une pendant, l'autre après le bain, celte dernière seule complète et définitive [voy. Hydrothérapie].
La seconde remarque est que l'on reconnaît la plus grande analogie entre les effets de chaque bain de mer et ceux de l'ensemble de bains qui constitue un traitement. De même que les effets primitifs du bain provoquent un trouble dans l'économie qui se répare de lui-même au bout de quelques instants, pour se reproduire si le bain est trop prolongé, mais non plus d'une façon régulière et innocente, mais nuisible et même dangereuse si on ne l'enraye à l'instant ; de même les effets primitifs du traitement déterminent une certaine perturbation qui se dissipe spontanément pour reparaître après une prolongation excessive, et menace alors la santé d'un véritable dérangement.
Ces observations suffisent pour faire comprendre combien un moyen thérapeutique qui entraîne de tels efforts de l'organisme demande à être usité avec circonspection et dirigé avec prudence, si l'on veut en obtenir tous les effets salutaires qui doivent lui appartenir et éviter les inconvé* nients qui peuvent en résulter.
Les effets physiologiques primitifs du bain de mer peuvent être définis par la soustraction du calorique, la stupeur du système nerveux, le déplacement de la circulation. Corrigés par la réaction, dont le mécanisme leur imprime précisément le caractère salutaire que l'on recherche, on se représentera facilement les conséquences graves qui doivent en résulter, s'ils viennent à dominer par l'insuffisance ou la mauvaise direction de celte dernière. Il faut tenir compte, dans la production de ces effets, de la température, de la densité du milieu, de l'agitation de la mer, de sa constitution saline.
La plupart des auteurs qui ont écrit sur ce sujet hésitent à admettre
l'absorption des principes minéralisateurs de l'eau de mer dans les bains courts et froids des plages septentrionales. La brièveté du bain serait plutôt un obstacle à l'absorption effective que sa température. Des expériences faites par MM. Dutroulau et Lefort, à Dieppe, n'ont pas montré de traces d'absorption à la sortie du bain court, avec inhalation insuffisante, c'est-à-dire séjour peu prolongé au bord de la mer, tandis qu'après l'inhalation ancienne et l'usage de l'eau de mer en boisson, ces expérimentateurs ont trouvé une grande quantité de chlorure de sodium (pas de traces dé bromures) dans l'urine (Ami. de la Soc. d'hydrol. méd. de Paris, t. III, 1857).
Les effets que nous avons attribués aux bains de mer sont ressentis différemment suivant les conditions physiologiques ou pathologiques préexistantes. La réaction est plus lente, et plus difficile chez les sujets très jeunes, ou approchant de la vieillesse, lymphatiques ou très affaiblis. Les effets perturbateurs sont plus à craindre chez les individus sanguins ou névropalhiques, ou inhabitués. C'est d'après de telles considérations que sera dirigée la pratique des bains de mer.
On préfère généralement la matinée pour l'heure du bain. Cependant il est des circonstances où il vaut mieux attendre que le soleil ait réchauffé la surface de la mer. La durée du bain varie beaucoup suivant les cas, et surtout suivant la température de l'eau, c'est-à-dire la saison et la localité. À Dieppe, la durée moyenne du bain est de cinq minutes (Dutroulau); à Biarritz, de dix à vingt minutes (Affre). Sur la plage d'Arcachon, les enfants peuvent demeurer une heure entière à jouer, la moitié du corps plongée dans la mer. La température moyenne de l'Océan est de 16"; celle delà Méditerranée à Cette a été trouvée de 22° (Viel), pendant la saison consacrée aux bains de mer.
Les bains de mer sont souvent pris dans une baignoire, à une température artificiellement appropriée aux circonstances. Ici l'action hydrotliérapique n'est plus rencontrée. C'est un bain minéral, pris dans les conditions ordinaires, sauf la nature du séjour, des bains chlorurés sodiques, et dont il faut souvent atténuer la forte minéralisation. On a recours à ces bains dans les cas où l'on prévoit que l'insuffisance ou la violence de la réaction pourrait compromettre les effets du traitement. Souvent ils servent de préparation au bain hydrothérapique, et dans ce cas on les prescrit à température graduellement décroissante.
