‹ Dictionnaire général des eaux minérales et d'hydrologie médicaleChapitre 101 sur 259 · BAIN · texte numérisé non relu

BAIN

[voy. Absorption], il faut admettre que, indépendamment de leur action topique, les bains minéraux agissent médicamenteusement en venu de leur propre constitution. En un mot, une série de bains pris avec de l’eau de Euchon, ou de Vichy, ou de Boui bonne, constituera, dans chacun de ces cas, une médication différente. Nous n’avons pasà entrer dans l’étude de ces médications, étude qui trouvera sa place aux articles concernant les eaux bicarbonatées, chlorurées et sulfurées, et chaque station thermale en particulier. Mais nous signalerons l’action topique exercée par les différenis bains sur la peau, et que nous devons distinguer de l’action médicamenteuse, laquelle suppose toujoui s un cei tain degré de pénétration. Cette action topique présente souvent un certain mélange d’effet excitant et d’effet sédatif, assez difficile à caractériser. Toutes les eaux minérales qui renferment de la matière organique en grande quantité, produisent sur la peau une sensation douce et onctueuse qui la rafraîchit et l’assouplit. Et cependant ces mêmes eaux, les sulfurées sodiques en particulier, prises à certains degrés de concentration ou de température, ou dans certaines conditions individuelles, agissent comme excitants de la surface cutanée, y déterminent de la rougeur, des éruptions [voy. Poussée] ou même des irritations partielles.

Les bains thermaux, en outre, présentent ce caractère, de laisser après eux, quelque peu minéralisés et quelque sédatifs qu’ils soient, un sentiment de force et de bien-être, surtout frappant chez les individus qui ne pouvaient supporter les bains d’eau douce, pour l’effet dépressif qu’ils en ressentaient. Des bains trop actifs, trop prolongés ou trop multipliés, peuvent, il est vrai, occasionner de la fatigue et de la courbature ; mais ce n’est pas de l’affaiblissement : c’est l’effet d’une médication mal appropriée ou mal dii igée. Nous devons ajouter cependant que de semblables phénomènes se montrent assez habituellement, mais d’une manière très passagère, après les premiers bains; et c’est souvent leur réapparition ultérieure qui indique le moment où il convient de suspendre, momentanément ou définitivement, le traitement.

La température du bain est une des circonstances qui prennent la plus grande part à ses propriétés excitantes. Le bain thermal se prend habituellement à une température moyenne, 34” environ, suivant la tolérance, très variable pour chaque individu. Lorsque l’on craint l’excitation qu’il peut déterminer, soitsur le tégument externe sur lequel il agit par contact, soit sur l’ensemble de l’organisme, il faut en abaisser la température. Il en est ainsi dans certaines dermatoses eczémateuses et prurigineuses en particulier, qui ne supportent déjà qu’avec peine l’action salutaire des principes sulfureux, et chez lesquelles des bains trop actifs ramènent aisément une exaspération fâcheuse. Il en sera de

BAINS CHEZ LES ANCIENS. 193

même également d’états névropathiques ou de dispositions congestives vers la tête ou vers le cœur, qui réclament impérieusement des bains froids. Mais lorsqu au contraire on veut agir vivement sur la peau, en réveiller lesfonctions assoupies, ou y rappeler d’anciennes éruptions, ou ramener quelque chose d’aigu dans une dermatose à forme torpide, alors on élève la température du bain. Bertrand employaitles bains très chauds du Mont-Dore chez les individus chez lesquels il voulait ramener quelque manifestation goutteuse, rhumatismale, herpétiqueou autre, comme une ancienne suppuration tarie. On admet en médecine thermale que le bain tiès chaud est excitant^ bien qu’il soit généralement considéré, au point de vue hygiénique, comme débilitant [Dictionnaire des sciences médicales, article Bain). Le bain thermal très chaud est excitant, et non débilitant, alors qu il est de courte durée, qu’il n’est répété (ju’un nombre de fois limité, qu’il est appliqué à des circonstances appropriées, et surtout s’il est constitué par des eaux dont l’action topique soit sensible, CO. Ame certaines eaux sulfureuses ou chlorurées sodiques.

La durée du bain est essentiellement en rapport avec sa température. Un bain de longue durée suppose toujours une température tempérée et égale. Le meilleur moyen d’obtenir une température égale, circonstance d un grand intérêt, est de prendre le bain dans une eau courante, dont le degré sera exactement approprié, comme on le fait près de certains établissements riches en eau minérale, ainsi à Bains, à Bagnères-de- Bigorre, à Gréoulx, à Royat, à Gastein, etc. Ceci se pratique habituellement dans des piscines dites à eau courante, mais dans des baignoires aussi, comme à Gréoulx et à Royat. Les bains froids et les bains chauds seront nécessairement, ces derniers surtout, de courte durée, d’un quart d’heure à une demi-heure. Le bain thermal est généralement d’une durée moyenne d’une heure, durée trop souvent insuffisante. Un des inconvénients des établissements insuffisants sous le rapport de l’instaU laiion, ou de la proportion d’eau minérale dont ils disposent, esfde forcer à raccourcir indéfiniment la durée du bain, afin de satisfaire à tous les malades qui se présentent.

