‹ Dictionnaire général des sciences théoriques et appliquéesChapitre 368 sur 396 · F AU · texte numérisé non relu

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du manoir héréditaire, en nn'me temps que d'autres liabitudes de luxe absorbaient leurs ricins revenus. Maintenant que la noblesse elle-mtJme a perdu son existence privilégiée, la fauconnerie n'est plus guère qu'un souvenir; ses traditions sont ensevelies dans de vieux livres inconnus du vulgaire et ce n'est qu'au fond de l'Angleterre, dans quelques villes de l'Allemagne, de la Belgique, qu'on trouverait encore des fauconniers dignes des anciens maîtres, et capables de guider une chasse au vol ; l'un des exercices les plus élégants qui se puissent imaginer, et l'un des inieux faits pour montrer quel pouvoir l'homme peut exercer sur les animaux. Aussi la fauconnerie provoque-t-elle encore aujourd'hui un sentiment général de curiosité, et quelques détails sur cet art d'autrefois ne paraîtront pas déplacés ici.

Les oiseaux que l'on dressait surtout en fauconnerie étaient : le Gerfault [Fulco raiiclicans, Gmcl.) dont la taille est de 0",49; le Sacce (F. OTcec, Schlegel), environ de la même taille ; le Laitier (F. larmrins. Lin.), taille, O^viO; le Fauran commun {F, peregrinus^ Lin.), même taille ; l'Eméril/on [F. œsnlon. Lin.), taille, 0",2'i ; le Hobereau (F. subbuleo, Lin.), taille, 0",30 ; YKpeimer {F . Nwws, Lin.), taille, 0", 34 ; VAutûur[F . palumharius. Lin.), taille, O^fis. On dislingue parmi eux : 1° Les rameurs, oiseaux de haut vol oa de leurre, à ailes minces, déliées, peu convexes et fortement tendues quand elles sont déployées, qui, doués d'un vol aisé, rapide et puiss.ant, volent contre le vent, la tête droite, s'élèvent sans peine, dans les plus hautes régions et s'y jouent en tous sens ; ce soiit le gerfault, le sacre, le faucon, le lanier, l'émérillon et le hobereau. — 2° Les voiliers, oiseaux de bas vol ou de poing, h ailes plus épaisses, arquées, moins puissantes, qui ne peuvent voler que dans le sens du vent, la tête basse, et ne s'élèvent dans les régions supérieures que pour découvrir leur proie ; ce sont l'épervier et l'autour. Huber de Genève, à qui est empruntée cette distinction, la complète en relevant les ajUitudcs et les manœuvres des faucons de l'une et de l'autre catégorie. Les oiseaux de haut vol saisissent la proie qui est plus légère que prompte, et frappent, au contraire, pour l'affaiblir, celle qui est plus prompte que légère. Leur instinct guide leur premier coup au point le plus vulnérable, le creux de l'occiput chez les oiseaux, l'intervalle entre l'épaule et les côtes chez les quadrupèdes. Les plus habiles h porter ce coup mortel sont les petits oiseaux de haut vol ; ainsi, les émérillons semblent à peine toucher leur victime, et elle tombe expirante. Les oiseaux de bas vol ne frappent généralement pas la proie; ils la saisissent et la tiennent serrée jusqu'à l'étouffer. Tandis que ces derniers, en quittant le poing de leur maître, vont poursuivre les habitants des bois et des buissons dans leurs retraites de feuillage, les oiseaux de leurre, dès qu'on leur a ûté leur chaperon, nionteul au haut des airsd'oi'i leur regard découvre tous les oiseaux qui s'y balancent, et, choisissant leur proie, ils tombent sur elle sans que rien les puisse détourner. Enfui, la serre des rameurs, nommée main par les fauconniers, a des doigts nobles, c'est-à-dire longs, déliés, souples, et d'une plus vigoureuse étreinte; la main des oiseaux de poing a des doigts ignobles, gros, courts, et armés d'ongles moins crochus et moins acéiés.

Ces aptitudes diverses, jointes aux différences de taille, de conformation et d'appétits, expliquent les emplois divers auxquels les fauconniers dressaient leurs oiseaux, et la multiplicité des procédés mis en œuvre. On admettait en fauconnerie sept vols distincts, c'est à dire sept manières de chasser à l'oistau : le vol pour le luilan, le vol pour le héron, le vol pour la corneille, le vol pour la pie, le vol pour le lièvre, le vol pour cliauips, et le vol pour rivières Les cinq premiers vols ccmslitiKiil la liaulevolerie, les deux derniers fuinient la //«-«-i '//nv'e.

Choir et dressage. — Un boti faucon doit avoir la tête ronde, îe bec court et gros, le cou fort lotig, la poitrine nerveuse, lo haut des ailes, près du corps, large, les cuisse» longue», les jambes courtes, la main large, avec des doigts déliés et nerveux, des ongles fermes et recourbé», le.î ailes longues. Il doit chevaucher contre le vent, c'est-à-dire lui résister lorsqu'on l'y expose sur le poing. Le phitnngo doit Cire uniforme et les mains do couleur vert d'eau. L'œil doit être (ler et assuré, les jambes Unes, les lormes élégantis et svnltes. Il faut, en outre, qu'il soit sain de toute nialadio. 'l'cl» sont le» précepte» do fauconnerie.

