DÉGÉNÉRÉES (EAUX
Les eaux dégénérées n’ont jamais une composition constante à toutes les époques de l’année; aussi sont-elles des agents sur lesquels la pratique médicale sait peu de chose. Cependant î\!. Filhol ne regarde pas les bains d’eaux minérales dégénérées comme inactifs; car, dit-il, les malades y sont plongés dans un véritable lait de soufre, et le soufre divisé, comme il l’est dans cette circonstance, doit avoir une action beaucoup plus efficace que dans son état ordinaire.
La proportion des combinaisons et des matières qui se sont produites pendant la dégénérescence [voy. ce mot] est en rapport avec la nature de l’eau minérale, sa richesse en sulfure et l’intervention plus ou moins active de l’oxygène ambiant. On admet que les eaux blanchissantes, outre le soufre qui reste en suspension dans leur masse, renferment des hyposulfites, des sulfites, peut-être même un peu de polysulfure. Dans les eaux polysulfurées, le polysulfure alcalin en est le principe minéralisateur dominant; puis viennent des hyposulfites et des sulfites. Dans les unes et dans les autres, si la dégénérescence est profonde l’analyse constate
une quantité plus grande de sulfates que dans les eaux intactes.
Comme le phénomène de la dégénérescence n’a lieu que lorsque les eaux ont reçu le contact de l’atmosphère ou qu’elles ont été mélangées avec des eaux douces ou des eaux minérales de nature différente, il en résulte que l’on y trouve une quantité plus notable de carbonates que dans celles qui sont pures.
L’un des caractères des eaux dégénérées blanchissantes, outre leur couleur spéciale, est de déposer le soufre partout où elles s’écoulent avec de l’air. Ces incrustations d’un nouveau genre , et dont l’épaisseur atteint parfois plusieurs centimètres, sont cristallines et d’un jaune prononcé : on les observe principalement, en France, à Aix et à Ludion. Les eaux dégénérées polysulfurées, au contraire, précipitent moins de soufre que les précédentes, parce que le métalloïde s’est combiné à la partie du monosulfure non décomposé : de ce nombre sont les sources de Cauterets et de Baréges.
Tout ce que nous venons de dire se rapporte aux eaux sulfurées sodi-
ques; mais les eaux sulfurées calciques éprouvent à peu près par les mêmes causes des altérations ou dégénérescences qu’il est utile de connaître. Nous prendrons comme exemple les eaux d’Fnghien , si bien étudiées par MM. de Puisaye et Leconte.
Ces auteurs ont vu que les eaux d’Fnghien, exposées à l’action de l’air et de la lumière, déposaient du soufre par suite de la combustion de l’hydrogène de l’acide sulfhydrique sous l’influence de l’oxygène atmosphérique : dans cette condition, les eaux présentent une légère teinte verdâtre d’autant plus visible que la source est plus riche en acide suif-
DÉGÉNÉUl^SCENCIi DES EAEX.
liydi'i(|uc. Ils ont vu encore que par l’iiUenuède des corps poreux et même solides, l’oxygène et l’acide sulfhydrique pouvaient donner lieu à de l’acide sulfurique. Celui-ci se combine avec la chaux qui entre dans la composition des pierres de taille ou des moellons dont sont environnées les sources, et forme ces excroissances de sulfate de chaux que l’on découvre sur les margelles des puits.
D’où vient maintenant que les eaux sulfurées dégénérées possèdent entre elles des différences aussi tranchées? en un mot, pourquoi le mode de dégénérescence n’est-il pas le même dans les unes comme dans les autres? C’est ce que nous allons essayer de démontrer dans l’article suivant.
I>É«É:^’ÉRESCE]\CE lüES EAEX. Le phénomène de la dégénérés-” cence des eaux minérales sulfurées est connu depuis près d’un siècle, mais la cause qui le produit est restée pendant quelque temps l’objet de doutes qui disparurent, du moins en partie, après le travail de Bayen sur les eaux de Luchon.
Cam pardon attribuait la dégénérescence à la présence de la matière organique azotée, onctueuse au toucher, qui reçut dans la suite le nom
de sul fur aire.
