EAUX MINÉRALES ARTIFICIELLES
tiers sur les propriétés multiples d’une seule et même source. Celle-ci passait à la fois pour apéritive, diurétique, diaphorétique, résolutive, détersive et vulnéraire. Telle autre est indiquée comme tonique et déteisive dans ses applications à l’extérieur, tandis que, prise intérieurement, elle devient adoucissante, incisive et apéritive. Feu après, avec 1 autoiité de Fr. Hoffmann, l’interprétation chimique prit la place de l’analyse mé» dicale introduite par Bordeu dans l’étude des eaux. On sait combien, au commencement de ce siècle, la vogue s attacha aux imitations aiîificieiies des eaux minérales. Les chimistes les plus considérables s effoicèrent de donner la suprématie à ces produits factices sur les souices originales. Une certaine défaveur est meme sortie du débat soulevé par ces prétentions et a régné longtemps au sujet de l’utilité des eaux minérales. Mais aujourd’hui il n’est personne qui ne reconnaisse la véritable place en thérapeutique du remède naturel, et l’infériorité de la copie que fournit le laboratoire. Beaucoup de travaux et de traités estimés ont contribué cà donner l’impulsion qui se propage, en tenant un milieu équitable entre les exagérations exclusives et les préventions peu justiliables. On ne saurait mieux dire que ne l’a lait AlibeiT, dans son Pvécis historique sur les eaux ïninérales les plus usitées, 1825 : «Ue(}ui a intioduit tant d eireurs dans l’administration des eaux minérales, c’est qu’on a négligé de retracer l’histoire des maladies qu’on a cherché à combattre par ce moyen. » Cette doctrine, éclairée par l’expérience et l’observation, nous semble renfermer tout l’avenir de l’hydrologie médicale.
EAUX MIXÉRAUES ARTIEICIEUUES, Si dans cet ouvrage, exclusivement destiné aux eaux minérales naturelle.s, nous consacrons quelques lignes aux eaux minérales artificielles, c’est afin de faire ressorti! , ainsi que l’ont déjà tenté plusieurs auteurs, les différences profondes qui
existent entre les unes et les autres.
L’art d’imiter les eaux minérales naturelles a pris naissance dans le
XViUsiècie. Il estdûà deux Anglais, Hovvarg et Jenny, qui, sous le règne de Charles lî, s’assurèrent par une patente la propriété de la préparation des eaux ferrugineuses.
Cette industrie, passée peu à peu inaperçue, rejn-it une nouvelle faveur vers la seconde moitié du siècle dernier, et après que Bergmann eût fait connaître l’origine et la nature de l’acide aérien ou acide carbonique. De cette époque date la fabrication des eaux gazeuses qui devait prendre par la suite et de nos jours une si grande extension. Disons aussi que Leroy, Duchanoy, Bouillon-Lagrange, Soubciran et plusieuis autres auteurs dont les noms faisaient autorité, en livrant a la publicité des ouvrages spéciaux sur la maniès e la plus l ationnelle d imitei les eaux minérales, n’ont pas peu contribué à répandre l’usage des eaux arlificielies.
EAUX MINÉRALES AlUfIFIGiELLES.
Hergmann est encore le premier chimiste qui ait lentG de préparer des eaux sulfuices en se servant d’acide sulfhydrique ; mais les bains sulfureux artificiels ne prirent une certaine importance qu’après les expé*licnces de Bayen sur les eaux de Ludion.