I/)r»f|n'oii n'achète pn» l'oiseau d'un fauconnier, on le prend à l'état de liberté, et il faut le dresser. Cette édu-

cation diffère selon l'âge du captif. On nomme niais les faucons pris dans le nid; brayichiers, ceux qui, récemment sortis du nid, commencent à sauter de branche en branche; sors, ceux qui approchent de la première mue ; hagards, ceux qui ont déjà subi une ou plusieurs mues; au-dessus de ces divers âges, les faucons sont adultes. Quand on a pris des faucons niais, on achève de les élever avant de commencer le dressage proprement dit. S'agit-il d'un oiseau de haut vol, on lui donne pour aire un tonneau défoncé à une extrémité, garni de paille et couché de côté sur im mur bas, ou un petit tertre à portée di' la main. S'agit-il d'un oiseau de bas vol, l'aire est une hutte de paille nattée, posée sur un arbre bas. Leur nourriture consiste en morceaux de viande de bœuf ou de mouton, soigneusement nettoyée de la graisse, des peaux ou des tendons qui y auraient pu adhérer; on y ajoute de temps en temps quelques fragments de volaille, avec la plume et les os. C'est sur une planche ou tablette adaptée à l'entrée du tonneau, que Ton sert cette nourriture aux oiseaux de haut vol, tandis qu'on la jette à terre aux oiseaux de bas vol, dès qu'ils sont capables de descendre la chercher. Trois semaines environ après leur première sortie de l'aire, les oiseaux de haut vol montent à l'essor, c'est-à-dire commencent à essayer leurs ailes en s'élevant dans l'air ; au bout de six semaines, ils savent y saisir les hirondelles, les chauves-souris ; il c* temps de procéder au dressage, et pour cela on s'empare des jeunes oiseaux au moyen d'un piège ou d'un filet.

Les faucons adultes se prennent avec un filet à alouettes; mais la difllcnlté consiste à les y attirer. On les affriande à l'aide d'un pigeon attaché à l'extrémité d'une longue corde dont l'autre bout est dans la main du chasseur. D'autres fois, c'est à l'aide d'un vieux faucon privé ou d'un grand-duc, auquel on fait prendre la position d'un oiseau en chasse. Du reste, rien n'est plus multiplié que les procédés de capture décrits par les auteurs de traités de fauconnerie.

On nomme a/faitage le dressage du faucon pour la chasse. On commence par couvrir l'oiseau captif d'un linge qui le plonge dans l'obscurité et le calme par l'abattement qui en résulte. Ou lui met ensuite un chaperon ou capuchon surmonté d'une houppe, et bouchant les yeux eu laissant le bec libre pour m.inger; en même temps ou lui attache aux pieds, \eijels, sorte de menottes de cuir souple, munies d'une lanière de 0'",I0 de longueur, que termine un anneau où est gravé le nom du maître, et oii l'on passe une corde de 1 mètre à r",:iO. Ainsi bridé, on fixe le faucon à un billot à fleur de terre, entouré de paille, et l'on s'occupe de rompre le naturel farouche du captif. Pour se rendre maître du faucon, il faut d'abord briser ses forces par la fatigue et le jeune. Le fauconnier, placé dans l'obscurité, la main couverte d'un gant, prend l'oiseau sur son poing et l'y tient continueliomcnt , sans lui laisser ni repos ni soiumeil, et calmant ses mouvements de résistance par de l'eau froide qu'il lui jette, et dont il lui baigne la tête au besoin. Cette épreuve, où se relayent deux ou trois dre.sscurs, dure au moins trois jours et trois nuits, sans que l'oiseau ait un instant de trêve. Enfin, il est épuisé, immobile et comme stupéfié; on lui met un chaperon. On l'h.ibitue ensuite à se laisser docilement ôter et remettre In chaperon, à prendre, lorsqu'il est déchaperonné, le piit ou nourriture qu'on liM présente à la main. On lui donne aussi de tciups en teiups des boulettes de filasse, nommées cures, qui, en le purgeant, augmentent son appétit et diminuent ses forces. Bientôt il reconnaît son maître et s'y attache; on lui apprend alors, en plein air, à sauter sur le poing pour y prendre le pdl, et, lorsqu'il est formé à ce preiuier exercice, on le dresse à connaître le leurre , sorte de représentation grossière d'un oiseau avec plumes et pattes, sur lequel on met sa viande pour le lui faire rechcicher. On l'excite en mémo tenips par un cri toujours semblable , pour le rendre docile à la voix. Ce même leurre sert peu à peu à le dresser à fon dre dessus; puis on eu vient à attacher sur ce leurre l'espèce de gibier que l'on veut faire chasser à l'oi-seau. On lo lance ensuite peu àpeu surce gibier captif d'abord, puis mis en liberté. Pendant toutes ces leçons, on n'a pas cessé de tenir lo faucon avec une longue corde on filière. ICnfin, (|iliim1 imi le .roit assure', c'est-à-dire asseï docile pour ol]:i ■ ■■ •' irirnir au fau(omiier, on le fait voler pour bon, ■ ■ ! i-^lm i hasser eu liberté. Cette méthode générale d all.ulage e.-.t complétées par des procédés spéciaux propres à chaque sorte d'oiseaux. Les plus dif- (Iclles à dresser, à cause de leur force et do leur caractère rebelle et fier, sont les sacres et les gorfauits; leur

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cducatioD demamîe de quarante à cinquante jours de leçons assidues et métliodiqueraent graduées. Le faucon, le lanier réclament un dressage moins long et moins pénible, trente jours environ. Mais le hobereau et surtout l'émérillon se dressent bien plus facilement encore, grâce à leur caractère doux et sociable. L'autour et surtout l'épervier exigent à peu près autautde soins que le faucon, mais ne se dressent pas de même (voyez Actoubsebie). Les fauconniers , en observant minutieusement ces oiseaux, ont relevé une longue liste de maladies pour lesquelles ils se transmettent des recettes de remèdes bizarres, et ils s'accordent tous pour recommander de donner les plus grands soins à la santé des oiseaux de chasse. Ces précieux animaux sont en effet sujets à des affections qui attaquent soit l'appareil respiratoire, soit l'appareil du vol, tt sont causées par des efforts trop violents ; à des chancres de la base du bec, i des taies sur les yeux, à des enflures goutteuses des serres, à des abcès internes provenantde refroidissements, à des maux d'oreille, à l'épilepsie, la gravelle, la teigne, etc.