On fait quelquefois usage de bains minéraux extrêmement prolongés^ de cinq à six heures, ou même davantage, comme àLoèche. Ces bains prolongés ne peuvent être pris que dans la Piscine ou le Bain de famille [voy. ces mots]. Nous parlerons également h l’article Piscine de 1 exercice dans le bain, circonstance intéressante, et à laquelle on ne fait peut-être pas toujours toute la part qu’elle mérite [voy. Baignoire. Gymnastique. Natation].

Bains chez les anciens. — Depuis Homère, qui nous représente souvent les héros se baignant au milieu de bassins attenant aux palais

Dxgt. des Eaux miner, — T. 1. 13

194 MINS CHEZ LES ANCIENS

[Odyss,, vi-xvii), jusqu’aux contemporains de la chute de l’empire romain, la pratique des bains a tenu une grande place dans les usages de l’antiquité. Peu de renseignements existent sur les périodes dites héroïques. Ce n’est guère qu’à l’époque où l’architecture des Grecs a pris son développement, que le bain à diverses températures figure, à côté de l’étuve, dans la composition du gymnase, édifice consacré à la fois à l’éducation de la jeunesse et aux exercices du corps, üii sujet d’étude qui touche en même temps aux mœurs et à la santé publiques devait exercer la sagacité de tous les commentateurs. A en juger par les digressions auxquelles il a prêté, on le croirait épuisé. Des débris authentiques attestent, en plusieurs points de la Grèce, qu’au siècle de Périclès on n’était plus réduit aux simples piscines, empruntées, dit-on, à la coutume des Spartiates. Il paraîtrait même, au rapport de Pausanias (t. VI, c. xxili), que les bains publics étaient séparés du gymnase. Lucien (c. V, VI et vu) a donné une description analogue. IMais nous devons à la plus grande autorité, toujours invoquée en pareille matière, à Vitruve, l’exposé des règles qui présidaient à la construction de ces établissements.

On a reproché à cet auteur parfois de les avoir tracées d’une manière trop absolue, et après coup. Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde à les admettre comme vraisemblables. Les restes de thermes magnifiques qu’on admire à Fiome et ailleurs démontrent du moins, dans les plans des artistes grecs, adoptés ou mis à profit par leurs dominateurs, une certaine uniformité de dessin et d’installation qui frappe les yeux. Comme nous le dirons plus loin, la disposition des bains de l’époque byzantine, encore visible à Brousse [voy. Brousse] et à Constantinople, se rapporte tout à fait à la coupe indiquée par la description de l’Académie d’Athènes et surtout par la fresque trouvée dans les bains de Titus. Que cette dernière peinture, gravée par les soins de Sicci de Crémone et répétée partout, soit d’une date relativement récente, et que des architectes du temps de la Renaissance aient donné sous cette représentation le résultat de leurs propres recherches archéologiques, jieu importe. Bien des vestiges, et même des documents, que nous ne possédons sans doute plus, existaient encore à cette époque, et les dépositaires de la tradition grecque, auxquels l’Italie servit alors de refuge, auraient fourni, au besoin, les principaux traits d’un tableau si conforme à l’enseignement de Vitruve. On peut le vérifier dans le remarquable volume sorti des presses des Juntes : J)e Balneis ornnia quœ extant apud Grœcos, Lathios, Aj^abas, etc. (Venise, 1553). D’ailleurs, en 182ù, des fouilles ont fait sortir des ruines dePompéi un établissement de bains qui, sous des proportions restreintes, présente toutes les conditions relatives à sa destination. Il ne s’agit pas ici de ces plendides gymnases, ou palestres immenses, comprenant dans leur

BAINS CHEZ LES ANCIENS. 195

enceinte des théâtres dramatiques , des arènes de gladiateurs, ou des bassins à naumachies, en même temps que des thermes. Dans les seuls bains de Caracalla, on assure que trois mille personnes pouvaient prendre place et se livrer à tous les exercices imaginables. L’édifice de Pompéi est plus modeste. ïl faudrait le ranger parmi les Lavatrina, Balnea ou Balineœ, en réservant la dénomination de Thermœ aux plus vastes constructions. En raison même de son exiguïté, il y a lieu de croire qu’il ne suffisait pas aux besoins d’une ville aussi considérable que Pompéi, et par la suite on exhumera |)rübablement d’autres édifices du même genre. Ce n’en est pas moins un précieux et complet exemplaire du bain romain. Nous en emprunterons l’esquisse à des souvenirs per-

Fig, 3. ~ Plan des hains de Pompéi.

a, b, c, d, Cf /', six entrées.

g, atriciim.

h, exèdre.

i, corridor.

j, apodyferium.

k, unctuarium.

l, frigidarium.

rn, tepidarium.

71, caldarium.

O, hypocauste.

P, cour.

q, 7\ s, t, salles supposées servir aux bains des femmes.

X, X, X, X, X, X, dépendances, bouticpies.