Ainsi qu’on le pi-évoil déjà, ce sont les eaux minéi-ales naUirelles e pus en repmation qu’on a essayé (riiniter. On vit même, dans la première moitié de ce siècle , un établissement se fonder à Paris, où beaucoup d’eaux minérales arlidcielles destinées tant à l’intérieur qu’à rexlérieur étaient obtenues avec les sels que les cliimistes supposaient exister dans les eaux naturelles : de ce nombre sont surtout les
canx de Vichy, deSeliz, de Spa, de Sedlitz, de Pulina, de Plombières de Baréges, etc. ’
Tout le monde sait que les eaux minérales naturelles, sous le rapport de leurs propriétés physiques, chimiques et médicales, possèdent une maniéré d elre que, malgré la perfeciion de l’analyse, on n’est pas parvenu et I on ne parviendra jamais à imiter, même approximativement; et cependant, maigre l’espèce d’anathème porté sur ces dissolutions de sels minéraux, qui ne sont, à tout prendre, que des produits pharmaceutiques plusieurs sont encore fréquemment employées. Quelques exemples vont
nous montrer que l’analogie de ces solutions avec les eaux minérales n’est pas possible.
On a indiqué une formule d’eau de Vichy artificielle en dissolvant des proporlions déterminées de carbonate de sonde neutre, de chlorures de sodium et de calcium, de sulfates de soude et de magné.sie, de tartaire double de potasse et de fer dans de l’eau que l’on sursature ensuite d’acide carbonique. On va même jusqu’à donner le nom d’eau de Vicliv artincielle pour la boisson et en bains à une simple solution de bicarbonate de soude. Personne ne conteslera que les sources de Vichy ne contiennciu du bicarbonate de soude tel que l’industrie le prépare. Mais les antres sels, par suite des échanges multiples qui s’opèrent entre les acides et les bases, .sont-ils la représcntalion même approximative de ceux existant dans l’eau minérale nalnrclle? Voilà où commence l’erreur.
La tliérapeuliqne fait, on le .sait, un usage fréquent de bains de Baréges an moyen du polysnifnre de pola.ssiuin, on bien en mélangeant de 1 hydiosulfale de sonde cristallisé avec du carlionate de .soude et du chlorure de sodium ; mais rien dans la nature et la proportion de ces sels ne
rapproche Teau minérale naturelle do Baréges de celle que Ton obtient ainsi.
Ce que nous di.sons ici des eaux de Vicliy et des bains de Baréges «applique à imites les eaux artificielles [voy. Gazeuses (eaux)]. Les ailleurs qui ont fait connaîiro des formules d’eaux minérales artificielles
ÉBEAUPIN.
ont eu en vue de faire entrer en dissohilion les sels K.'s pins actifs, les mieux définis et les plus abondants des eaux minérales naturelles. Mais il ne faut pas oublier que les eaux minérales en général empruntent leurs diverses propriétés non à la présence d’une ou de plusieurs substances, mais à l’ensemble des matières qui les constituent. Or, qui peut nous prouver que les sources ne renferment pas d’autres substances complètement inconnues jusqu’à ce jour ?
En résumé, que fart médical lire un parti avantageux d’un ou de plusieurs sels minéraux que l’on sait exister dans les eaux minérales naturelles, c’est ce que nous n’essayerons pas de discuter. Mais ce qu’on doit rayer du langage hydrologique, c’est l’expression d’eaux minérales artificielles : car, sous le rapport chimique , le rapprochement entre les premières et les secondes n’est pas possible ; d’une autre part , cette dénomination a le tort grave de faire croire à une identité de propriétés thérapeutiques que l’on sait positivement ne pas exister.
EAL^X mXÉRALES »E TABLE. Voy. GAZEUSES (EaUX).
ÉBEAEPIX (Loire-Inférieure, arrond. de Nantes). A 4 kilomètres de Nantes.
Ferrugineuse bicarbonatée. Tempér. , 13” cent.
Eau : un litre.
Acide carbonique .
Chlorure de calcium . . .
— de sodium . . . .
— de magnésie.
— de fer .
Alumine .
Silice .
Matière extractive .
Lit.
Griim.
(Hectot et Dücommun.)
L’analyse de l’eau minérale d’Ébeaupin a été répétée depuis par MM. Robierre et Moride. Quoique ces chimistes se soient contentés de faire connaître la nature et la somme des substances élémentaires, laissant de côté toute interprétation théorique qu’on voudra leur donner, ils pensent que l’eau de cette source, comme du reste la plupart de celles du département de la Loire-Inférieure, peut être considérée comme minéralisée par des bicarbonates de chaux et de fer, des sulfates de soude et de chaux, des chlorures de sodium et de magnésium, et du silicate d’alumine.