Chasse à Coiseau. — La chasse à l'oiseau était surtout un spectacle, une récréation et n'avait guère d'autre but. On recherchait donc pour proie l'animal dont la lutte a-vec les faucons offrait le plus d'incidents et provoquait les plus élégantes manœuvres. A ce titre venait en première ligne le vol du milan. « La première difficulté à vaincre était de le faire descendre des hautes régions de l'atmosphère où le faucon n'aurait pu l'atteindre : pour cela, on prenait un duc (voyez ce mot); on affublait ce duc d'une queue de renard pour le rendre plus reniarquable, et on le laissait ainsi dans une prairie voltiger i\ fleur de terre. Dientôt le milan, planant dans la nue pour guetter une proie, distinguait de sa vue perçante uu objet bizarre s'agitant sur le sol; il descendait pour l'examiner de plus près; aussitôt on lançait sur lui un faucon, qui, dès l'abord, s'élevait au-dessus du milan pour fondre sur lui verticalement; alors commençait uu combat ou plutôt des évolutions de l'intérêt le plus varié : le milan, fin voilier, fuyait devant le faucon en s'élevant, s'abaissant, croisant brusquement sa route, et prenant à angle aigu les directions les plus imprévues : le faucon, non moins agile que lui, mais plus courageux, et en outre stimulé par la faim, le poursuivait avec ardeur dans ses mille circonvolutions; il le saisissait enfin et l'apportait à son maître » (Le Maoùt, Histoire Jiaturelle des Oiseaux). »

Quant au vol du héron., j'en donnerai une idée en citant le récit d'une chasse faite à Norfolk (Angleterre), en 1825, pour essayer de relever un exercice tombé en désuétude. La chasse eut lieu « dans une campagne plate et marécageuse. Les chasseurs se rassemblèrent dans l'après-midi; le vent soufflait du côté d'un gite de hérons. Il y avait quatre paires de faucons, tous femelles, de la race (lisez : espèce) connue sous le nom de faucons pèlerins, une des plus estimées en Angleterre dans les beaux temps de la fauconnerie. Après une heure ou deux de préparation et d'attente, quelques hérons passèrent, mais à une trop grande distance. Enfin, l'un de ces oiseaux parut venir à une portée raisonnable, et les chasseurs se disposèrent à l'attaquer. Chacun de ces hommes, à cheval et un faucon au poing, s'avança lentement dans la direction oii planait le héron. Dès que ce dernier fut en face des chasseurs, quoique à une hauteur considérable dans l'air, ils enlevèrent les chaperons de la tCte d'une paire de faucons. Les deux oiseaux de proie restèrent sur le poing jusqu'à ce qu'ils eussent vu le héron : alors la chasse commença avec une grande ardeur. Les faucons partirent, droit coinme des flèches, vers le héron qui était alors i une grande distance au-dessus de leur tète. Pendant qu'ils s'élançaient, un malheureux corbeau s'avisa de traverser leur course. L'un di\s faucons, à l'instant même, se précipita sur lui. Le corbeau css.nya d'échapper en se retirant dans une plantation. Le faucon le suivit, mais ne put le prendre. L'autre faucon gagna do vitesse le héron qui se prépara à recevoir l'attaque, en dégorgeant son lest qui consistait en deux ou trois poissons. Cependant, le faucon, après avoir volé en décrivant des cercles, fondit ;\ la fin sur sa proie ot la frappa dans le dos. On les vit alors, ennemi et victime, tomber tous les deux d'une grande hauteur vers la terre. Le premier faucon, qui avait perdu du temps à clKisser le corbeau, volait mainlen.'int à toute vitesse pour assister son camarade; il arriva juste au moment oii celui-ci et le héron étaient en train de descendre. Sur ces entrefaites, un freux lespèce de cnrlieaii) eut la maladresse de traverser le ciel : le faucon, désappointé, le

frappa, et ils tombèrent tous les deux à une vingtaine da mètres de l'endroit oii le premier faucon et le héron étaient tombés l'un sur l'autre. A peine eurent-ils touché la terre que chacun des vainqueurs commença à mettre sa victime eu pièces; mais aussitôt les fauconniers survinrent, les leurres furent jetés, et les faucons dévorèrent des pigeons que chacun des chasseurs tenait en réserve dans un sac. Les deux autres faucons, plus jeunes et moins expérimentés, ayant été lâchés à leur tour, manquèrent deux hérons ; mais ils en attaquèrent un troisième avec succès. L'aile de ce dernier oiseau était brisée, et le fauconnier l'acheva » (D' Jonathan Franklin, La vie des animaux, trad. d'Esquiros, 2' série). Cette chasse n'était pas sans danger pour le faucon ; le héron a dans son bec long et tranchant une arme défensive d'autant plus dangereuse, dit Vieillot, qu'il s'en sert dans le moment qu'on s'y attend le moins ; c'est pourquoi les chasseurs ne doivent l'approcher qu'avec précaution, lorsqu'il n'est que blessé ; car, en étendant le cou de toute sa longueur, il peut attemdre au moins trois pieds à la ronde. Ce cou, elfacé et perdu dans les épaules, replié dans le repos en forme de charnière, se développe comme un ressort, lance le bec comme un javelot lorsque l'oiseau le redresse brusquement, et l'œil de son enneiui est le but oii il vise. Aussi les fauconniers prenaient-ils grand soin de suivre la lutte de manière à pouvoir intervenir dès que le héron était à terre, pour préserver les faucons de ses coups furieux.

Il Mais, dit Le Maoùt, de tous les vols le plus amusant, le plus riche en incidents, le plus commode à observer, le plus facile, sinon le plus noble, était le vol de la corneille : on se servait, comme pour le milan, d'un duc, afin de l'attirer, puis on lançait sur elle deux faucons. L'oiseau poursuivi s'élevait d'abord au plus haut des airs, les faucons parvenaient bientôt â prendre le dessus; alors la corneille, désespérant de leur échapper par le vol, descendait avec une vitesse incroyable et se jetait entre les branches d'un arlire : les faucons ne l'y suivaient pas et se contentaient de planer au-dessus. Mais les fauconniers venaient sous l'arbre oii s'était réfugiée la corneille, et, par leurs cris, la forçaient de déserter son asile. Elle tentait encore de toutes les ressources de la vitesse et de la ruse, mais le plus souvent elle demeurait au pouvoir de ses ennemis. Le vol de la pie est aussi vif que celui de la corneille ; il ne se fait pas de pomg en fort, c'est-à-dire que le faucon n'attaque pas en partant du poing; ordinairement on le jette à mont, parce que l'on attaque la pie lorsqu'elle est dans un arbre. Les faucons, étant jetés et élevés à une certaine hauteur, sont guidés par la voix du fauconnier et les mouvements du leurre; lorsqu'on les juge à portée d'attaquer, on se hâte de faire partir la pie, qui cherche à fuir d'arbre en arbre. Souvent elle est prise au passage ; mais quand le faucon l'a manquée, on a beaucoup de peine à la faire partir de l'arbre qui lui a servi de refuge; sa frayeur est telle qu'elle se laisse prendre par le chasseur, plutôt que do s'exposer à la terrible descente du faucon. » La chasse au lièvre, au faisan, au canard, à la perdrix, se faisait avec un chien qui forçait le gibier à quitter le gite ou à s'envoler; le faucon, préalablement jt-ré à mont, planait en attendant cet instant et se mettait aussitôt à la poursuite de la proie.