Ce plan est extrait de Pompéia décrite et dessmée par Ernest Breton.

sonnels, et surtout à l’ouvrage de M. Ernest Breton, consacré aux antiquités de Pompéia et d’Hercuianum (Paris, 1855).

Les bains de Pompéi, occupant un quadrilatère irrégulier de /i9™,50 dans sa plus grande largeur, sur une profondeur de 53 mètres, avaient six entrées. Il est à remarquer qu’aucune de ces entrées n’était directe, précaution employée encore en Orient afin d’empêcher l’air de frapper trop vivement les baigneurs, et aussi, suppose-t-on, afin de les préserver des indiscrétions du dehors. Par deux portes principales, on pénétrait dans V atrium, entouré de portiques sous lesquels les baigneurs attendaient leur tour d’entrée, et que Vitruve signale comme une partie essentielle des thermes. Là étaient des bancs appelés scholœ, et qu’interrompt une salle correspondant à Vexèdre des gymnases grecs, véritable lieu de repos avant ou après le bain. De Vatriim, un corridor, dont le plafond était peint en bleu avec des étoiles d’or, conduisait à la salle, spoliatorium, opodyterium, dans laquelle on se déshabillait et

BAINS CHEZ LES ANCIENS

OÙ des valets, capsarii^ gardaient les elFcts précieux dans une casseiie, capsa, et surveillaient les vêtements. Un petit cabinet contigu servait d' unctuarium f lieu où se déposaient les huiles, les essences, et où l’on se faisait |)arfumer. A l’extrémité méridionale de V apodyterium. se trouve le frigidoTium, salle destinée aux bains froids, et dont la conservation ne laisse rien à désirer. C’est une rotonde, de 5“,70 de diamètre, formant le centre d’une construction rectangulaire et surmontée d’une voûte ayant la forme d’un cône tronqué ouvert par le sommet qui était vitré, et (jui paraît avoir été peint en noir. Dans les parois de la rotonde s’ouvraient quatre niches semi-circulaires. Au milieu du pavé est V Alveus, baptisterium ou piscine, entièrement revêtu de marbre blanc, et entouré de deux gradins sur lesquels s’asseyaient les baigneurs. L’eau y arrivait par un tuyau de bronze, qu’on pense avoir été masqué au moyen d’une statue; elle s’écoulait par un trop plein. Nous ne parlons pas de la décoration toujours distribuée avec élégance. En sortant du frigidarium, le baigneur entrait dans le tepidarium, salle apjielée par Pline cella media, maintenue dans une douce température, et intermédiaire aux deux extrêmes de froid et de chaleur qui caractérisent le bain des Romains. C’est là encore (jue,au sortir de l’étuve, ils se livraient aux épileurs, alipili, et aux masseurs, tractatores, se faisant passer par la strigille^ sécher et oindre de nouveau d’huiles odoriférantes. Le tepidarium est richement orné, comme devait l’être un salon de conversation et un rendez-vous d’oisifs. La voûte, éclairée par une fenêtre ovale, déroule encore en partie les stucs et les moulages qui l’ornaient et que des couleurs vives font ressortir. Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est la permanence de conduits calorifères, ménagés sous le pavé, et en communication avec un grand et fort beau brasier de bronze, foculare, qui est encore en place aujourd’hui. Enfin une porte, percée au milieu du mur occidental du tepidarium, donne accès à l’étuve, nommée caldarium, calidarium, sudatorium , concameroia sudotio. C’est une salle terminée par une grande niche semi- circulaire. La voûte presque hémisphérique de cette niche a une ouverture circulaire et oblique, qui, destinée à régulariser l’atmosphère chaude de l’étuve, se fermait à l’aide d’un obturateur ou bouclier d’airain {clypeus poulies uns, laconicum pour d’autres), suspendu h des chaînes dont les attaches se voient encore dans la muraille. Il y a une autre petite ouverture carrée, destinée au même but. Au centre de l’hémicycle on rencontre le labrurn, vasque de marbre, dans laquelle l’eau jaillissait d’un ajutoir de bronze qui est encore en place. Cette eau servait à laver le visage ou les mains de ceux qui venaient seulement transpirer dans l’étuve. A l’autre extrémité de la salle, se dresse au-dessus du sol Valveus,

BAINS CHEZ LES ANCIENS

mieux encore appelé caldorium, calida laoatio^ bassin de forme rectangulaire, destiné aux bains d’eau chaude, et dont le fond élevé fait présumer qu’il était garni de degrés correspondants au dehors et à l’intérieur. Dans le mur, on voit une ouverture qui donnait peut-être issue à un robinet d’eau fraîche. La voûte, en partie détruite, était percée de trois fenêtres autrefois vitrées ; elle est revêtue de stuc disposé en cannelures, sorte d’ornement qui, comme le fait remarquer iM. Breton, est très propre à laisser écouler la vapeur condensée en eau. Les murs étaient creusés, et le pavé en mosaïque se montre isolé sur de petits piliers de briques, autant de moyens ingénieux pour faire circuler l’air chaud emprunté aux fourneaux voisins, et pour envelopper la pièce d’une température égale. Ce détail d’installation se rencontre dans plusieurs autres thermes connus. La figure h ci-jointe donne une juste idée du calorifère de cette époque.