MM. Robierre et Moride ont trouvé qu’un litre d’eau d’Ébeaupin contenait 0,004 de protoxyde de fer équivalant à 0,008 de bicarbonate
ÉCHAILLON.
de ce métal. Malgré la proportion très minime de ce sel comparativement à ceiie des eanv dites ferrugineuses, on ne doit pas moins ranger l’eau qui nous occupe parmi les eaux ferrugineuses, car la somme de tous les principes fixes ne s’élève pas à plus de 0,193 suivant MM. Bobierre et Moride, et de 0,271 d’après MM. Hectot et Ducommun.
Des observations intéressantes de l’emploi avantageux de ces eaux dans la cachexie consécutive aux lièvres intermittentes automnales, ont été publiées par M. Férat [Mém. de la Soc. de médecine de Ihaixelles,
L ni, 1810).
(France, Isère, arrond. de Grenoble). A 15 kilomètres de Grenoble, sur la rive gauche de l’Isère, vis-à-vis de Voreppe. Sulfurée calcü^ue. Tempér., 19° cent.
Eau: un litre.
Azote avec uii peu d’oxygène .
Acide carbonique libre .
— sulfhydrique .
Bicarbonate de chaux .
Sulfates de soude, de chaux et de magnésie. . .
Chlorure de sodium . .
— de potassium . . .
— de magnésium . .
îodure très sensible .
Bromure .
Acide silicique. . . . .
Alumine . . . .
Phosphate .
Sulfure et hyposulfites calcaires . .
Fer et manganèse (sulfurés?) .
Matière organique azotée et sulfurée .
(O. Henry.)
Celte source jaillit au pied de rochers formés d’un calcaire néocomien et est habituellement recouverte par les eaux de l’Isère.
L’eau d’Fchaillon a été analysée depuis M. O, Henry par M. Niepce ; mais si les résultats annoncés par ce dernier auteur se rapprochent beaucoup de ceux de M. O. Fleury pour quelques sels, ils en diffèrent aussi pour d’autres matières. Ainsi, M. Niepce ne signale pas la silice, le fer, le manganèse, l’alumine, l’iode, le brome, etc. H est seulement à regretter que M. O. Henry n’ait pas cru devoir indiquer la proportion de chacun des sels inscrits dans son analyse. Fn réunissant sous un même chiffre les bicarbonates de chaux et de magnésie, les chlorures de sodium, de potassium et de magnésium, par exemple, on ne sait pas la part qui revient à chacun d’eux.
Gram.
indiqués
ÉCUÎLLÉ. ^03
(Étals sardes, Savoie). A peu de dislauce de Saint-Jeande-Waurienne, au pied d’une haute montagne.
Chlorurée ci sulfatée sodiqiie. l’erapér. , 40'’ à cent.
Nous li’avoiis pas la composition quantitative de cette source. Le professeur Giobert, qui en fit l’analyse en 1822, y signala une notable proportion de gaz acide carbonique, libre, et sur 1 kiiogr. d’eau, 8SG164de principes fixes , consistant en carbonates de chaux, de magnésie, de fer, sulfates de chaux, de soude, de magnésie, chlorures de sodium et de magnésium. Depuis, en 1840, M. Caiioud a constalé, en outre, dans les mêmes eaux, la présence d’iodures de sodium et de magnésium. A la dose de quelques verres, elles produisent des effets purgatifs et augmentent la sécrétion des urines. — Pas d’instaltation suffisante.
E€^UE¥1LIÎÆ¥ (France, Haute-Saône).
Chlo7uirée sodique. Tempér. ?
Une courte notice est consacrée, dans V Annuaire des eaux de la France, à feau minérale d’Ecquevilley. Analyse incomplète d’Ébelmen.