Historique. — Aristole et Pline, parmi Us anciens, ont parlé de la chasse à l'oiseau ; Klieu en a donné un traité méthodique, développé ensuite par Firniius. Les rois mérovingiens, d'après le témoign;\ge de Grégoire de Tours, ét.iient amateurs passiomiés des plaisirs de la fauconnerie ; peu à peu ces plaisirs coûteux devinrent le privilège exclusif de la noblesse, et les dames s'adonnèrent longtemps avec ardeur à un exercice qui reproduisait beaucoup des épisodes des grandes chasses tant aimées des seigneurs, mais n'en avaient ni les fatigues, ni les dangers. L'ofi'red'un faucon bien dressé était uiie des galanteries délicates d'un jeune noble à celle qu'il courtisait; l'iidresse et l'élégance dans les chasses au faucon étaient des moyens puissants de séduction. Plusieurs princes ou rois se signalèrent par leur habileté dans la fauconnerie; à la.courdes Carlovingiens, les charges de fauconniers étaient lucratives et pourvues de nombreux privilèges; un capitulaire de Cliarlemagne (soo) défendait aux serfs de iweiidre part à aucune chasse à l'oiseau. Los einpereui s d'Allen-agtie conservèrent les traditions de leurs prédécesseurs; Frédéric 1 (ll,S-|-ll!)iO dressait lui-même des faucons; Frédéric II (l2l2-12.Mt\ le plus habile fauconnier de son temps, no pouvait" &e"pi''Vi-''' de co genre de plaisir et s'y livrait

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même sur le champ de bataille pendant que ses troupes donnaient contre l'ennemi ; il a composé ini traité de fauconnerie fort estimé iL'nrt de c/iasser avec les oiseaux deprce). Les empereurs Henri III (1039), Henri IV(I05(1) firent graver un faucon sur le sceau impérial et sur quelques-unes de leurs monnaies. Très-cultivée chez les Anglo-Saxons, la fauconnerie fnt tenue peut-être en plus grand honneur encore p;ir les conquérants normands de l'Angleterre ; Henri VIII avait pour la chasse à l'oiseau un goût passionné. « L'importance des rangs et des personnes, dit un auteur anglais, se mesurait alors ?i la valeur de l'oisean. de proie. Les perfaiilts étaient réservés aux rois; le faucon proprement dit était l'oiseau des princes; le faucon pèlerin appartenait aux comtes; le bastard (rémérillon) suffis;tit pour un baron ; le sacre, pour un chevalier; l'autour, pour une dame; le hobereau, pour un jeune homme; l'épervier, pour un prêtre." La cour des Valois, si avide de magnificence, ne négligea pas la fauconnerie; le roi Jean, durant sa captivité en .Angleterre, y trouvait ses pins douces distractions, et, sous ses yeux, son chambellan rédigeait un traité de fauconnerie pour l'éducation du jeune Charles V. La plus belle époque de la fauconnerie, en France, lut le règne de François !'■■; Henri II la maintint en honneur, et Charles IX, au milieu des sanglants désordres de son règne, s'étudiait ii devenir un fauconnier sans rival. L'usage des armes à feu. changeant compléleiuent les anciens procédés de chasse, ruina peu à peu la fauconnerie, et l'Europe occidentale, dès le xvii' siècle, commença à délaisser cet art antique et renommé, qui périt sans retour, avec les autres mœurs de l'ancienne noblesse, à la fin du xviii' siècle. Mais les peuples de l'Orient ont conservé l'ainour de la chasse ù l'oiseau: les Persans y sont particulièrement experts, et tous les indigènes du nord de l'Afrique la pratiquent encore avec ardeur.

Parmi les nombreux ouvrages écrits sur la fauconnerie, je renverrai le lecteur aux suivants, qui font autorité auprès des chasseurs: La Fauconnerie de Charles d'Arcussiade Câpre, seigneur d'Esparron, Paris, IG27,in-4°. — La Faucunnerie de Jean de Franchière. Paris, 1728, in-4°. — L'article FAUcoNNEniE de la 1" édition de VEnci/clop. mélhodiLj., par Leroi, lieutenant des chasses du parc de Versailles. — Observât, sur le vol des ois. de proie, par Huber, Genève, 1784. Ad. F.

FAULX (Agriculture), du nom latin fa/x. — Voy. Faux.

FALKE (Zoologie), nom mythologique des divinités des forêts. — On emploie ce mot en histoire naturelle pour désigner la population animale d'une contrée ou d'une époque géologique. On appelle f'nire la /aune d'un pays ou d'un terrain, décrire les espèces animales qu'on a pu recueilUr dans ce pays, ou les débris fossiles d'animaux provenant du terrain. Le mot flore s'emploie d'une f:u;on analogue pour les espèces végétales. Souvent on .ijoùte au mot une épithète restrictive, lorsqu'on ne décrit que les espèces d'une cUisse déterminée; ainsi faune ornitliolofjique, description des oiseaux d'un pays; faune mul/icologigue, description des mollusques; faune entoinologii/ui:, description dos insectes, etc.

FAUVEAU (Agriculture). — On désigne ainsi uu bœuf dont la robe est fauve.

FAUVES iBÈTEsi (Art de la chasse). — Les chasseurs désignent sous ce nom, d'après leur couleur, les cerfs, les chevreuils, les daims, tandis qu'ils nomment ie'/e.v noires les sangliers ; hc'tes rousses, les renards, etc. Le nom de têtes fauves prend dans la langue vulgaire un bcns plus étendu.