Tels cet exposé fidèle nous retrace les bains de Pompéi, encore debout après 1700 ans d’ensevelissement, tels, d’après les recherches les plus érudites, nous apparaissent plus ou moins amplifiés dans le dessin , mais toujours établis suivant les mêmes données, les thermes anciens. Nous laissons de côté quelques questions d’appréciation restées en suspens dans l’opinion des savants, mais qui n’ôtent rien aux traits généraux de notre étude.

Du plan même reproduit plus haut et de ses divisions, ressort clairement le procédé qu’adoptaient les anciens dans l’usage du bain. Au temps de Galien, comme on l’apprend de lui, dans un passage reproduit par Oribase, il se passait en quatre opérations distinctes, à cliacune desquelles une pièce spéciale était réservée. « Le bain complet se compose de quatre » parties différentes par leurs propriétés : en entrant dans les thermes, » on se soumet à l’inBuence de l’air chaud ; ensuite on se met dans l’eau » chaude, puis, en sortant, on se jette dans l’eau froide, enfin, on se fait

Fig. 4. — Cette figure est tirée de Rhodiiis {Adscrib. Larg., p. 104), et représente les tuyaux de plomb enchâssés entre les doubles murailles du laconicum trouvé près de l’église de Sainte-Cécile, à Rome, tuyaux servant à faire communiquer l’air du fourneau avec celui du laconicum.

BAINS CHEZ LES ANCIENS

» essuyer la sueur. » (Galien, ('ollect. médic. d'Oribase, liv. X,traduct. Bussemaker et Daremberg. Paris, IBSA). A coup sûr, cette marche n’a pas été uniformément suivie dans tous les établissements de bains. APompéi, entre autres, il semble, d’après la disposition des lieux, que l’immersion ou le frigidarium précédait l’épreuve de l’étuve. A défaut des indications tirées de quelque état maladif, la fantaisie ou les caprices de la mode intervertissaient l’ordre prescrit par Galien, et que nous avons tout lieu de croire le plus généralement suivi. Il en a été de même des heures et de la durée du bain. AI. Daremberg fait remarquer, dans les notes très instructives de sa belle traduction, qu’il est impossible de déterminer exactement l’époque où on a commencé à prendre des bains aussi compliqués, non plus que celle où le programme des quatre actes est tombé en désuétude. Encore moins peut-on se renseigner sur les pratiques secondaires de friction, de massage, d’onction, etc., que le raffinement des mœurs multipliait à plaisir. Au iy® siècle, Publius Victor ne compte pas moins de huit cent cinquante-six bains dans sa statistique de Rome. Les progrès du christianisme devaient frapper d’interdit une coutume qui, du domaine de l’hygiène, était j)assée dans les attributions de la débauche.

Jusqu’ici, nous n’avons parlé que de bains chauffés artificiellement, et à ce propos, il est utile de mentionner les modes de chauffage de ces thermes. Tantôt, comme à Pompéi, V hypocauste se composait de deux parties distinctes, le fourneau, fornax ou fornicula, et prcefurniurn^ espace où se tient le chauffeur avec une provision de résine pour activer le feu. Du foyer partaient deux conduites destinées à porter l’air échauffé sous les pavés suspendus et dans les intervalles des murs. Les chaudières, comme cela se remarque dans la fresque des bains de Titus, n’étaient point placées au-dessus, mais à côté du foyer, et se superposaient entre elles de manière à recevoir et à envoyer de l’eau différemment échauffée. D’autres fois, et cela concerne plus généralement les étuves et le caldarium, ainsi que nous l’avons déjà vu, le sol du bain est soutenu par des dés de brique communi(juant avec des tuyaux prismatiques juxtaposés, et qui s’encadrent dans l’interstice des parois de la salle. Vitruve indique cette construction en termes formels. Nous rencontrerons le même système dans les bains turcs. Alais les restes nombreux d’exploitation romaine qu’on découvre près des sources minérales, sur l’étendue de l’ancienne Gaule, en Espagne, en Algérie, offrent des exemples decesdivers appareils. C’est ainsi qu’aux bains antiques d’Aix en Savoie, édihésdans la dépendance des sources provenant des cavernes de Saint-Paul, on remarque un hypocauste de piliers quadrangulaires et creux. On doit rappeler aussi la découverte faite à IJriage d un fourneau dans un état

BAINS CHEZ LES ANCIENS

de conservation parfaite, placé sons une piscine, et qui semble démontrer Fimportance que les Romains attachaient aux propriétés thérapeutiques d’une eau minérale, quelque inférieure que fût sa température native pai rapport à l’emploi du bain.