Sulfate de soude. . . 0,047
Chlorure de sodium . 3,530
— • de calcium . 0,127
Elle jaillit du terrain des marnes irisées.
ECTilYMA. Dans sa forme chronique, recilivma, divisé en infantile et en cachectique, est rapporté presque exclusivement à l’influence de mauvaises conditions hygiéniques. Quand il s’agira de relever la constitution , les eaux sulfurées et chlorurées sodiques sulfureuses viendront en aide au traitement local.
ÉCMIEEÉ (France, Maine-et-Loire, arrond. d’Angers).
Ferrugineuse bicarbonatée. Froide? Deux sources.
Eau : un litre.
Vieille source.
Source
de la Plancha.
Gram.
Gram.
Acide carbonique et azote .
. . . . iridét.
indét.
Bicarbonate de chaux .
— de magnésie .
de fer .
Sulfate de chaux . .
Sulfate d’alumine .
Chlorure de sodium .
— de calcium .
— de magnésium .
Acide silicique . .
Matière organique . . . . .
(Ménière et Godefroy.)
f)04, ECZÉMA.
L’eau de la Vieille alimenle un lavoir, et possède une odeur
sulfureuse due h la réduction des sulfates par la matière organique. La source de /« Planche est plus abondante et arrive trouble à la surface du sol Elle contient en suspension de l’hydrate de peroxyde de fer, dans lequel MM. Ménière et Godefroy ont constaté l’existence de l’arsenic.
ECZÉMA. Quels que soient son siège et ses formes, l’eczéma passe pour la maladie la plus commune parmi les affections cutanées. G est celle qui s’adresse le plus fréquemment à la médication des eaux minérales. Nous aurons ailleurs à nous occuper de la diathèse dont elle représente le type le plus déterminé, ei nous essayerons alors de faire la part des divers modes de traitement hydro-thermal en présence des manifestations variées de l’herpélisme [voy. Peau (maladies de la)].
D’une manière générale, on sait que la marche de l’eczéma est ordinairement chronique. Dans les cas les moins fréquents, où il s’accompagnede phénomènes d’acuité, mouvement fébrile, courbature, malaise, etc., autant de symptômes analogues aux prodromes des fièvres éruptives, tout, jusqu’à la durée rapide de cet état, écarte l’intervention des eaux minérales et de la mer. Il ne saurait être question ici que d’une forme nettement accusée. Dans ce qu’on entend, en effet, par eczéma chronique, il y a lieu à une succession plus ou moins continue et prolongée d’éruptions, ayant une signification tout à fait aiguë dans leurs symptômes locaux et généraux. Le traitement, qui est de notre ressort, provoque lui-même le plus souvent ces sortes d’exacerbations; c’est la condition presque partout sous-entendue de son effficacité. Nous admettons aussi, avec M. Hardy [Leçons siw les maladies de la peau, 1858), le mélange possible sur un même individu des différents passages d’évolution par lesquels passe l’eczéma avant d’arriver définitivement à l’état squameux. Que les croûtes, qui caractérisent le second degré, persistent encore ou aient été remplacées sur beaucoup de points au moins par cette desquamation épidermique, qu’un examen superficiel confondrait si facilement avec celle du pityriasis, il n’est point de contre-indication absolue à y rattacher. Les variétés d’eczéma, groupées d’après les aspects de l’éruption et prises à tort quelquefois pour de^ maladies distinctes, non plus que celles qui se déduisent de sa configuration , ne modifieront pas les considérations du traitement thermal ou marin. Nous en dirions autant des variétés de siège, tout en mentionnant la fréquence, chez les enfants, de l’eczéma du cuir chevelu, du sein et des parties génitales chez la femme. Quant aux complications, il n’en est pas de particulières à cette maladie et qui ne puissent se reti ouver dans la plupart des dermatoses. Les questions d’alternance et de répercussion sous l’influence du traitement seront examinées à l’article général. Nous réservons, pour les mêmes motifs, le