FAUVETTE (Zoologie). — Ce nom rappelle à tout le monde les êtres les plus gracieux de la création, ces oiseaux alertes, mobiles, inod'ensifs, familiers et timides à la fois, qui, au retour du beau temps, peuplent nos buissons et les font résonner de leurs chants variés et l);irmonieux. • Le retour des oiseaux, au printemps, dit BulTon, est le premier signal et ladouir iiniioMcc du réveil de la nature vivante; et les feinll.iL^ , ivn:,; .saiiis et les bocages revêtus de leur nouveli< ] ,m mr sm.lilcraicnt moins frais sans les nouveaux huii:, qui viennent les animer. Do ces hôtes des bois, les fauvettis sont les plus uombrenses comme les jilus aimables : vives, agiles, légères et sans cesse remuées, tous leurs mouvements ont l'air du sentiment, tous leurs accents le ton de la joie. Ces jolis oiseaux arrivent au moment oii les arbres développent leurs feuilles ot commencent à laisser épanouir leurs fleurs; ils se dispersent dans toute l'étendue de nos campagnes : les uns viennent habiter nos jardins, d'autres préfèrent les avenues et les bosquets; plnsieuis es- I tces s'enfoncerii dans les giands bois, d'nutn s fréq'icn-

tent les endroits incultes et montueux, couverts de broussailles et d'arbustes, et quelques-unes se cachent au milieu des roseaux. Ainsi les fauvettes remplissent tous les lieux de la terre, et les animent parles mouvements de leur tendre gaieté. En leur donnant tant de qualités aimables, la nature semble avoir oublié de parer leur plumage. Il est obscur et terne, excepté quelques espèces qui sont légèrement t.tchetées ; toutes les autres n'ont que des teintes plus ou moins sombres de blanchâtre, de gris et de roussâtre... La fauvette fut l'emblème des amours volages; cependant, vive et gaie, elle n'en est ni moins aimante, ni moins fidèlement attachée. Le mâle prodigue à sa femelle mille petits soins pendant qu'elle couve; il partage sa sollicitude pour les petits qui viennent d'éclore, et ne la quitte même pas après l'éducation de sa famille... Presque toutes les fauvettes partent en même temps, au milieu de l'automne; et à peine en voit-on encore quelques-unes en octobre : leur départ se fait avant que les premiers froids viennent détruire les insectes et flétrir 1rs petits fruits dont elles vivent ; car non-seulement on les voit chasser aux mouches, aux moucherons et chercher les vermisseaux, mais encore manger les baies de lierre, de mézéréon et de ronces; elles engraissent même beaucoup, dans la saison de la maturité des graines du sureau, de l'hièble et du troène. >i C'est à cette époque que leur chair savoureuse est recherchée de certains gourmets. Toutes les fauvettes ont un chant remarquable, et un certain nombre d'espèces lui doivent une célébrité universelle: ce sont vr.iiment les musiciens de la belle saison, et la sonorité, la variété, l'expression de leur mélodie demeure sans rivalité comme sans imitation. Ces petits artistes emplumés nous doivent intéresser encore à bien d'autres titres. D'abord ils détruisent, pour se nourrir, des myriades d'insectes dont ils nous :tident ainsi à conjurer les dégâts. Les observations de M. Florent Prévost, de !\l. S:icc, de M. Gloger, de M. de Tschudi, ont mis en évidence l'énorme destruction de vers, de chenilles, de chrysalides, de sauterelles, de pucerons, de charançons, etc., que l'on doit à ces petits chasseurs mélodieux, surtiiut pendant qu'ils élèvent leur famille. Mais en même temps ces observateurs ont signalé, avec la dernière insistance.le préjudice grave que causaient à l'agriculture la plupart des p;iysans, surtout dans nos départements méridionaux, en se livrant à une chasse acharnée des fauvettes, rossignols, rouges-gorges, traquets, bergeronnettes, et autres petits oiseaux insectivores désignés souvent par le nom général de becs- fins ; et, non contents de poursuivre eux-mêmes dans leur imprévoyance ou leur ignorance ces alliés naturels de l'agriculteur, ils laissent encore leurs enfants adopter pour amusement la destruction des nids et des couvées, que ces couples gracieux ont cachés dans la verdure. C'est une œuvre de bien public que de consacrer ses efforts à changer sur ce point les idées et les habitudes de nos populations rurales. Qu'elles apprennent ;\ épargner ces hôtes printaniers, soit lorsque, dans leurs migr;itions, ils traversent les climats méridionaux pour se répandre dans nos provinces, soit lorsqu'ils ont établi leur demeure au milieu des campagnes qu'ils ne dem;mdent qu'à protéger. .4ux qualités aimtibles et utiles qui viennent d'être signalées, les fauvettes joignent souvent la plus intéressante adresse dans la construction de leur nid, comme le prouveront les détails donnés plus loin sur quelques espèces.

Quelque attrayante que soit l'étude de ces charmants oiseaux, les naturalistes y ont rencontré des difficultés très-grandes, parce que le nombre dis oiseaux insectivores, à bec fin, qui se rapprochent des fauvettes, est énorme, et (|ue les difTérenccs qui les peuvent faire distinguer sont très-peu tranchées. G. Cuvier, dans son llégne animal (2= édition), emploie le nom de Fauvrtie pour désigner un sous-genre ti'Oiscaux, de l'ordre des l'assereaui', famille des Denlirostres, genre Bec-fin [Moliicilhi, Lin.). Ce grand genre linnéen, adopté par Cuvier, a été généralement nonmié depuis une tribu, et les sous-genres de Cuvier sont alors des geru'es dont voici les noms : 1° G. 7'cfl7He( (Saiico/n,Bechsi.|coinprcnant, parmi nos oiseaux vulgaires, le traquet, le tai'ier, le motteuxou cul-blanc; 2"G. /i«We//e(i;(//t'i«,VVoirelRIo^er). où se placent le rouge-gorge, le gorge-bleue, le rossignol de muraille ou gorge-noire ; 3" G. Fauvette (Currura, Beclist. ), oii l'on trouve le rossignol, le rossignol de rivière ou roussoroUp, la petite rousserolle ou elfarvate, la fauvette dos roseaux, puis les fauvettes proprement dites de nos bosquets et de nos buissons; 4° G. Acccnteur {Aca-ntnr, licrlist.), ijui renferme la fauvette des Alpes, Il