L'usage interne de l'eau de mer nous paraît devoir être prescrit plus souvent qu'on ne le fait. On peut y recourir à titre de médicament altérant ou de médicament purgatif. La dose laxalive est de deux à quatre et même cinq verres (Uoccas) ; la dose altérante est beaucoup plus faible et relative à la tolérance de l'estomac. Nous avons parlé ailleurs du parti
que l'on pouvait lirer de l'introduction de l'acide carbonique dans l'eau de mer, pour en faciliter l'usage interne [voy. Eau de mer]. M. Gaudet et AI. Roccas, tout en reconnaissant les propriétés altérantes de l'eau de mer, la recommandent surtout, comme les médecins anglais, en vue de son action laxative. Les médecins allemands sont, suivant nous, dans la vérité, en insistant sur ses propriétés médicamenteuses, chez les individus lymphatiques et scrofuleux.
L'eau de mer est encore administrée en douches, en lavements, en douches vaginales. Bien que tout à fait accessoires dans un semblable traitement, ces derniers moyens en particulier peuvent certainement rencontrer des applications très utiles.
Le traitement marin se présente sous un double caractère : hygiénique et thérapeutique.
Si nous pouvons admettre que le Traitement thermal [voy. ce mot] revête quelquefois un caractère plutôt hygiénique que médicamenteux, ceci peut, avec bien plus de raison, s'appliquer au traitement marin. Le bain de mer nous représente toutes les qualités du bain froid, moyeu essentiellement hygiénique, mais augmenté ici des conditions physiques et chimiques propres à la mer elle-même et à l'atmosphère marine. Par contre, les inconvénients que les bains froids offrent aux personnes atteintes d'affections organiques du cœur, disposées aux congestions actives ou très névropathiques, ou bien encore rhumatisantes ou goutteuses, se représenteraient à un bien plus haut degré encore pour les bains de mer. Le bain de mer hygiénique doit être considéré comme un fortifiant, dont l'action est très vive et en même temps très intime, par suite de la perturbation momentanée qu'il exerce sur l'organisme, et par suite des qualités médicamenteuses inhérentes au bain lui-même et à l'atmosphère qui l'accompagne. Dans l'état de santé lui-même, il ne sera pas absolument indifférent de rechercher le bain froid, agité, à vive réaction, de certaines plages, ou le bain tiède et tranquille de certaines autres. Un choix judicieux devrait donc présider à ce qui n'est généralement qu'une affaire de mode ou de distraction.
Les services que les bains de mer et le séjour marin ont à rendre à certaines organisations affaiblies consécutivement [par des accidents de santé, maladies chroniques, hémorrhagies, etc., ou des excès de travail ou de plaisir, ou primitivement par une constitution molle, lymphatique, se trouvent sur la limite de l'action hygiénique et de l'action thérapeutique des bains de mer.
Nous exposerons les caractères généraux de cette dernière, sans la suivre dans une multitude d'applications qui ne font en définitive que dériver des notions que nous possédons à ce sujet.
La médication marine présenté le double caractère d'une médication reconstituante et d'une médication altérante [voy. pour la signification qu'il convient d'attacher à ces mots l'article Médication thermale]. Bien qu'il y ait une combinaison intime entre les éléments qui déterminent ces propriétés, comme entre les effets qui en résultent, nous pouvons dire (pie l'action reconstituai) le dépend surtout des qualités hydrothérapiques du traitement marin, et l'action altérante de ses qualités médicamenteuses.
Cette distinction n'est ni arbitraire ni stérile. Elle nous conduit immé. diatement à rattacher à des indications déterminées les conditions où domine le bain de mer hydrothérapique, et celles où domine le bain de mer médicamenteux. Comme nous l'avons signalé au début de cet article, c'est là surtout une question de température, et, par suite, une question de saison, mais bien plus encore une question de localité.
Plus les localités marines se rapprochent des conditions inhérentes à nos plages septentrionales, température basse de l'eau, agitation de la mer, vivacité de l'air, plus elles conviendront aux indications qui réclament surtout la médication reconstituante; plus elles s'en éloignent, mieux elles se prêteront aux indications de la médication altérante. Ceci est moins une question de latitude que d'exposition. Les bains de la plage méridionale de l'Angleterre se rapprochent davantage de ceux de la Méditerranée, que les bains d'une partie de nos côles occidentales, et à plus forte raison que nos bains des plages de la Manche. Nous en dirons autant du bassin d'Arcachon comparé à Biarritz.