Ce iFest pas, d’ailleurs, en France seulement que des vestiges variés, des ex-voto, des bassins pavés de mosaïques, des aqueducs, etc., sont fréquemment mis au jour et proclament la faveur dont les sources thermales et minérales avaient joui depuis la conquête de César. Nous aurons souvent l’occasion de citer ailleurs ces témoignages. Toutefois, si l’on en excepte la tradition de l’antiquité qui consacrait les fontaines chaudes à Hercule [voy. Hercule (bains d’)], il ne semble pas, selon l’avis de M. Daremberg, que les bains minéraux aient appartenu plutôt à la classe des traitements médicaux qu’à celle des remèdes populaires. Homère ne parle jamais des eaux minérales. Les opinions professées à leur égard par les princes de l’art, Hippocrate et Galien, sont fort peu concluantes. Le bain salé, par exemple, auquel le premier reconnaît la propriété d’attirer l’humidité hors du corps, peut aussi bien s’entendre de l’eau de mer, de l’eau rendue salée par des moyens artificiels ou des sources minérales salines. En aucun écrit, l’emploi de la médication thermale n’est recommandé à titre de prescription médicale. C’est un fait digne d’attention même, que les auteurs anciens s’occupent presque toujours de la température et des effets du bain chaud ou froid, et très rarement de l’eau minérale prise en boisson comme remède. L’action purgative seule de quelques-unes d’entre elles semble avoir été utilisée. M. Daremberg conteste encore l’interprétation des citations faites par Sprengelet par les hydrologues allemands, Vetter, Osann, pour attribuer au voisinage ou à la présence de sources minérales la fondation de temples d’Esculape. ïl faut donc arriver à Sénèque et à Plutarque pour se faire une idée de l’affluence qu’attiraient les bains du golfe de Baies, et ceux d’OEdepse, en Grèce [voy. Baja, Ædepse]. Pline, dans son Histoire naturelle (liv. XXXI, § 1 et suiv., traduct. Littré), déclare que toutes les eaux sont un bienfait de la terre. « Elles sortent salutaires, » dit-il, de tous côtés dans mille pays, là froides, ici chaudes, ailleurs )) chaudes et froides, comme à Tarbelles (Dax) d’Aquitaine et dans les » Pyrénées, où elles ne sont séparées que par un petit intervalle, ou bien » encore tièdes et simplement dégourdies, annonçant les secours qu’elles » donnent aux malades, et ne sortant de terre que pour l’homme seul, » entre tous les animaux. Sous des noms divers, elles augmentent le

» nombre des divinités et fondent des villes . » Et plus loin, après

avoir énuméré quelques-unes des plus célèbres dans l’empire romain, particulièrement celles delà Campanie, il cite les affections pour lesquelles

BAINS EN ORIENT

on les croyait utiles de son temps. Telle est la source de la campagne de Cicéron, sur le chemin du lac Averne à Pouzzoles, laquelle était réputée contre les maladies des yeux. Dans la mêmeconirée, les eaux de Sinuesa passaient pour guérir la stérilité des femmes. A Ænaria, aujourd’hui Ischia, on soulageait les calculeux, etc. Là s’arrête à peu près ce qu’il y a de moins contestable sur le rôle thérapeutique des eaux minérales dans la médecine antique, et quoique des compilations, méritantes à d’autres égards, aient tenté de nous le montrer sous des aspects différents, il se réduit toujours à des termes obscurs ou vagues. Néanmoins, M. Daremberg insiste sur ce que dès le moment où les médecins grecs ou romains s’occupent des eaux minérales, ils se partagent d’avis sur la manière d’envisager leur action. Pour les uns, la notion des principes minéralisateurs est la plus nécessaire ; pour les autres, cette médication est tout empiiique. Galien adoptait un moyen terme. S’il prétendait qu’on peut imiter toutes les eaux minérales, et s’il penchait à confondre la vertu des sources naturelles et de leurs imitations {Des médicam. simp., I, 6, loc. cfC), nous tenons de lui la leçon que, par rapport aux sources chaudes dont les principes dominants sont peu apparents, le meilleur est de lesjuger par l’expérience {San. tu., Ml, 9, t. VI, p. iak,loc. cit.). Cette vérité a traversé les siècles.

On sait, du reste, qu’un affranchi d’Auguste, Musa, mit, de son temps, en grande faveur, l’usage des bains froids. L’empereur, guéri par sa méthode, et le sénat également reconnaissant, lui décernèrent le titre de chevalier, une statue d’airain dans le temple d’Esculape, et la donation d’une somme considérable. Des distinctions aussi insignes n’empêchèrent pas l’inconstance de la mode. Tout à fait abandonnée, puis relevée sous l’impulsion de Charmis, de Marseille, l’hydrothérapie finit par disparaître, pour une longue suite de périodes, de la pratique médicale. En dépit des recommandations d’Agathinus, disciple d’Alhénée (Oribase, OEiwres, lib. X, cap. VII, loc. cit.), qui attribuait mille inconvénients aux bains chauds, la fréquentation des thermes avait suivi les développements de la civilisation romaine et ne devait cesser qu’avec elle.