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traîne-biiissons; 5" G. Roitelet ou Fifjuier ( Rer/ulii.'!, Cuv.)i réunissant le roitelet, les poiiillots; U" G. troglodyte {Troylodi/les, Cuv.), qui a pour type le troglodyte d'Europe; 7° G. Hochequeue ou Lavandière [Motacilla, Beclist.); 8" G. Bergeronnette {liudiftes, Cuv.): 9° G. Farlouse [Anthus, Bechst.), qui comprend le pipi, l'alouette de pré ou farlouse. 11 est impossible de résimier ici les travaux dont les oiseaux qui nous occupent ont été l'objet depuis Cuvier, qui les avait lui-même appelés de ses vœux ; je me borne A indiquer, parmi les auteurs les plus utiles à consulter, Cli. Bonaparte, Gerbe, et surtout Degland (Ornilhol. eui-op.}. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, en s'inspirant de ces travaux, a donné des becs-fins ou Motacillœ de Linné une distribution générique, qui a été publiée dans VHist, nat. des Oiseaux, de Le Maoùt, et qui ne dififtre guère de celle de G. Cuvier que par la réunion des espèces du genre Hubietle à celles du genre Fauvette.

Genre Fauvette {Syh-ia, Wolf et Meyer). Caractères : Les Becs- fins ou Motacilliens ont tous un bec droit, menu, semblable à un poinçon ; les Fauvettes se distinguent des Bergeronnettes et des Farlouses par leur ongle du pouce, qui n'est pas long et qui est très-recourbé au lieu d'être droit; les couvertures des ailes ne sont pas longues comme dans les Lavandières; leur bec très-fin n'est pas déprimé à la base comme celui des Traquets, ni grêle comme une aiguille, ainsi que celui des Roitelets et des Troglodytes ; eatin, les /lct'en?e«ra se distinguent par la forme légèrement rentrée des bords du bec, qui rend celui-ci un peu conique, tandis que celui des Fauvettes est un peu comprimé.

Sans suivre davantage la marclie méthodique des savants, j'indiquerai les principales espèces de Fauvettes de nos pays, en les groupant, comme l'avait fait Temnùnck, d'après les lieux qu'elles habitent; cette marche est plus convenable pour les personnes du monde.

1° Fauvettes des bois, des buissons, des lieux secs. — D'abord se présente le meilleur chanteur de ce genre, le Rossignol {Sylvia luscinia, Lath.), le plus célèbre des oiseaux, qui nous arrive en avril et nous quitte vers la fin de septembre, pour émigrer vers le Levant; auprès de lui doit se placer le Grand Rossignol (S. philomela, Beclist.) de l'Europe orientale et de l'Asie (voyez Rossignol). Puis viennent les espèces dont G. Cuvier faisait

son genre : le Rossignol de muraille ou Bec-fin de muraille, Rnbiette, le Rossignol de muraille ou Gorgenoire, ou Bec-fin de muraille (S. phœnicunis, Lath.), si commun en Europe; \e Rouge-qn/'ue (S. titliys, Lath.; Motacilla erytlunus. Lin.), qui vit toute l'année en Provence; le gracieux Rouge-gorge {S. rubecula, Lath.), qui passe presque toute l'année dans nos pays ; le Gorgebleue {S. cyanecida, Meyer; M. «i/ecica, Gmel.), assez commun aussi dans nos contrées (voyez Rubiette, Rolige- <;0RCE, etc.).

Enfin, nous arrivons aux espèces qui portent véritableniint le nom de Fauvettes dans la langue vulgaire. La Fauvette proprement dite, nommée aussi Colombaude, Bec-fin or/ibrr (S. orphen, Tenim ), peut se reconnaître \ sa grande taille (0",n de longueur) parmi les fauvettes de France ; son plumage est brun ccndié en dessus, blancliâtre en dessous, avec du blanc au bout de l'aile, la penne externe de la queue aux deux tiers blanche, la suivante marquée d'une tache blanche au bout, et les autres d'un liséré. Elle nous arrive en avril et repart en septembre, mais elle est surtout abondante en Provence, en Piémont, en Lomhardie, en Dalnuitio; son nid, fait <le brins d'herbe, do laine, de fils d'araignée, est assez peu soigné; la femelle y dépose quatre ou cinq œufs d'un

blanc sale, jaspé de brun et de gris, et dont la longueur est de 0'",0l!». La fauvette vit dans les haies, les buissons; craintive, mais agile et gaie, elle voltige de branche en brandie tout en chantant, se tait au moindre bruit et se cache dans la feuillée; puis reprend bientôt avec insouciance ses mouvements v.ig.ibonds et sa chanson joyeuse. Elle habite entre les buissons, les bosquets des jardins et les champs semés de légumes. On y voit les fauvettes s'agacer, se poursuivre, se livrer de légers combats que termine toujours quelque chant de gaieté. Le matin, elles recueillent la rosée ; on les voit, après les petites pluies d'été, courir sur les feuiUes mouillées et se baigner dans les gouttes qu'elles font tomber du feuillage. Le nid de la fauvette orphée est un de ceux que lo coucou choisit le plus souvent pour déposer ses œufs; ou ne sait trop comment elle le tolère sans s'en inquiéter, car, en toute autre circonstance, elle abandonne ses œufs dès qu'on y a touché (O. Des Murs et Chenu). On trouve dans le nord de l'Europe une espèce un peu plus grande encore, qui ne se montre chez nous que de passage, dans la Provence, vers le mois de septembre, c'est la F. rayée. Bec- fin rayé ou F. épervière (S. nisoria, Bechst.), doni la taille est de 0",17 à 0", 18, qui porte sur le ventre des ondes grisâtres, transversales, et qui d'ailleurs ressemble à la précédente, surtout par ses mœurs et sou caractère. Une des espèces les plus communes en France est la F. à tétenoire{S. atricapilla, Lath.), longue de 0'°,14, brune en dessus, blanchâtre en dessous ; une calotte noire chez le mâle, rousse chez la femelle. Son chant facile, pur, léger, modulé avec expression, approche de celui du rossignol, â tel point que certaines personnes le préfèrent; c'est un air calme, rempli de nuances douces, trèslié et très-varié, qui compense par sa pureté le timbre plus sonore et plus expressif de la voix du rossignol. La femelle chante avec moins d'étendue que le mâle, mais avec douceur. Cet oiseau gracieux nous arrive en avril et nous quitte en septembre; pendant presque tout ce séjour, il chante depuis le lever du soleil jusque fort tard dans la nuit, ne s'interrompant que dans les heures très-chaudes du jour. Comme presque toutes nos fauvettes, celle-ci fait deux couvées pendant la belle saison, et le couple se partage, avec une mutuahté touchante, les soins que réclame chaque couvée. La fauvette à tête noire se laisse élever en cage, s'apprivoise bien, et devient un des hôtes les plus aimables que l'on puisse avoir. Elle s'attache à son maître, l'accueille par un chant particulier, et s'élance vers lui, dit Biifl'on, contre les mailles de sa cage, comme pour s'efforcer de rompre cet obstacle et de le joindre, et, par un continuel battement d'ailes accompagné de petits cris, elle semble exprimer l'empressement et la reconnaissance.