Bayen vit là un effet de la décomposition partielle du sulfure alcalin par l’air, puis de l’action du carbonate alcalin sur les sels calcaires dissous dans les eaux qui sont mélangées avec les premières. Les expériences que Bayen entreprit pour découvrir la vérité sont des plus intéressantes, et les conclusions qu’il en tire ont servi beaucoup aux auteurs qui l’ont suivi dans cette voie. « Il est donc constant que la couleur lactescente qui survient aux eaux de Luchon est l’effet produit par le mélange de deux eaux chargées de matières différentes, qui agissent l’une sur l’autre, se décomposent et forment un nouveau sel qui reste en dissolution, tandis que le soufre et la terre nagent dans la liqueur jusqu’à ce que, par un long repos, ils gagnent le fond et y forment un sédiment. »
Anglada est le premier qui ait compris que l’oxygène de l'air était, en thèse générale, l’agent essentiel de la décomposition ou dégénérescence des eaux minérales sulfurées. Voici comment il s’exprime : « r L’air que les eaux entraînent dans leur cours souterrain, et qui se renouvelle d’autant plus qu’elles se rapprochent davantage de leur point d’émergence, dénature par son oxygène une portion de l’hydro-sulfale de soude, en même temps c|ue l’azote enlève une petite quantité d acide hydrosulfurique pour s’échapper avec lui. V C’est sur cette portion d’acide hydro-sulfurique qui a rompu le lien de la combinaison, que s’exerce l’action d’une autre partie d’air atmosphérique pour en compléter la décomposition et précipiter du soufre. »
dégénérescence des eaex:.
MM. rontaii et Filho! , tout en reconnaissant raclion énergique de ] oxygène de l’ajr sur le principe sidfnré, ont cependant modifié quelques points de la théorie d’Angiada.
^ Le piemier de ces auteurs, au sujet de ia précipitation du soufre, est d’avis que l’acide sulfhydi ique, considéré commé libre par Angiada alors que 1 oxygène de 1 air a déjà réagi sur le sulfure alcalin , est à l’étal de sullhydrate de sulfure, et que l’air, toujours imprégné d’acide carbonique, détruit ce sel en eau, en polysulfure, puis et subsidiairement en carbonate, en byposulfite, et enlin en soufre. C’est cet élément qui,
disséminé dans la masse du liquide, lui donne l’apparence d’un lait de soufre,
M. f ilhol Cl oit que 1 air n est pas le seul agent de décomposiiion du inonosulfure alcalin dans les eaux pyrénéennes, mais encore la silice à 1 état de liberté qui existe dans certaines eaux sulfurées possédant au plus haut degré la propriété de blanchir. La silice détruit donc le sulfure en donnant lieu à du silicate et à de i’acide sulfhydrique, en même temps que l’acide carbonique ambiant produit une petite quantité de carbonates. J. acide sulfhydrique est détruit à son tour par l’oxygène atmosphérique en eaii , et en soufre qui se précipite avec une certaine proportion de silice en excès et peut-être à ia faveur de la madère organique Le rôle le plus important que M. Filhol fait jouer dans la dégénérescence serait donc dévolu à l’acide silicique. En effet, d’aprèts les théories d’Angiada et de M. Fonian, toutes les eaux sulfurées devraient blanchir; or on sait que cela n’est pas. Les sources de Ludion et d’Ax sont celles qui jouissent le plus de la propriété de blanchir, mais l’ami lyse constate aussi qu’elles sont les plus riches en silice. D’une autre part, la proportion du sulfure de sodium est entièrement indépendante du phénomène en question; car si l’eau de Ludion est jdus riche en sulfure de sodium que celle d’Ax, celte dernière est moins riche que celle de Jiarèges, qui produit seulement du polysulfure et ne blanchit pas. Toute la différence provient donc de ce que, dans les eaux sulfurées sodiques riches en silice, la pioportion de soufre qui se dépose est trop considérable pour formel- avec le sulfure de sodium du polysulfure. Dans les eaux de Barèges, au contraire, l’acide silicique étant en moins grande quantité, le soufre, à mesure que l’oxygène de l air 1 isole de 1 acide sulfhydrique, se redissoui dans la masse du liquide.
MM. Beiliaiid fils et Aubergier ont lormulè chacun une hypothèse que nous devons indiquer. Pour le premier de ces auteurs, le'nionosulfure alcalin, eu présence de l’oxygène ainbianl, produit d’abord de l’acide sulfureux el ensuite de l’acide siilfliydrique. (Je,s deux acides, en l éa-is-
dëgënéresce?s’(:e des eaex. 527
sant run sur Tautre, doiiiieîît de i’eau, de l’acide sulfurique el du soufre d’après réquatioii siiivaule :