Bains en Orient. — Les grecs de Byzance avaient gardé la tradition du bain, tout en leduisant l édifice qui lui était destiné aux parties les plus nécessaires. L’avant-salle ou Vapodyterium, la salle tiède ou tepidarium, l’étuve ou caldarium, et dans celle-ci divers cabinets où l’on pouvait se soumettre aune chaleur plus intense, composaient l’ensemble particulier à chacun des innombrables thermes de la capitale. Les Turcs, sous la conduite de Mahomet II, en trouvèrent les restes, échappés aux désastres de fréquents tremblements de terre. Aujourd’hui il n’existe

BAINS EN ORIENT. 201

pins à Gonslantinople un seul édifice thermal doiii la construction remonte à l’époque des empereurs byzantins. [\Iais la plupart des bains turcs actuels sont construits sur l’emplacement et sur le plan des précédents, et de telle sorte que leur dessin correspond entièrement à ce que nous connaissons des bains romains, et en particulier aux descriptions de Vitruve. Ces similitudes prêtent à un parallèle plein d’intérêt et qui n’est pas sans jeter de vives lumières sur plus d’un point litigieux du sujet. M. Ch. Texier, de l’Institut [Rev. génér. d' architect. et des trav. pubL, xix« année, p. 22), est entré savamment dans cette discussion ; grâce à lui, nous pouvons nous représenter le bain du sultan Mahomet, oublié jusqu’à ce jour sous des bâtiments voisins, mais assez intact pour reproduire son ancienne ordonnance, laquelle remonte à 1469 et n’est, en définitive, qu’une restauration do bain grec.

Le bain de Mahomet II, désigné sous la dénomination vulgaire de TchoucourHarnman [Bain profond), estdu nombre de ceux que les Turcs appellent tchifpe (par paire) parce qu’ils contiennent des salles pour les hommes et pour les femmes, avec un fourneau ou hypocauste commun. Comme dans tous les bains d’Orient [voy. Brousse], la façade est simple et on entre dans une grande salle carrée, surmontée d’une voûte en pendentif. Le pourtour de la muraille était décoré de faïences émaillées. Au milieu était une grande coupe de marbre portée sur un piédouche, d’où jaillissaient une multitude de fontaines d’eau fraîche. Autour de la salie règne une estrade de marbre sur laquelle sont étendus des lits de rej)os, avec des rideaux. C’est là que les baigneurs quittent leurs vêtements. Ils sont ajustés par les gens de service pour entrer dans le tepidarium. On couvre les baigneurs avec des serviettes de toute dimension et qui ont chacune un nom diflerent. On leur met aux pieds de hauts patins de bois qui, selon le rang des personnages, varient de hauteur et de richesse. C’est encore sur le même lit de repos que le baigneur est ramené après le bain. Il ne reprend ses vêtements qu’après avoir étanché complètement la transpiration causée par la vapeur du bain (Ch. Texier, toc. citât.). Comme dans les thermes romains, la coupole de la salle d’introduction est éclairée par en haut, et sa fenêtre circulaire est obturée à volonté par le moyen d’un grand disque d’airain ou de tôle, le clypeus, mû à l’aide de chaînes. V apodyterium sert encore de lieu de réunion et de causerie aux désœuvrés. Le tepidarium ressemble à celui de Pompéi [voy. Bains chez les anciens'], sauf le bassin d’eau tiède, qu’on retrouve cependant dans la description des bains de Brousse. Des conduits de vapeur chaude, rampant sous le sol dallé et dans les parois des murailles, entretiennent d’une manière constante la chaleur de l’étuve. Jusqu’aux pratiques accessoires de l’onction, du massage et de la strigille, cette

BAINS EN ORIENT

dernière remplacée par une coquille avec laquelle les gens de service gratlent le corps imbibé de vapeur, on passe en revue Ions les détails de procédé du bain antique que nous avons déjà exposés. Les croyances musulnianes, si rigoureuses en ce qui concerne le maintien de la pureté du corps et de l’habitation, s’adaptaient aussitôt aux usages anciens, et l’immobilité qui caractérise si bien, comme on l’a dit, les peuples de l’Islam, les a conservés dans toute leur intégrité.

Que nous prenions la relation des bains du Caire dans les publications de la Commission cV Egypte ou dans les notes récentes de voyage du professeur Dieterici (Berlin, 1858), c’est toujours une combinaison du bain chaud et de l’étuve, calquée sur la manière ancienne, et dont les divers actes se terminent par le kief ou repos, avec l’auxiliaire du tabac et du café. Les femmes de l’Orient aiment ces bains passionnément. Les pauvres coudoient les personnages riches au milieu de la vapeur des étuves, et chacun en cela accomplit indistinctement un commandement de la loi religieuse.