o Un autre chanteur hardi et qui chante de tout cœur, est la Grisette, F. roussdtre de Cuvier, F. cendrée (S. cinerea, Lath.) : la chaleur du jour, qui fait taire tous les autres oiseaux, ne lui impose pas silence ; il continue sa cadence, ne se reposant que pour avaler quelques pucerons sur les rosiers ou les chèvrefeuilles, ou bien une mouche quand il peut en .attraper » (Des Murs et Chenu). Cette fauvette, commune dans toutes les parties de l'Europe, arrive en mars dans le nord de la France, et regagne au mois de septembre les clim.-its méridionaux. Elle a 0°,I4 de longueur; le dessus de son corps est grisbrun-roussâlre, le dessous blanc, du blanc au bord et au bout de la queue, les longues plumes et les couvertures de l'aile bordées de roux. Elle niche .issez près de terre, dans les taillis, les broussailles, les colzas; son nid est arrondi en forme de coupe et reçoit quatre à six œufs. La F. des jardins, vulgairement F. bretonne. Petite F., l'asserinette , Hec-fin fauvette \S. hortensis, Beclist.), a la même taille que la précédente et se trouve peut-être plus communément encore en Fiance. Elle a le dessus du corps gris-brun olivâtre, le dessous d'un blanc jaunâtre, et point de blanc à la queue; elle pose son nid à 1°,60 environ sur les arbrisseaux, les buissons, les touffes de hautes herbes. L'Echo du monde savant cite un trait curieux d'une fauvette de cette espèce. Deux fois elle avait construit son nid dans un buisson de lierre .iccolé au mur d'un jardin; deux fois le vent détruisit le frêle édifice. L'oiseau reprit une troisième fois son œuvre au même endroit, mais il apporta un brin de laine, et l'attacha de telle manière à deux dos branches du buisson, que le vent put souffler dès lors sans ébranler le nid. N'est-ce pas le c;is de s'écrier avec La Fontaine :

Qu'on nie dise, après ce rëci*.

Que les bètet n'ont pas (l'es|>ril )

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La F. hahillarde ou Bec-fin babillard (S. curruca Latli.) doit son nom au petit chant vif et gai qu'elle répète sans cesse en voletant au-dessus des liaies, où elle se replonge à tons moments; an printemps, on l'entend tout le jour, et on la voit s'a£;itor, leste et remuante, le long des grands chemins bordés d'épine blanche, de groseilliers, sur les jeunes plants de sapin, dans les fourrés près de terre, où elle cache son nid. Sa longueur est de 0",13 à 0'°,14; son bec est trts-menu; son dos, brunâtre; fcoii ventre, blanc; le dessus de la tête, grisâtre; la première penne de la quene est blanche en grande partie.

Toutes ces fauvettes de buissons et de lieux secs peuvent être élevées en captivité et y vivre une dizaine Cl années. On trouvera au mot rossignol quelques indications sur la manit're de les habituer à leur prison et de cultiver leur talent pour le chant.

Les mœurs et le genre d'Iiabitation rapprochent des fauvettes que je viens de citer de jolis petits oiseaux, que G. Cuvier avait r.ipprochés des roitelets, et que l'on paraît s'accorder à ramener aujouid'hni dans le genre Fauvette; ce sont : le Bec-fin potiillot ou F, fitis (S. trochilus, Lath.), répandu d:ins toute l'Europe; le Bec-fin vélocc, Poiiillot collyhi'te ou F. véloce [S. rufn, Lath.), commun en France, en Suisse, en Italie et en Allemagne; le Pouillot sytvicole. Bec-fin siffieur ovi F. syloicole [S. s;j/vicola, Lath.), qui habite les mêmes contrées; enfin, le Grand Fouillot de Cuvier, F. ht/poUm ou vulgairement LuscinioL' [S. hypo/ais, Lath.), qui passe chez nous toute la belle moitié de l'année (voyez Poiillot).

2° Fauvettes riveraines ou rfe? lieux humides. — Sur les bords de nos rivières, de nos lacs et de nos étangs, et en général dans les lieux aquatiques de nos contrées, on rencontre d'autres espèces de Fauvettes, qui ont été rén- 1 ies par plusieurs auteurs dans un sons-genre ou même 1 i genre sous le nom de Rousserolles. C'est d'abord la Bousserolleon Itossignol de rivière (S .tnrdoides,Temm.), lor^gne de 0"",19; puis la Pelite Rousserolle, Bec-fin des roseaux ou Effnrvate{S. aruniUnacea, Lath.), d'un tiers environ plus petite ; la Verderolle (S. palustris, Beclist.), de môme taille que celle-ci (voyez I'iOusserollf.). Dans les mêmes lieux se trouvent aus«i la Bouscarle ou fiossir/riol de marais [S. cetti, La Marmora), de l'Europe mé-

dilcrranéenne, commune en hiver dans le midi de la l'rancc; elle & 0",H; son plnmaKC est brnn châtain en (lessns, blanc en dessous, avec des taches brunes sur les flancs. Son nid, arlistemcnt conBiruit dans les brouspaille» épaisse», snr les grandes plantes aquatiques, contient quatre ou cinq œufs d'un rouge brique, longs de (r,OII).Son chant, bien que sonore, est trop saccadé pour être musical. La /'". des joncs, Crtf/set on Bec-fin jihrac/wi''f(.S. ;)/ir«i/mi7i\, Beclist.), est fine petite espèce qiie l'on trouve dans toute l'Europe; mais dans les roseaux dcr. bordt du Danube, on Irourc le Bec-fin riverain, F.

ftuvialile (S. fîvviatilis, Wolf), un peu plus grand et d'ailleurs assez semblable au phragmite.