Ces réserves faites, nous ajouterons que tout ce que nous avons exposé ailleurs touchant les caractères de la Médication thermale et des Indications qui s'y rapportent, ainsi que de I 'Opportun rit': de ses applications [voy. ces mots], est exactement applicable à la médication marine. Si celle-ci est essentiellement reconstituante et altérante, c'est par l'intermédiaire de ces propriétés qu'elle devient, dans certains cas, résolutive ou substitutive, quelquefois même sédative.
La constitution lymphatique, V enfance, le se.ee féminin, voilà son domaine spécial. Mais comme ces diverses condili: : s ne sont pas par elles-mêmes favorables à la réaction , elles s'accommodent plus communément des bains de mer chauds, ou des plages lièdes et tranquilles. Il serait superflu d'énumérer ici toutes les conditions morbides qui se rattachent à ces données générales d'âge, de sexe et de constitution. Nous renverrons aux articles Enfance, Lymphvitsme, Utérus (Maladies de l'). Quant aux scrofules, le traitement marin doit être considéré plutôt comme un adjuvant précieux à leur traitement que comme un moyen suffisant pour enrayer la diathèse ou en corriger les principales
manifestations. La médication thermale appropriée présente à ce sujet des ressources infiniment supérieures.
La puberté constitue, dans les deux sexes, indépendamment de toute prédominance diathésique ou constitutionnelle spéciale, une période critique à laquelle la défaillance de l'organisme assigne souvent un caractère d'une gravité considérable, eu égard aux époques ultérieures. Le traitement marin offre alors des ressources d'une haute portée. Mais c'est ici l'action hydrolhérapique et les phénomènes intimes qu'elle développe dans l'exercice des fonctions le plus directement en jeu dans la puberté, qu'il faut surtout rechercher. On recourra donc, de préférence, dans la généralité des cas, aux bains froids et actifs auxquels certaines plages se prêtent par excellence.
Nous en dirons autant d'une multitude d'états pathologiques qui, sans solliciter d'indications spéciales par eux-mêmes, se rattachent à l'affaiblissement général de l'organisme, à l'insuffisance du sang, à la dépression du système nerveux. Celte atonie générale de l'économie ou spéciale de quelqu'un de ses grands appareils, à laquelle président surtout des causes hygiéniques ou affectives, atteint les meilleures constitutions et peut survenir à toutes les époques de l'âge adulte ou viril. Lorsque le système des organes de la génération en a subi particulièrement l'empreinte, elle se traduit par l'impuissance ou la stérilité.
Si cet état d'atonie n'est pas porté à un degré trop considérable, l'action hydrolhérapique des bains de mer lui est parfaitement appropriée, et nulle comparaison ne saurait s'établir alors entre les ressources que présentent les éléments multiples dont elle se compose, et l'intervention isolée de l'hydrothérapie proprement dite. Mais si la dépression de l'organisme a dépassé une certaine mesure, il faut craindre de se heurter contre une insuffisance formelle de réaction. Le bain de mer tempéré, ou mieux encore les eaux minérales appropriées, seront indiqués alors. El c'est dans les cas de ce genre que la combinaison de ces deux ordres de moyens peut être recherchée avec avantage, et qu'un traitement thermal peut servir utilement de préparation au bain de mer.
Nous avons fait remarquer plus haut que les contre-indications du bain froid devaient être rapportées au bain de mer. Si ie traitement marin attire essentiellement à lui l'état lymphatique et tout ce qui s'y l'attache, les constitutions différentes se prêteront d'autant moins à son intervention qu'elles seront plus prononcées. Ainsi la prédominance formelle d'une constitution sanguine, bilieuse et nerveuse, et nous entendons par constitution le développement excessif des caractères propres à chacun de ces tempéraments, suffit par elle-même pour contreindiquer les bains de mer. On peut être assuré du moins qu'en se gui-
336 MARLiOZ.
dant d'après une telle proposition, ou évitera bien des applications inopportunes du traitement marin.
Xous renverrons, comme complément de cette élude, et relativement à la question spéciale de la phthisie pulmonaire , à l'article Air marin.
On trouvera, dans le tome VI des Annales de la Soc. d'hydrol. méd. de Paris, une discussion intéressante sur V opportunité des bains de mer à la suite du traitement thermal.