Pourrait-on rattacher des coutumes aussi persévérantes à quelque motif tiré des doctrines médicales, dont l’Orient fut le berceau ? Il n’y a point d’apparence à cet égard. Nous avons dit combien l’opinion des maîtres de la science antique s’est peu formulée sur l’emploi thérapeutique du bain, soit simple, soit minéral. Marcard {De la nat. et de Dusage des bains^ trad. de l’allemand) avoue cju’il s’est donné assez de peine pour rechercher ce que les anciens et les médecins des siècles postérieurs pensaient sur ces matières, et que son travail n’a pas été récompensé par le nombre ni l’importance de renseignements qu’il a pu tirer de nombreux volumes. Il est bien vrai que dans les Canons d’Avicenne, comme l’a noté ÎVl. le docteur Rubio ( Tratad. compl. de las fuentes min. del. Espana) les bains étaient recommandés pour diverses sortes de douleurs. On suppose à Albucasis, à Averrhoés et aux autres arabistes, des opinions formelles sur l’application médicale du bain, des vapeurs, et même des eaux minéralisées naturellement. Mais ces assertions ne nous sont venues qu’à travers des traductions informes et les interpolations sans nombre des copistes , et toute réserve doit être prise à leur endroit. t\J. Rubio voit dans la multitude des localités qui portent en Espagne le nom à' Alhama [source, en arabe) une preuve de la prédilection des disciples d’Avicenne pour les sources minérales. Il est certain que beaucoup de stations thermales de la Péninsule ont gardé les traces irrécusables du séjour et de la faveur des Sarrasins. On raconte que, pendant la lutte acharnée qu’ils soutenaient contre les chrétiens, aussitôt qu’une trêve avait lieu, les Maures se hâtaient de courir aux bains les plus voisins et de s’en procurer les bienfaits (Rubio, loc.

BAINS AUI INDES. 203

cit.]. Après comme avant la conquête, ils se pressèrent aux thermes qui ne leur étaient pas interdits. Des ordonnances réglementaires des rois catholiques en font foi. i^lais, malgré les quelques cures témoignées par des inscriptions encore existantes et analogues à celles des pierres votives des Romains, il est à croire que le goût des Orientaux pour le bain et ses pratiques accessoires, plutôt que la prescription des médecins, favorisait ce concours.

De nos jours, le moindre village turc ou égyptien a son bain près de la mosquée. L’Arabe nomaile s’arrête aux sources , creuse un fossé sous l’ombre de quelque platane , y amène l’eau voisisie, et, après l’avoir chauffée au moyen de cailloux rougis ou de morceaux de fer brûlants, si elle n’est pas thermale, il y plonge toutes ses souillures. Ailleurs, comme en Algérie, la mémoire de saints marabouts consacre la fontaine chaude et en fait un lieu de pèlerinage. Nous constaterons, à propos des eaux de Brousse [voy. ce mot], un exemple de l’appropriation des sources minérales aux besoins publics en Orient. Une seule localité, celle de Jallowa, près de Constantinople, peut être comparée à nos stations d’Eaux en Europe. La composition de cette source est donnée comme légèrement saline; sa température est froide. Par une exception remarquable dans les usages de l’Orient, il y a en cet endroit une affluence nombreuse à deux reprises, du mois de mai au mois de juillet, et d’août à sepiembre. Les musiciens, les bateleurs et toute sorte de gens à métiers de circonstance, accompagnent la foule des visiteurs. C’est un campement général, où le besoin d’échapper à l’air étouflant de la ville pendant l’été, pousse ces gens et leurs familles, autant que les raisons particulières de santé. Cependant on y boit les eaux, on s’y baigne, et il semblerait, d’après ce qu’on dit de la consommation de fruits à laquelle selivrentles baigneurs pendant leur séjour, qu’il s’y pratique une sorte de cure de raisin [voy. ce mot]. Nous ne savons au juste à quelles maladies les habitants de Constantinople croient pouvoir remédier, en fréquentant les eaux de Jallowa II est bien parlé, dans l’aperçu que nous a donné le professeur Landerer {Bain. Zeit., V. û7), d’affections de poitrine et de maladies abdominales dont cette source revendiquerait la spécialité, mais ses propriétés médicales ne sont point définies. Et d’ailleurs on connaît la répugnance des Orientaux, ordinairement si tolérants pour les souffrances d’autrui, mais écartant de leurs réunions la vue et le contact de certaines maladies, parmi lesquelles la phthisie pulmonaire est associée aux scrofules et à la lèpre. Si Jallowa présente quelques analogies avec les bains d’Occident, c’est principalement comme lieu de plaisance et de divertissement.

Bains aux Indes. — Nous ne nous sommes pas appesantis sur les pra-

BAINS CHEZ LES CHINOIS

tiques accessoires du bain musulman. Les principales sont les affusions, les onctions, les frictions, la flagellaiion, le massage et l’épilation. L’importance médicale de celles de ces manœuvres qui méritent considération sera appréciée ailleurs [voy. Affusion, Massage]. Dansl’antiquité, elles étaient très usitées. Pour certains peuples, elles constituent une véritable méthode hygiénique. Depuis Anquetil, on a rapporté à satiété la relation du bain avec ma.ssage, tel qu’il s’administre aux Indes, et dont les femmes indoues, en particulier, prolongent la durée autant que leurs forces le leur permettent.

Bains en Russie. — Le bain russe, décrit par Sanchez, premier médecin de l’impératrice Catherine [Mémoires de la Soc. roy. de méd. de Paris, année 1779, t. III, p. 233 et suiv.), et qui n’est guère passé en coutume que dans les contrées extrêmes du nord, tend à combiner alternativement les effets de l’étuve sèche, ceux de l’étuve humide, de la flagellation et du massage, et se termine par des affusions d’eau froide. A défaut d’eau froide dans les lieux mêmes du bain, on va se plonger dans quelque ruisseau ou étang, ou se rouler dans la neige. Un breuvage alcoolique excite finalement les phénomènes de réaction qui se prononcent, et que recherchent les individus de toutes les classes.