Parmi les fauvettes étrangères, certaines espèces possèdent, pour la construction de lenr nid, nne industrie dos plus intéressantes. La F. cisticnle (S. ciiticola , Temm.) construit un nid en forme de bourse, pourvu supérieurement d'une ouverture oblique et enveloppé d'une touffe de plantes aquatiques, au milieu desquelles il reste dissimulé. La F. pinc-pinc (S. tetrix, Vieill.), de l'Afrique australe, suspend aux branches d'un buisson épineux un nid arrondi, formé de duvet, et dont les parois ont une épaisseur considérable; à son sommet se voit un enfoncement où l'oiseau se glisse, et qui le conduit à l'intérieur. Le voyageur Levaill.int, dans son Hist. nat. des ois. d'Afrique, a décrit les travaux merveilleux du Capocier (S. macroura, Lath.) ou Petite F. tachetée du Cap; son récit ne peut être résumé et ne saurait trouver place ici à c;rtise de son étendue. Je signalerai, en terminant, le curieux instinct de la F. couturière (S. sutoria.'Laih.) ou Tati, qui vit dans l'Inde : elle compose le tissu de son nid de fibres menues, de plumes, de duvet, d'aigrettes de chardon ; puis elle file avec son bec et ses pattes le coton qu'elle a recueilli sur les coton.iiers; elle praticpie ensuite des trous le long du bord de plusieurs feuilles à limbe solide et large, et, dans ces trous, elle passe son fil de manière à coudre ensemble plusieurs feuilles qui forment ainsi une petite tente suspendue, enveloppant parfaitement le nid que l'oiseau veut cacher à ses ennemis, parmi lesquels il craint surtout les singes et les serpents. Le colonel Sykès a vu des nids dans lesquels le fil de coton était réellement terminé par un nœud (Le Maoût, Hist. nat. des ois.) .

Parmi les espèces que Cuvier lui-même était disposé à ranger, comme on l'a généralement fait depuis, dans un genre spécial sous le nom à' Accenteurs (^Accentor , Bechst.), il faut signaler la F. des Alpes, Pe'yot ou Accenteur alpin [Motucilla alpina, Gmel.), longue de d",! G, d'un

pliunage cendré, avec la Rorgo blanche, pnintillée de noir ; il habite les pSlurages des Alpes. Mais l'espèce la plus intéressante est lo Tralne-buissons, F. d'hiver ou

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A. mouchel{Molac.modiitaris,Lin.), la seule faiivettcqui nous reste en hiver et qui t'gaie un pou cette saison par son agréable ramage. Cet oiseau est, en dessus, d'un fauve taclieté de noir, et cendré-ardoisé en dessous II niche deux fois l'an et se tient toujours dans les buissons ; sa longueur est de 0",15. Cette fauvette habile lu belle saison dans les bois, et les quitte en automne pour venir dans les jardins où elle passe l'hiver. Ad. F.

FAUX (Agriculture), du latin faix, faux, d'où vient que l'on écrivait autrefois et que plusieurs écrivent encore fau/x. — Cet instrument, si connu de temps immémorial et dont l'usage est si rép.andu, est spécialement employé pour couper l'heibe des prairies naturelles et artificielles, et i\ cet égard il fournit un travail très expéditif. C'est pourquoi, déjà depuis longtemps, on s'en était servi pour la coupe de quelques céréales, telles que l'avoine et l'orge, lorsqu'on eut l'idée de remplacer l'usage de la faucille, qui donne un travail trop lent, par celui de la faux, pour la récolte du blé et du seigle. Il en sera question plus loin. La forme de la faux varie suivant les diverses contrées agricoles, et suivant les produits à l'exploitation desquels elle est employée. En général, elle se compose d'une lame mince, eu acier, légèrement arquée, se relevant doucement vers la pointe ft un peu convexe à sa face supérieure. Elle est longue d'environ 1 mètre, large de 0'',\'2 à 0",I5 vers son talon, et diminuant insensiblement de largeur jusqu'à l'autre extrémité qui se termine en pointe aiguë ; tranchante sur son bord concave dans toute son étendue, elle présente surleboid convexe une arête solide, épaisse d'environ (1",010, qui contribue à la maintenir fermement dans sa forme primitive. Cette lame présente à son talon une espèce de poignée en forme de crampon, terminée par nu bouton recourbé, c? qui est fixée à l'extrémité du manche par une forte virole à l'aise, permettant, au moyen d'un coin de fer et d'un ou deux morceaux de cuir, de l'aire varier, au gré du faucheur, l'ouverture de l'angle que forme la lame avec le manche ; celui-ci est en bois, long de 2 mètres, généralement droit, et porte vers son milieu une poignée, quelquefois une autie à son extrémité. Plus l'angle que forme l'articulation de la faux avec le manche est ouvert, plus le fauchage exige de force, mais aussi plus le champ parcouru par la faux est grand et plus chaque coup fait de travail. Ce qui fait quelorsquerhe;be est très-forte, il faut diminuer l'ouverture de cet angle. La figure 1038 que nous donnons représente la faux champenoise, une des plus usitées en France ; celles qu'on emploie datis d'autres provinces et en Allemagne, en Angleterre, etc., offrent toutes des modifications plus ou moins profondes.

Lorsqu'on veut employer la faux pour les céréales, il est nécessaire de lui faire subir des changements qui demandent quelques éclaircissements. Pour le blé, le seigle

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