MARLIOZ (Savoie). A 1 kilomètre environ d'Aix, sur la route royale de Chambéry.
Sulfurée sodique. Tempér., \h° centigr.
Trois sources principales dites cVFsculape , Adélaïde et Bonjean, très voisines l'une de l'autre, minéralisées par les mêmes éléments, mais à des degrés différents, et ayant un débit total de ïk 000 litres par vingtquatre heures.
Source d'Esculape.
Eau : un litre.
Cent. cub.
Acide sulfhydrique libre 6,70
— carbonique libre et des bicarbonates. . 4,64
Silice 0,006
Sulfure de sodium 0,067
j ( Carbonate de chaux 0,186
A létal del de mag„ésie 0,012
b.carbona- de soude 0,040
les dans dp fer 0013
1 eau ^ de manganese 00ot
Sulfate de soude 0,028
— de chaux 0,002
— de magnésie 0,018
— de fer 0,007
Chlorure de magnésium 0,014
— de sodium .- 0,018
lodure de potassium \
Bromure de potassium ' quant, indét.
Glairine )
Perte 0,017
(Bonjean.)
Indépendamment des trois sources désignées plus haut, il existe encore aux alentours plusieurs filets de la même eau, qu'on laisse couler en pure perle, mais qui se recueilleront quand on aura obtenu, en exécution des indications de M. J. François, la source Bonjean à la roche en place.
L'eau de Marlioz s'administre principalement en boisson et sous forme d'inhalation. Il ne paraît pas qu'on en ait usé en bains, jusqu'à ce joui ,
MARMOLEJO. 337
autrement qu'en la mêlant, soit à de l'eau commune préalablement chauffée, soit aux eaux thermales d'Aix, dont on augmente ainsi la snlfuratiou. La dose indiquée pour l'usage interne de cette eau varie selon les circonstances. On lui reconnaît comme effet primitif celui de fortifier l'estomac et d'augmenter l'activité des fonctions digestives ; son action secondaire est subordonnée à la quantité qu'on en ingère, et elle rentre dans les propriétés que nous exposerons à propos des eaux du même ordre [voy. Sulfureuses (Eaux)]. Il ne semble pas que la faible proportion de bromure et d'iodure alcalins signalée dans sa composition doive la caractériser au point de vue thérapeutique. Néanmoins, jusqu'à ce que des observations rigoureuses déterminent la valeur médicale de ces sources, rien ne s'oppose à ce qu'on en prescrive l'emploi dans les engorgements glandulaires, les arthrites chroniques, les maladies de la peau, la carie, les ulcères, beaucoup d'affections lymphatiques et cachectiques, la leucorrhée, les pâles couleurs. C'est surtout, par mode inhalatoire, dans les affections catarrhales chroniques des brouches, dans la phthisie au premier et au deuxième degré, qu'on les utilise. Une salle d'inhalation gazeuse froide, alimentée par la source Bonjean, avait été inaugurée à cet effet en 1857.
Nous apprenons qu'on construit actuellement à Marlioz, sur les plans de MM. Pellegrini et J. François, un nouvel établissement, exclusivement affecté à l'inhalation et à la pulvérisation de l'eau sulfureuse. Chacun des services aura deux salles fonctionnant alternativement, en vue de remplir les conditions d'une ventilation complète. Des buvettes à températures déterminées seront également comprises dans cet établissement.
La proximité d'Aix, dont Marlioz n'est séparé que par quinze minutes de distance, donne à cette station une importance que de bonnes conditions d'installation accroîtront encore.
MARMOLEJO (Espagne, prov. de Jaen). Bourg à 'i2 kilomètres du chef-lieu et à proximité du Guadalquivir.
Bicarbonatée magnésique (ferrugineuse). Tempér. , 22"ccntigr.
Eau : 5 livres. Eau : un litre.
Grains. Griini.
Carbonate de magnésie 100 = 1,960
— de chaux 31 = 0,(i66
— dépotasse 51 = 0,981
— de fer 18 = 0,352
Sulfate de potasse 11 = 0,215
Chlorure de potassium 13 = 0,254
Acide silicique 5 = 0,098
Perte 10 = 0,196
Gaz acide carbonique 92 = 1 ,803
(Orti y Criado, 1827.) Dict. des Eaux miner. — T. II. 22
338 MÀRT1GNÉ-BRIANT.
Ces eaux surgissent en plusieurs points dans des schistes calcaires; elles sont très gazeuses au griffon. On n'en use qu'en boisson, et elles sont recommandées dans les affections nerveuses. M. Rubio appelle l'attention sur elles, et regrette qu'elles ne soient ni assez connues ni convenablement captées et aménagées.