Bains enFinlande. — En Finlande, les étuves chauffées plus fortement que chez les Russes, paraissent néanmoins en grand usage. Au point de vue physiologique et médical, la méthode qui consiste à obtenir des sudations abondantes en soumettant la surface du corps à un milieu chauffé par des vapeurs artificielles ou naturelles, demande des développements que nous renvoyons à l’article Vapeur [voy. ce mot]. Nous mentionnerons seulement que les habitants des contrées les plus rapprochées du pôle, les Esquimaux, les Groënlandais, les Norvégiens, les Samoyèdes, lesKamtschadales, réduisent leur bainde vapeur aux plus strictes proportions. Un trou dans la terre, des cailloux rougis au feu, leur suffisent pour provoquer la transpiration que contrarie l’action d’un climat rude.

Bains en Amérique. — Au rapport du missionnaire Loskiel, les sauvages du nord de l’Amérique se servent de moyens à peu près semblables.

Dans tous ces cas, il y a plutôt sujet à l’examen de l’hygiéniste que matière à déductions médicales proprement dites. Peut-être, dans la partie méridionale du nouveau monde, là où Fernand Cortez, en 1519, trouva des jardins médicinaux et des hôpitaux établis depuis deux cents ans, la civilisation avait-elle fécondé également toutes les branches de Part de guérir. Toujours est-il qu’au Mexique et au Pérou, des ruines magnifiques de bains dans le voisinage des eaux thermales, attestent l’intérêt attaché par les Incas aux ressources de la nature.

Bains chez les Chinois. — Alibert (Précfs sur les eaux minérales les

BAINS EN EUROPE. üOr,

plus usitées) cite un long passage tiré des Observations de physique et d'histoire naturelle de l’empereur Kang-Hi et qui ferait supposer que, depuis longtemps, les qualités des eaux minérales étaient très bien appréciées en Chine. Nous extrayons textuellement quelques passages de ce curieuxdocument : « Rien n’est plus vrai, s’écrie l’auteur éminent, les eaux » thermales sont efficaces pour guérir plusieurs maladies, . .. Il est évident » que la chaleur, l’odeur, la saveur, la vertu médicinale des eaux chau- )) des, sont l’effet du mélange des corps étrangers qui y sont. Mais quels » sont ces corps ? En quelle quantité et proportions y sont -ils? C’est ce « qu’on n’examine pas assez. Les médecins mêmes s’en tiennent à l’an- » tique réputation d’une fontaine, pour y envoyer des malades. Je sais » qu’on a trouvé de l’arsenic dans quelques sources très estimées ; je « sais que la nature peut changer les poisons en remèdes par desdécom- » positions et des mélanges qu’elle a le secret de faire; mais je sais aussi « que si l’on étudiait mieux les qualités particulières des eaux minérales,

« on pourrait mieux fixer les espèces de maladies auxquelles elles con- » viennent... . Il n’est pas sûr de suivre les anciens à cet égard ; ils s’en » tenaient à l’odeur, à la saveur et à la couleur, pour pi ononcer sur les » bonnes ou mauvaises qualités des eaux. Cette manière est trop super- » ficielle; quelque bons que soient ces signes sensibles, ils ne suffisent » pas.... « La haute raison qui a dicté ces préceptes, vraisemblablement authentiques, n’échappera à personne. Il est assez singulier qu’ils nous viennent de si loin, d’une date si reculée, et qu’ils aient encore tout l’àproposde la nouveauté. Le P. Du Halde, jésuite du xviU siècle, qui a pris une grande part à la rédaction des Lettres édifiantes, raconte que l’empereur partit, en décembre 1691, pour se rendre à des bains d’eaux chaudes, situées à six lieues au nord de Pékin ; il ajoute qu’il logea dans une maison qu’il avait fait bâtir exprès. Cette maison était composée de trois pavillons; dans chacun il y avait des bains, et on voyait aussi dans la cour, de l’établissement deux grands bassins carrés très commodes; ils étaient d’une chaleur modérée, et l’eau de ces bassins avait quatre ou cinq pieds de profondeur.

Bains en Eui'ope. — En Europe, la régénération de l’usage des bains thermaux est généralement attribuée à Charlemagne qui prenait plaisir, dit-on, à se baigner en public, avec toute sa cour, dans les piscines {['Aix-la-Chapelle. On a même revêtu cette circonstance d’un caractère légendaire, en supposant qu’un chien de chasse s’étant détaché de la meute impériale et revenant tout couvert d’une eau qui répandait une forte odeur de soufre, avait donné l’idée au prince d’utiliser une source inconnue jusque-là. Par l’ordre de Charlemagne des bains s’élevèrent en cet endroit. Bientôt après, la ville d’Aix-la-Chapelle recouvrait sa splen-

Page 1