MARSEILLE (France, Bouches-du-Rhône).
Bains de mer. Plusieurs établissements particuliers.
MARTiGivÉ-BRlAivr (France, Maine-et-Loire, arrond. de Saumur) A 2 kilomètres de Martigné-Briant.
Ferrugineuse bicarbonatée. Tempér. , 13°centigr.
Les sources sont au nombre de trois, désignées autrefois sous le nom
de Joannette, et ayant toutes la plus grande analogie de composition.
Eau : un litre.
Ut.
Acide carbonique 0,032
Azote 0,016
Carbonate de fer 0,0400
— de chaux 0,0903
— de magnésie 0,0141
Sulfate de soude 0,2283
Chlorure de sodium 0,1 396
— de calcium 0,0140
-~- de magaésium 0,0163
Acide silicique 0,0100
Matière organique 0,0100
Manganèse et bitume traces
0,5626 (Godefrot, 1847.)
Le débit de ces 3 sources est évalué à 6 mètres cubes par 1k heures.
Outre les sources de la Joannette, il existe encore près des bains une source considérée pendant longtemps comme sulfureuse. Quoiqu'elle exhale par moments une odeur prononcée d'acide sulfbydrique, qu'elle soit trouble et colorée en jaune fauve, M. Godefroy ne la croit pas sulfureuse, du moins à son origine ; suivant lui, le principe sulfureux proviendrait de la réduction tout accidentelle du sulfate de soude par les matières organiques. L'eau de cette source est composée, d'après M. Godefroy, de: Eau: un litre.
Carbonate de fer 0,022
— de magnésie |
Sulfate de soude 0,169
Chlorure de sodium 0,126
— decalcium i
— de magnésium j
Sulfure de sodium (quelquefois) j traces
Matière organique azotée j
MARTIGNY-LKZ-LAMARCHE. 339
La minéralisation de cette source, comparée à celle des trois autres, montre suffisamment que l'eau sulfureuse est un mélange d'eau minérale ordinaire et d'eau douce de mauvaise nature.
MM. Chevallier, Gobley et Ménière ont constaté dans l'eau de ces quatre sources la présence d'un principe arsenical.
Martigné-Briant possède plusieurs établissements où l'eau minérale est utilisée en bains et en boisson. L'eau, n'ayant qu'une température de 13°, est échauffée artificiellement, opération qui la dépouille rapidement d'une portion de son oxyde de fer mélangé de carbonate et de sulfate de chaux. Cette station est très fréquentée par les habitants de l'Anjou, l'une des provinces de France les moins bien partagées sous le rapport des eaux minérales thermales, tandis que les eaux froides s'y rencontrent en grand nombre.
Les sources de Martigné-Briant peuvent être citées comme un exemple du changement que le temps apporte dans la température des eaux minérales. Ainsi, en 1770, Linacier a constaté qu'il existait deux sources principales: l'une froide, dite source Martiale, l'autre tempérée (21°, 2 centigr.), dite source Chaude.
Ces eaux sont prescrites dans tous les cas qui réclament l'emploi des ferrugineux.
HiitrHiWU/LuiAKdiE (France, Vosges, arrond. de Neufchâteau).
Sulfatée calcique. Tempér.?
Eau : un litre.
Gram.
Acide carbonique libre indices
Bicarbonate de chaux 0,1 56
— de magnésie 0,170
-* de soude , très peu
Sulfate de chaux 1,420
— de magnésie 0,330
— de soude 0,230
Chlorure de sodium. ...«...* 0,110
— de potassium 0,010
Sesquioxyde de fer (i rénale on partie)
Alumine , ,
Silice.
Phosphate terreux , ( 0.170
Principe arsenical )
Matière organique de l'humus y
2,596 (0. Henry, 1858.; La source de Martigny-lez-Lamarche vient se placer à côté des sources de Contrexéville et de Vittel , appartenant toutes au même département; aussi M. O. Henry lui suppose-t-il des propriétés médicales analogues.